Comment, par qui, l’évêque était-il nommé, élu, ordonné ?
formations
Comment, par qui, l’évêque était-il nommé, élu, ordonné ?
Sur le mode d’élection des évêques durant les premiers siècles, il y a des variations selon les lieux, mais la plupart du temps, il est choisi par l’Église locale, c’est-à-dire par le clergé (presbytres et diacres), le peuple chrétien et/ou par des évêques voisins.
Le quatrième évêque de Rome, S. Clément Ier, dans son Épître (texte majeur du christianisme primitif), nous renseigne sur le sujet dès la fin du Ier siècle : il explique que les apôtres, lorsqu’ils prêchaient dans des régions, choisissaient, pour en faire des évêques (« surveillants« ) et des diacres, et après les avoir éprouvés par l’Esprit, ceux qu’ils avaient convertis les premiers. Il écrit :
« Nous pensons donc que ceux qu’ils ont nommés, ou qu’ont nommés plus tard, et avec le consentement de toute l’Église, d’autres hommes éminents par leur piété, ne peuvent pas équitablement être dépouillés de leurs fonctions, s’ils ont veillé fidèlement sur le troupeau de Christ. »
La nomination vient toujours de responsables identifiés, « avec le consentement de toute l’Église » : il y a un équilibre entre les deux, responsables d’un côté et peuple de Dieu de l’autre.
*
L’un des autres témoignages les plus anciens et complets que nous avons sur le sujet est celui de S. Cyprien de Carthage (200-258), le Père de l’Église qui a le plus proclamé l’unité. Je lui laisse volontiers la parole :
« L’autorité divine elle-même demande que l’ancien soit choisi en présence du peuple, sous les yeux de tous, et que ce soit le jugement, le témoignage de tous qui le reconnaisse digne et capable de ses fonctions. […] Il faut s’en tenir, en matière d’ordination, à la pratique dérivée de la tradition divine et de l’usage apostolique, telle que nous la maintenons nous-mêmes et telle que presque toutes les provinces la maintiennent ; c’est-à-dire que tous les évêques environnants de la même province s’assemblent, et que l’évêque à ordonner soit choisi en présence de la congrégation tout entière. Car la congrégation sait très bien quelle a été la vie, quelle a été la conduite habituelle de chacun de ses membres. » (Ep. 67, § 4, 5).
Dans une autre épître, il donne trois critères à l’élection d’un évêque : « Le jugement de Dieu, la voix du peuple et l’adhésion des évêques, ses futurs collègues. » (Ep. 64, § 5).
*
Cet équilibre entre élection par quelques personnes formées et assentiment du peuple de Dieu traverse toute la littérature chrétienne des premiers siècles. Je vous donne quelques paroles succinctes, qu’il faudrait citer plus longuement pour en voir toutes les nuances :
¤ Origène (195-253) : « La présence du peuple est de rigueur pour l’ordination d’un presbytre, ou ancien, afin qu’on choisisse pour cet office celui qu’on sait être le plus savant, le plus saint, le plus excellent. » (Homélie VI, sur le Lévitique)
¤ Constitutions apostoliques (recueil des IIIe et IVe s.) : « Un évêque doit être élu par le peuple tout entier. Quand il a été nommé et approuvé, que le peuple s’assemble un dimanche avec le conseil des anciens et les évêques, et qu’il donne son consentement. »
¤ Pape S. Léon Ier (391-461) : « Celui qui doit être placé au-dessus de tous, doit être choisi par tous. »
*
Il est certain que cet équilibre a perdu du terrain par la suite, au profit du seul choix hiérarchique. Il faut dire que les pouvoirs temporels ont souvent tenté, parfois avec succès, de confisquer ce pouvoir de nommer les ministres de l’Église : ce resserrement est aussi le fruit de tensions politiques et paraissait alors raisonnable.
Reconnaissons enfin que l’approbation par le peuple de Dieu tient toujours en une phrase plus rituelle que réelle, prononcée par un clerc en charge de la formation – et non un laïc – lors de l’ordination sacerdotale :
« Le peuple chrétien a été consulté, et ceux à qui il appartient d’en juger ont donné leur avis. Aussi j’atteste qu’il a été jugé digne d’être ordonné. »
Cela peut paraître artificiel et bien mince : reste que les laïcs ont toujours le droit (et le devoir, en certaines occasions) de signaler à l’évêque ou au pape de mauvais agissements, qu’ils proviennent des séminaristes, des prêtres et… des évêques. Le tout sous la conduite de l’Esprit, mêlant charité et vérité – Caritas in veritate pour reprendre le titre de la première encyclique, magnifique, du pape Benoît XVI.
Pierre G. (SEDIF)
Lire aussi sur le même sujet :
=> Comment les premiers diocèses ont-ils été organisés dans l’Église primitive ?
=> Quelle est la formation des évêques et des prêtres dans l’Église primitive ?
CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO CREDO










