11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Trois personnes, un même Dieu… quel énoncé vertigineux !

Trois personnes constituent un même Dieu, même substance, même essence, même nature, même divinité, même infinité, même éternité… énoncé vertigineux !

Avec Dieu, effectivement, c’est vertige assuré ! Et il faudrait évidemment s’entendre sur le mot « Personne » qui, en français, accentue (trop) les distinctions entre les hypostases ou, pour paraphraser saint Thomas d’Aquin, les « relations subsistantes ». Peut-être que la FAQ FIDEO Credo peut vous donner quelques prises pour que ce vertige n’entraîne pas de chute trop lourde…

En voici quatre, par exemple :

1/ L’insistance du Credo sur chaque Personne et le mot même de « personne » ne frisent-ils pas le polythéisme ?

2/ En Dieu, quelle est la différence entre personne et relation subsistante ?

3/ Si la toute-puissance est un attribut du Père, s’applique-t-elle également au Fils ?

4/ L’Esprit est-il consubstantiel au Père et au Fils ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Où se situent le mal, le refus, la tentation, la chute, dans le Credo ?

Où se situent le mal, le refus, la tentation, la chute, dans le Credo ?

Excellente question ! Le Credo est une profession de foi positive : il affirme ce que les chrétiens croient. Il n’évoque pas directement le refus, la tentation, ou la chute, mais ces réalités sont présupposées ou sous-entendues dans certaines formulations.

La tentation et la chute sont sous-entendues dans la formulation : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel ». Cette phrase implique que l’humanité a besoin de salut (il y a donc eu une rupture, une chute, qui est le péché originel). Autrement dit : le Credo ne parle pas de la chute de manière explicite, mais l’incarnation du Christ n’a de sens que si l’humanité est perdue et doit être sauvée. Cela suppose la tentation, la désobéissance, la chute.

Concernant le refus et le mal, nous les retrouvons implicitement dans les passages suivants :
1/ « Il souffrit sous Ponce Pilate, fut crucifié, est mort et a été enseveli »
2/ « Il viendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts »
Ces affirmations montrent le refus de Jésus par les hommes (le rejet, la crucifixion), la présence du péché et du mal dans le monde, le besoin d’un jugement final, donc d’une distinction entre le bien et le mal, l’obéissance et le refus…

Pour conclure, disons simplement que le Credo n’est pas un récit historique ou narratif (comme la Genèse ou les Évangiles), ni même une prière directe, mais une formule dogmatique qui exprime les grandes vérités de foi. Le but n’est pas de détailler le péché, mais de professer Dieu et sa divine réponse à la chute : l’Incarnation du Fils, Jésus-Christ, Sauveur.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Quelle est la source du mal : notre liberté et le fait de dire non à Dieu ?

 



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Si Dieu est au-delà du temps, existait-Il dans un monde qui n’existait pas et qui pourra ne plus exister ?

« Dieu est au-delà du temps, sans début ni fin (la création a commencement et fin) », est-il résumé dans le polycopié. D’accord, mais alors Dieu existe dans un monde qui n’existait pas et qui pourra ne plus exister ?

Avant qu’Il ne crée le monde et toute réalité (espace et temps, corps et âme, etc.), Dieu n’existait pas dans un monde. Dieu existe par lui-même (Ex 3,14 : Je suis celui qui suis) et ne dépend d’aucun monde pour être. Il n’est pas, si vous connaissez un peu la philosophie de Heidegger, un « être-dans » – qui est la condition de toute créature : sitôt que l’on est, on « est dans »… Dieu n’est pas, quant à lui, dans un lieu : c’est toute réalité créée qui est en dépendance de Lui.

Le monde, comme le temps, est en effet une créature contingente ; c’est-à-dire qu’elle aurait pu ne pas exister. Ou pour le dire autrement : le monde existe parce que Dieu le veut et le soutient continuellement dans l’être. Si Dieu cessait de vouloir le monde, celui-ci retournerait au néant. Comme le dit le Livre de la Sagesse (Sa 11,25) : Dieu aime tout ce qu’il a créé et le maintient dans l’existence.

