Ex 3-4 – Qu’est-ce qui change entre le début et la fin du récit ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Dans les questions que vous nous posez en marge du texte, vous demandez : qu’est-ce qui change entre le début du récit (Ex 3,1-10) et la fin (4,10-17) ? Nous ne sommes pas certains de la réponse… Est-ce le fait que Dieu change son fusil d’épaule ?

Il y a plusieurs éléments qui changent entre le début et la fin du récit, changements provoqués par la révélation du Nom de Dieu qui est comme le pivot de ce récit.

Reprenons : au début du récit, Dieu est à l’initiative, par ce buisson en feu, qui brûle sans être consumé, ce qui provoque un « détour » de Moïse. Ce Dieu apparaît encore lointain pour Moïse comme pour le peuple : on ne s’approche pas impunément d’un feu ni ne pouvons mettre la main dessus, de même que Dieu semble encore un peu inatteignable, perdu dans des cieux où Il aurait presque oublié son peuple avant d’en entendre les cris :

Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël, et Dieu les reconnut (Ex 2,23-25).

Dieu parle à distance, de l’intérieur du feu, et envoie Moïse vers Pharaon pour faire sortir les fils d’Israël… Or lorsque nous sommes envoyés quelque part par quelqu’un, en général, ce quelqu’un demeure là où il est : nous sommes simplement ambassadeur.

Au milieu du récit, comme un basculement total, il y a l’importance cruciale de la révélation du Nom de Dieu : Je suis/serai qui je suis/serai (Ex 3,14) – un nom extrêmement polysémique, sur lequel on ne peut pas mettre la main (comme le feu du buisson) mais qui dit sans ambiguïté et pour la toute première fois la présence absolue de Dieu. Ce Je suis/serai va être décliné par trois fois dans ce récit. D’abord au verset 12 : Je suis avec toi… Puis, à deux reprises, dans la dernière partie du texte.

Alors, que se passe-t-il à la fin du récit ? Dieu dit à Moïse : Je suis avec ta bouche et je te ferai savoir ce que tu devras dire (Ex 4,12). Il n’est plus question de détour, ni de Dieu lointain : Dieu se fait proche de son peuple, Il est présent et parle par la bouche de ses serviteurs… et pas que celle de Moïse, mais aussi celle d’Aaron : Tu lui parleras et tu mettras mes paroles dans sa bouche. Et moi, je suis avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous ferai savoir ce que vous aurez à faire (Ex 4,15). Dieu est dorénavant complètement partie prenante des paroles humaines qui sont prononcées ; pour le dire de manière imagée, Dieu abolit la frontière entre le ciel et la terre. C’est une première dans l’Histoire biblique !

Vous me direz peut-être : cette importance du Je suis n’est pas évidente pour qui lit ce récit comme tel. Je vous l’accorde. Et c’est pourquoi j’ai insisté dans l’enseignement vidéo sur le fait de lire attentivement les notes de la Bible : toutes les Bibles de travail ont (normalement) des notes abondantes lorsqu’il est question du Nom de Dieu (Ex 3,14).

Je sors un peu, de nouveau, de la seule question pour proposer une ouverture de réflexion : ce Je suis, ce Nom de Dieu imprononçable par les Juifs sous peine de vouloir mettre la main dessus, a des répercussions dans toute la Bible. L’exemple le plus frappant est dans l’évangile de Jean :

Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre (Jn 18,4-6).

Pourquoi tout le monde s’écroule-t-il quand ils entendent la réponse de Jésus ? Cela n’a pas de sens à première vue. Eh bien, c’est parce que le Christ reprend ici littéralement le nom de Dieu révélé à Moïse… Il affirme en filigrane sa divinité.

Pierre G. (SEDIF)

 



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