« Père » : pourquoi est-ce le masculin et non le féminin qui est divinisé ?
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Les diverses réflexions sur cette rencontre ont commencé par la notion de « Père » et quelques interrogations : pourquoi est-ce le masculin qui est divinisé ? Qu’a-t-il de plus que le féminin pour que Dieu soit nommé au masculin ?
Sur ce point, il y a des divergences entre différentes écoles théologiques, mais qu’on peut en partie réconcilier me semble-t-il.
Rappelons-nous en préambule cet adage de saint Thomas d’Aquin, qui affirmait que Dieu n’est pas connaissable en soi, mais pour soi : « Ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons plus par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est. » Donc tout ce que nous disons de Dieu est sous forme d’ « analogie », et non de descriptions physiques. Ainsi en est-il du mot « Père ».
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Le P. Christian Salenson, dans une conférence récente donnée à Nîmes, expliquait qu’on pouvait appeler la première « personne » de la Trinité : Père, Mère ou Tata ! Derrière le caractère un peu provocateur de son propos, selon lui, ce nom est purement contextuel, c’est-à-dire qu’Il est nommé « Père » parce que la société de son temps valorisait le Père comme autorité (aujourd’hui, on dirait qu’elle était patriarcale) ; Jésus n’aurait ainsi fait que reprendre les codes de son époque, pour être compréhensible par tous.
Une autre école théologique affirme quant à elle que, si Dieu a bien une dimension maternelle dans la Bible (par exemple, dans le Premier Testament, quand il est questions des « entrailles » de Dieu ou quand Dieu console, enfante son peuple, etc.), Il est bien essentiellement Père. Pour ces théologiens, non seulement la société juive n’était pas « patriarcale » (ex : on est Juif, donc rattaché à l’Alliance, par la mère), mais de plus, le Père a des caractéristiques… de Père : cela touche à la relation d’origine. Si cela vous passionne, je vous renvoie au passionnant ouvrage introductif de Jean-Pierre Batut, Dieu le Père tout-puissant, paru à la fin du siècle dernier.
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Pour moi (au sens du « pour soi » de saint Thomas), les deux sont vrais : on peut tout à fait appeler la première « personne » de la Trinité, « Mère » – avec « Tata », en revanche, nous perdons l’analogie, donc cela ne me paraît pas approprié. Mais à condition de se rappeler constamment que l’engendrement du Fils n’est en rien biologique, contrairement à notre réalité humaine. Car c’est cela que rappelle le terme « Père » attribué à Dieu : il indique d’emblée que cette forme d’engendrement est tout autre. La maternité, dans notre expérience humaine, est liée au corps, à la gestation, à la transformation, à la séparation physique ; il ne faudrait pas que le nom de « Mère » suggère un changement, une division ou une dépendance — ce qui serait faux pour Dieu.
Enfin, ultime réflexion : si nous admettons que « ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons plus par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est », alors pourquoi ne pas humblement reprendre le terme employé par le Christ, puisqu’il est vrai Dieu et vrai Homme, puisque quiconque l’a vu a vu le Père ? In fine, c’est Lui – chemin, vérité et vie – qui sait le mieux de quoi il parle ! Au fond, l’Église ne choisit pas les noms : elle les reçoit de ceux qui les donnent, à commencer par le Verbe de Dieu. Mais nous sommes davantage ici dans une attitude spirituelle que dans un débat théologique.
Pierre G. (SEDIF)
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