29 avril 2026

Sainte Catherine de Sienne

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Pourquoi Paul Beauchamp dit-il que Dieu efface les traces de ses merveilles ?

Comment comprendre le commentaire de Paul Beauchamp : « Dieu fait des merveilles mais Il en efface les traces » ? Pourquoi en efface-t-Il les traces ?

Paul Beauchamp commente les propos du psalmiste qui constate que les eaux s’ouvrent et se referment, effaçant ainsi les traces du peuple qui traverse la Mer Rouge. Pour le psalmiste, donc, il n’existe plus de traces de cette merveille… Ne reste que le témoignage de foi, transmis génération après génération. Dieu aurait pu vouloir une trace, comme Il aurait pu laisser pour nous des traces plus visibles de son incarnation. Nous aussi, au XXIe siècle, nous sommes obligés de constater avec le psalmiste que Dieu fait des merveilles mais qu’Il en efface (la plupart du temps) les traces. Mystère d’une liberté que Dieu-Amour laisse à l’homme…

Pierre G. (SEDIF)

 



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Les Juifs attendent-ils toujours le Messie aujourd’hui ?

Depuis 2000 ans, les Juifs attendent le messie… Est-ce qu’ils l’attendent toujours ? Est-ce qu’il y a toujours des nouveaux prophètes qui l’attendent de nos jours ? Nous, chrétiens, nous attendons le Messie et c’est ça notre espérance !!! et eux ?

Les questions sur le judaïsme actuel sont complexes, car il n’y a pas « UN » judaïsme, mais beaucoup de judaïsmes, c’est-à-dire beaucoup de courants au sein du judaïsme. Il faudrait ainsi entrer dans l’Histoire du judaïsme et de ses composantes au fil des siècles, jusqu’à aujourd’hui.

Pour répondre à cette question, repartons simplement de mon enseignement sur le prophétisme et de l’entretien du P. David Neuhaus en rappelant tout d’abord que la multiplicité des attentes messianiques existe toujours aujourd’hui : s’il ne faut pas minimiser la figure du Messie, il convient de reconnaître qu’elle n’est pas absolue, monolithique et admise par tous dans le peuple d’Israël au temps de Jésus.

Il y a donc une pluralité d’attentes. On peut adhérer à un messianisme sans attendre de Messie. Dans l’Israël actuel, c’est toujours le cas : la paix et la justice sont des valeurs fondamentales du prophétisme ; l’espérance de cette paix et de cette justice peuvent constituer un messianisme à part entière, hier comme aujourd’hui.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire cet entretien avec Mireille Hadas-Lebel, présidente de l’Amitié judéo-chrétienne, professeure émérite à l’université Paris Sorbonne, chaire d’histoire des religions : Les juifs attendent-ils un messie ? La dernière question offre une autre réponse succincte possible à votre interrogation.

Pierre G. (SEDIF)

Sur la question des prophètes, je renvoie à ces deux questions de la FAQ:
Y-a-il eu des prophètes après la venue de Christ ?
Peut-on considérer Marie comme une figure prophétique ?

 



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La Sagesse est-elle finalement un discernement du passé ou la présence de Dieu au présent ?

Longue discussion sur la définition de la Sagesse : discernement dans la compréhension des événements passés (pédagogie) ou/et attitude et présence de Dieu dans nos actions ?

Les deux… et bien davantage ! La Sagesse est l’agir de Dieu depuis les commencements, dans la Création et dans l’Histoire (ce sont les deux dimensions fondamentales) ; elle est la réponse que l’homme apporte dans son discernement. C’est un mouvement descendant, puis ascendant, c’est-à-dire qui part de Dieu vers l’Homme pour remonter de l’Homme vers Dieu. Saint Irénée dit : « Dieu s’est fait Fils de l’homme pour que l’homme à son tour devienne fils de Dieu ». En un sens, on pourrait paraphraser en disant de la Sagesse qu’elle est venue dans le monde pour que l’homme puisse à son tour devenir fils de la Sagesse.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Peut-on dire que Dieu / le Christ exprime en vérité le messianisme ?

