10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Pourquoi les Juifs n’ont-ils pas reconnu le Sauveur Dieu fait homme en Jésus, pourtant Juif lui même à l’origine ?

Pourquoi les Juifs n’ont-ils pas reconnu le Sauveur Dieu fait homme en Jésus, pourtant Juif lui même à l’origine ?

Tout d’abord, il me semble incorrect de parler des Juifs en général… Certains Juifs ont reconnu le Christ en Jésus, d’autres non. Il faut bien se rappeler que les chrétiens se réunissaient initialement dans les synagogues, en tant que Juifs croyant en Jésus Messie. C’est ce que montrent notamment les Actes des Apôtres ; il existe par ailleurs quantité d’ouvrages historiques et théologiques qui expliquent la séparation progressive entre Juifs et chrétiens, de sorte que cela forme peu à peu deux entités distinctes – ce qui n’était pas du tout envisagé aux commencements. Parmi les parutions récentes, signalons L’impossible substitution du Fr. Jean-Miguel Garrigues (Les Belles Lettres).

La question est donc : pourquoi certains Juifs ne l’ont-ils pas reconnu ?

Il y a tout d’abord la disparité des attentes messianiques dont parle le P. Neuhaus dans son texte : il y a plusieurs courants dans le judaïsme, qui défendent des attentes très différentes. C’est toujours vrai aujourd’hui : demandez aux catholiques de vous dire qui est Dieu pour lui, en dehors des mots du dogme, et vous verrez mille nuances de Dieu. Donc forcément, quand Jésus arrive, il déçoit certaines attentes personnelles… d’autant plus que, comme vous l’écrivez très bien, il est le Sauveur Dieu fait homme, ce qui n’a jamais été prévu par les Écritures !

Il est bien question de Révélation de Dieu et d’un Messie à venir dans le Premier Testament, mais il n’est dit à aucun moment, de manière explicite, que c’est Dieu lui-même qui va venir sur Terre… C’est tout le chamboulement provoqué par le Christ, qui va conduire à sa condamnation à mort. Se proclamer le Messie, pourquoi pas, tant d’autres l’ont fait, mais s’affirmer comme Fils de Dieu, égal au Père, voilà qui est une révolution totale. Dieu va au-delà de nos espérances les plus folles, bouleversant nos logiques humaines.

*

Il y a bien d’autres manières d’envisager votre question… On parle par exemple de la permanence d’Israël comme un signe que la Première Alliance est un don sans repentance : Dieu a donné son amour au peuple d’Israël ; Il ne reprend pas son amour. Il ne faut pas oublier que les Juifs croient dans le vrai Dieu : ce fut notamment rappelé lors du Concile Vatican II, dans la déclaration conciliaire Nostra Aetate.

Les Juifs qui n’ont pas cru au Christ témoignent d’une Histoire, d’une fidélité et d’une attente – attente que nous, catholiques, avons hélas perdu, comme si nous n’étions pas concernés par la venue du Christ dans la gloire. En d’autres termes, Juifs et chrétiens croient dans le même Dieu, confessent le même Dieu ; la différence est que Jésus vient renouveler et accomplir l’alliance en faisant connaître Dieu en plénitude, ce qui manque de facto aux Juifs. L’alliance en Jésus n’est pas nouvelle en tant qu’elle supprime la précédente, mais en tant qu’elle vient renouveler la précédente, qui perdure donc.

Il y aurait encore d’autres approches et réponses possibles. Cette question entre Juifs et chrétiens, nous aurons l’occasion de la creuser encore davantage lors des rencontres 8 et 9, consacrées aux Actes des apôtres et aux lettres de saint Paul. Suite au prochain épisode !

Pierre G. (SEDIF)

 

 



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Gn 25,19-28 – Pourquoi Dieu choisit-il comme aîné Esaü à la place de Jacob ?

Pourquoi Dieu choisit-il comme aîné Esaü à la place de Jacob ?

