Quelle est la source du mal : notre liberté et le fait de dire non à Dieu ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Quelle est la source du mal puisque ce n’est pas Dieu ? Est-ce que la liberté implique la nécessité de la possibilité du mal ? Est-ce que la source du mal est simplement le fait de dire non à Dieu ? mystère…

Au commencement, nous le savons, tout est bon, et même très bon. En Dieu, tout est beau, tout est parfait ; en sa Création aussi (Gn 1). S’il fallait se convaincre, l’apôtre Jacques nous le rappelle dans son épître : Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne (Jc 1,13).

Alors, d’où vient le mal ? À quel moment cela dérape-t-il ?

Un de mes professeurs, le père jésuite Jean-Marie Hennaux, commentait le livre de la Genèse en montrant que le mal ne faisait pas irruption au moment où l’être humain dit non à Dieu, mais au moment précis où il se laisse la possibilité de pouvoir lui dire non, c’est-à-dire dès lors qu’il envisage un autre choix le bien, qu’il finisse ou non par le choisir…

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Cela peut nous éclairer sur ce qu’est le mal : le mal n’est pas une « chose » créée, mais une privation du bien. Comprendre cela est la clef de bien des questionnements, de la Création aux fins dernières (l’enfer comme privation de Dieu). Le mal surgit quand une créature libre se détourne de Dieu, source du bien.

On parle ici du mal moral et spirituel, mais c’est valable aussi pour le mal physique : le mal de l’unijambiste consiste en son manque, sa privation d’une jambe. Il en est ainsi de toutes les maladies. Le mal a une densité existentielle, dans le sens où la souffrance prend une épaisseur en nous, dans notre corps et dans notre psychologie, mais le mal comme tel n’est qu’absence, manque, privation de bien.

Quand vous mangez trop, quand vous buvez trop, quand vous dormez trop, quand vous… trop !, cela ne signifie pas que la nourriture, la boisson, le sommeil ou que sais-je encore, sont mauvais : c’est que vous détournez une chose bonne d’une fin bonne. Le mal réside dans la privation de cette fin bonne, dans le choix d’un bénéfice immédiat (qui n’est pas mauvais en soi) au profit d’un bien réel… qui vous manque. Manger une tablette de chocolat n’est pas un mal en soi, ; le faire l’un des deux seuls jours de l’année où l’Église demande un jeûne, c’est autre chose : vous vous privez du bien vers lequel tend le Corps du Christ tout entier.

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Reste votre question intermédiaire : oui, la Bible présente l’origine du mal moral dans la liberté des créatures – anges (la chute de Satan) et humains (Gn 3). La liberté authentique implique notamment la possibilité de refuser Dieu ; sans cette possibilité, il n’y aurait ni amour véritable ni obéissance libre.

Mais attention toutefois à ne pas remettre toute la faute sur la liberté… L’an dernier, lorsqu’on étudiait la Bible, un cénacle m’a écrit pour me dire qu’il aurait mieux valu que la liberté soit limitée, voire inexistante, afin de vivre dans la grâce sans se poser de questions. Nous aurions alors été soumis à Dieu, mais peinards !

Rappelons-nous que Dieu nous veut libres, que c’est son projet, que là réside la beauté de sa Création. Rappelons-nous surtout que la liberté en elle-même n’est pas peccamineuse : elle est un don bon de Dieu, lié au fait que l’homme est créé à son image (Gn 1,26-27). La Vierge Marie, avec son « oui », nous le rappelle constamment. Le péché ne réside pas dans la liberté, mais dans son mauvais usage. La liberté est ordonnée au bien ; elle n’est déficiente que lorsqu’elle choisit un bien inférieur contre Dieu : nous l’avons vu avec l’exemple de la tablette de chocolat le Vendredi Saint !

Vous me direz : après la chute, la liberté humaine est blessée, encline au péché ! C’est vrai, saint Paul le dit lui-même dans sa Lettre aux Romains (cf. Rm 7) ; mais elle ne devient pas pour autant mauvaise par nature. Elle demeure capable, par la grâce, de se tourner vers Dieu. Ainsi, la possibilité de refuser Dieu appartient à la structure de la liberté créée, mais le refus lui-même — non la liberté — constitue le péché.

Pour le dire en une formule synthétique : ultimement, l’origine du mal ne réside pas dans la liberté comme telle, mais dans le refus lui-même.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Où se situent le mal, le refus, la tentation, la chute, dans le Credo ?
=> Si Dieu est amour, les catastrophes naturelles sont-elles liées au péché de l’homme ?

 



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