Nous avons échangé sur les espérances messianiques du Christ ; en effet, Jésus-Christ déplace la notion de messianisme, le trône du roi est sa croix et sa couronne de roi est d’épines, il donne non pas en expiation le sang d’un animal mais sa propre vie, il incarne l’alliance d’avec son Père d’une façon intime. Peut-on dire que c’est un messianisme qu’IL exprime en vérité… ? Ce qui devrait nous permettre de percevoir « La Vérité » ?

Je ne suis pas certain de comprendre totalement votre question et peine par exemple à discerner si ce « IL » majuscule est Dieu (Trinité), le Père ou le Christ… Mais tentons tout de même une réponse, en distinguant les éléments de votre question. Peut-être trouverez-vous ainsi dans ma réponse des éléments qui vous éclaireront.

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Tout d’abord, le messianisme est un courant humain, une espérance humaine propre au peuple d’Israël que suscite son alliance avec Dieu et sa connaissance toujours plus profonde de ce Dieu juste et bon – qui ne peut donc que vouloir le meilleur pour son peuple. Je schématise, bien entendu.

L’attente messianique est multiple, comme l’exprime le P. Neuhaus dans le texte que nous avons lu, même s’il revêt parfois des caractéristiques spécifiques : le sacerdoce, la royauté, etc. Le Christ réunit en lui toutes ces attentes messianiques, y compris quand elles semblent contradictoires. En un sens, il épouse toutes les espérances humaines, il les assume tout en révélant le sens profond des événements : sa royauté est service ; son sacerdoce est offrande de lui-même ; sa prophétie est de révéler pleinement le Père en lui-même. Tout est renversé : Jésus montre l’esprit de la lettre en toutes choses (On vous a dit… Moi je vous dis…). Ce n’est plus un Dieu qui conquiert mais un Dieu qui sert, un Dieu qui prend mais un Dieu qui offre, un Dieu qui condamne par sa parole le péché mais un Dieu qui sauve par le Verbe…

En un sens, le Verbe de Dieu atteste que toutes les attentes que nous avons sont fondées, mais aussi, dans le même temps, il manifeste combien notre conception de ces attentes est pauvre par rapport à ce que Dieu propose… Nous pouvons parfois en faire encore l’expérience aujourd’hui dans notre prière.

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Alors, pouvons-nous parler d’un messianisme en vérité ? Peut-être… Quoi qu’il en soit, on pourrait évoquer la vérité (= notre rapport à la réalité, comme je l’écrivais dans la FAQ) du messianisme de la manière suivante : notre perception subjective a changé avec le Christ ; grâce à la venue du Verbe de Dieu en ce monde, il nous est donné de comprendre dorénavant une vérité plus profonde que toutes les attentes antérieures : le Messie est celui qui nous sauve et nous ouvre le royaume de Dieu par sa grâce et le don de l’Esprit. Car dans l’Écriture sainte, ainsi que j’ai pu l’écrire en réponse à une question d’un cénacle, vérité et salut sont toujours intimement liés.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment le P. Neuhaus peut-il dire que les Juifs n’attendaient pas le Messie ?

Le père David Neuhaus dit que le peuple n’attendait pas le messie. De notre côté, nous avons entendu le contraire à plusieurs reprises dans nos expériences/formations chrétiennes. On nous a souvent répété que le Messie était attendu. Que faut-il donc comprendre ?

Comment le P. Neuhaus peut-il dire que les Juifs n’attendaient pas le Messie, alors que c’est précisément cette attente qui a façonné le cœur de Marie ? Minimiser l’attente du Christ ne revient-il pas à dévaloriser la Vierge Marie ?

Tout d’abord, notons que le P. Neuhaus ne dit pas, stricto sensu, que le peuple n’attendait pas le Messie ; il explique que « l’attente d’un messie n’était pas aussi centrale pour le judaïsme à l’époque de Jésus qu’on le croit généralement ». Ce n’est pas exactement la même chose.

Venons-en maintenant au débat de fond… Le P. Neuhaus peut paraître minimiser l’attente d’un Messie au temps du Jésus, quand d’autres la posent comme un absolu, une évidence quasi mathématiques : la question est très débattue et génère des positions extrêmes de part et d’autre.