C’est difficile d’imaginer une réalité sans monde, sans espace ni temps. Peut-être au fond est-ce là qu’on se rapproche le plus de qui est Dieu : en lui retirant toutes nos catégories humaines, créées… Il y a de quoi avoir le vertige : penser Dieu sans espace ni temps consiste à le concevoir comme l’Être même, immatériel, qui donne existence à tout sans être contenu par rien.

Pierre G. (SEDIF)

 



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À quel moment apparaît la notion de « Père » dans l’Histoire biblique ?

À quel moment apparait la notion de « Père » dans l’Histoire biblique ?

La notion de « Père » appliquée à Dieu apparaît dès le début de la Bible, de manière discrète tout d’abord, puis de plus en plus visible. Ainsi dans le livre du Deutéronome : N’est-il pas ton père, lui qui t’a créé, lui qui t’a fait et affermi ? (Dt 32,6)

Avec les prophètes, la paternité de Dieu devient plus explicite, mais souvent au niveau collectif : Dieu est « Père » d’Israël comme peuple. C’est une image d’alliance et de fidélité : Dieu comme père aimant et éducateur de son peuple. Voici deux exemples :

=> Is 63,16 : C’est toi, Seigneur, qui es notre Père.
=> Jr 31,9 : Je suis un père pour Israël.

Les psaumes et les écrits sapientiaux vont développer cette idée, en lui donnant une dimension plus intime : le roi, comme fils de Dieu (Ps 2,7), reflète la paternité divine. La littérature sapientielle (Sagesse, Siracide) insiste sur la miséricorde et la correction d’un père.

Dans le Nouveau Testament, le terme « Père » devient central et personnel. Jésus appelle Dieu Abba (mot araméen pour « papa »), marquant une intimité filiale unique (Mc 14,36). Dans l’enseignement de Jésus, Dieu est le Père de tous, mais d’une manière particulière « son Père » : c’est le cœur de la révélation chrétienne prière du Notre Père (Mt 6,9) fait entrer les disciples dans cette relation.

Pierre G. (SEDIF)

 

Voici un tableau (très) schématique qui permet d’y voir plus clair :

Période / Livre Référence(s) Sens de « Père »
Pentateuque (Torah) Deutéronome 32,6 Dieu est Père en tant que Créateur et fondateur d’Israël. Image collective et symbolique.
Prophètes Isaïe 63,16 ; 64,7 ; Jérémie 3,19 ; 31,9 Dieu est Père du peuple Israël : relation d’alliance, miséricorde, éducation.
Psaumes Psaume 2,7 (« Tu es mon fils ») Le roi est « fils » de Dieu ? image politique et messianique. Dieu agit comme Père du roi et du peuple.
Littérature sapientielle (Proverbes, Siracide, Sagesse) Siracide 23,1 ; Sagesse 14,3 Dieu est Père en tant que guide moral et éducateur, corrige comme un père son fils.
Évangiles (Nouveau Testament) Matthieu 6,9 (« Notre Père ») ; Marc 14,36 (« Abba ») Jésus révèle Dieu comme Père intime (Abba). La relation devient personnelle et filiale.
Épîtres (Paul, Jean) Romains 8,15-16 ; 1 Jean 3,1 Par l’Esprit, les croyants deviennent enfants adoptifs de Dieu ? universalisation de la paternité divine.

 



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Avons-nous le même Dieu que les Juifs et les musulmans ?

Le judaïsme et l’islam affirment eux aussi l’unicité absolue de Dieu, sa grandeur, sa transcendance (?), mais refusent explicitement la Trinité et la divinité de Jésus. S’agit-il alors du « même Dieu » d’Abraham ?

Que voilà une épineuse question, tant elle suscite de débats et fait couler d’encre ! C’est que cela mérite des distinctions et des nuances. Il est certain que nous avons en commun avec les Juifs et les musulmans de croire en un Dieu unique, créateur du monde, être absolu et transcendant. Et il est vrai par ailleurs que, d’un point de vue historique, ces trois religions (si tant est que judaïsme et christianisme soient deux religions séparées, ce qui est discutable) se réclament du même « Dieu d’Abraham » : on parle parfois – à tort selon moi – de « religions abrahamiques ». Il est toujours bon de rappeler ces convergences, dans un esprit de dialogue fraternel.

