11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Les saints sont-ils sans crainte ?

Pourquoi les saints n’ont pas de crainte ? Ils étaient hommes et ont été déclarés saint après leur mort.

N’étant pas moi-même l’auteur des enseignements, je peine parfois à savoir d’où viennent certaines questions. Dans le cas présent, j’ai beau chercher, je ne trouve pas ce qui a pu motiver votre interrogation. Mais je peux tout de même apporter des éléments de réponse, quitte à ce que vous demandiez par la suite des précisions…

Lorsqu’on parle de crainte, il faut distinguer la crainte humaine naturelle et la crainte au sens spirituel. Dire que les saints « n’ont pas de crainte » ne signifie pas qu’ils étaient incapables d’éprouver la peur comme émotion humaine. Ils ont évidemment connu la peur comme tout le monde… Seraient-ils plus grands que le Christ lui-même, qui a éprouvé l’angoisse de l’agonie ? Certainement pas. La peur en tant que réaction sensible n’est pas un péché. Ce qui caractérise les saints, c’est que la grâce ordonnait leur peur à la confiance en Dieu. Leur courage n’était pas absence d’émotion, mais fidélité malgré l’émotion.

C’est donc au niveau spirituel que cela se joue. Il faut se rappeler que la crainte est un don du Saint-Esprit (Is 11,2-3) qui manifeste un profond respect de la sainteté divine, la peur filiale de se séparer de Dieu par le péché et l’humilité devant la grandeur de Dieu. Cette crainte filiale, au fond, c’est la peur d’offenser Dieu par amour.

Ce n’est donc pas une terreur servile, la peur du châtiment : cela, les saints ne l’éprouvent pas ! Pour en revenir à votre question, c’est le seul sens du mot « crainte » qui soit acceptable si quelqu’un fit que « les saints n’ont pas de crainte ».

Et petite précision finale, liée à la seconde partie de votre question : la canonisation ne crée par la sainteté. L’Église ne « rend » pas quelqu’un saint après sa mort. Elle reconnaît officiellement a posteriori qu’une personne est au ciel et a vécu de façon héroïque les vertus chrétiennes. La sainteté réelle est l’œuvre de la grâce de Dieu dans une vie humaine.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment la docilité à l’Esprit s’articule-t-elle avec l’obéissance à l’Église et la vie communautaire ?

Nous avons principalement abordé la docilité à l’Esprit Saint sous un angle personnel, au niveau de la conscience individuelle. Comment cette docilité s’articule-t-elle avec l’obéissance à l’Église et la vie communautaire ? Mais peut-être est-ce le sujet du prochain enseignement ?

C’est une très belle et profonde question que vous posez là, qui ne peut être abordée sans quelques développements, sous peine de n’en rester qu’à quelques slogans percutants…

Peut-être connaissez-vous cet adage que l’on utilise fréquemment dans la tradition chrétienne : l’Esprit Saint parle au cœur de chaque fidèle, mais il ne parle jamais contre le Corps du Christ qu’est l’Église. En gros, cela signifie que là où l’inspiration personnelle et la communion ecclésiale se rencontrent dans l’humilité, la docilité à l’Esprit atteint sa pleine maturité. C’est le même Esprit qui habite les fidèles, anime le Corps du Christ et assiste l’Église. La difficulté apparaît lorsque l’on réduit l’action de l’Esprit à une expérience intérieure privée, alors que l’Écriture et la Tradition montrent constamment une articulation entre inspiration personnelle, discernement communautaire et autorité ecclésiale.

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On voit déjà cela dans la Bible et ce, dès le Premier Testament : l’Esprit n’est pas seulement donné à des individus isolés ; il est donné pour le bien du peuple de Dieu. Lorsque l’Esprit repose sur Moïse, Dieu en communique aussi aux soixante-dix anciens : Je prendrai de l’Esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux (Nb 11,17). La prophétie de Joël annonce un don universel de l’Esprit : Je répandrai mon Esprit sur toute chair (Jl 3,1). Cette effusion ne supprime pas le peuple ; elle le constitue plus profondément comme peuple de Dieu.

