10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Pourquoi la Parole de Dieu nous apparaît-elle si complexe ?

Pourquoi la Parole de Dieu nous apparaît-elle si complexe ? Pourquoi ne nous apparaît-elle pas de façon limpide ?

Difficile de répondre à cette question tant elle relève d’un sentiment personnel… Ce qui est étonnant, avec l’Écriture sainte, c’est qu’est qu’elle nous « parle » souvent à différents niveaux, en fonction de là où on est, de ce que l’on vit et éprouve, de ce que l’on traverse et ressent. Je pense qu’il y a une manière simple de la lire… et évidemment, à chaque étape de notre vie, il y a des passages qui nous semblent clairs et d’autres obscurs. Cela peut être dû à un état affectif inadapté, à une absence de vision globale (comme si on regardait quelqu’un à un centième de distance, et non à quelques pas) ou encore à un manque d’informations, du fait du décalage temporel. Il faut bien se rendre compte que, pour les Juifs, les écrits sacrés appartenaient à leur bain ambiant : ils étaient transmis, comme une histoire vivante, dès le plus jeune âge. Pour nous, ce sont comme des bribes d’une vie familiale lointaine, poussiéreuse, oubliée ; telle est l’image de la malle à trésors que je prends dans mon enseignement n°2, image qui peut faire rêver par certains aspects mais qui est également triste, car elle souligne combien nous avons perdu le lien à nos racines spirituelles.

C’est en quelque sorte comme si nous avions des éléments sur nos ancêtres sans avoir de vision globale : on saurait que telle arrière-grand-mère a vécu en Nouvelle-Calédonie, une autre dans le Perche, un aïeul serait originaire d’Italie quand un autre n’aurait jamais quitté les Cévennes… Untel aurait été chevalier du roi quand une autre aurait été la dame de compagnie d’un petit seigneur local. On disposerait ainsi de quelques renseignements sur la vie de certains d’entre eux, sans saisir les raisons qui ont conduit à des choix de vie, sans percevoir les accidents et les opportunités qui ont présidé leur destinée, etc.

FIDEO veut remédier en partie à cette absence d’informations : il reste des zones d’ombre, mais en prenant le temps de comprendre la Bible en son ensemble, il nous est donné d’avoir cette vision globale sur nos ancêtres spirituels et, en filigrane, de connaître Dieu qui se révèle dans cette Histoire, pour notre salut. Mais il est vrai aussi que, dans un premier temps, par son exigence et la quantité d’informations données, FIDEO peut ressembler à une marche sur un précipice : c’est comme arriver dans un nouveau pays ; il faut accepter de prendre le temps de vagabonder sur cette terre, de rencontrer ses habitants, de gagner en intimité avec les us et coutumes… Tout est une question de temps : ce qui vous paraît aujourd’hui étranger, donc étrange, vous deviendra peu à peu familier si vous en prenez la peine, si vous êtes réellement actrice et acteur de votre formation. Nous sommes tous passés par là, moi parmi tous les autres.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi la figure du Messie n’est-elle pas incluse dans le canon catholique de l’Ancien Testament ?

« La figure du messie comme sauveur de la fin des Temps constitue en effet un développement tardif dans le judaïsme et même marginal dans la littérature juive ancienne ; elle n’est ainsi pas incluse dans le canon catholique de l’Ancien Testament. » Nous n’avons pas compris ce passage, de quoi s’agit-il ? Pourquoi la figure du Messie n’est-elle pas incluse dans le canon catholique de l’Ancien Testament ?

La phrase du P. David Neuhaus, dans l’article publié par Vatican News, n’est effectivement pas claire, du moins sa seconde partie qu’il ne justifie à aucun moment et qui peut ainsi s’interpréter de bien des manières. Je n’avais pas du tout perçu ce flou lorsque j’ai sélectionné ce texte pour la lecture en cénacle.

