11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Quelle est la différence entre « acte de se donner » et « acte de donation » ?

Quelle est la différence entre « acte de se donner » et « acte de donation » ?

La distinction entre « acte de se donner », que le P. Luc Mellet associe à Dieu, et « acte de donation », que le P. Luc Mellet attribue au Père, peut ressembler à des arguties de théologiens vétilleux, mais elle est en réalité très éclairante pour qui prend le temps de se plonger dans la vie trinitaire. Saint Thomas d’Aquin en a par exemple fait l’une des clefs de sa théologie trinitaire.

Dieu a dans sa nature même le don ; l’acte de se donner, de toute éternité, lui est propre. On ne parle pas d’une des Personnes de la Trinité, mais des trois ! Les Trois se donnent amour et vie continuellement. Le Père se donne au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit au Père et au Fils, etc. C’est un mouvement substantiel, total : c’est le propre de l’Amour – qui est, faut-il le rappeler, la nature même de Dieu – de se donner.

L’acte de donation s’intéresse quant à lui davantage à l’objet du don… L’attention est moins porté sur l’acte réflexif (« je me donne ») que sur l’objet de l’acte (« donner quelque chose »). La donation est un acte où l’on effectue un don ; ici il s’agit de toute la divinité du Père, par engendrement du Fils.

Prenons un premier exemple, pris à notre vie chrétienne : le Christ se donne sur la croix et dans l’eucharistie ; la grâce sacramentelle est l’acte de donation qui en résulte.

Prenons un autre, très concret : imaginons des parents faisant une donation à leurs enfants de 10 000 euros. Eh bien, ils pourraient le faire sans se donner réellement, parce qu’ils s’en fichent, parce que ce n’est qu’un surplus, ou tout simplement pour avoir la paix, pour ne plus être harcelé par tel enfant en difficulté ou tire-au-flanc. Il n’est pas dans la nature de l’homme de « se donner » nécessairement, ni même de faire un acte de donation.

En Dieu, c’est inconcevable : sa substance unique est de se donner totalement, et le Père fait personnellement acte de donation total à son Fils de toute cette substance. Dieu Uni-Trinité reste et restera toujours un mystère qui nous dépasse, à approfondir continuellement, mais comprendre combien Il est la perfection, à la fois de l’acte de se donner et de l’acte de donation (contrairement à nous), peut nous aider à en percevoir la grandeur et à L’aimer toujours plus.

Pierre G. (SEDIF)

 



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L’Esprit Saint dirige-t-il Jésus ?

Quel est le lien entre le Christ et l’Esprit ? Nous pensons que l’Esprit Saint dirige Jésus ?

La difficulté de votre double question tient dans le fait que la première mentionne le Christ, quand la seconde évoque Jésus… ce qui déjà exigerait quelques nuances. Par-dessus tout, il faut bien préciser le sens du mot « diriger »… Et c’est ce que nous allons faire dans cette réponse.

Gardez bien en mémoire ce que nous venons de dire à propos de l’union hypostatique : il n’y a pas de rupture en Dieu ! Le lien entre le Christ et l’Esprit est donc celui d’une communion intime au sein de la Trinité : le Fils et l’Esprit procèdent tous deux du Père ; plus encore, l’Esprit procède du Père par le Fils. Je vous renvoie à l’enseignement du frère-évêque qui évoque ce point, ainsi qu’à la FAQ FIDEO Credo, notamment à cette question : Le « Filioque » est-il une doctrine secondaire dans la foi catholique ?

L’Esprit repose sur Jésus dès son baptême, le consacre pour sa mission et agit en lui tout au long de sa vie publique. Le Christ, en tant que Fils éternel incarné, agit toujours en parfaite unité avec l’Esprit, sans séparation ni opposition. Après sa résurrection, il « donne » son Esprit à ses disciples, manifestant ainsi leur relation vivante et féconde dans l’Église. Ainsi, le Christ révèle l’Esprit et l’Esprit fait reconnaître le Christ comme Seigneur.

