10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Gn 1-2 – Les deux récits de la création appartiennent-ils à des traditions différentes ?

À propos des différentes traditions que l’on trouve dans la Bible, nous nous sommes demandés si les deux récits de la Création que l’on trouve dans la Genèse appartiennent à des traditions différentes… Est-ce le cas ? Si oui, à quelle(s) tradition(s) ?

Vous apportez à votre question un début de réponse parfaitement justifiée : oui, à la place des deux Décalogues, nous aurions pu prendre les deux récits de la Création comme exemple de deux traditions qui coexistent dans la Bible.
 
Le premier récit est de tradition sacerdotale : centré sur le chiffre 7 et s’achevant comme une liturgie avec le Sabbat, il ne présente l’homme qu’à la fin en insistant particulièrement sur sa dimension spirituelle et parfaite, puisqu’il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Formellement, le récit est proche d’un chant ou d’un poème.
 
Le second récit est en quelque sorte moins exalté, plus terre à terre, centré sur l’homme. Dieu – appelé « Yahvé Dieu », contrairement au premier récit – parle peu et a certains traits anthropomorphiques. Il ne s’agit plus ni de liturgie ni de chant ou de poème, mais bien d’un texte en prose dans lequel l’homme est montré comme un être charnel et mortel. De quelle tradition est ce texte ? C’est là que cela se corse… Il n’a ni le style de la tradition sacerdotale ni celui de la tradition deutéronomiste, en dépit de quelques similitudes. Alors ? Eh bien, pendant fort longtemps, on a parlé d’un courant yahviste –thèse aujourd’hui fortement remise en cause, comme dit dans mon enseignement. Restons-en simplement au fait qu’en marge des deux grandes traditions présentées, il existe d’autres traditions anciennes et minoritaires, qui ont également apporté leur contribution à la Révélation biblique.

Pierre G. (SEDIF)

Pour aller un peu plus loin :
– TEXTE – P. Jacques Nieuviarts et Anne Soupa, Pourquoi deux récits de la Création ? (La Croix)
– TEXTE – P. Philippe Abadie, Pourquoi y a-t-il deux récits de la Création dans la Bible ? (RCF)
– VIDEO – Fr. Olivier Catel op, La Création en deux récits (06’03 »)

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE



 

Pourquoi existe-t-il un décalage de numérotation entre la Bible et l’Office liturgique ?

Pourquoi ce décalage de numérotation entre la Bible et l’Office liturgique ? (Ça complique un peu les choses !)

Discussion sur la numérotation des psaumes : Ps 77(78)… Bien que nous sachions l’origine de cette numérotation, pourquoi ne pas définitivement adopter que ce soit le psaume 77 ou le psaume 78 dans notre traduction ?

Pour répondre à  la première question, que je comprends sans peine tant cela m’agace parfois également : il y a, pour faire simple, deux manières de découper le psautier, qui renvoie grosso modo aux deux canons (TaNaK et Septante) que je vous ai mentionnés lors de la deuxième rencontre.

Le découpage en chapitres et en versets est une invention tardive (XIIIe siècle) : il s’est fait en fonction de la Bible qui avait cours… Ce n’est donc pas un décalage de numérotation entre la Bible et l’Office liturgique, comme vous le mentionnez, mais entre deux canons ; selon que telle ou telle Bible suit le TaNaK ou la Septante, cela donne une classification différente.

Pour en savoir plus, je vous renvoie à cet article qui va à l’essentiel : Pourquoi les psaumes ne sont pas toujours numérotés de la même façon ?

*

Pour répondre à la seconde question, on pourrait dire en un sens que chaque traduction adopte définitivement une numérotation… Il est certain que ce serait plus pratique pour nous si toutes les traditions se mettaient autour de la table pour valider une numérotation commune. Au fond, cela participe de la « tunique déchirée » du Christ : l’unité est à faire en toutes choses, dans les grandes (avec les Juifs, avec nos frères orthodoxes et protestants…) comme dans les petites.

Pierre G. (SEDIF)

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE



 

 

Prédestination : notre chemin est-il déjà tracé ?

