11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Quand le mot « Trinité » est-il apparu et quand a-t-il défini le dogme ?

Unicité de Dieu. Dieu Trinité, et ce depuis toujours, ne se dit pas comme tel dans l’AT, ni même dans le NT (même si l’Incarnation en est sans doute l’expression parfaite). Quand donc le dogme de la Trinité a-t-il été défini, nommé clairement ? Concile de Nicée ? Théophile d’Antioche, à la fin du IIe siècle, a-t-il été un des premiers à nommer clairement la Trinité (Trias) ?

Voilà une série de remarques et de questions, passionnantes d’ailleurs, qui nécessite d’être très nuancé. Tout d’abord, il faut rappeler que l’émergence d’un mot peut suivre une réalité préexistante. Prenons un exemple, tiré d’un de mes vieux cours à l’Université : le mot génocide a été inventé par Raphael Lemkin en 1943. Cela veut-il dire que le monde n’a pas connu de génocides auparavant ? Il n’y a qu’à regarder l’Histoire pour vérifier (hélas !) que ce fut bel et bien le cas.

Ainsi du terme « Trinité ». Dans le Premier Testament, il existe bien des traces de l’action du Père, du Fils et de l’Esprit, depuis la Création jusqu’à l’Incarnation en passant par les rois, les prophètes et les sages. Plus encore, le Nouveau Testament contient des formules trinitaires explicites (Mt 28,19 ; 2 Co 13,13) : Père, Fils et Esprit Saint sont associés. De même que dans mon exemple du mot « génocide », la Révélation de Dieu peut ainsi être réelle sans que le vocabulaire technique soit encore formulé. Le mot est postérieur, mais la réalité qu’il désigne est attestée dans l’Écriture et explicitée progressivement par l’Église.

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Dès le Ier siècle, nous avons des textes reprenant des formules trinitaires, essentiellement dans le contexte baptismal : le plus important d’entre eux est probablement La Didachè, à la fin du Ier siècle. Dans la foulée, Ignace d’Antioche († v. 110) parle clairement du Père, de Jésus Christ et de l’Esprit. Au IIe siècle, Justin Martyr décrit la foi chrétienne comme orientée vers le Père, le Fils et l’Esprit. Comme vous le savez pour avoir écouté le P. Luc Mellet, Irénée de Lyon parle aussi du Fils et de l’Esprit comme des « deux mains du Père ». Bref, les témoignages sont nombreux, il serait fastidieux de tous les citer.

Mais si c’est le mot « Trinité » en tant que tel qui vous questionne, alors effectivement, le terme grec trias serait apparu vers 180 chez Théophile d’Antioche ; à noter toutefois que, chez lui, la réflexion n’est pas encore formulée comme le dogme trinitaire ultérieur : la clarification théologique viendra progressivement. Le terme se répand ensuite pour préciser la foi face aux controverses, tant en Orient (Origène, Athanase, Grégoire de Nysse…) qu’en Occident, sous la forme latine Trinitas (Tertullien, Cyprien de Carthage, Augustin…).

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Reste la question du dogme. De nouveau, il convient d’être précis : la Trinité est énoncée – tel un dogme – dans quantité d’Églises à l’occasion de baptêmes. L’exemple le plus connu en Occident est le fameux « Symbole des Apôtres », que nous prions la plupart du temps : sa forme primitive – dont la rédaction est proche de la forme actuelle, avec une formulation trinitaire – est attestée vers 150-170, soit dès le IIe siècle. Mais si vous parlez d’un « dogme » au sens strict du mot, c’est-à-dire s’imposant à toute l’Église universelle par une déclaration « magistérielle » infaillible, il faut un concile… et le tout premier est effectivement celui de Nicée en 325. On peut dire qu’il s’agit de la formulation doctrinale décisive, si on ajoute la précision de la divinité de l’Esprit Saint en 381.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Le « Filioque » est-il une doctrine secondaire dans la foi catholique ?

Commémorant le 1700e anniversaire du premier concile de Nicée, sur le lieu même où il s’est tenu, le pape Léon XIV et Bartholomée de Constantinople ont conduit les chefs chrétiens dans la récitation du Credo de Nicée en anglais, en omettant la clause du Filioque. La clause du Filioque serait elle une doctrine secondaire dans la foi catholique ? Ce n’ est pas ce que j’ai compris de notre dernière réunion ?

Non, la clause du Filioque n’est pas secondaire dans la foi catholique. Pour répondre à votre question, il faudrait refaire l’historique du « Filioque », jusqu’à l’accord conclu entre Églises après le concile Vatican II. Vous avez des éléments à ce sujet dans la malle à outils ; mais voici tout de même un rapide aperçu de l’essentiel : les orthodoxes sont en grande majorité d’accord avec le « Filioque » s’il est bien compris, c’est-à-dire à la condition d’avoir en tête que le Père seul est principe de tout.

