10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Quand on voit l’ouverture de Pierre, comment un pape peut-il rejeter les communautés traditionalistes ?

À la lumière du Concile de Jérusalem où Pierre fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, comment à l’heure actuelle un pape peut-il rejeter les demandes de certaines communautés traditionalistes qui souhaitent utiliser d’autres « rites » que ceux préconisés par le dernier concile ?

Votre question sur la liturgie, en lien avec les Actes, est d’une grande pertinence… mais le sujet est passionnel aujourd’hui, surtout en France, mêlant des enjeux de différentes natures, aussi bien religieuses que politiques.

Jean-Paul II et Benoît XVI avaient travaillé en faveur d’une paix liturgique, accueillant largement les différentes sensibilités ; Benoît XVI avait par exemple parlé des « deux formes du rite romain » destinés à « s’enrichir mutuellement ». Il est certain que le pape François a eu une approche quelque peu différente, en rupture avec ses prédécesseurs. Et c’est pourquoi il y a beaucoup de catholiques qui ont été blessés et l’ont abondamment critiqué, voire détesté… au risque de ne plus voir, hélas, tout ce qu’il a fait de bien pour l’Église. Il y a ainsi des blessures à vif… Puisse l’Esprit de paix guider le pape Léon XIV pour que tous ces débats redeviennent un peu sereins et fraternels.

Il me semble quant à moi que la diversité des demeures dans la Maison du Père est toujours féconde, pourvu évidemment que cela ne crée pas une maison à part.

En complément possible, je vous invite à lire la réponse faite à cette question d’un cénacle : N’est-ce pas une erreur de pratiquer le dimanche sans construire la dimension fraternelle dans l’Église ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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On est peu de choses et on ne laisse pas de traces, alors à quoi bon ? Mieux vaut s’abandonner et ne pas chercher à comprendre…

Nous avons été perturbées par le fait que la mer s’ouvre sans cesse devant nous et se referme sans cesse derrière nous, indéfiniment, on se dit qu’on est peu de choses et qu’on ne laisse pas de traces ! Personnellement, je me dis que finalement on n’a qu’une chose à faire : s’abandonner et ne pas chercher à comprendre, puisque Dieu sera toujours là. Il y a un côté un peu « défaitiste », « à quoi bon », dans les Psaumes je trouve. Heureusement qu’on sait que le NT arrive 😉 !

Il est certain qu’on ne laisse guère de traces (ou si peu)… Mais j’aurais deux nuances à apporter à ce propos qui est celui de votre cénacle en sa première partie et apparemment plus personnel en sa seconde partie.

La première nuance, c’est que ce n’est pas exactement de cela dont il est question dans le texte : le psalmiste (et Paul Beauchamp à sa suite) parle essentiellement des merveilles de Dieu, tant dans l’Exode (hier) que pour nous (aujourd’hui), dans notre quotidien. La traversée de la Mer Rouge a eu lieu des siècles avant le psalmiste : quand bien même ce dernier irait sur le lieu exact où cette traversée a eu lieu, ce qui est évidemment impossible, il n’en verrait aucune trace. C’est ainsi. D’où ses doutes et son saut dans la foi… d’autant plus que la droite du Très-Haut a changé, c’est-à-dire que Dieu opère différemment au temps du psalmiste, ce qui rend ce dernier malade ! En un sens, le témoignage de foi est la seule trace qui perdure.

Ainsi de nous-mêmes aujourd’hui. Les grâces fortes que nous avons un jour reçues ne perdurent en nous que par la foi… Cela peut sembler évident et facile, mais j’ai été le témoin d’une personne qui a vécu une grande grâce dans sa jeunesse et qui, quelques années plus tard, s’est mise à relativiser ladite grâce en prétextant une faiblesse psychologique. Nul ne peut juger en soi, mais force est de constater que la merveille s’estompe toujours peu à peu, sans guère laisse de traces, signe que notre liberté est toujours en jeu.

*

La seconde nuance, c’est que le fait de ne guère laisser de traces  n’est vrai que par rapport aux générations à venir de ce monde. (Là, je reviens à la phrase qui parle des traces que nous laissons, et non celles de Dieu évoquées par le psalmiste.) Quelle importance de laisser des traces aux générations futures quand nos actions présentes laissent une trace dans l’éternité d’amour de Dieu ? Là est bien notre véritable enjeu ! L’Amour au présent.

