11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Comment parler de toute-puissance divine quand on voit que Dieu est aussi limité ?

La Toute-Puissance de Dieu pose le problème de sa délimitation car si Dieu est tout puissant, il est aussi limité : par exemple, Dieu ne peut pas mentir. Comment résoudre ce paradoxe où le Tout-Puissant est incapable d’accomplir ce que n’importe quel enfant accomplit ?

Ce point est justement au cœur du texte de Karl Barth : la toute-puissance est indissociable de la paternité de Dieu, pas au sens de la paternité humaine, mais au sens de la plénitude d’amour d’un Dieu qui se donne. Les théologiens, dès les premiers siècles, ont abordé ce paradoxe. Ils ont résumé leur réponse de la manière suivante : Dieu ne peut pas faire certaines choses non pas parce qu’il Lui manque de la puissance, mais parce que ces choses ne sont pas des actes de puissance.

Prenons le cœur de votre question : un enfant peut naître, changer, apprendre, devenir autre. Dieu, lui, ne peut pas. Est-ce une faiblesse, une faille dans sa toute-puissance ? Non, c’est précisément l’inverse.

Dans la théologie de saint Thomas d’Aquin, Dieu peut faire tout ce qui est possible à l’exception des contradictions (« un cercle carré ») et des imperfections (« être moins que parfait »). Ce n’est pas que Dieu est limité, c’est qu’il ne serait tout simplement plus Dieu. Dieu est l’Être pleinement accompli. Il ne lui manque rien. Il ne connaît pas le péché qui est l’absence de bien… donc de Dieu. En ce sens, je corrigerais votre question : le Tout-Puissant est tout à fait capable d’accomplir ce que l’enfant accomplit, tant que ce n’est pas une négation de Lui. Ce serait comme reprocher à un homme en bonne santé d’être « moins capable » qu’un enfant car il ne peut pas être malade ou connaître certaines maladies.

On pourrait le résumer sous la forme d’un syllogisme presque caricatural :
1/ Le mensonge est l’omission ou la privation d’une vérité (ce n’est pas quelque chose en soi).
2/ Dieu est la vérité parfaite.
3/ Le mensonge est donc comme l’omission de Dieu.
4/ Dieu ne peut mentir sous peine de se priver de lui-même.

Il y aurait encore beaucoup à développer, en apportant quelques nuances supplémentaires, mais je m’arrête là à ce stade. Si cela ne vous paraît pas clair ou satisfaisant, je prolongerai avec vous la réflexion.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment définir l’unité de l’Église ?

Comment définir l’unité de l’Église ?

À cette question, c’est encore le catéchisme de l’Église catholique qui y répond le mieux, de manière claire et synthétique, dès le premier paragraphe de sa partie consacrée à « l’Église une » :

« 813 L’Église est une de par sa source : « De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en ‘l’Esprit Saint » (UR 2).

L’Église est une de par son Fondateur : « Car le Fils incarné en personne a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps » (GS 78, §3).

L’Église est une de par son « âme » : « L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe de l’Unité de l’Église » (UR 2). Il est donc de l’essence même de l’Église d’être une. »

Je vous recommande, si vous avez le temps, de lire des numéros 813 à 822, car il y est aussi question des blessures dans l’unité et de cette tension eschatologique vers l’unité totale. Il est probable que votre question vienne de l’un ou l’autre de ces points.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Jésus est-il le fils biologique de Marie ?

Si Jésus est né avant tous les siècles, que Dieu ne s’est pas uni à Marie (qui est toujours Vierge), que Jésus est de même substance que le Père, Jésus est-il le fils « génétique » de Marie ?

Eh bien voilà une question à la fois fort amusante et intéressante !

Jésus possède une vraie nature humaine, donc un corps réel. Il est né de Marie et reçoit d’elle sa nature humaine. En ce sens, on peut dire qu’il est réellement son fils, non pas seulement au plan légal ou symbolique, mais selon une maternité authentique, biologique.

Le « comment » précis – y compris l’ADN de Jésus, par exemple, qui n’a pas de père biologique – relève du mystère : l’Église confesse le fait surnaturel de la conception virginale sans en proposer un mécanisme scientifique. L’essentiel est que Jésus est vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père selon la divinité, et consubstantiel à nous selon l’humanité reçue de Marie.