Comment résumer cela ? L’Esprit ne « dirige » pas Jésus au sens d’une autorité extérieure qui lui serait supérieure (pas de subordination dans la Trinité) mais, selon son humanité, Jésus se laisse tout de même conduire par l’Esprit (par exemple au désert), manifestant une obéissance parfaite au Père dans l’Esprit. Cette conduite exprime l’harmonie des personnes divines dans l’économie du salut. L’Esprit agit en Jésus et à travers lui pour accomplir l’œuvre du salut voulue par le Père. Ainsi, dire que l’Esprit « conduit » Jésus est juste si l’on comprend qu’il s’agit de son agir dans l’humanité du Christ, en parfaite unité trinitaire. Toute autre interprétation serait erronée.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quand Dieu envoie son Fils sur terre, nous permet-il d’être à son image ?

Quand Dieu envoie son Fils sur terre, il nous de permet de s’approcher de lui et d’être à son image.

Ce n’est pas à proprement parler une question de votre part, mais j’aimerais tout de même apporter une petite nuance à votre phrase : l’être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

En péchant, il n’a pas perdu l’image de Dieu, qui est constitutive de la nature humaine, résidant principalement dans les facultés spirituelles de l’âme : l’intelligence et la volonté libres. Le péché originel n’a évidemment pas détruit la nature humaine, il n’a fait « que » la blesser. Alors certes, l’image est obscurcie (notre liberté d’intelligence et de volonté est affectée), mais elle n’est pas anéantie. Si vous souhaitez approfondir ce point, vous avez, dans le Catéchisme de l’Église catholique, plusieurs paragraphes lumineux à ce sujet : le numéro 405 et – surtout – les numéros 1701-1707.

Reste la question de la ressemblance… Très tôt, les Pères de l’Église et bien des théologiens par la suite – à commencer par saint Thomas d’Aquin – ont distingué l’image de la ressemblance. Si, comme nous l’avons écrit précédemment, l’image désigne ce qui appartient à la nature, la ressemblance relève quant à elle de la grâce et de la participation à la vie divine. Par le péché originel, en se coupant volontairement de Dieu, l’humanité a perdu la grâce sanctifiante (notion qui sera approfondie dans FIDEO sacrements l’an prochain). Celle-ci est restaurée par la grâce du Christ, notamment par le baptême qui rend l’homme participant de la nature divine (cf. 2 P 1,4).

Pour résumer cela en quelques mots : le péché originel n’a pas détruit l’image de Dieu dans l’homme, mais il a enlevé la ressemblance surnaturelle que constituait la grâce. L’image subsiste au niveau naturel ; la ressemblance, au sens de la sainteté surnaturelle, est perdue puis restaurée par la rédemption.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Toutes les bonnes actions viennent-elles de l’Esprit-Saint ?

Toutes les bonnes actions viennent-elles de l’Esprit-Saint ?

L’être humain étant créé par Dieu – Père, Fils et Esprit –, tout bien véritable a naturellement et ultimement sa source en Lui : l’Esprit-Saint agit ainsi dans le cœur humain pour inspirer et soutenir les bonnes actions. Saint Paul ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit : Car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Ph 2,13).

Il y a une dépendance irréfragable de l’homme envers la grâce divine, que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même résume ainsi : Sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15,5).

Saint Thomas d’Aquin affirme dans le prolongement : « Toute vérité, quel que soit celui qui la dit, vient de l’Esprit Saint » (Somme théologique, I-II, q.109). Il faut évidemment entendre le mot « vérité » dans son sens plein et entier, et pas seulement « intellectuel » : la vérité concerne aussi nos actes, nos « bonnes actions ».

Plus encore, dans sa grande et merveilleuse encyclique “Veritatis Splendor”, qui est un véritable traité sur la liberté et la grâce, le saint pape Jean-Paul II écrit : « Sans l’aide de la grâce, l’homme ne peut observer la loi de Dieu d’une manière stable et persévérante. »

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Mais une fois écrit cela, il faut aussitôt ajouter un complément : l’être humain coopère librement avec cette grâce : ses actes ne sont pas mécaniques ni imposés. « Dieu, qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi », dit saint Augustin (Sermon 169). L’Église catholique enseigne donc que les bonnes œuvres viennent à la fois, conjointement, de la grâce divine et de la liberté humaine.

