11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

L’homme et l’univers sont-ils en processus de création, et de sanctification pour l’homme ?

Est-ce que l’homme comme l’univers sont en processus de création, en vue de sanctification pour l’homme ?

Pour répondre à la première partie de votre question, oui, on peut dire en un sens que l’homme comme l’univers sont en processus de création (c’est notamment la position de Teilhard de Chardin). La création n’est effectivement pas seulement un événement passé, mais une réalité en marche. Dieu n’a pas créé le monde pour l’abandonner : il le soutient et l’oriente vers son accomplissement. L’univers est donc compris comme engagé dans une histoire, un chemin vers sa plénitude en Dieu.

Concernant la sanctification, c’est encore plus évident : l’homme, créé à l’image de Dieu, est appelé à la sanctification, c’est-à-dire à participer à la vie divine. Cette transformation ne se fait pas en dehors du monde, mais au cœur même de l’histoire. Saint Paul parle d’une création qui gémit dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8,22), attendant sa libération. Cela suggère un dynamisme qui comprend la Création tout entière… ce qui en dit long sur notre responsabilité : l’univers lui-même est associé au salut de l’homme. La sanctification est d’abord l’œuvre de la grâce, mais elle engage la liberté humaine.

Par le Christ ressuscité, la création est déjà renouvelée et orientée vers des cieux nouveaux et une terre nouvelle (Ap 21,1). Ainsi l’homme et le monde avancent-ils vers leur accomplissement ultime : la communion totale avec Dieu.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi le Fils doit-il apprendre s’il a tout du Père ? Et pourquoi apprend-il l’obéissance par la souffrance ?

Sur le passage de la Lettre aux Hébreux (5,8) : pourquoi le Fils a appris l’obéissance par la souffrance… ? Pourquoi doit-il apprendre s’il a tout du Père ?

Voilà une magnifique question qui nous place au cœur de la question des deux natures du Christ. Le verset que vous citez est exigeant parce qu’il touche directement au mystère de l’Incarnation : Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance (He 5,8). Cela pose deux questions distinctes : l’apprentissage de manière générale et l’obéissance par la souffrance.

Tout d’abord, comment le Fils éternel, qui partage tout avec le Père, peut-il apprendre quelque chose ?

Selon la foi chrétienne, en tant que Dieu, le Fils n’a rien à apprendre. Il est, disons-nous dans le Credo, « lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Il n’y a donc aucune ignorance, aucun progrès, aucune imperfection dans sa divinité. Ce verset ne signifie donc pas qu’il « devient meilleur » ou qu’il « corrige un défaut ». Le centre de la question se situe dans son humanité.

Dans la tradition théologique (cf. S. Thomas d’Aquin), « apprendre » signifie ici passer à l’expérience vécue. Le Fils éternel connaît parfaitement l’obéissance du Fils au Père dans la Trinité, mais en s’incarnant, il assume une nature humaine complète. Avoir une volonté humaine veut dire : ressentir l’effort, traverser la tentation, éprouver la souffrance, consentir humainement à la volonté de Dieu. Il ne s’agit plus seulement d’une obéissance divine éternelle mais d’une obéissance humaine éprouvée.

Cela nous conduit naturellement à la seconde question : pourquoi le Fils apprend-il l’obéissance par la souffrance ?

La Lettre aux Hébreux insiste sur le fait que Jésus est un grand prêtre qui peut compatir (4,15). Pour être un prêtre pleinement uni à l’humanité, il doit éprouver la condition humaine jusqu’au bout et assumer l’obéissance dans un contexte de souffrance réelle. La souffrance n’est pas une amélioration de sa nature, mais le lieu où l’obéissance humaine est portée à sa perfection.