Pour résumer : dire que la figure du messie comme sauveur de la fin des temps est une conception tardive, il n’y a rien là que de très classique. Mais évoquer ensuite la non inclusion dans le canon catholique de l’Ancien Testament est très curieux. Peut-être y a-t-il ici une erreur ou un raccourci journalistique… Faute sinon d’explications, du moins de précisions, cette seconde partie de phrase est donc à laisser de côté.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Ex 2 – Pourquoi les parents de Moïse sont-ils des anonymes quand on sait l’importance des généalogies ?

Ce qui est curieux, c’est que Moïse est un enfant d’un homme et d’une femme anonymes de la tribu de Levi, il n’y a pas de généalogie, contrairement aux personnages des alliances précédentes. Surtout que vous dites que la généalogie est au cœur de l’Histoire pour les Juifs…

Effectivement, les toledoth – les engendrements – sont au cœur de la conception de l’Histoire pour Israël. La généalogie de Moïse et d’Aaron (et de Myriam) est donnée dans le chapitre 6 : ils sont fils d’Amrâm et de Yokévèd, prénom magnifique qui signifie « YHWH est glorieux » (v. 20). Amrâm est fils de Qehath (verset 19), lui-même deuxième fils de Lévi (verset 16).

Dans la Torah, c’est également indiqué en Genèse 46,11 et en Nombres 3,17. Ces généalogies seront reprises par le Chroniqueur dans 1 Chroniques 6,1 et 1 Chroniques 23,6-13 ; après le verset 13, il est question des descendants de Moïse.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Les textes historiques sont-ils vraiment inspirés par Dieu ?

Les textes historiques sont-ils vraiment inspirés par Dieu ?

Oui, les textes historiques sont inspirés par Dieu, au même titre que tous les autres. Les extraits de Dei Verbum, texte conciliaire que vous avez lu lors de la deuxième rencontre, le rappellent sans ambiguïtés. Au besoin, je vous renvoie à cette question qui nous a été posée et qui résume bien la position du Concile Vatican II : Pourquoi le Concile Vatican II dit-il que les livres de l’Ancien Testament sont « intégralement » repris dans le message évangélique ?

Si votre question est en lien avec la problématique de la violence dans la Bible, alors je vous recommande de lire Le Refus de la guerre sainte (Josué, Juges, Ruth), de Jacques Cazeaux, un ouvrage exigeant, mais lumineux. Et en attendant de vous le procurer, vous pouvez toujours aller voir la réponse à cette autre question : Avec toute cette violence, le Dieu de l’Ancien Testament peut-il vraiment le même que le Christ ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Avant Dieu, quelles croyances avait ce peuple, quels dieux ?

Avant Dieu, quelles croyances avait ce peuple, quels dieux ?

Les Israélites ne sont devenus peuple qu’avec l’expérience de l’Égypte et l’alliance avec Dieu. On le voit dans les appellations au début du livre de l’Exode : on parle des fils d’Israël (Ex 1,1), c’est-à-dire une fratrie, et non un peuple. Il n’y a donc pas de peuple, du moins bibliquement, avant que Dieu soit leur partenaire dans l’alliance.

Si toutefois vous pensiez aux croyances du temps d’Abraham (donc des siècles avant le peuple d’Israël), alors je vous recommande de lire des ouvrages qui traitent de la mythologie mésopotamienne. Il y a effectivement de multiples mythes et dieux, donc certains ont des correspondances claires avec la Bible (ex : L’Épopée de Gilgamesh, dans laquelle on parle du Déluge) Je me souviens avoir lu, il y a longtemps, un ouvrage plaisant : L’histoire commence à Sumer, de Samuel Noah Kramer, mais ça date un peu. Voici un article qui liste les divinités mésopotamiennes : article du Larousse. Et si vous en avez le courage, vous pouvez écouter les huit cours donnés par Dominique Charpin au Collège de France en 2018 : La ville d’Ur à l’époque paléo-babylonienne. C’est une mine d’informations qui présente bien des aspects culturels et des divinités en Mésopotamie, à l’époque supposée d’Abraham.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment sont choisis les textes de l’Ancien Testament à la messe ?