Dans le Nouveau Testament, la Pentecôte ne crée pas une multitude de mystiques indépendants ; elle fait naître l’Église. Les disciples reçoivent ensemble l’Esprit (Ac 2). Immédiatement apparaissent la communion fraternelle, l’enseignement apostolique, la fraction du pain et la prière commune (Ac 2,42). Ainsi, le premier fruit de l’Esprit est ecclésial. Saint Paul développe cette vérité dans l’image du corps : Dans un seul Esprit, nous avons tous été baptisés pour former un seul corps (1 Co 12,13). L’Esprit distribue des dons divers, mais toujours en vue du bien commun (1 Co 12,7). La véritable docilité à l’Esprit éloigne donc du subjectivisme et conduit vers la communion.

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Vous me direz que cela ne répond pas directement à la question de « l’obéissance » à l’Église. Au fond, peut-être le problème réside-t-il dans la compréhension de ce mot « obéissance », qui peut paraître gênant aujourd’hui ? Avec les abus, ou même tout simplement les mauvais conseils et comportements de certains prêtres peu formés à la psychologie et aux questions de « management », on peut effectivement s’interroger sur la nature et le périmètre de cette obéissance.

De nouveau, il faut en revenir aux Écritures pour en comprendre le sens… Le Christ promet aux Apôtres l’assistance de l’Esprit : L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière (Jn 16,13). L’Esprit n’est pas donné seulement aux croyants pris individuellement, mais aussi aux Apôtres comme fondement visible de l’Église. Cette dimension apparaît clairement lors du Concile de Jérusalem : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… (Ac 15,28). Cette formule est remarquable. Les Apôtres ne disent pas simplement : « Nous avons décidé », ni : « Chacun a reçu une inspiration personnelle ». Le discernement est à la fois spirituel et ecclésial.

La foi catholique voit dans cet épisode le modèle du discernement de l’Église : l’Esprit agit dans la communauté apostolique réunie sous l’autorité que le Christ lui a confiée. C’est pourquoi l’épître aux Hébreux enseigne : Obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis (He 13,17). Cette obéissance n’est pas servilité humaine ; elle s’enracine dans la conviction que Dieu gouverne son peuple à travers des médiations visibles.

Dans la Tradition catholique, les inspirations personnelles sont soumises à l’Église qui est le lieu même du discernement de ces motions intérieures. C’est pourquoi on insiste tant sur la fréquentation des sacrements, l’accompagnement spirituel, etc. Une inspiration qui conduirait à mépriser les sacrements, à rejeter la foi reçue ou à rompre la communion ecclésiale ne peut venir de l’Esprit Saint, car l’Esprit ne se contredit pas lui-même.

Vous le comprenez : l’obéissance à l’Église n’est pas une obéissance sur tout, toujours, tout le temps, partout. C’est dans un cadre précis, qui touche à la Révélation et au salut.

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Venons-en maintenant au dernier point sur la vie communautaire… Le mieux est encore de consulter les grands maîtres en la matière. Prenons le plus connu de tous : saint Benoît.  Dans la Règle, l’obéissance est considérée comme une école de docilité à Dieu. Le moine apprend à renoncer à sa volonté propre non pour perdre sa liberté mais pour s’ouvrir à l’action divine. Cependant saint Benoît demande aussi à l’abbé d’écouter la communauté, car l’Esprit peut parler par les plus humbles. On voit déjà une réciprocité : autorité et écoute de l’Esprit.

D’autres fondateurs reprennent ce grand principe, tout en apportant une couleur propre. Je me souviens d’avoir lu longuement les lettres de sainte Thérèse d’Avila, qui, face aux phénomènes mystiques extraordinaires, insiste constamment sur la soumission à l’Église et aux confesseurs compétents. Elle affirme en substance qu’une expérience mystique authentique produit l’humilité et l’obéissance. Pour elle, la sécurité spirituelle se trouve davantage dans l’obéissance que dans les révélations privées. En d’autres termes, le danger est de ne suivre que soi-même, de se faire le petit maître intérieur sous prétexte de grandes motions intérieures.

Enfin, comment ne pas terminer avec saint Ignace de Loyola, dont les exercices spirituels constituent un des sommets spirituels pour le discernement ? Les règles du discernement des esprits qu’il énonce montrent que l’expérience intérieure doit être interprétée avec prudence. Son idéal n’est pas l’autonomie spirituelle mais la recherche de la volonté de Dieu dans l’Église.