Donc oui pour s’abandonner à la Providence, mais cet abandon n’est pas un reniement de la volonté, ni un renoncement à comprendre… C’est d’abord un acquiescement à Dieu, un « oui » – comme le FIAT de la Vierge Marie, à tout ce que propose Dieu. Cela n’empêche pas, comme la Vierge Marie toujours, de méditer les enseignements du Seigneur et de les garder en son cœur. Au contraire, nous en avons même le devoir.

Bernanos disait : « Le diable de mon cœur s’appelle à quoi bon… » C’est étrange la promiscuité entre sa parole et la vôtre ; en un sens, tous deux êtes proches, lorsque vous éprouvez cela, du Qohélet (un livre de sagesse très court). Pourquoi ? Parce qu’entre l’abandon à la Providence au sens chrétien et le défaitisme, il y a des similitudes. Sauf que ce dernier est tourné vers la mort tandis que le premier porte une espérance, une joie, une attente (= la Parousie, la venue en gloire du Seigneur).

Cette espérance est à cultiver au plus intime de soi.
C’est d’ailleurs la thématique choisie par le pape François pour cette année jubilaire… comme une invitation ?

Pierre G. (SEDIF)

 

 



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N’est-ce pas une erreur de pratiquer le dimanche sans construire la dimension fraternelle dans l’Église ?

Notre rencontre a donné lieu à un échange sur l’Église et plus particulièrement sur notre désir plus ou moins marqué d’une communauté ecclésiale. Il est curieux de constater que certains trouvent leur contentement dans la pratique dominicale mais ne recherchent pas la vie de communauté. Ne fait-on pas une erreur en ne construisant pas la dimension fraternelle dans l’Église?

L’Église est faite de toutes les demeures dans la Maison du Père… qui sont nombreuses, comme l’a dit le Christ. Nous avons tous part au mystère du Verbe incarné : chacun reçoit une lumière singulière, unique, qui n’est pas que pour nous mais pour l’édification de l’Église. Comme pour Abraham, en quelque sorte, que Dieu ne choisit pas contre les autres, mais pour bénir en lui toutes les familles de la terre (idem avec les prophètes, les sages, les apôtres, les mystiques, les papes… c’est d’actualité !). Saint François d’Assise a médité la pauvreté, sainte Faustine la miséricorde, saint Jean-Paul II la communion des saints… À chacun sa part de mystère et tout cela est cadeau pour nous. Il ne faut jamais enfermer l’Esprit saint de Dieu dans la conception que nous en avons, par définition toujours trop étriquée (nous ne sommes, de toute évidence, pas Dieu).

Vous me direz que je ne réponds pas directement à votre interrogation… C’est vrai. On peut voir les catholiques du dimanche de deux manières au moins : comme une insuffisance honteuse ou comme un premier pas vers… davantage. Je me garderais bien de juger pour ma part.

Si je devais élever la question, je partirais de la configuration totale de l’Église telle que le concevait avec force de la grand théologien suisse (jésuite) Hans Urs Von Balthasar : dans un livre intitulé Le complexe anti-romain (1974), il souligne les cinq dimensions complémentaires de l’Église : Marie est évidemment au centre, entourée, dans un carré symbolique, de Pierre (l’ordre), de Jacques (la tradition), de Jean (l’amour) et de Paul (la mission). On pourrait mettre la fraternité dans la dimension incarnée par Jean : l’amour fraternel. Elle est indispensable à l’Église, au même titre que les autres ; c’est cet équilibre qu’il me semble important de préserver, pour ne jamais absolutiser une des dimensions.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Prêtre, prophète et roi, d’accord… mais pourquoi pas « sage » ?

Pourquoi ne dit-on pas au baptême que nous sommes « sage », mais seulement prêtre, prophète et roi ?

Voilà une question qui trouvera sa pleine réponse lors de la prochaine rencontre, consacrée aux écrits sapientiaux.