Que voilà une question étonnante… et passionnante, à bien des égards ! Il y a bien des manières de répondre, mais je demande quel est le problème rencontré par la personne de votre cénacle qui la pose. Cela m’aiderait à être pertinent dans la réponse à apporter.

Ce que je peux dire en quelques mots, c’est que la Genèse est un écrit qui tente de donner des explications à des situations et réalités présentes au moment où les auteurs bibliques écrivent. David, descendant de Jacob, a régné sur Israël et a soumis les Édomites, un peuple descendant d’Esaü. Les auteurs bibliques, qui ont reçu oralement les récits d’Esaü et Jacob, essayent donc de comprendre ce qui a pu se passer… Il est fréquent, à cette époque, de vendre le droit d’aînesse ; ce n’est pas propre à Israël : la cause est ainsi toute trouvée. Et on ajoute à cela une prophétie de Dieu qui dit à Rebecca que ses deux enfants donneront naissance à deux peuples et que le grand servira le petit (Gn 25,23). En gros, on prête à Dieu une attitude qui permet d’expliquer ce qui s’est passé.

Est-ce que les choses se sont passées ainsi ? Nous n’en savons fichtrement rien. En revanche, il est intéressant de voir comment Dieu se révèle dans cette histoire : la prophétie comme quoi le grand sert le petit nourrira l’idée du « petit reste » d’Israël, de son importance au milieu des grands empires qui envahiront le territoire au fil des siècles. Cette prophétie prendra aussi un tout autre relief avec le Christ : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir (Mc 10,45).

Ainsi saint Paul peut-il proclamer dans sa lettre aux Philippiens : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père (Ph 2,5-11).

Le Christ s’abaisse, devient le plus petit… et par cette obéissance totale dans l’abaissement, est élevé au-dessus de tous. Jacob, en un sens, préfigure le Christ.

Et pour conclure en forme d’ouverture, citons cette courte maxime de Madeleine Delbrêl, publiée dans Alcide : guide simple pour simples chrétiens : « Servir ses frères c’est régner avec Dieu. »

Pierre G. (SEDIF)

Sur le même sujet, une autre interprétation :

 



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Lecture priante, lecture de foi et lecture de raison : comment lire la Bible ?

Pour quelqu’un qui a toujours fait une lecture priante de la Bible, je me trouve face à une vision plus de la raison que de la foi…

Si ce n’est pas une question à proprement parler, cette phrase m’interpelle en ce qu’elle associe la lecture priante à la foi et l’étude de la Bible à la raison. J’en comprends le sens et la richesse, mais il me semble qu’il ne faut pas réduire la foi à la prière, à la « lectio divina » : la foi est une vertu théologale (don de Dieu) qui consiste à croire à des vérités révélées. Dire : « Je crois en un Dieu unique en trois personnes » ou « Marie est la mère de Dieu » est bien un acte de foi, mais pas pour autant – à proprement parler – une prière. A contrario, un argument de raison peut conduire une âme dans un état de prière quasi immédiat. C’est que Dieu parle à chacun son rythme intérieur, comme Il a parlé aux mages-astronomes à travers une étoile… Et ils repartirent par un autre chemin, nous dit l’évangile.

L’aventure FIDEO propose précisément de réconcilier foi et raison, d’avoir une vision holistique (globale) de la Révélation, en entremêlant le cœur (la foi), l’intelligence (la raison) et la volonté (la rencontre personnelle). Car Dieu nous a ainsi faits : il ne s’agit pas de connaître pour connaître, ni de croire pour croire, ni de ressentir pour ressentir, mais de se mettre en marche pour mieux Le connaître et nous connaître. Ce sont les tout premiers mots de Jean-Paul dans son encyclique Foi et Raison : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même. »

