Y a-t-il encore des visionnaires actuellement validés par l’Église ? Luz de Maria par exemple. Comment se situe-t-elle par rapport à un prophète du premier testament ? Et comment est considéré le livre de Maria Valtorta sur la vie de Marie ? Roman ou révélation ?
Commençons par rappeler que l’Écriture sainte est seule Révélation de Dieu pour notre salut : la Révélation s’achève avec la mort du dernier apôtre, car Dieu s’est totalement révélé par et dans son Fils et le don de l’Esprit. Rien ne peut être ajouté à cette Révélation (publique) qui est donnée dans ce que l’on appelle « le canon des Écritures » : c’était tout l’enjeu de la première rencontre, fondamentale pour la suite, que de montrer que la Bible est un recueil de livres sans équivalent ; ces livres sont inspirés de manière unique. Aucun autre livre ne peut prétendre au même statut.
Si vous regardez la FAQ FIDEO Bible, qui est riche de presque toutes vos questions, vous trouverez ce questionnement : Existe-t-il d’autres livres, non bibliques, inspirés par Dieu ? Ou encore cette question : Pourquoi les écrits des saints ne sont pas sanctifiés ? Je pense que les réponses (courtes) peuvent vous aider.
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Reste à vous répondre sur les écrits de Luz de Maria, Maria Valtorta, Anne-Catherine Emmerich, Luisa Piccarreta… C’est ce qu’on appelle des « révélations privées ». Il y a bien la notion de « révélations » (avec un petit « r ») mais, comme le nom l’indique, elles ne sont pas publiques, mais privées. Seule la Révélation biblique est pleinement Révélation… et publique. Seule la Révélation biblique est obligatoirement objet de notre foi ; pour les révélations privées, nulle obligation de ce type. Les livres de la Genèse, d’Osée ou la lettre aux Hébreux sont objets de ma foi, pas les révélations du Christ à Angèle de Foligno ou à Adrienne von Speyr, auxquelles chacun est libre d’adhérer ou non, sans que ce soit un problème.
L’Église reconnaît la richesse de ces révélations privées comme aide pour la foi, mais n’en reconnaît la valeur que pour autant que ces révélations privées sont fidèles à la Révélation publique des Écritures, Dieu ne pouvant se contredire. En d’autres termes, les révélations privées ne méritent le nom de « révélations » que dans la mesure où elles sont liées à la grande Révélation du salut gravée dans les Écritures. Sans quoi, ce sont des fantaisies, des affabulations…
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L’Église scrute ainsi les apparitions prétendus et les révélations privées selon des critères précis, que vous pouvez retrouver dans un document intitulé Normes procédurales pour le discernement des apparitions ou révélations présumées, publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi – compétente pour l’examen d’apparitions prétendues ou de visions et de messages attribués à une origine surnaturelle – en 1978.
Je vous recommande la lecture de ce texte court et clair.
Le pape Benoît XVI, dans sa magnifique exhortation post-synodale Verbum Domini en 2008, aborde la question des révélations privées lorsqu’il parle de la « dimension eschatologique de la Parole de Dieu ». Si la révélation privée n’intervient que dans le second paragraphe, le paragraphe précédent est indispensable pour comprendre la dynamique et le sens de ces révélations dans l’Histoire humaine. Ces deux paragraphes montrent bien la différence entre l’Écriture sainte et les autres écrits, aussi sublimes soient-ils.
« À travers tout cela, l’Église exprime qu’elle est consciente de se trouver, avec Jésus Christ, face à la Parole définitive de Dieu ; il est « le Premier et le Dernier » (Ap 1, 17). Il a donné à la création et à l’histoire son sens définitif ; c’est pourquoi nous sommes appelés à vivre le temps, à habiter la création de Dieu selon le rythme eschatologique de la Parole ; « l’économie chrétienne, du fait qu’elle est l’Alliance nouvelle et définitive, ne passera jamais et aucune nouvelle révélation publique ne doit plus être attendue avant la glorieuse manifestation de notre Seigneur Jésus Christ (cf. 1 Tm 6, 14 et Tt 2, 13) » (Vatican II, Dei Verbum, n. 4). En effet, comme l’ont rappelé les Pères durant le Synode, « la spécificité du Christianisme se manifeste dans l’événement Jésus-Christ, sommet de la Révélation, accomplissement des promesses de Dieu et médiateur de la rencontre entre l’homme et Dieu. Lui « qui nous a révélé Dieu » (cf. Jn 1, 18) est la Parole unique et définitive donnée à l’humanité ». Saint Jean de la Croix a exprimé cette vérité de façon admirable : « Dès lors qu’il nous a donné son Fils, qui est sa Parole – unique et définitive –, il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire. […] Car ce qu’il disait par parties aux prophètes, il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant interroger le Seigneur et lui demander des visions ou révélations, non seulement ferait une folie, mais il ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ et en cherchant autre chose ou quelque nouveauté » (Saint Jean de la Croix, Montée au Mont Carmel, II, 22).