Disons simplement que le prêtre, le prophète et le roi ont en commun l’onction ; prêtres et rois sont systématiquement oints dans le Premier Testament, tandis que le prophète l’est ponctuellement (1 R 19). Très tôt, du fait que Jésus est le Messie, donc l’Oint par excellence, les premiers chrétiens vont essayer de comprendre en quoi il incarne à la perfection toutes les onctions possibles – comme prêtre, comme roi et comme prophète. C’est ce qu’on va appeler le « munus triplex » ou triple fonction.

Du fait que nous soyons incorporés au Christ par le baptême, nous partageons dorénavant avec lui cette triple fonction.

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi : Nous sommes prêtres, prophètes et rois par le baptême… Mais que veut dire roi ?

 



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Quel est le lien entre les psaumes et la Sagesse ?

Je n’ai pas vu le lien entre la Sagesse et les psaumes.

Jusqu’à présent, dans les précédents ensembles étudiés, Dieu se révélait et s’adressait explicitement aux siens, en transmettant les préceptes de la Loi, en se choisissant des patriarches, des Juges et des rois, en parlant par les prophètes.

Les écrits sapientiaux obéissent à une autre logique : ils sont la conséquence de la révélation de Dieu, de son plan pour l’humanité, de l’économie du salut. Ils visent à réfléchir, à hauteur d’homme, aux implications de cette révélation divine dans la vie quotidienne. Cet ensemble de livres constitue comme une réponse humaine au sein de la révélation biblique : on y cherche le sens de l’existence, on réfléchit à sa condition d’être humain, on implore Dieu dans la joie et dans les épreuves, etc.

Un livre comme le Qohélet apparaît comme une réponse quasi philosophique ; les Proverbes sont parfois davantage une réponse éthique ; les Psaumes peut être compris comme une réponse spirituelle… C’est ce qui explique l’intégration des psaumes dans les écrits de sagesse.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Que signifie : « La droite du Très Haut a changé » ?

Que signifie : « La droite du Très Haut a changé » ?

« La droite », dans la Bible, est une métonymie qui désigne tantôt la main droite, symbole de puissance, tantôt la place à droite de Dieu, dont le Nouveau Testament nous dit qu’elle est occupée par le Christ (Ac 2,33 ; Ac 7,55) et par les bénis du Père (Mt 25,31-34).

Pourquoi la droite et non la gauche ? Probablement parce que la plupart des personnes sont droitiers : elles tiennent donc la plume et l’épée de la main droite, permettant tout à la fois d’écrire les livres saints et de frapper l’ennemi. C’est la main forte, la main qui agit : dans le premier Testament, on voit que cette main délivre le peuple (Ex 15,6 ; Ps 19,7 ; Ps 20,9…). Une telle image, avec sa dimension poétique, ne pouvait être qu’utile à un poète tel que le psalmiste… C’est pourquoi le terme apparaît une bonne dizaine de fois tout au long du psautier.

*

Sur le fond, l’interprétation qu’en donne Paul Beauchamp me semble  par ailleurs éclairante : on évoque constamment les merveilles de Dieu dans le Premier Testament, mais toujours au passé… Les grandes manifestations de Dieu (traversée de la Mer Rouge, plaies, Pâque, le Sinaï, l’entrée en Terre promise, etc.) ne sont plus au temps présent pour le psalmiste, qui intervient plusieurs siècles plus tard.

Le psalmiste fait quant à lui l’expérience d’un Dieu plus discret, qui se manifeste moins directement, et moins par des actions spectaculaires. Comme si la droite du Très-Haut avait changé, c’est-à-dire comme si son mode d’action n’était plus le même. Cela rend apparemment le psalmiste malade ! On comprend mieux pourquoi, dans la suite du psaume, il veut faire mémoire des merveilles passées, vu que Dieu non seulement ne se manifeste plus ainsi, mais efface même la trace de ses merveilles…

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, autour du texte de Paul Beauchamp :
=> Pourquoi Paul Beauchamp dit-il que Dieu efface les traces de ses merveilles ?
=> Que veut dire « le psalmiste trouve sa lumière qui est nuit, sa nuit qui est lumière » ?
=> Pourquoi Paul Beauchamp parle-t-il de mort et de résurrection de l’Église ?
=> Pourquoi la Bible livre-t-elle la merveille et l’expérience de la merveille ?

 



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