Nous avons eu un gros débat entre nous sur la prédestination. Est-ce que le chemin est déjà tracé ou non ? Certains pensent que le chemin est tracé ; d’autres pensent que Dieu nous laisse libres de nos choix pour tracer nos chemins propres librement, il est toujours près de nous.

La question de la prédestination est l’une des plus complexes de la théologie ; elle a fait couler beaucoup d’encre et suscité bien des débats. C’est qu’il faut tenir ensemble deux affirmations apparemment contradictoires : Dieu sait tout et peut tout ; Il laisse l’homme totalement libre. Si l’une de ces deux affirmations est minimisée, il y a erreur… Alors, comment faire ?

Cela suppose de bien comprendre la liberté dont nous parlons : nous ne choisissons pas ce que nous sommes, pour une grande part du moins : mes parents, la culture dans la quelle je nais, mon sexe, ma couleur de cheveux, mon patrimoine génétique, mes blessures et même mes goûts… Tout m’est donné initialement. On peut décider d’orienter différemment tel ou tel aspect, mais dans le fond, ce que nous sommes est hérité. Notre liberté est donc dans le consentement à ce donné… C’est ce qui va déterminer le chemin que nous allons prendre ; ce dernier n’est pas totalement tracé mais, du fait que nous sommes des êtres seconds, il est tout de même bien balisé.

Et où est Dieu sur ce chemin ? On pourrait prendre l’image d’une montagne : nous sommes destinés à la gravir, d’une manière ou d’une autre. Alors nous montons, parfois en faisant du hors piste, parfois en se prenant quelques buissons et autres pièges. Dieu, quant à Lui, se tient tout en haut de la montagne, saisissant tout de son regard tout-puissant, nous laissant libre de gravir comme nous l’entendons, n’intervenant que si nous le sollicitons… Comme toute image, elle est imparfaite, mais vous avez l’idée générale.

Pierre G. (SEDIF)

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE



 

 

Faut-il discréditer Jean comme auteur de l’évangile sous prétexte qu’il n’est pas cultivé ?

La réflexion sur l’auteur de l’Évangile de saint Jean nous a surpris parce qu’on n’avait jamais entendu ça. De plus, dans la vidéo, nous apprenons que l’évangile de Jean a été écrit bien après la mort de Jésus. Jean a donc eu le temps de méditer, de se former, de prier avant d’écrire l’Évangile. Je trouve étonnant que l’auteur justifie le fait que cet Évangile ait été écrit par une communauté proche de Jean parce que ce dernier n’était pas aussi cultivé alors qu’il fut le disciple qui a été le plus proche du Christ et qui a été enseigné par Marie.

L’Évangile « attribué » à Jean, selon l’auteur, ou aurait été écrit vraisemblablement par un disciple proche de Jésus, fruit d’une longue et profonde méditation, dont Jean l’apôtre simple et frustre pêcheur aurait été incapable. (Argument qui nous a choqué : plein d’apriori et d’une méconnaissance de la vie spirituelle un peu gênante pour un franciscain.) Parle-t-on du même Jean, déjà disciple du Baptiste, disciple de Jésus pendant trois ans, l’un des trois présents au Thabor, seul disciple séraphique à qui Jésus confie sa Mère, seul disciple fidèle à la vraie trempe du martyr au pied de la croix, qui « vit et cru » au tombeau vide, témoin du Christ ressuscité, régénéré à la réception du saint Esprit à la Pentecôte ? Mais c’est vrai, il lui manquait son diplôme de Théologien. J’oubliais, seul disciple à n’avoir pas avoir trahi, témoin du dialogue entre Jésus et Pierre qui conforte Pierre, malgré son reniement, dans son rôle de berger des agneaux et des brebis. Éloi Leclerc était-il le même que quand il avait 18 ans… ? Faut-il être un érudit pour accéder à ces sommets spirituels… ? Ne serait-ce pas plutôt un obstacle ?