L’avantage de cette approche globale est qu’elle prend en compte toutes les dimensions de notre être et d’être plus juste dans notre compréhension de Dieu : ce n’est pas qu’une question de ressentis personnels, mais d’expérience collective, en Église, avec les Hébreux d’antan, les premiers chrétiens et les Pères de l’Église, les saintes et saints de toutes les époques, etc. En prenant appui sur cette sagesse accumulée au fil de l’Histoire avec Dieu, cela permet aussi d’éviter de mauvaises interprétations, de nous fabriquer par exemple un petit Dieu qui nous convienne…

Évidemment, à terme, FIDEO doit conduire à une autonomie dans la lecture de la Bible, à susciter ou renouveler notre « lectio divina »…

Pierre G. (SEDIF)

 



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Sodome et Gomorrhe : Dieu permet-il la destruction ? Est-ce cela la justice divine ?

Dans Sodome et Gomorrhe, Dieu détruit la ville car il n’y a pas un seul homme de bon. Est-ce que Dieu permet la destruction s’il n’apporte pas sa bénédiction ? Est-ce cela la justice divine ?

Il y a beaucoup de (passionnantes) questions ici… Tout d’abord, il ne faut pas oublier que le Christ est la clef de compréhension ultime et définitive de Dieu. Qui m’a vu a vu le Père, dit Jésus à ses disciples. Le prêtre et poète Jean Grosjean écrivait : « Jésus accepte les mythes car il en a la clé, il leur donne un sens, il fait feu de tout bois. Il n’y a pas de nuits dont il ne soit la lumière. »

On comprend bien, dès lors, que Dieu ne peut vouloir cette destruction quand le Christ affirme que Dieu ne veut en perdre aucun… ou ce serait contradictoire ! Qu’en conclure ? Que nous sommes encore au début de la Révélation divine et que l’hagiographe (= auteur biblique) prête à Dieu une attitude qui ne peut pas être la sienne fondamentalement. C’est un bel enseignement pour notre temps : quand il y a une catastrophe naturelle, combien de fois entendons-nous que Dieu est injuste, que s’il l’était, il n’aurait pas autorisé cela, etc. On continue de prêter à Dieu des attitudes (actives ou passives) qui ne lui correspondent pas. On continue de se fabriquer des images de Dieu qu’il faut combattre en soi et purifier tout au long de notre vie.

La question de la violence dans le Premier Testament fera l’objet d’une étude de texte lors de la rencontre 4 (+ malle à outils avec beaucoup d’éléments sur le sujet). Je n’y reviens donc pas…. pour le moment.

Reste la question de la signification de l’épisode concernant Sodome et Gomorrhe… en partant du principe, donc, que Dieu ne détruit pas la ville. Souvenons-nous par ailleurs, contrairement à ce que dit la question posée, qu’il y a un homme bon dans cette ville : Loth (+ sa femme et ses filles).

La raison de la présence de cet épisode dans la Bible peut être due au fait qu’une catastrophe naturelle est survenue et a effectivement détruit ces villes. C’est ce que tendent à penser certains archéologues, même s’il faut toujours prendre ces données avec des pincettes. Dès lors, les hagiographes auraient cherché à en comprendre le sens profond, mêlant Dieu à cela, pour en tirer divers enseignements.

Alors, quels sont les enseignements ? Ce qui est intéressant, dans la scène qui précède (Gn 18), c’est qu’Abraham ne marchande pas avec Dieu au-dessous de dix justes. Est-ce parce qu’il pense qu’il ne peut y avoir moins de justes que cela dans les villes ? Est-ce parce qu’il doute de la miséricorde de Dieu qui serait incapable de sauver la ville pour un seul juste ? Avec le prophète Ezéchiel, au chapitre 16, nous savons que Dieu fait miséricorde en dépit des péchés d’une ville, qu’il restaure toujours son alliance à la fin quels que soient les péché (Ez 16,60-63). Dans ce chapitre 16, Ezéchiel mentionne la ville de Sodome : les versets 53 et suivants parlent du salut de Sodome, malgré ses abominations. La Révélation de Dieu progresse, s’affine, devient de plus en plus précise… Je saute des étapes pour arriver à Jésus lui-même. Nous le savons par le Christ : le bon berger peut abandonner 99 brebis pour n’en sauver qu’une seule. Mais Abraham, lui, ne le sait pas encore et n’ose croire que Dieu peut faire miséricorde pour un seul juste.