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Je vous invite pour conclure à revoir l’enseignement du P. Nicolas Germain sur les deux natures du Christ (rencontre n°5), qui développe et complète cette courte réponse.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment peut-on parler de fécondité en Dieu ?

Quand on parle de « fécondité », est-ce qu’on peut plus détailler ? Fécondité de l’amour de Dieu ? …

Ne connaissant pas par cœur l’enseignement du P. Luc Mellet, je ne me rappelle plus exactement où il parle de « fécondité ». Mais comme nous sommes dans la rencontre portant sur l’unicité de Dieu, j’imagine sans peine qu’il l’emploie dans un sens intra-trinitaire, c’est-à-dire au sein même de la Trinité.

Il ne faut évidemment pas comprendre le terme « fécondité » dans un sens biologique, physique ou temporel. Il s’agit ici d’une analogie qui vise à exprimer l’inépuisable vie qui circule en Dieu. La fécondité est ici spirituelle, éternelle, immatérielle, exprimant l’engendrement du Fils et la spiration de l’Esprit. De là découlent effectivement toute les fécondités, à commencer par celle de l’amour de Dieu pour sa Création.

On pourrait l’exprimer autrement : nous le voyons dans notre quotidien, dès lors que nous sommes en relation d’amour et de vie, dès lors que l’amour et la vie circulent, il y a une fécondité ; une graine plantée et arrosée régulièrement donne une fleur ou un arbre, l’amour prodigué à nos enfants leur donne l’équilibre, etc. Eh bien, en Dieu qui est relation, l’Amour et la Vie circulent à fond de toute éternité ! N’est-ce pas THE fécondité absolue ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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L’engendrement est-il un flux éternel par lequel le Père transmet sa substance au Fils ?

Peut-on résumer ainsi l’engendrement : « L’engendrement est le flux éternel par lequel le Père transmet sa propre substance au Fils (la substance fait référence à l’hypostase du Père) » ?

Votre formulation contient selon moi une intuition juste, une image imparfaite et un problème majeur.

Ce qui est juste, c’est de dire que l’engendrement est éternel, que cet engendrement désigne une communication réelle du Père au Fils et qu’il fonde par-là même la distinction personnelle Père/Fils.

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L’image du flux n’est pas fausse dans l’absolu, mais elle est imparfaite : elle implique un transfert de substance, au sens d’un écoulement (voire, si on absolutisait, d’une division). Je ne suis pas contre utiliser cette image, à condition de se rappeler que l’engendrement est une procession intellectuelle : il n’y a pas de déperdition… un peu comme une parole procède de l’intelligence, sans rien retirer à l’intelligence. Là non plus, il ne faut pas absolutiser cette image, car parole et intelligence ne sont pas consubstantielles. Bref, toute comparaison, toute image a sa limite.

Si l’on veut être au plus près de la réalité, il faudrait reprendre l’idée de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin qui disent que le Fils procède comme le Verbe que l’intelligence engendre en se connaissant… Qu’est-ce à dire ? Je vais essayer d’être simple, en reprenant l’explication qu’en donne saint Augustin notamment. Quand tu penses à toi-même, ton esprit forme en lui une idée de toi. Cette idée n’est pas un objet extérieur, mais naît à l’intérieur de ton intelligence, exprimant ce que tu es. Les philosophes appellent cette idée intérieure un verbe mental (un « mot intérieur »). Par exemple : tu comprends ce qu’est un triangle, ton esprit forme le concept de triangle, ce concept est comme un « mot intérieur » engendré par ton intelligence. Ce n’est pas créé avec du temps ou de la matière : c’est un acte intellectuel. C’est ce processus que saint Augustin applique à Dieu : Dieu se connaît parfaitement et en se connaissant, il engendre un Verbe intérieur. Mais contrairement à notre idée mentale, qui est nécessairement imparfaite et accidentelle, en Dieu, le Verbe est parfait et subsistant. Autrement dit : le Verbe que Dieu engendre en se connaissant est si parfait qu’il est une Personne divine : le Fils. Ou encore : le Fils est comme la Pensée parfaite que Dieu a de lui-même — une Pensée si parfaite qu’elle est une Personne. Quel mystère tout de même ! On ne fait que s’approcher sans jamais saisir…