Dans toute l’épître, la logique est représentative : le Christ n’apprend pas pour acquérir, mais pour transmettre ; il n’obéit pas pour être sauvé, mais pour sauver. En assumant l’obéissance humaine dans la souffrance, il sanctifie notre propre obéissance, il ouvre le chemin du salut, il devient le « chef de file » (archégos) d’une humanité nouvelle (cf. He 2,10). C’est pourquoi le verset qui suit immédiatement celui que vous citez dit : conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Son apprentissage est donc « vicaire », au sens étymologique du terme : « suppléant », « remplaçant », celui qui agit à la place d’un autre. Le Christ accomplit cette obéissance pour nous, il porte l’humanité pour l’amener à Dieu.

Pour résumer, il faut comprendre que les deux natures du Christ implique deux volontés, divine et humaine. Pour que l’obéissance soit authentiquement humaine, il faut deux volontés :

  • une volonté divine parfaitement unie au Père,
  • une volonté humaine réelle, capable de choix et d’épreuve.

L’obéissance du Christ dans la souffrance manifeste tout à la fois l’union parfaite des deux volontés, le fait qu’il ne se laisse pas gouverner par la peur, la douleur ou l’égoïsme, et la victoire de l’amour dans la condition humaine. C’est exactement ce qu’il exprime à Gethsémani : Non pas ma volonté humaine, mais la tienne (Lc 22,42).

Pierre G. (SEDIF)

 



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Que signifie le verbe « procéder » et pourquoi parler de « procession » ?

Pouvez-vous nous donner une définition du verbe procéder ? Que signifie exactement : « « Il procède du Père et du Fils » ? Nous avons été également troublées par le substantif « procession » que vous associez au verbe « procéder ».

Le verbe « procéder » est fondamental en théologie trinitaire. Il est composé de pro– (« en avant ») et cedere (« aller, marcher, céder ») : littéralement, il signifie « aller en avant », « avancer », « marcher devant ».

Ce terme vient de l’évangile selon saint Jean : Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède (ekporeuesthai) du Père, il rendra témoignage en ma faveur (Jn 15,26). Dans ce contexte, le verbe signifie simplement « sortir de », « provenir de » comme d’une source ; il exprime ainsi une origine personnelle : l’Esprit procède du Père (par le Fils qui l’envoie), c’est-à-dire qu’il tient de lui son être, sans impliquer de séparation ni de commencement temporel, mais une relation éternelle d’origine.

La théologie a naturellement repris ce sens : l’Esprit qui est ce qui provient de Dieu ; la procession exprime dès lors l’origine ou la source de l’Esprit. Lorsqu’on dit que le Saint-Esprit « procède du Père et du Fils », cela veut donc dire que l’Esprit a son origine en Dieu dans le Père et par le Fils, sans que cela diminue sa divinité ni son égalité avec eux. La procession, qui a la même racine latine procedere, désigne par conséquent l’acte par lequel l’Esprit « procède », c’est-à-dire sa relation originelle au Père et au Fils. En résumé, « procéder » est le verbe décrivant l’origine ou la source, et « procession » est le nom qui désigne ce mouvement ou cette relation intrinsèque au sein de la Trinité.

Pierre G. (SEDIF)

Pour aller plus loin, sur le même thème : 
=> Qu’est-ce qui distingue la procession de l’engendrement ?
=> Le « Filioque » est-il une doctrine secondaire dans la foi catholique ?
=> L’Esprit est-il consubstantiel au Père et au Fils ?

 



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Qui sont les bienheureux mentionnés par Gilles Emery, si ce ne sont pas les saints ?

Nous avons une question à propos de la participation des êtres humains à la filiation Christ (texte de P. Gilles Emery)… Qui sont les bienheureux mentionnés dans « Elle trouve sa réalisation chez les bienheureux qui voient Dieu face à face » ? A priori ce ne sont pas les saints car ils sont mentionnés par la suite.

Dans le texte du P. Gilles Emery, la distinction entre bienheureux et saint ne se réduit pas d’abord à une question de procédure canonique, mais à une distinction théologique entre l’état de gloire et la reconnaissance ecclésiale. On pourrait résumer sa position de la manière suivante : tous les saints sont des bienheureux, mais tous les bienheureux ne sont pas saints au sens ecclésial strict (reconnus comme tels par l’Église ici-bas).