Lorsqu’on lit l’épisode de Sodome proprement dit en Genèse 19, on voit que Dieu envoie deux anges : les péchés commis par les Sodomites sont nombreux : orgueil, inhospitalité, mépris de l’étranger, refus de Dieu, agression sexuelle… Je n’entre pas dans le détail : il y a une grande bataille entre les biblistes pour savoir ce qu’est le grand péché entre tous. Au chapitre 10 de l’évangile selon Matthieu, par exemple, c’est l’inhospitalité de Sodome et Gomorrhe qui est visée, une inhospitalité qui est liée aux messagers de Dieu (anges dans le Premier Testament, apôtres dans le Nouveau)… donc un refus de Dieu.

D’autres enseignements peuvent être tirés de la lecture… Les anges, lorsqu’ils parlent à Loth, parlent de mourir par la faute de la ville, et non du fait de l’intervention divine : se tenir au milieu du péché, le fréquenter au quotidien, c’est se mettre en situation de mort. Plus encore, il ne faut jamais se retourner sur le péché (y compris le nôtre), sous peine de ne pas sauver son âme, d’être en incapacité d’avancer vers le salut : c’est l’expérience que fait la femme de Loth.

Un texte biblique ne s’épuise jamais… Maintenant que vous savez comment le lire, à la lumière de la Révélation divine qui s’achève dans le Christ, je ne doute pas que vous en tirerez de bons enseignements pour votre salut.

Pour aller plus loin, voici deux courts textes / podcasts sur Sodome et Gomorrhe, produits par l’excellentissime PRIXM :
1/ Qu’est-ce que le « péché de Sodome » dans la Bible ?
2/ Sodome et Gomorrhe : deux villes bibliques réduites en cendre

Pierre G. (SEDIF)

 



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Peut-on lire l’Ancien Testament, du début à la fin, « comme si c’était une histoire » ?

Peut-on lire l’Ancien Testament, du début à la fin, « comme si c’était une histoire » ?

La lecture suivie de la Bible est tout à fait possible. C’est une méthode très intéressante, car elle permet de voir l’évolution dans la Révélation : les violences attribuées à Dieu laissent peu à peu la place à une meilleure compréhension de qui est Dieu – dont Jésus est évidemment la clef ultime et définitive. « Comme si c’était une histoire » ? Oui, en partie… si l’on s’en tient au Pentateuque et aux livres historiques. Toutefois, il faut se souvenir que les prophètes interagissent avec les rois : or ils sont placés en dernier dans la Septante (= Bible de Jérusalem et Traduction liturgique de la Bible). Cela ne retire rien à la validité d’une lecture suivie, mais il y aura beaucoup d’analepses (retours en arrière) au fur et à mesure de la lecture.

Pour faire simple : je pense que le Pentateuque et les livres historiques peuvent se lire en grande partie « comme une histoire ». Les livres prophétiques et les livres sapientiaux peuvent (doivent ?) se lire différemment.

Pour information : à partir de la rencontre 3, la malle à outils propose un parcours de lectures possible, par grand ensemble. Ce peut aussi être une manière de faire.

Pour aller plus loin : Comment lire la Bible ?, par le père Gérard Billon, président de l’Alliance biblique française.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi la Révélation prend-elle autant de temps ?

Pourquoi la Révélation prend-elle autant de temps, au fil de ces millénaires, de tous les livres ? Pourquoi n’est pas plus directe ?

Voilà une question que je me suis souvent posée ! Pourquoi Dieu, dans sa liberté totale, a-t-il choisi de procéder ainsi et non autrement ? Se mettre à la place de Dieu est toujours périlleux… Il fait bien ce qu’Il veut ! Je vais donc me contenter de regarder quelques signes qui pourraient expliquer cette temporalité lente.