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Au fond, il n’y a qu’à voir l’exemple des grands saints, plutôt que de prolonger cette réponse indéfiniment : Catherine de Sienne, François d’Assise, François de Sales, Thérèse de Lisieux, Élisabeth de la Trinité… Tous ont été profondément ecclésiaux. Tous ont vécu une intense intimité avec Dieu, mais cette intimité les a rendus plus attachés à l’Église, non moins. Leur expérience confirme un principe fondamental : plus l’âme est unie à l’Esprit Saint, plus elle aime ce que le Christ aime, et le Christ aime son Église.

Le même Esprit est à l’œuvre dans ces différents niveaux : l’âme individuelle, le Peuple de Dieu, la communion hiérarchique, etc. Le Concile Vatican II enseigne que les charismes doivent être accueillis avec gratitude mais aussi discernés par les pasteurs de l’Église. Il n’y a donc ni monopole de l’Esprit du côté de la hiérarchie, ni indépendance absolue du côté des charismes. L’Église est un organisme vivant où les dons personnels et l’autorité apostolique sont appelés à coopérer.

J’ai été long, pour pouvoir embrasser les différentes facettes de votre question. FIDEO Sacrements, qui est beaucoup plus incarnée et centrée sur la vie chrétienne, devrait vous permettre l’a prochain d’approfondir vos si importants questionnements.

 

Pierre G. (SEDIF)

 



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Si Père Fils et Esprit ont toujours existé, pourquoi une révélation si tardive ?

Père Fils et Esprit ont toujours existé, pourquoi une révélation si tardive ?

Pourquoi « tardive » ? Quels sont vos critères ? C’est toujours intéressant de nous interroger sur nos impressions premières… Car dans la perspective de la Révélation biblique et de la Tradition, la question ne se comprend effectivement pas comme un « retard » de Dieu, mais comme une pédagogie divine progressive.

En d’autres termes, Dieu se révèle dès les commencements. Dès la Création, Dieu prononce un Verbe et l’Esprit de Dieu agit (Gn 1,2). Dès la Création, la Parole de Dieu est créatrice et personnelle. Alors oui, la pleine révélation du mystère trinitaire n’était pas encore explicitée, mais elle était déjà en germe ! Selon la foi chrétienne, Dieu s’est révélé graduellement dans l’histoire. L’Ancien Testament affirme avec force l’unicité de Dieu (cf. Dt 6,4) pour préserver Israël du polythéisme ambiant, ce qui est totalement nouveau à l’époque, tout en multipliant les préfigurations du mystère trinitaire.

Mais pourquoi Dieu attend-il le Christ, non pour se révéler (nous avons vu que cela commença dès les origines), mais pour se révéler en plénitude ? Eh bien tout simplement parce que l’humanité n’était pas capable de recevoir cette Révélation auparavant ! Expliqueriez-vous de la même manière les mystères de la transsubstantiation, de l’inspiration des Écritures, de la médiation de l’Église, de l’inhabitation de l’âme ou de la Parousie du Christ, selon que vous vous adressez à une personne de cinq ans, de huit ans, de treize ans, de vingt ans, de cinquante-deux ans et de quatre-vingt-dix-neuf ans ? À chaque âge, sa révélation adaptée.

Il en est de même pour les âges de l’humanité. Cette révélation totale survient quand l’humanité est préparée à la recevoir. La venue du Christ correspond à la plénitude des temps (Ga 4,4) : un moment où les conditions spirituelles, culturelles et historiques permettent la diffusion universelle de l’Évangile. L’Église catholique enseigne que Dieu s’adapte à la capacité humaine de comprendre. Le mystère trinitaire n’est pas une découverte humaine tardive, mais une révélation divine donnée au moment opportun : si vous avez suivi FIDEO Bible, vous avez eu le temps d’approfondir à maintes reprises ce que les Pères de l’Église appellent l’ « économie du salut ». Dieu conduit l’humanité étape par étape, comme un éducateur.

Pour conclure, gardons bien à l’esprit que la révélation vise le salut humain, et non la satisfaction d’une curiosité intellectuelle de notre part ! La réponse ultime à votre question est là : la révélation – si « tardive » de votre point de vue – est tout simplement ordonnée à notre salut, et non à l’acquisition d’une connaissance. Dieu a voulu qu’il en soit ainsi. C’est forcément bon… divinement bon !

