11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Quelle différence y a-t-il entre traditionalisme et intégrisme ? Quel rapport ont-ils avec l’Église ?

Suite à la première vidéo sur l’Église, nos échanges ont très vite dérivé sur les communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église comme les traditionalistes et les intégristes. Quelle est la différence entre ces 2 groupes ? Sont-ils catholiques ? font-ils partie de l’Église ?

Il faudrait s’entendre sur les mots : que mettez-vous sous l’appellation des traditionalistes et sous celle d’intégristes ? Car il y a beaucoup de réalités différentes sous ces deux mots. Commençons par distinguer les deux mots…

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Les traditionalistes renvoient aux personnes attachées à la forme extraordinaire du rite romain (je reprends ici une dénomination de Benoît XVI, pour faire simple).

Parmi ces personnes, il y a celles et ceux qui sont pleinement intégrés à l’Église, en pleine communion, reconnaissant sans difficulté l’autorité du pape et du concile Vatican II. Je pense par exemple à la Fraternité Saint-Pierre, à l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (qui dessert une chapelle à Nîmes, à l’invitation de l’évêque) ou encore à l’Institut du Bon Pasteur. Il y a bien des communautés en ce sens, je suis loin de les connaître toutes.

Et puis il y a celles et ceux qui ont une position plus conflictuelle avec Rome, qui rejettent certaines positions conciliaires (liberté religieuse, synodalité…) et qui posent des actes « illicites », c’est-à-dire sans l’accord de Rome : l’exemple le plus évident est la Fraternité Saint-Pie-X et à son fondateur Mgr Lefebvre, qui a ordonné sans l’accord de Rome quatre évêques en 1988 – acte qualifié de « schismatique » par le pape Jean-Paul II à l’époque. La situation avec les lefebvristes a beaucoup évolué au fil des années, de sorte qu’on peut dire aujourd’hui qu’ils ne sont pas en pleine communion avec Rome tout en ne pouvant pas affirmer qu’ils sont vraiment schismatiques (en tant que fraternité et même si certains actes le sont). Le pape François a par exemple levé les excommunications pesant sur les évêques ordonnés, signe d’une volonté d’unité. Bref, c’est très complexe.

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Le mot « intégriste » a quant à lui une dimension moins religieuse que politique et polémique. À l’origine, il désignait des groupes très opposés aux idées modernes, au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Mais le mot a changé de sens au fil des ans pour devenir une « insulte ». L’Église catholique n’emploie pas ce terme, du moins pas officiellement ; ce sont les médias qui le font, souvent pour dénigrer tel ou tel.

Pour ma part, je ne l’emploie jamais, car il stigmatise trop celles et ceux avec qui nous ne sommes pas en accord. C’est comme si nous réduisions les orthodoxes à l’étiquette de schismatiques et les protestants à celle d’hérétiques. Tout cela nuit gravement à l’esprit de l’évangile et à l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas de masquer nos désaccords (dialoguons, débattons, même de manière musclée), mais de garder un climat d’écoute entre nous, y compris avec nos adversaires. Alors, quand on parle de la Fraternité Saint-Pie-X par exemple, je parle des lefebvristes, car cela dit ce qu’ils sont tout en gardant le dialogue ouvert… car pourquoi vouloir dialoguer avec toutes les religions et les confessions chrétiennes plus éloignées si c’est pour stigmatiser celles et ceux qui nous sont formellement (je ne parle pas ici d’affectif ni de vision) plus proche ?

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Nous sommes sur des sujets épineux et éminemment passionnels, qui demandent prudence, rigueur et charité. J’espère néanmoins que cette réponse vous éclairera…

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment vivre la passion du Christ dans notre vie quotidienne ?

Comment vivre la passion du Christ dans notre vie quotidienne ?

Il y a mille manières de répondre à cette question, mais une seule me semble bonne : celle de l’accompagnement spirituel. On a fait vite de bâtir des discours tout faits sur la sainteté, sur l’acceptation de la souffrance, alors que chaque situation est différente, Dieu permettant des situations diverses et donnant des grâces différentes à chacune et chacun.

Je vous recommande donc vivement à trouver un accompagnant (il existe un service consacré à cela dans le diocèse, si besoin), afin de ne pas donner une réponse théorique à cette question existentielle, mais bien y répondre avec toute la force de son existence, avec toute sa foi, son espérance et son amour.

