N’y a-t-il pas un risque d’aller trop loin dans le symbolisme et perdre la réalité du sacrifice du Christ ?
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À la lecture du texte de Teilhard, n’y a-t-il pas un risque à aller trop loin dans les symboles, à tout symboliser (même si contexte particulier pour l’auteur qui n’avait pas les éléments matériels nécessaires pour pratiquer l’eucharistie) ? Sacrifice réel de Jésus dans l’eucharistie.
Si, tout à fait ! C’est précisément le reproche que beaucoup ont fait à Teilhard de Chardin. Il faut resituer le texte dans le contexte d’une expérience spirituelle de dénuement : s’y déploie une mystique magnifique, un approfondissement spirituel abyssal. Il me semble que Teilhard ne franchit pas de ligne rouge dans ce cadre.
Mais le symbole n’est pas sans écueil, s’il est absolutisé et compris en dehors du cadre établi. L’Église a toujours été vigilante au juste usage du langage symbolique, en désignant deux écueils : le littéralisme naïf et la dilution du réel. Le christianisme se protège contre l’excès de symbolisme par un fait central : le Verbe s’est fait chair (Incarnation).
En théologie catholique, on affirme continuellement deux choses en même temps : Dieu dépasse infiniment notre langage et Il s’est réellement révélé dans l’histoire. À ce titre, le symbole est donc nécessaire (on ne peut parler de Dieu autrement), mais il n’épuise jamais la réalité qu’il signifie. J’aime assez cet adage de saint Thomas d’Aquin, classique en théologie : « Ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons plus par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est. »
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Pour aider à discerner et sortir du « tout est à prendre au pied de la lettre » ou du « tout est symbole », les théologiens catholiques ont souvent défendu une position médiane, celle de l’analogie (ou réalisme analogique). Qu’est-ce que l’analogie ? C’est la clef de tous nos discours sur Dieu. Quand on parle de Dieu, les mots ne sont pas univoques (sens parfaitement identique au nôtre) ni équivoques (significations multiples), mais analogiques, c’est-à-dire qu’ils sont vrais sans être exhaustifs.
Un exemple trinitaire, puisque c’est notre thème FIDEO, peut aider à le comprendre : Dieu est Père, disons-nous. Ce n’est pas une métaphore pure, au sens incertain (significations multiples) ; mais ce n’est pas non plus une paternité biologique (sens identique au nôtre).
Donc pour conclure : oui, il y a un risque à aller trop loin dans les symboles — et la théologie catholique le combat en maintenant toujours l’enracinement du symbole dans une réalité objective et révélée.
Pierre G. (SEDIF)
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