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Enfin, le problème majeur de votre proposition réside dans la confusion entre « substance » et « hypostase » : la substance est ce que Dieu est (nature divine unique) et l’hypostase désigne qui Dieu est – Père, Fils et Esprit. Le Père ne transmet pas son hypostase au Fils : il communique l’unique nature divine. Si le Père transmettait sa propre hypostase, soit il cesserait d’être Père (ce qui est absurde), soit le Fils serait identique au Père (modalisme), soit il y aurait deux substances divines (trithéisme).

Pierre G. (SEDIF)

 



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« Père » : pourquoi est-ce le masculin et non le féminin qui est divinisé ?

Les diverses réflexions sur cette rencontre ont commencé par la notion de « Père » et quelques interrogations : pourquoi est-ce le masculin qui est divinisé ? Qu’a-t-il de plus que le féminin pour que Dieu soit nommé au masculin ?

Sur ce point, il y a des divergences entre différentes écoles théologiques, mais qu’on peut en partie réconcilier me semble-t-il.

Rappelons-nous en préambule cet adage de saint Thomas d’Aquin, qui affirmait que Dieu n’est pas connaissable en soi, mais pour soi : « Ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons plus par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est. » Donc tout ce que nous disons de Dieu est sous forme d’ « analogie », et non de descriptions physiques. Ainsi en est-il du mot « Père ».

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Le P. Christian Salenson, dans une conférence récente donnée à Nîmes, expliquait qu’on pouvait appeler la première « personne » de la Trinité : Père, Mère ou Tata ! Derrière le caractère un peu provocateur de son propos, selon lui, ce nom est purement contextuel, c’est-à-dire qu’Il est nommé « Père » parce que la société de son temps valorisait le Père comme autorité (aujourd’hui, on dirait qu’elle était patriarcale) ; Jésus n’aurait ainsi fait que reprendre les codes de son époque, pour être compréhensible par tous.

Une autre école théologique affirme quant à elle que, si Dieu a bien une dimension maternelle dans la Bible (par exemple, dans le Premier Testament, quand il est questions des « entrailles » de Dieu ou quand Dieu console, enfante son peuple, etc.), Il est bien essentiellement Père. Pour ces théologiens, non seulement la société juive n’était pas « patriarcale » (ex : on est Juif, donc rattaché à l’Alliance, par la mère), mais de plus, le Père a des caractéristiques… de Père : cela touche à la relation d’origine. Si cela vous passionne, je vous renvoie au passionnant ouvrage introductif de Jean-Pierre Batut, Dieu le Père tout-puissant, paru à la fin du siècle dernier.

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Pour moi (au sens du « pour soi » de saint Thomas), les deux sont vrais : on peut tout à fait appeler la première « personne » de la Trinité, « Mère » – avec « Tata », en revanche, nous perdons l’analogie, donc cela ne me paraît pas approprié. Mais à condition de se rappeler constamment que l’engendrement du Fils n’est en rien biologique, contrairement à notre réalité humaine. Car c’est cela que rappelle le terme « Père » attribué à Dieu : il indique d’emblée que cette forme d’engendrement est tout autre. La maternité, dans notre expérience humaine, est liée au corps, à la gestation, à la transformation, à la séparation physique ; il ne faudrait pas que le nom de « Mère » suggère un changement, une division ou une dépendance — ce qui serait faux pour Dieu.

Enfin, ultime réflexion : si nous admettons que « ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons plus par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est », alors pourquoi ne pas humblement reprendre le terme employé par le Christ, puisqu’il est vrai Dieu et vrai Homme, puisque quiconque l’a vu a vu le Père ? In fine, c’est Lui – chemin, vérité et vie – qui sait le mieux de quoi il parle ! Au fond, l’Église ne choisit pas les noms : elle les reçoit de ceux qui les donnent, à commencer par le Verbe de Dieu. Mais nous sommes davantage ici dans une attitude spirituelle que dans un débat théologique.

Pierre G. (SEDIF)

 



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