11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Quelle est la différence entre « croire à » et « croire en » ?

Nous avons besoin de précision sur la distinction entre « croire à » et « croire en »…

C’est effectivement une question fondamentale ! Bien comprendre cette distinction – classique en théologie – permet de saisir à quel point l’acte de foi, pour un chrétien, est différent d’une adhésion extérieure à des vérités. Il me semble que la citation de Mgr Eric de Moulins-Beaufort est éclairante à ce sujet (cf. p. 14 de votre polycopié), mais si vous posez la question, c’est qu’elle ne vous suffit probablement pas.

Alors je vous invite à relire votre premier cours : dans la partie consacrée au « symbole » (cf. p. 9 de votre polycopié), le P. Luc Mellet évoque la dimension subjective de l’acte de foi, à savoir la fonction confessante (fides qua) et la dimension objective de ce même acte de foi, à savoir la fonction doctrinale (fides quae). Fides qua est l’équivalent de « croire en », tandis que fides quae est l’équivalent de « croire à ». Pour approfondir ce point, je vous renvoie à la FAQ FIDEO Credo dans laquelle un autre cénacle a posé cette question : Que signifient les formules « fides qua » et « fides quae » ? Avec ça, cela devrait être plus clair !

Mais je vais tout de même reformuler en quelques mots la distinction ; elle porte tout simplement sur l’objet de la foi :

  • « croire à »  manifeste l’adhésion, l’assentiment de l’intelligence à une vérité révélée (fides quae) : nous croyons à la résurrection du Christ, à la présence réelle dans l’eucharistie, à la vie éternelle, etc. ;
  • « croire en » dit la confiance en une personne, l’acte de foi personnel adressé à Dieu (fides qua) : nous croyons en Dieu, en Jésus-Christ, en l’Esprit Saint.

C’est pourquoi le Credo dit : « Je crois en Dieu, en Jésus-Christ, en l’Esprit Saint », mais : « Je crois à la sainte Église catholique » ou « Je crois à la résurrection de la chair ».

Au fond, pour conclure de manière simple, cette distinction nous est naturelle dans le quotidien : dire à un proche « je crois en toi » nous engage plus profondément (et engage aussi plus profondément la relation) que « je crois au beau temps pour demain » !

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quel est le lien entre l’Esprit Saint et la résurrection / la rémission des péchés ?

Nous n’avons pas bien compris à la fin du paragraphe intitulé : comment se sont élaborées les professions de foi dans l’Église ? Il est dit : « Esprit : la prophétie et l’Église, la Résurrection de la chair et la rémission des péchés ». Nous n’avons pas compris le lien ou le rôle entre ES et Résurrection et rémission des péchés

Les professions de foi se sont articulées autour du Dieu unique, dans la Trinité de ses relations : Père, Fils et Esprit. On parle ainsi communément des trois « articles » du Credo. L’article sur l’Esprit de Dieu, dernier des trois, comprend la prophétie, l’Église et la vie chrétienne : c’est toute l’action de l’Esprit qui résumée ici, passée (les prophètes), présente (l’Église et le baptême) et à venir (résurrection de la chair et vie éternelle).

La réponse à votre question peut être éclairée, me semble-t-il, par la vidéo conclusive : le P. Luc Mellet revient sur ces trois articles et leur fixation au cours des premiers siècles. Dans la partie consacrée à « Dieu Esprit », il évoque « l’action vivifiante » de l’Esprit Saint et la divinisation de notre humanité : « En lien avec l’Esprit sont énumérés les événements de la divinisation de notre humanité : le baptême pour la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle, car l’Esprit fait toutes choses nouvelles. »

Pas d’inquiétude si tout ne vous paraît pas clair d’emblée : le principe d’une introduction est précisément de vous ouvrir une fenêtre sur ce qui suivra et sera largement détaillé au fil des rencontres.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi le péché contre l’Esprit est-il impardonnable ?

Jésus dit : « Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit : il est possédé par un esprit impur. » Pourquoi ce péché est-il impardonnable ? Parce que l’homme n’a pas su reconnaître l’Esprit Saint agissant en Jésus, ou n’a pas voulu le reconnaître ?

