Que signifie le mot « Choses » pour Teilhard et pourquoi lui mettre une majuscule ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Nous avons buté sur le mot « Choses » dans le texte de Teilhard : qu’entend l’auteur dans « Choses » et pourquoi ce « C » majuscule ?

Voilà une question amusante pour moi, du moins dans sa dernière partie… car la première fois que j’ai lu Teilhard de Chardin, il y a une vingtaine d’années, j’avais aussi été surpris par la quantité – peu commune – de majuscules à des endroits inattendus. Vous avez ainsi le mot « Réel » et « Monde » dans le premier paragraphe, etc. L’explication est en réalité assez simple : Teilhard veut simplement signaler que les réalités matérielles dont il parle ne doivent pas être appréhendées, lues et comprises comme des réalités banales, de simples objets matériels, mais comme des réalités ayant une dimension plus profonde, une portée spirituelle et cosmique.

Pour en venir maintenant au mot « Choses », il faut se rappeler que Teilhard est à la fois un scientifique paléontologue et un prêtre jésuite. Pour lui, la matière n’est pas un ensemble d’objets inertes : elle est le lieu même où se déploie la présence de Dieu (il parle souvent de « milieu divin » pour évoquer la Création dans sa dynamique) ; la matière est ainsi tout à la fois le théâtre scientifique de l’évolution et le support spirituel de la montée vers l’Esprit. La majuscule signale donc que les « Choses » renvoient à la réalité cosmique tout entière, vue dans sa signification ultime. Ce n’est pas la « chose » banale du quotidien, mais la matière (ou plutôt, la Matière, pour rester dans l’esprit de Teilhard) en tant que dimension sacrée du monde.

Dans une autre école théologique, on parlerait peut-être d’une Création en voie de divinisation : ce sont toutes les réalités matérielles (en évolution) offertes dans l’acte liturgique (la messe), porteuses d’un dynamisme spirituel (Dieu ne lâchant jamais sa Création) et destinées à être vivifiées, divinisées – Teilhard dirait plutôt « christifiées », car le Christ, en tant que Dieu fait homme, est selon lui le « point Omega » de l’évolution (le « point Alpha » étant l’acte créateur), c’est-à-dire son aboutissement par l’unification totale de toute la Création… mais j’ai peur de vous perdre en développant ce point ! Alors je m’arrête là.

Et je résume : la majuscule à « Choses » permet de désigner la réalité matérielle dans sa totalité, vue comme sacrée, en mouvement, et destinée à entrer dans l’unification du Christ cosmique. Ce mot avec majuscule exprime l’idée que les choses ne sont pas seulement matérielles : elles sont porteuses d’un sens spirituel et offertes dans la liturgie cosmique. En espérant avoir répondu à votre question…

Pierre G. (SEDIF)

 



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