Comment sont choisis les textes de l’Ancien Testament à la messe ? Pourquoi certains d’entre eux ne sont-ils pas choisis ?

Pour répondre à cette question, il faut savoir d’où nous venons, ce qui conduit à un petit détour par l’Histoire de l’Église au XXe siècle, en précisant d’emblée que l’interrogation pourrait tout aussi bien concerner le Nouveau Testament.

L’introduction du Premier Testament dans la liturgie (hors Carême) est assez récente. C’est une demande explicite formulée lors du Concile Vatican II que de proposer lors de la messe un plus grand nombre de textes bibliques – proposition qui concerne d’ailleurs aussi bien le Premier que le Nouveau Testament. Dans la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie, les pères conciliaires écrivent :

« Pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la Parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors de la Bible pour que, en l’espace d’un nombre d’années déterminé, on lise au peuple la partie la plus importante des Saintes Écritures » (n. 51).

Le missel de 1962, qui précède donc le concile Vatican II, proposait en effet trois lectures par messe, sur une année :
1/ une lecture prise aux actes des Apôtres, aux épîtres de Paul ou aux lettres des autres apôtres ;
2/ un psaume ;
3/ un évangile pris surtout à Matthieu et Jean.

En d’autres termes, il n’y avait en tout qu’une centaine de textes proposés dans la liturgie. Cela pouvait avoir une valeur pédagogique, celle de l’apprentissage par la répétition, mais difficilement celle d’entrer dans la dynamique du mystère du salut, d’Adam jusqu’au Christ. Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres et la lettre aux Hébreux n’étaient par exemple pas lus.

Plus encore, en dehors des psaumes, le Premier Testament en était complètement absent, à quelques très rares exceptions près (ex : Carême). On en voit encore les dégâts : le Premier Testament est encore très mal connu, en dehors des grands épisodes ; l’action de Dieu n’est pas comprise, ni même des questions comme la violence, etc. Tout est devenu étrange parce qu’étranger.

Le missel de 1969 bouleverse la donne : une lecture du Premier Testament est ajoutée chaque dimanche (sauf temps pascal = Actes des Apôtres) et l’ensemble des lectures du dimanche est réparti sur trois ans. Sont sélectionnés tous les textes susceptibles d’éclairer la Révélation de Dieu pour notre salut… Il s’agit évidemment d’un choix subjectif, mais opéré par de véritables spécialistes de la Bible et de la liturgie, qui mettent ainsi en correspondance le Premier et le Nouveau Testaments, non seulement pour permettre une meilleure compréhension de la Révélation biblique, mais pour porter également la prière des fidèles. Ce nouvel ordonnancement favorise un plus riche accès aux saintes Écritures, donc à la connaissance de Dieu qui se révèle dans notre Histoire…

Dans sa Constitution apostolique Missale Romanum qui promulgue le nouvel Missel romain, Paul VI écrit en 1969 :

« De cette façon, on met plus clairement en lumière le dynamisme du mystère du salut, à partir même du texte de la révélation divine. Ainsi, les fidèles pourront-ils se nourrir très abondamment aux jours de fête des textes les plus importants des Saintes Écritures et, les jours non festifs, ils auront accès aux autres parties des Livres saints.

Tout cela est sagement ordonné, de telle manière que se développe de plus en plus chez les fidèles la faim de la Parole de Dieu (Amos 8,11) qui, sous la conduite de l’Esprit-Saint, achemine le peuple de la Nouvelle Alliance vers l’unité parfaite de l’Église. Nous avons vivement confiance que, de la sorte, prêtres et fidèles prépareront plus saintement leur cœur à la Cène du Seigneur et aussi, méditant plus profondément les Saintes Écritures, se nourriront de jour en jour davantage des paroles du Seigneur. Il s’ensuivra que, selon les souhaits du IIe Concile du Vatican, les Saintes Lettres seront pour tous à la fois une source perpétuelle de vie spirituelle, un instrument de première valeur pour transmettre la doctrine chrétienne et, enfin, la moelle de toute la théologie. » (n. 10-11)

Pierre G. (SEDIF)

 



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