C’est amusant : le texte d’Éloi Leclerc était jusqu’à présent le seul à faire l’unanimité, sans réserve, au sein des cénacles… Et en deux retours consécutifs, l’équilibre a été rétabli. Et c’est tant mieux : cela montre qu’il y a bien des demeures dans la maison du Père. C’était notre pari initial de prendre des textes très différents, puisant à différentes manières d’appréhender la Bible. Éloi Leclerc représentait par exemple toutes les possibilités de lecture spirituelle de la Bible (mais scientifiquement rigoureux).

Il serait trop long de répondre sur chaque point : contentons-nous de quelques remarques, sur les critiques principales qui sont faites au texte.

*

D’abord et avant tout, Éloi Leclerc ne pense pas du tout l’opposition « homme intellectuel » / « homme simple » telle qu’écrit ci-dessus… Il écrit en réalité le contraire dans toute la première partie de son texte. Par ailleurs, pour répondre à une autre remarque, la Vierge Marie a certes pu enseigner Jean (pour autant qu’on en sache quelque chose), mais la fréquentation de la Vierge n’entraîne généralement pas l’irruption d’un super-pouvoir théologique !

Il convient de poser d’emblée une distinction : il y a d’une part, la beauté intérieure, surnaturelle ; d’autre part, les capacités concrètes, naturelles… Mélanger les deux en spiritualisant les réalités humaines, voilà qui est souvent dangereux. Éloi Lerclerc explique simplement que la construction, la langue et le vocabulaire employés par l’auteur du 4e évangile présupposent une éducation (= une construction intellectuelle) élevée. Il est impossible pour un simple pêcheur d’acquérir une telle éducation… sauf par une grâce qui contredirait la nature (rien n’étant impossible à Dieu, on pourrait l’imaginer, à condition d’extrapoler). Ou alors, ce serait comme penser qu’on peut devenir ébéniste parce qu’on a appris à tailler un crayon. En d’autres termes, on peut s’élever à des sommets mystiques de compréhension et d’union à l’Amour divin (comme la Vierge, par exemple), la grâce jamais ne vient contredire la nature. Ce n’est pas une question de sainteté personnelle, ni de pénétration du mystère, ni de grandeur surnaturelle, ni de fidélité jusque dans la passion du Christ, mais une simple question d’expression écrite de ce mystère, c’est-à-dire d’un savoir-faire tout bêtement naturel.

*

Deux remarques, enfin, plus anecdotiques.

Attention à ne faire des conclusions trop hâtives : si l’évangile de Jean est le plus tardif dans sa rédaction finale, il présente plusieurs traces de rédaction successives ; et rien ne prouve que Jean ait été « le disciple le plus proche du Christ »… une certaine tradition l’affirme, et chacun est libre de le croire évidemment, mais en vérité, on n’en sait fichtre rien. Pour finir sur la question de la rédaction des écrits attribués à Jean, je vous renvoie à cette question dans la FAQ : L’apôtre Jean est-il finalement l’auteur du 4e évangile ?

Enfin, il y a peut-être dans certaines remarques une confusion entre les propos d’Éloi Leclerc et ceux de Jean Zumstein. Sur la forme, sachez que le premier est un prêtre et religieux franciscain quand l’autre est un théologien suisse protestant, laïc, marié et père de famille. Ils ont des approches et des vies totalement différentes : le premier est un spirituel, un priant, quand le second est un exégète qui a passé sa vie à étudier scientifiquement le corpus johannique. Il me semble qu’il faut bien distinguer ce qui relève de l’un et de l’autre. Il y a peu, dans une conférence de presse, le Premier ministre François Bayrou s’est appuyé sur une citation de Lénine ; cela n’en fait pas des parents de pensée pour autant.

Pierre G. (SEDIF)

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE



 

 

Le judaïsme n’est-il pas finalement qu’un simple empilement de lois ?

Peut-on se convertir au judaïsme ? C’est-à-dire : ne suffit-il pas, pour être Juif, d’adopter un certain nombre de lois et de rites, sans pour autant chercher à « croire » ? Et nous… Peut-on être chrétien sans suivre aucune règle, sans aller à la messe, etc. ?