C’est un sujet d’autant plus sensible qu’une piété populaire s’est forgée autour de l’attente du Messie, attribuant par exemple à la Vierge Marie des qualités et attitudes intérieures que les Écritures saintes ne confirment ni n’infirment : elle aurait ainsi préparé son cœur, depuis sa prime enfance, à la venue d’un Messie parfaitement identifié, jusqu’à prononcer un « Fiat » naturel et sûr… C’est une position que l’on trouve par exemple chez S. Louis-Marie Grignon de Montfort. Une autre tradition voit dans Marie une femme qui ne savait pas exactement ce qui l’attendait mais qui a choisi de faire confiance à Dieu, via son messager, ce qui l’a conduit toute au long de sa vie à prononcer des « Fiat » toujours plus profonds et enracinés dans le mystère. C’est une position que l’on trouve par exemple chez Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus. Alors, qui a raison ? Qui a tort ? Dès lors qu’on parle de piété populaire, nous touchons une corde sensible, car certains récits – avec les imaginaires qui leur sont liés – remontent à l’enfance, à la transmission par les parents et les grands-parents…

Je ne prétends pas trancher ici, ni remettre en question les croyances de chacun, d’autant plus si elles aident à grandir dans la foi. Restons-en simplement au texte biblique et aux recherches sur les sources adjacentes, prises notamment à la tradition juive de l’époque. L’intérêt de cet entretien est de montrer d’autres aspects du messianisme qui sont (très) peu connus des catholiques, en raison du titre « Messie » qui occupe tout l’espace, et que le P. Neuhaus met bien en avant. Pour résumer la thèse de ce dernier : au temps du Christ, il n’y a pas une attente monolithique et uniforme d’un Messie parfaitement identifié ; il y a des conceptions divergentes, parfois difficilement compatibles… Le miracle est que Jésus assume toutes ces conceptions et les accomplit, de manière inattendue.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi l’homme ne peut-il pas être qualifié de « stylo de Dieu » ?

Pourquoi l’auteur biblique ne peut-il être qualifié de stylo de Dieu ? Moïse n’a-t-il pas été le « stylo de Dieu » en recevant une partie du Deutéronome dans la tente de la rencontre ?

Cette question fait allusion au texte d’Alain Marchadour :
pour en comprendre l’origine, il suffit de relire le passage en question.

L’auteur biblique ne peut être qualifié de « stylo de Dieu » car il conserve sa liberté. Il est vrai qu’on qualifie souvent, par analogie, l’homme comme l’instrument de Dieu. Cela n’est évidemment pas faux, à condition de bien se rappeler qu’il ne s’agit pas d’une comparaison au sens strict du terme : la comparaison implique une équivalence (homme = instrument), tandis que l’analogie signifie qu’on est en réalité sur deux plans différents et qu’on tente de créer tout de même un rapprochement (Dieu se sert de l’homme comme nous-mêmes pourrions nous servir d’un instrument… Il y a quelque chose de semblable dans le mode d’action, sans pour autant dire que l’homme = instrument).

Si la différence entre comparaison et analogie vous paraît trop complexe, laissons-la de côté pour l’instant et regardons simplement la comparaison stricte : homme = stylo. Un stylo est par définition inerte, sans volonté ni intelligence propre. La grandeur de Dieu est de se révéler (= d’être auteur) tout en maintenant l’indéfectible liberté de l’homme (= d’être auteur) : Dieu ne dicte pas sa Révélation aux hommes inertes mais écrit avec eux ; l’action de Dieu n’est pas une dictée, mais une inspiration. C’est pourquoi la constitution dogmatique Dei Verbum du concile Vatican II insiste sur ce point : « En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il [a eu] recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens pour que, [Dieu] agissant en eux et par eux, [ces hommes mettent] par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement. »

Enfin, l’exemple pris dans la question nécessite une nuance très forte : Moïse ne reçoit pas une partie du Deutéronome dans la Tente de la Rencontre… C’est un auteur biblique qui dit que Moïse reçoit une partie du Deutéronome dans la Tente de la Rencontre. C’est très différent ! On passe d’une vérité absolue à la vérité propre aux Écritures. En d’autres termes, ce n’est pas d’abord un fait objectif (= Dieu dicte) mais le dévoilement d’une relation intime entre Dieu et Moïse (Dieu est intimement lié à son porte-parole qu’il inspire).

Pierre G. (SEDIF)

 



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