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Une fois posé cela, je peux tout de même donner quelques indications vérifiées par le témoignage des saints et l’enseignement du Christ et de l’Église…

Vivre la Passion du Christ au quotidien, c’est apprendre à accueillir les petites croix de chaque jour avec amour, comme Jésus a porté la sienne. Cela peut être un geste de patience avec quelqu’un qui nous agace, un pardon offert, ou un service discret pour quelqu’un dans le besoin. Chacun a sa propre route : pour l’un, ce sera dans le travail ou les études, pour l’autre dans la famille ou l’amitié. Certains marcheront vite, d’autres lentement, mais chacun est invité à avancer à sa manière, avec ce que Dieu lui donne de cœur et de force.

L’important est d’offrir ce que l’on vit, même la fatigue ou la souffrance, à Dieu, en union avec Jésus. Cela peut se faire par la prière, le silence, la lecture de l’Évangile, ou simplement en souriant malgré les difficultés. Comme une bougie qui éclaire doucement, chaque petit acte d’amour participe à la lumière de la Passion. La Passion n’est pas seulement souffrir, c’est transformer chaque instant, même difficile, en un acte d’amour. Comme le soleil qui éclaire doucement la terre, nos petits gestes, nos petites offrandes, font briller la lumière du Christ dans le monde.

Dieu voit et accueille chacun selon ce qu’il est capable de donner, sans comparaison. Ainsi, vivre la Passion, c’est transformer notre vie ordinaire en un chemin d’amour et de fidélité à Dieu.

Mais écrire tout cela, ce n’est encore qu’une introduction au discernement personnel que seul un bon accompagnement peut opérer, afin que notre vie propre devienne une réponse singulière, éminemment personnelle, à l’œuvre de Dieu en nous. Je vous renvoie donc au début de cette réponse ! Et la boucle est bouclée.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Les enfers où descend le Christ sont-ils un lieu de damnation ?

Un autre sujet a attiré notre attention : la descente aux enfers. Traditionnellement nous concevons qu’après notre mort nous serons soit en enfer, soit au paradis avec une étape éventuelle au purgatoire. Dans quelle case mettre ceux que Jésus a visité aux enfers, ou au Shéol ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord se mettre d’accord sur la terminologie : le mot « enfers » dans la Bible ne désigne pas forcément l’enfer des damnés (lieu de condamnation), mais plus largement le séjour des morts. Dans le cas présent, le Christ va visiter les justes, morts avant son incarnation.

Dans la parabole du riche et de Lazare, Luc emploie la magnifique expression sein d’Abraham (Lc 16,19-31) : il s’agit évidemment d’un lieu symbolique, qui accueille les âmes justes après leur mort ; les Pères de l’Église y voient tout naturellement une anticipation du Paradis, distinct d’un lieu de châtiment.

Pour répondre maintenant à votre question, si l’on s’en tient à l’interprétation du sein d’Abraham évoquée précédemment (d’autres interprétations existent dans l’Église catholique), on peut simplement dire que les enfers visités par le Christ ne sont pas l’enfer (damnation), ni encore le paradis (car le ciel n’est pas encore « ouvert » avant la rédemption), ni le purgatoire au sens strict. Les enfers, cela ressemble un peu à une salle d’embarquement VIP avant ouverture des portes ! Ou pour le dire dans un langage plus théologique : c’est un état intermédiaire propre à celles et ceux qui ont vécu avec l’Incarnation du Verbe de Dieu.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Judas : damné pour avoir refusé la miséricorde de Dieu ?

 



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Pouvez-vous détailler plus exitus et reditus ?

Pouvez-vous détailler plus « Eexitus » et « reditus » ?

Le P. Luc Mellet résume le double mouvement d’exitus-reditus avec cette formule : « L’histoire de l’humanité est ‘sortie’ (exitus) des mains de Dieu et ‘retourne’ (reditus) à Dieu. »

En complément, une analogie pourrait vous permettre de comprendre différemment cette notion d’exitus-reditus. On pourrait dire que c’est comme une grande épopée, l’histoire d’un long voyage. Dieu a tout créé : le monde, les anges, les humains. C’est ce qu’on appelle l’exitus : tout vient de Dieu, comme l’eau qui sort d’une source. Puis Dieu nous invite à revenir vers Lui par le Christ, l’amour, la prière. C’est le reditus : nous retournons vers Dieu, comme des enfants qui rentrent à la maison.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Que sera concrètement la vie éternelle ?