Nous nous sommes interrogés sur les rites/la loi juive : sont-ils inventés au fil de l’eau selon les textes ? Y-a-t-il vraiment plus de 600 rites ? Et nous : quelles sont les règles des chrétiens ? Sommes-nous chrétiens si nous ne les respectons pas ?

Comment Dieu peut prôner la liberté alors qu’il n’a fait jusqu’alors qu’imposer des lois à suivre de manière servile ? Avant, suivre les commandements suffisait…

Ces questions, venant de différents cénacles, se recoupent en partie, de sorte que la réponse sera groupée, quitte à omettre l’un ou l’autre aspect… N’hésitez pas à nous écrire pour demander des précisions.

Il est tout à fait possible de se convertir au judaïsme ! La circoncision pour les hommes en est toujours la porte d’entrée. Par ailleurs, pour répondre aux autres questions, il ne faut pas croire qu’être Juif, ce soit simple : il y a 613 commandements tout de même dans la Loi mosaïque : 248 sont positifs (ce qu’il faut faire) et 365 sont négatifs (ce qu’il ne faut pas faire). Ces commandement sont fondamentaux pour les Juifs : ils sont l’exigence qu’ils doivent avoir pour être fidèle à l’Alliance avec Dieu. C’est une sorte d’horizon, d’idéal à atteindre… Dans une certaine tradition juive, il est dit que le Messie est celui qui saura respecter parfaitement ces 613 commandements, c’est-à-dire le Juif parfait.

Certes, cette accumulation de commandements peut paraître un peu étonnante à notre époque, et très extérieure à soi, mais elle nous rappelle aussi une exigence que nous, catholiques, avons tendance à oublier sous prétexte que l’Amour suffit et que les privations sont accessoires… À la vue de cette attitude des Juifs, nous pouvons nous rappeler que la foi s’incarne en toutes choses, que l’amour attend des actes concrets, qui coûtent un peu. Surtout pendant un temps comme le Carême où l’on relativise toutes les pénitences, cela peut résonner comme une mini-claque (non ?). Le pape François, pour son premier Carême en tant que pape, avait lui aussi dit cette parole : « Je me méfie des pénitences qui ne coûtent pas… ».

*

Alors oui, comme nous le disions dans une autre réponse, l’Esprit est au-dessus de la Loi, mais Il n’est pas contre la Loi. Difficile d’être chrétien, c’est-à-dire de s’affirmer disciple du Christ, sans se mettre à sa suite… On peut toujours se fabriquer son petit Christ perso, que l’on suivrai peinard chez soi, mais c’est contraire aux évangiles et à toute l’ecclésiologie enseignée par Jésus, que ce soit (par exemple) dans les grands discours pascals de Jean (Jn 13-17) ou dans les Actes des apôtres, que vous venez d’étudier. Le Christ que nous suivons, derrière qui nous devons passer (Mt 16,23), implique que nous communions à lui, non des lèvres mais de tout le corps…

Cette communion s’accomplit de manière singulière dans l’eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. On comprend bien que ce n’est pas d’abord une question de règle (aller ou ne pas aller à la messe) que de vouloir ou ne pas vouloir vivre une intimité avec le Christ. Ce serait comme dire : « J’aime ma maman », sans que jamais je ne prenne de ses nouvelles, ni ne l’embrasse quand elle est face à moi, etc. Ce serait absurde.

En conclusion : relire l’épître de Jacques peut faire le plus grand bien ! Elle n’est pas longue…

Pierre G. (SEDIF)

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE



 

 

 

Que signifient les lettres L, C, P et A sur le dessin à côté des évangélistes ?

Que signifient les lettres L, C, P et A sur le dessin à côté des évangélistes ?

Je pense que L, C, P et A doivent être les premières lettres de chaque évangile dans une traduction française… même si j’ignore laquelle a choisie celui qui a réalisé ce dessin !
Matthieu = L : « Livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham »
Marc = C : « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. »
Luc = P : « Plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses accomplies parmi nous »
Jean = A : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu »

Pierre G. (SEDIF)

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO BIBLE