Pour ma part, j’ai mieux compris cette pédagogie au long cours en devenant père. Un enfant a besoin de temps pour croître, pour éveiller son corps, sa sensibilité, son intelligence, sa volonté, sa conscience et son âme… Il n’est pas bon de lui enseigner trop et trop vite, sous peine de le dégoûter, de le briser même. Il y a un temps pour tout, comme l’exprime si bien le livre du Qohélet : Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps. Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, mais celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite du début jusqu’à la fin. (Qo 3,11). Peut-être qu’il en a été de même pour Dieu. Il a voulu que l’homme se réacclimate peu à peu à Lui, qu’il se débarrasse de toutes ses conceptions mauvaises sur lui, sur le prochain, sur le monde… Dieu ne se révèle pas pour Lui-même, mais pour nous, pour notre salut, ce qui nécessite du temps. On voit comment le Christ a été reçu, Lui qui a fini mort sur la croix, avec peu de fidèles à ses côtés… Que ce serait-il passé si le Verbe de Dieu s’était incarné plus tôt ? Il fallait préparer le cœur de l’Homme à retrouver cette lumière divine dont parle saint Jean au début de son évangile (Jean 1).

Par ailleurs, et c’est très subjectif, je trouve qu’il y a une beauté dans les œuvres qui prennent leur temps… Dans ses écrits, le naturaliste Jean-Henri Fabre raconte qu’il a essayé de faire éclore des cigales de manière artificielle : constatant qu’elle mettait plusieurs années à éclore pour finalement ne vivre qu’un été tout au plus (3 à 4 semaines en moyenne), il a procédé à une petite incise pour les faire sortie plus vite ; l’expérience s’est soldée par la mort de toutes les cigales. Ce long temps de maturation n’est certes pas rentable à vue humaine, quand on regarde le temps de vie à l’air libre, mais il est indispensable.

On retrouve le même processus chez les artisans : la fabrication d’un objet unique conçu et produit à la main prend un temps infiniment plus long qu’une usine qui formate tout en série à travers des machines. Dieu ne conçoit que de manière unique, et non en série… Le temps long est souvent synonyme d’un soin particulier accordé à une œuvre.

Il y a une culture de l’instantané aujourd’hui, qui donne à penser que ce qui se règle vite est pour le mieux. Dieu serait-il plus grand s’il avait tout réglé en un instant ? Je l’ignore. Ce qui est certain, c’est que même si, depuis le Christ, Dieu s’est définitivement révélé, notre maturation reste très lente : il faut croire que, pour nous humains, le temps de maturation devait être bien plus long que celui des cigales ! Et il ne faut pas oublier que si Dieu s’est révélé pleinement en son Fils, Il commence à se révéler dès le début de l’Histoire humaine, symbolisée les différents mythes en Genèse 1-11 et l’émergence d’Abraham en Genèse 12. Aucune génération n’est restée sur le carreau.

On pourrait envisager aussi une réponse plus théologique : en se coupant de Dieu, l’homme a arraché le lien qui s’unissait à Dieu pour se réfugier dans les ténèbres. Et comme toute personne vivant dans le noir, une lumière trop brutale pourrait l’achever, voire le contraindre. Dieu, en sa bonté, a respecté la liberté profonde de l’être humain de Le choisir, après L’avoir renié… S’imposer de manière directe, cela aurait été s’imposer, non inviter. Alors Il se manifeste dans ses œuvres, de la Création jusqu’à son incarnation en son Fils. C’est un peu ce sens que Saint Paul écrit au début de sa Lettre aux Romains : En effet, ce que l’on peut connaître de Dieu est clair pour eux, car Dieu le leur a montré clairement. Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n’ont donc pas d’excuse (Rm 1,19-20).

Pierre G. (SEDIF)

 



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