La formule du « Filioque » étant ambiguë pour les orthodoxes (mais non erronée), le pape a choisi de l’omettre, surtout qu’il se trouve en terre majoritairement orthodoxe. En un sens, il a fait sien le célèbre adage de S. Ambroise de Milan : « Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit. »

Il aurait aussi pu choisir une option qui est parfois retenue dans certaines célébrations œcuméniques, à savoir la formule suivante : « Il procède du Père par le Fils ». Comme l’explique très bien le père-évêque dans son enseignement, c’est l’interprétation du « Filioque » sur laquelle sont tombés d’accord catholiques et orthodoxes après le concile Vatican II.  Le « Filioque », avec cette formulation, est ainsi bien explicité et admis par tous. Reste à ce que cela s’installe dans les us et coutumes, de part et d’autre.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Que signifie le verbe « procéder » et pourquoi parler de « procession » ?
=> Qu’est-ce qui distingue la procession de l’engendrement ?
=> L’Esprit est-il consubstantiel au Père et au Fils ?

 



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Pourquoi, dans la liturgie, disons-nous tantôt « je crois », tantôt « nous croyons » ?

Pour certaines cérémonies, on utilise la triple profession de foi baptismale (notamment pour la Vigile Pascale, qu’il y ait ou non des baptêmes) ; et les réponses de l’assemblée sont soit « je crois », soit « nous croyons ». Si le « je » nous engage plus intimement (cf. le polycopié : « En disant ‘je crois’, le croyant est amené à opérer en lui-même un travail intérieur. ») le « nous » a une dimension plus communautaire (cf. le polycopié : Identité chrétienne et appartenance à une même communauté fondée sur la foi des apôtres.) Nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur la « bonne » réponse !

Cette question touche à une double dimension très profondément inscrite dans la liturgie… et dans notre foi chrétienne. Dans la profession de foi baptismale (notamment à la Vigile pascale), l’alternance entre « je crois » et « nous croyons » n’est effectivement pas accidentelle. Elle exprime deux dimensions complémentaires de la foi chrétienne : personnelle et ecclésiale.

Le « je crois » manifeste la foi comme un acte personnel. Le « je crois » est tout simplement, d’abord, la forme baptismale traditionnelle. Dans l’Église ancienne, le baptême se faisait par une triple interrogation : « Crois-tu en Dieu le Père… ? » – « Crois-tu en Jésus Christ… ? » — « Crois-tu en l’Esprit Saint… ? » Et le candidat répondait à chaque fois : « Je crois ». Pourquoi au singulier ? Parce que la foi n’est pas une adhésion vague ou collective. Elle est un acte personnel, libre, conscient. On ne peut pas croire à la place de quelqu’un. Même si l’on est porté par la foi de l’Église (et, pour un enfant, par celle des parents et parrains), chacun doit un jour répondre en son nom propre. Dire « je crois », c’est donc affirmer sa foi personnellement, renouveler les promesses de son propre baptême, s’engager à nouveau devant Dieu. À la Vigile pascale, même sans baptêmes, l’assemblée renouvelle sa propre foi baptismale : chacun parle en son nom.

Mais alors, me direz-vous, pourquoi ce « nous » qui surgit tout à coup ? Tout simplement pour manifester que notre foi, aussi personnelle soit-elle, est prise dans la foi de l’Église. Le « nous croyons » exprime une autre vérité essentielle : la foi chrétienne n’est pas individuelle, elle est ecclésiale. On ne croit jamais isolément. On reçoit la foi : de la prédication de l’Église, de la Tradition, de la communauté croyante. Quand ce nous a-t-il commencé à émerger ? On en a la trace dès les Actes des Apôtres : L’Esprit Saint et nous… (Ac 15). Il n’est pas question ici d’un acte de foi, mais c’est déjà le signe visible et éclatant d’une dimension communautaire de l’Église.

Dès lors, cette dimension ecclésiale s’est traduite en bien des endroits, dont les actes de foi : le Credo de Nicée-Constantinople, dans sa forme originelle grecque, commence d’ailleurs par : « Nous croyons » (pisteuomen). C’était la confession commune des évêques réunis en concile. Dire « nous croyons », c’est donc affirmer la foi de l’Église tout entière, se reconnaître membre d’un corps, confesser que la foi dépasse ma compréhension personnelle.

La liturgie joue volontairement sur ces deux dimensions. Sans le « je », la foi risquerait de devenir impersonnelle, sociologique. Sans le « nous », elle risquerait de devenir individualiste, subjective. Le christianisme est précisément l’union des deux : Je crois — mais jamais seul. Nous croyons — mais chacun personnellement. On pourrait dire en quelque sorte que le « je » protège la liberté, le « nous » protège la vérité reçue.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment être « sujet » quand l’Esprit-Saint prend les commandes de notre vie ?

Comment être « sujet » quand l’Esprit-Saint prend les commandes de notre vie ? En effet, le texte du Jésuite Louis Lallemant invite à « suivre l’attrait intérieur du Saint-Esprit », « être tellement possédés et gouvernés par l’ES que ce soit lui seul qui conduise toutes nos puissances ».