Pour répondre à vos questions, il faudrait encore savoir pour sûr ce qu’est le péché contre l’Esprit, le seul qui soit impardonnable. Les théologiens se battent autour de cette question depuis tant de siècles !

La constante dans toutes les approches du péché contre l’Esprit, c’est le refus libre, volontaire et conscient de la grâce de Dieu : c’est donc un péché qui engage notre intelligence et notre volonté tout entières. Ce n’est pas Dieu qui ne veut pas nous pardonner, mais l’homme qui, lui-même, refuse le pardon.

Pour en revenir à votre question, le péché contre l’Esprit n’est pas le fait que l’homme ne sait pas reconnaître l’Esprit, mais qu’il L’ait justement parfaitement reconnu et qu’il L’ait refusé, en un acte volontaire, libre et conscient. Quelqu’un en est-il arrivé à pareille extrémité ? Le péché contre l’Esprit a-t-il déjà été commis ? Là encore, je l’ignore.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> => À quelle « menace » donne lieu l’Esprit Saint, selon S. Grégoire de Naziance ?

 



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Que signifient les formules « fides qua » et « fides quae » ?

Peut-on avoir des précisions sur la signification des formules « fides qua » et « fides quae » mentionnées dans la présentation des textes ?

La distinction entre « fides qua » et « fides quae » est fondamentale en théologie. Cela peut sembler abstrait à première vue, mais dans les faits, cela permet de mieux comprendre ce qu’est la foi en son ensemble.

Reprenons ce que dit le P. Luc Mellet dans l’enseignement vidéo :

« Fides qua » renvoie à la dimension subjective de l’acte de foi, à la fonction confessante. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est la confiance personnelle que nous mettons en Dieu. Saint Thomas d’Aquin parle de la foi comme acte. Moi, Pierre, lorsque je dis que je crois en Dieu, je décide subjectivement de m’en remettre à lui. C’est une attitude intérieure qui unifie mon intelligence, ma volonté et ma sensibilité.

« Fides quae », dit le P. Luc Mellet, renvoie à la dimension objective de l’acte de foi, qu’il associe à la fonction doctrinale : il s’agit du contenu objectif de notre foi, du Credo, des vérités révélées, indépendamment de notre acte d’adhésion, de notre foi personnelle. Saint Thomas d’Aquin parle de la foi comme le contenu en quoi l’on croit.

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Ces deux dimensions de la foi ne sont jamais à séparer ; on les trouve toutes deux dans la Bible.

– Fides qua : chaque fois qu’un homme ou une femme a foi en Dieu (ex : Abraham en Gn 15,6 ; Rm 4,3)
– Fides quae : chaque fois que saint Paul dit de tenir ferme dans la foi, selon l’enseignement reçu (Col 2,7 : 1 Tm 6,30…)

Les Pères de l’Église et les théologiens reprendront ces deux dimensions. Je vous ai parlé de S. Thomas d’Aquin précédemment. Voici ce qu’il écrit explicitement : « Il n’y a pas de vraie foi sans que l’intelligence adhère à ce qui est révélé, mais cette adhésion suppose un mouvement intérieur de la volonté sous la motion de la grâce. »

Enfin, plus proche de nous, le Catéchisme de l’Église catholique va dans le même sens : « Croire, c’est à la fois un acte personnel et ecclésial. C’est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu. C’est aussi un acte ecclésial : la foi de l’Église précède, engendre, soutient et nourrit notre foi. » (n. 166-167)

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Une image pourrait exprimer cela de manière simple : Dieu nous fait un cadeau (fides quae) que nous décidons de recevoir en ouvrant notre cœur (fides qua).

C’est pourquoi la foi est une vertu théologale : elle nous unit étroitement à Dieu, non seulement en tant que c’est nous qui croyons, mais en tant que c’est Dieu qui (se) donne. Car on ne peut pas croire sans la Révélation de Dieu (fides quae) ; et cette Révélation n’a de sens que si elle est accueillie par une foi vivante et personne (fides qua).

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi : Quelle est la différence entre « croire à » et « croire en » ?

 



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Que signifie « fuir la pensée magique et intégriste » ?