Par conséquent, le Synode a recommandé d’« aider les fidèles à bien distinguer la Parole de Dieu des révélations privées », dont le rôle « n’est pas de (…) « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire » (Catéchisme de l’Église Catholique, n. 67). La valeur des révélations privées est foncièrement diverse de l’unique révélation publique : celle-ci exige notre foi ; en effet, en elle, au moyen de paroles humaines et par la médiation de la communauté vivante de l’Église, Dieu lui-même nous parle. Le critère pour établir la vérité d’une révélation privée est son orientation vers le Christ lui-même. Quand celle-ci nous éloigne de Lui, à ce moment-là elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous conduit à l’Évangile et non hors de lui. La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se montre crédible précisément parce qu’elle renvoie à l’unique révélation publique. C’est pourquoi l’approbation ecclésiastique d’une révélation privée indique essentiellement que le message s’y rapportant ne contient rien qui s’oppose à la foi et aux bonnes mœurs. Il est permis de le rendre public, et les fidèles sont autorisés à y adhérer de manière prudente. Une révélation privée peut introduire de nouvelles expressions, faire émerger de nouvelles formes de piété ou en approfondir d’anciennes. Elle peut avoir un certain caractère prophétique (cf. 1 Th 5, 19-21) et elle peut être une aide valable pour comprendre et pour mieux vivre l’Évangile à l’heure actuelle. Elle ne doit donc pas être négligée. C’est une aide, qui nous est offerte, mais il n’est pas obligatoire de s’en servir. Dans tous les cas, il doit s’agir de quelque chose qui nourrit la foi, l’espérance et la charité, qui sont pour tous le chemin permanent du salut (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Le message de Fatima, 26 juin 2000). »
Benoît XVI, Verbum Domini, n. 14
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Alors, pour conclure, on peut effectivement dire que l’Église reconnaît certains visionnaires. Ceux-ci n’ont pas le statut de prophète au sens du Premier Testament, mais cela ne signifie pas non plus que les révélations privées n’ont aucun intérêt : elles peuvent être une aide accordée par le Seigneur pour soutenir certains chrétiens aujourd’hui. Cela permet de répondre à cette question : les révélations privées, pour autant qu’elles sont reconnues par l’Église, ne sont ni un roman, ni la Révélation biblique ; elles sont un écrit spirituel, une lumière venue d’en haut pour nourrir notre vie chrétienne.
Concrètement… Concernant Luz de Maria, les visions étant en cours, l’Église est nécessairement prudente. Je n’ai pas entendu qu’elle s’était prononcée à ce stade, mais n’étant pas un grand connaisseur du dossier, j’ai pu manquer l’une ou l’autre information. Sauf avis contraire d’une autorité compétente, rien ne vous empêche de la lire, avec prudence et pour autant que cela vous rapproche de Dieu, que cela vous aide à mieux vivre l’esprit de l’Évangile, comme l’écrit si bien le pape Benoît XVI.
Concernant Maria Valtorta, plusieurs jugements ont été émis par l’Église : tous semblent être négatifs, des autorités vaticanes jusqu’aux évêques français. (cf. Article de Camille Lecuit dans Famille chrétienne). Cela ne signifie pas pour autant que l’avis de l’Église est infaillible en la matière ; il lui est arrivé de se tromper, comme avec sainte Faustine ou saint Padre Pio. Disons que cela invite simplement à la prudence et au discernement : gardons ainsi toujours à l’esprit que tout écrit mystique, fût-il hautement sanctifiant, ne saurait être mis au même niveau que la Révélation biblique.
Pierre G. (SEDIF)
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