Pensez-vous que le Christ, qui suit pleinement et parfaitement l’attrait intérieur du Saint-Esprit, n’est plus sujet ? Qu’il perd sa liberté ? En suivant les impulsions de l’Esprit Saint, la Vierge Marie est-elle devenue un pantin privé de volonté propre ? Lorsque les saints agissent sous l’action de l’Esprit, deviennent-ils des marionnettes ?

C’est que, pour un chrétien, être conduit par l’Esprit-Saint ne supprime en aucun cas la liberté du sujet humain. Au contraire, l’Esprit accomplit cette liberté, la porte à sa pleine dimension. Dieu ne remplace jamais la personne : il éclaire l’intelligence, fortifie la volonté et purifie le cœur pour que l’homme agisse plus pleinement comme fils de Dieu.

Quand Louis Lallemant parle d’être « possédés et gouvernés » par l’Esprit, il décrit une docilité intérieure, non une dépossession psychologique ou mécanique. Le chrétien demeure responsable de ses choix et doit discerner les motions intérieures à la lumière de l’Église catholique, de la charité et de la paix évangélique.

Je vous invite à relire le (beau) chapitre 8 de la Lettre aux Romains, dans laquelle saint Paul détaille la vie dans l’Esprit, avec ce verset en point d’orgue : Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu (Rm 8,14). Être sujet, dans cette perspective, c’est consentir librement à l’action divine jusqu’à vouloir ce que Dieu veut. Plus l’homme est uni à Dieu, plus il devient lui-même, car la grâce ne détruit pas la nature : elle la perfectionne.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Rm 5,20 : pourquoi la faute doit-elle se multiplier ?

Rm 5,20 : « Quant à la loi de Moïse, elle est intervenue pour que se multiplie la faute », nous n’avons pas compris ce passage… Pourquoi la faute doit elle se multiplier….?

En Rm 5,12-21, saint Paul compare Adam et le Christ. Par Adam, le péché et la mort entrent dans le monde ; par le Christ viennent la grâce et la vie. C’est dans ce contexte qu’intervient le verset que vous citez et que je reproduis dans son intégralité pour éviter tout contre-sens : Quant à la loi de Moïse, elle est intervenue pour que se multiplie la faute ; mais là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que S. Paul ne dit pas que Dieu veut le péché. Il affirme simplement que la Loi (la Torah) révèle et met en lumière le péché. Avant la Loi, le mal existait, mais sans être clairement nommé comme transgression. En donnant des commandements précis, la Loi rend la faute consciente et manifeste : ce qui était diffus devient identifiable comme désobéissance. Ce premier point est fondamental, car S. Paul aborde régulièrement la Loi dans ses lettres, notamment en comparaison avec l’Esprit, ayant l’air parfois de la relativiser, voire de l’abolir définitivement ; dans certains passages toutefois, il manifeste son obéissance à cette même Loi, de sorte qu’on peut être perdu si l’on ne prend pas le temps de lire ses lettres avec attention et de se rappeler qu’il est d’abord et avant tout Juif.

Une fois ce point bien compris, répondons à votre interrogation : la Loi, bonne en elle-même, se heurte au cœur humain marqué par le péché ; elle peut même provoquer la révolte (cf. Rm 7). Ainsi, la faute se « multiplie-t-elle » non parce que la Loi est mauvaise, mais parce qu’elle dévoile l’ampleur du mal et l’impuissance de l’homme à se sauver par lui-même.

Le but n’est donc pas la multiplication du péché, mais la manifestation d’un besoin plus grand encore : celui de la grâce. Là où le péché apparaît dans toute sa gravité, la grâce du Christ se révèle surabondante. C’est pourquoi il faut bien ressaisir ce verset dans son intégralité, avec sa finale.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment Dieu s’implique-t-il dans les épreuves qui nous arrivent, individuellement et collectivement ?

Karl Rahner dit que la toute-puissance de Dieu est amour… Comment expliquer alors toutes les injustices ? Comment Dieu s’implique-t-il, veut-Il les épreuves qui nous arrivent, individuellement et collectivement ?

C’est une question que l’on n’a jamais fini de creuser, au fil des ans et des épreuves. Elle ne trouve pas sa résolution dans un raisonnement logique, mais dans une attitude intérieure, humble et offerte à l’Amour (Dieu).

Clarifions un point pour commencer : Dieu ne « veut » pas les épreuves ; la question reste donc celle de son implication, à laquelle je n’ai nulle prétention d’y répondre en quelques mots…

Plutôt qu’un long raisonnement, une parole de Paul Claudel peut ici nous aider : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. » La réponse de Dieu à la souffrance et aux injustices est le don total de Lui-même, pour nous, parce qu’Il est pur Amour, Amour total, Amour vainqueur ultimement. Le Christ le dit lui-même à ses disciples : Dans le monde, vous aurez à souffrir, mais gardez courage, j’ai vaincu le monde (Jn 16,33).

Double implication donc : une implication intime, par sa présence à nos côtés dans les épreuves ; une implication dans l’Histoire, par la victoire finale du Fils sur le mal.

Pierre G. (SEDIF)

 



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