Mais dès lors que l’on pose la question : « Avons-nous la même Dieu ? », les difficultés surgissent !

Avec le judaïsme, la réponse est simple : nous avons incontestablement le même Dieu, le problème étant qu’ils n’acceptent pas la totalité de la Révélation biblique. On pourrait dire que leur vision de Dieu est incomplète, comme s’ils Le regardaient à travers une vitre embuée, quand nous avons franchi le palier pour le voir plus distinctement (il faudrait plutôt dire que c’est Dieu qui nous fait franchir le palier, car Il est seul à l’initiative, mais passons… Vous avez compris le principe !).

Avec l’islam, la réponse est complexe. Dans un discours aux jeunes musulmans, à Casablanca, en août 1985, le pape avait tenu ces propos : « Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection. » Il rappelle certes les divergences dans la suite de son discours mais enfin, la formule est posée. Or il se trouve qu’aucun pape ni concile avant Jean-Paul II, ni aucun pape après lui, n’a stricto sensu repris cette formule. C’est le signe qu’il n’y a pas de tradition en la matière, que l’autorité magistérielle reste à ce jour très faible. C’est le signe aussi qu’il y a des positions divergentes au sein de l’Eglise, signes de discussions vives et intéressantes.

Pour ma part, je repartirai d’une formulation ecclésiale qui a l’avantage d’être équilibrée et de faire davantage autorité, à savoir la déclaration conciliaire Nostra aetate : « L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. » (n. 3) Il n’est pas question du « même Dieu », mais d’un Dieu ayant de fortes caractéristiques communes avec le nôtre. Ce qui est similaire n’est pas l’être même de Dieu, mais certains attributs essentiels.

Si, d’une part, Dieu est pour nous substantiellement Uni-Trinité et que le Christ est Dieu.
Si, d’autre part, les musulmans ne reconnaissent pas l’Uni-Trinité ni la divinité du Christ.
Alors il est difficile d’affirmer sans nuances que nous avons « un même Dieu » ; nous pouvons du moins reconnaître de très belles caractéristiques communes, à savoir son unicité, sa toute-puissance, etc.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quel Credo baptismal à l’origine du Symbole de Nicée ?

Quel Credo baptismal à l’origine du Symbole de Nicée ? Celui de l’Église de Césarée ou celui de l’Église de Rome ? Le Symbole des Apôtres était-il celui de l’Église de Rome ?

Le Symbole des Apôtres est effectivement une tradition occidentale : c’est le Credo qui a cours dans l’Église romaine. Sur ce sujet, je vous invite à consulter la FAQ FIDEO Credo, et notamment à lire la réponse faite à un cénacle qui demandait : Pourquoi le symbole des Apôtres est-il beaucoup plus utilisé dans nos célébrations ?

Quant au Credo de Nicée-Constantinople, il ne surgit effectivement pas ex nihilo : il s’enracine clairement dans des confessions de foi antérieures, principalement baptismales, utilisées dans les Églises locales dès les II?–III? siècles. Il reprend par exemple la trame du Symbole romain tout en développant fortement la christologie et explicitant la divinité du Fils et de l’Esprit.

D’autres textes ont nourri le Credo de Nicée-Constantinople : la profession de foi de Jérusalem (attesté par saint Cyrille), dont le texte conciliaire est très proche, le Symbole d’Antioche ou encore les « règles de foi » édictées par Irénée de Lyon, Tertullien, Origène…

Le Credo de Nicée-Constantinople ne remplace pas ces confessions : il les universalise, les unifie et les définit doctrinalement.

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi sur le même sujet :
=> Pourquoi le symbole des apôtres est-il beaucoup plus utilisé dans nos célébrations ?
=> Combien de temps a-t-il fallu pour que le Symbole de Nicée-Constantinople soit adopté par toute l’Église ?

 



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