Dans son enseignement, le P. Luc Mellet dit que le doute est « l’attitude habituelle de la science, de la recherche, et de tout raisonnement qui veut fuir la pensée magique ou intégriste ». Qu’entend-il par « fuir la pensée magique et intégriste » ?

Le P. Luc Mellet veut sans doute, par cette formule, dénoncer deux écueils.

La pensée magique est une manière de concevoir la foi comme manipulation du sacré, du spirituel, voire comme un système mécanique de causes et d’effets : nous avons la foi, donc Dieu agit mécaniquement, indépendamment de notre disposition intérieure, de notre liberté, de notre adhésion, etc. Le danger est de perdre le sens relationnel et sacramentel à Dieu. Prenons un exemple : je porte un croix ou je me suis aspergé d’eau bénite, donc je suis protégé magiquement sans même avoir besoin de poser un acte intérieur de confiance en Dieu.

La pensée intégriste fige quant à elle la tradition dans une vision étriquée et finie : Dieu n’est plus vivant en nous, toutes nos certitudes sont déjà absolues, comme si nous connaissions comme Dieu la vérité totale (comme si nous étions Dieu, pourrions-nous dire). On pourrait utiliser le mot « fondamentalisme » dans le cas présent, comme synonyme d’« intégrisme » : il y a évidemment des nuances entre les deux mots, mais ils ont en commun de réduire la foi (réduction historique et/ou littérale), de refuser la complexité, de se méfier de toute intelligence et de tout dialogue, de produire des certitudes fermées, voire identitaires, etc. Il n’y a donc plus de dynamique spirituelle en nous : l’Esprit ne souffle plus, ne nous meut plus.

Le doute méthodique (contrairement au doute sceptique, vous l’avez compris) peut aider à purifier ces deux tendances en nous. Ce n’est évidemment pas le seul moyen (il en existe des plus spirituels), mais pour qui éprouve ce doute, cela peut être un levier, un tremplin, un chemin plus juste vers Dieu.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi y a-t-il un ordre dans la Trinité alors que les trois personnes sont égales ?

Quid des places de chacun avec un ordre, puisqu’ils sont 3 personnes égales ?

Que voilà une très belle et profonde question… et probablement l’une des plus subtiles de la théologie chrétienne !

Dans la foi chrétienne, les trois Personnes de la Trinité — le Père, le Fils et le Saint-Esprit — partagent la même nature divine. Elles sont consubstantielle (même essence, même substance, même être divin), ce qui signifie qu’aucune n’est inférieure ou supérieure à une autre : « Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; et pourtant, il n’y a pas trois dieux, mais un seul Dieu. » (Symbole d’Athanase)

Mais il y a un « ordre » entre les Personnes. Celui-ci ne concerne pas la dignité ni la nature, mais la relation d’origine entre elles. En résumé :
1/ le Père est sans origine : il ne procède d’aucune autre Personne ;
2/ le Fils est engendré du Père (le Père engendre le Fils) ;
3/ le Saint-Esprit procède du Père et du Fils aussi.

Cet ordre est appelé ordre d’origine (ordo originis), et non un ordre de supériorité ou de domination. En d’autres termes, le Père est premier dans l’ordre des relations, non dans le rang ou la puissance. Il y a ainsi un ordre dans la Trinité, non parce que Dieu serait inégal en Lui-même, mais parce que les Personnes divines se distinguent par leur manière d’être en relation. L’égalité d’essence demeure absolue ; seule la relation d’origine établit un ordre logique, non hiérarchique.

Au fond, on pourrait illustrer cela de manière plus concrète : pensons à la relation entre deux personnes humaines : un père et son fils. Le père est la source de la vie du fils, donc il y a un ordre d’origine. Mais si l’on considère leur nature humaine, ils sont égaux en dignité et en humanité. De même, dans la Trinité, l’ordre n’enlève rien à l’égalité. Là où cette comparaison s’arrête et ne peut être absolutisée, c’est sur la question temporelle : entre un père et son fils, il y a une dimension chronologique (le père précède évidemment le fils dans l’existence) ; dans la Trinité, qui est hors du temps, il y a simultanéité.

Pierre G. (SEDIF)

 



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