Que sera concrètement la vie éternelle ? Ne sera-t-elle pas trop longue, surtout vers la fin ?

N’en déplaise à Woody Allen, la vie éternelle n’est pas « une très très longue durée », mais une qualité d’existence totalement différente. Concrètement, dans le Magistère de l’Église, elle est décrite comme la vision béatifique : voir Dieu « face à face », sans limite, dans une communion parfaite. Reste à savoir ce qu’est la vision béatifique… Elle implique traditionnellement une joie complète (rien ne manque), une connaissance sans frustration, des relations pleinement harmonieuses et, surtout, une participation à la vie même de Dieu (pas juste être spectateur).

Par conséquent, la question « est-ce que ce ne sera pas trop long ? » vient de notre expérience actuelle du temps… où on s’ennuie au bout de deux réunions Zoom ! Mais dans l’éternité, il n’y a pas ce déroulement linéaire avec un « début-milieu-fin » qui s’épuise. On parle plutôt d’un présent toujours plein, jamais usé, jamais répétitif. Prenons une comparaison, nécessairement imparfaite : imaginons un moment de bonheur intense que nous voudrions ne jamais voir finir… sauf qu’ici, il ne devient jamais fade, jamais routinier, jamais « déjà vu ».

Pour conclure, si le paradis devenait ennuyeux… ce ne serait plus le paradis — ce serait une mauvaise salle d’attente. Or, Dieu n’est pas exactement du genre à organiser ça !

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Où vivrons-nous la vie éternelle : sur notre Terre transfigurée ?

 



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Quel sens a l’image montrant le Fils et l’Esprit comme les mains du Père ?

Les deux mains du Père (le Fils et l’Esprit) façonnent l’homme… Pouvez-vous nous donner une autre image ou le sens plus « profond »… ?

En préambule, rappelons-nous cet adage de saint Thomas d’Aquin, que je cite régulièrement dans mes réponses aux cénacles. Il affirmait que Dieu n’est pas connaissable en soi, mais pour soi : « Ce que nous connaissons de Dieu, nous le connaissons plus par ce qu’il n’est pas que par ce qu’il est. » Donc tout ce que nous disons de Dieu est sous forme d’analogie (une image qui n’est pas une comparaison mais opère un rapprochement => ex : le cerveau est un chef d’orchestre, le temps est comme une rivière, etc.), et non de descriptions physiques.

Les analogies visent à exprimer quelque chose de Dieu, sans jamais pouvoir le circonscrire. L’image utilisée par saint Irénée cherche ainsi à montrer que Dieu tout entier est à l’œuvre dans la Création. Nous avons en effet une difficulté en français : nous utilisons le mot « personne » pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais ce ne sont pas, stricto sensu, des « personnes », du moins pas au sens où nous l’entendons lorsqu’on parle des hommes. Pour nous, chaque personne est irrémédiablement différente. En Dieu, ce n’est absolument pas le cas : Il est UN. Sinon, nous devenons polythéistes ! C’est le grand mystère de la Trinité.

Alors, pourquoi parler tout de même de « personne » ? D’une part, parce que nous n’avons pas de mot plus adapté en français ; d’autre part, parce que cela rappelle la distinction au sein de la Trinité : il y a bien le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais il faut dans le même temps d’autres mots, d’autres analogies pour nous rappeler l’unité de Dieu : celle de saint Irénée en est un bon exemple. Elle n’est pas parfaite non plus : son défaut serait de penser que le Fils et l’Esprit sont des membres du Père, et non des réalités en soi.

Il existe beaucoup d’images qui permettent de saisir une partie de ce qu’est la Trinité. J’en parle notamment dans ma réponse à un cénacle qui m’interrogeait : Quand Dieu est-il un et quand est-il trinité ? Je pense que cela devrait vous intéresser, tant cela complète la réponse à votre propre question. Je vous renvoie donc à la FAQ FIDEO Credo.

Pierre G. (SEDIF)

 



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