Le point de départ du P. Gilles Emery est la béatitude comme réalité première : cela désigne l’état objectif de communion parfaite avec Dieu ; les bienheureux sont ceux qui jouissent de la vision béatifique, qui est l’achèvement ultime, le couronnement de la vocation humaine. Qui sont ces bienheureux ? Tous les êtres humains admis à la vision de Dieu ! Mais on pourrait aussi y ajouter les anges fidèles !

Dans le terme « saints », Gilles Emery ajoute une dimension ecclésiale : le saint est un bienheureux reconnu par l’Église, proposé comme modèle de vie chrétienne et intercesseur public pour l’Église terrestre. Ce n’est donc pas seulement un état céleste, mais une qualification donnée par l’Église à certains bienheureux dont elle a connaissance de la sainteté.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quel est le lien entre puissance de Dieu et sainteté ?

Quel est le lien entre puissance de Dieu et sainteté ? Est-ce que la sainteté découle de la puissance, et si oui, d’où ça vient ?

Je ne suis pas certain de comprendre totalement votre question, du moins la deuxième partie, mais peut-être qu’en répondant à la première, cela éclairera naturellement pour vous la seconde ? Vous me direz.

Dans la foi catholique, la toute-puissance de Dieu n’est pas une force arbitraire, mais l’expression de sa sainteté, c’est-à-dire de son amour parfaitement pur et juste. Dieu est tout-puissant parce qu’il est le Bien absolu, sans mélange de mal ni de mensonge. S’il n’était pas saint, sa puissance serait tyrannique ou destructrice. Mais parce qu’il est saint, sa puissance est créatrice, salvatrice et fidèle. Dieu ne peut pas faire le mal, non par faiblesse, mais parce que le mal est contraire à son être. Ainsi, sa toute-puissance est la puissance de l’amour parfait qui donne la vie et la restaure.

Je vous invite en complément à lire les textes bibliques que le P. Luc Mellet vous indique dans le polycopié (p. 20), quand il est question de toute-puissance et de sainteté.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Les conditions extrêmes vécues par l’humanité lui permettent-elles d’en revenir au lien social ?

Est-ce que les conditions de vie extrêmes vécues par l’humanité permettraient à l’homme de comprendre où est la vraie force qu’est le lien social ?

Je ne suis pas certain de comprendre votre question, ou plutôt ce qui motive cette question… Je l’interprète de la manière suivante, en l’exagérant un peu : peut-il surgir un bien du chaos ?

Si c’est bien là votre interrogation, je répondrai par l’affirmative : les conditions de vie extrêmes révèlent souvent ce qui est essentiel. Lorsque tout ce qui paraît solide s’effondre — confort, sécurité, richesse — l’être humain redécouvre sa fragilité et son besoin des autres. La Bible montre que l’homme n’est pas fait pour être seul (Gn 2,18). L’épreuve peut ainsi devenir un lieu de vérité, où le lien social apparaît non comme un simple avantage pratique, mais comme une nécessité inscrite dans la création.

Plus encore, dans la souffrance, la solidarité, le partage et la compassion prennent une profondeur nouvelle. Le Christ lui-même a vécu l’extrême — pauvreté, rejet, croix — et il a fondé une communauté, l’Église, appelée à être corps uni dans l’amour. Saint Paul rappelle : Si un membre souffre, tous souffrent avec lui (1 Co 12,26). Ainsi, pour le chrétien, les situations extrêmes ne sont pas recherchées, mais elles peuvent purifier le regard. Elles dévoilent que la vraie force ne réside pas dans la domination ou l’autosuffisance, mais dans l’amour vécu en communion, reflet de la Trinité elle-même, qui est relation et don.

Pierre G. (SEDIF)

 



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