Je me dis que j’aurais tout aussi bien pu n’écrire que ce dernier paragraphe, largement suffisant, et vous renvoyer à cette question d’un autre cénacle, qui propose les éclaircissements complémentaires nécessaires : Pourquoi Jésus arrive-t-il auprès des hommes à ce moment-là ? Mais bon, comme disent les Évangiles : quod scripsi, scripsi (Jn 19,22).

Pierre G. (SEDIF)

 



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Jésus a-t-il une âme différente de la nôtre ? Dieu le Père a-t-il une âme ?

Jésus a-t-il une âme différente de la nôtre ? Dieu le Père a-t-il une âme ? La même que pour son Fils ? Est-ce l’Esprit Saint qui est l’âme commune ?

La question de l’âme de Jésus porte sur la question – essentielle – des deux natures du Verbe incarné, qui sera au cœur de la prochaine rencontre. Disons simplement à ce stade de votre parcours que Jésus étant vrai Dieu et vrai homme, il possède en tant qu’homme une nature humaine complète, donc un corps et une âme humaine, comme nous. Son âme humaine est réelle, créée, capable de souffrir, de vouloir, d’aimer, de prier. Donc oui : Jésus a une âme humaine comme la nôtre. Mais il y a une différence essentielle par rapport à nous : sa personne n’est pas une personne humaine distincte de sa divinité. C’est la Personne divine du Fils (le Verbe) qui assume cette nature humaine.

Dieu le Père quant à lui n’a pas d’âme… car il n’a tout simplement pas de corps. Une âme est le principe de vie d’un corps. Or Dieu est pur esprit, simple, immatériel : le Père n’a pas d’âme ; le Fils, en tant que Dieu, n’a pas d’âme ; l’Esprit Saint n’a pas d’âme.

Sur la place de l’Esprit dans la relation entre le Père et le Fils, je vous renvoie à cette question posée par un autre cénacle : La relation entre le Père et le Fils n’est-elle pas le Saint-Esprit ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quel est le lien entre les textes et l’économie du salut, titre de cette rencontre ?

Nous n’avons pas vu de lien entre ces textes et l’économie du salut, titre de cette rencontre…

Le P. Luc Mellet a choisi d’axer les textes sur la toute-puissance de Dieu sur le monde ; en ce sens, ils n’ont effectivement pas de lien direct avec l’économie du salut, c’est-à-dire avec la manière dont Dieu se révèle dans l’Histoire et sauve sa Création – encore que sa toute-puissance est un mode d’être à la Création… qui participe de cette économie du salut.

Disons pour faire simple que l’économie du salut est au centre de son enseignement, lorsqu’il évoque l’acte créateur ainsi que les mouvements « exitus-reditus ».

Pierre G. (SEDIF)

 



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La fonction « confessante » de l’Église renvoie-t-elle au sacrement de confession ?

Peut-être serait-il bon de donner une rapide définition, par l’étymologie par exemple, du mot « confessante » que l’on trouve dans la partie documents conciliaires. Car on a tendance spontanément à penser au sacrement de la confession.

C’est une excellente idée, merci ! On ne mesure pas toujours les glissements de sens (en l’occurrence, ici, les restrictions de sens) qui faussent la compréhension de certains mots.

Confesser le Christ, terme si cher à saint Paul notamment, a toujours renvoyé à la mission de témoigner publiquement de sa foi, plus encore en temps de persécution. On en a la trace, par exemple, dans la Lettre aux Romains : Si de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé (Rm 10,9). Les écrits du Nouveau Testament parlent également de confesser la vérité de l’Évangile malgré les pressions contraires, ce qui serait synonyme d’affirmer, de proclamer.

En d’autres termes, une Église confessante, c’est une Église qui témoigne, qui affirme publiquement sa foi, qui résiste à tout compromis avec des idéologies, pratiques ou pouvoirs qui contredisent l’Évangile. La fonction confessante, c’est le témoignage courageux et public de la foi. C’est d’ailleurs pourquoi le Credo est nommé : profession de foi ou confession.

La confession, comme sacrement, n’a d’ailleurs de sens que si elle s’inscrit dans cette dynamique : il s’agit de se reconnaître pécheur et de témoigner de la nécessité du salut.

Pierre G. (SEDIF)

 



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