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Certaines questions posées par d’autres cénacles rejoignent en partie la vôtre : je vous invite à consulter la FAQ FIDEO Credo à ce sujet, pour approfondir… En voici par exemple une : L’Esprit Saint agit-il si on ne le demande pas et sur les non-baptisés ?

 

Pierre G. (SEDIF)

 



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Union hypostatique : le Christ est-il une personne et deux natures ?

Nous avons pensé que le Christ était 1 personne et 2 natures divine et humaine. Est-ce bien exact ?

Absolument ! Le Christ, Verbe de Dieu, est une personne divine qui a pris chair humaine : il n’est pas devenu une autre personne, sous peine d’inscrire une rupture en Dieu, mais a revêtu la nature humaine. C’est ce qu’on appelle en théologie : « l’union hypostatique » – c’est-à-dire l’union de deux natures en une seule hypostase, terme qui va être traduit par « persona » en latin.

Je vous invite vivement à regarder la FAQ FIDEO Credo qui évoque tous ces points, et notamment l’union hypostatique. Par exemple, parmi d’autres, cette question d’un cénacle : Union hypostatique : le Christ est-il tour à tour vrai Dieu puis vrai homme ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi deux jugements : Dieu fait-il un second tri ?

Pourquoi deux jugements, l’un personnel (âme), l’autre universel avec la résurrection des corps (doutes sur cette résurrection). À quoi sert ce second jugement (second tri ?) ?

Bien comprendre la complémentarité des deux jugements est une question essentielle, car il ne s’agit pas d’une répétition inutile, d’un bégaiement divin. Ces jugements répondent à deux dimensions différentes de la justice divine : la dimension personnelle et la dimension universelle.

Comme le dit très bien le Catéchisme de l’Église catholique (je vous renvoie aux numéros 1021 et 1022), chaque âme est jugée immédiatement après la mort. Ce jugement particulier porte sur la relation intime de l’âme avec Dieu : il décide du salut personnel (ciel, purgatoire ou enfer) et est définitif pour la destinée éternelle de la personne. En gros, ce jugement répond à une exigence de justice personnelle : chacun reçoit immédiatement le fruit de sa vie. L’âme n’attend pas la fin du monde pour connaître son sort. Mais ce jugement concerne l’âme séparée du corps, alors que l’homme, dans l’anthropologie chrétienne, est une unité d’âme et de corps.

Mais nous ne sommes pas des monades vivant séparément les uns des autres. Sauf à adopter une logique individualiste, il faut comprendre que le plan de Dieu respecte à la fois la liberté personnelle et la réunification de toutes réalités en Lui. C’est le rôle du jugement dernier, qui vise à restaurer l’ordre universel.

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De nouveau, je vais vous renvoyer au Catéchisme de l’Église catholique (les numéros 1038 à 1041). Il faut tout d’abord distinguer la résurrection des morts et le jugement dernier : les deux arrivent successivement.

Disons tout de go, pour répondre à votre question, que ce jugement n’est pas un « second tri » qui corrigerait le premier. Il a plusieurs finalités théologiques majeures, à commencer par celui de manifester publiquement la vérité : le jugement particulier est intime, le jugement dernier est public et cosmique ; il révèle le sens caché des actions humaines, les conséquences historiques du bien et du mal, la justice et la miséricorde de Dieu devant toute la création. Beaucoup d’actes ont des effets sociaux invisibles durant l’histoire. Le jugement dernier met en pleine lumière la vérité totale. C’est pourquoi saint Thomas d’Aquin explique par exemple que la justice divine doit être manifestée non seulement individuellement mais aussi dans l’ordre de la communauté humaine.

Le salut chrétien n’est pas seulement individuel ; il est cosmique, et c’est ce que manifeste la résurrection des corps, qui s’inscrit dans l’enfantement nouveau de toute la Création dont parle saint Paul en Romains 8. Notre destinée humaine, dans tout sa matérialité, est prise dans la destinée de la Création, dans toute sa matérialité, car cette matière est, dès les origines, l’œuvre créatrice et bonne de Dieu.

Le jugement dernier marque ainsi la fin de l’histoire, la défaite définitive du mal, la rénovation de la création (« cieux nouveaux et terre nouvelle »). C’est l’achèvement du dessein de Dieu sur le monde entier, pas seulement sur des individus isolés.

Pierre G. (SEDIF)

 



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