10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

À quelle époque l’Église a-t-elle inclus tous les dimanches une lecture de l’Ancien Testament ?

À quelle époque l’Église a-t-elle inclus tous les dimanches une lecture de l’Ancien Testament ?

C’est le fruit de la réforme liturgique qui eut lieu après le Concile Vatican II, en 1969. Ce bouleversement est donc très récent. Précisions que le Premier Testament est présent à toutes les messes dominicales, sauf durant le temps pascal.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Gn 32,23-33 – Pourquoi Jacob est-il renommé Israël par l’ange ?

Pourriez-vous nous préciser aussi pourquoi Jacob, fils d’Abraham, est renommé par l’ange Israël ? Est-ce que Jacob savait qui il combattait vu qu’il lui dit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni, ou du moins croyait-il que ce fût un envoyé de Dieu ?

En bref

Le récit du gué de Yabboq est à mettre en perspective avec toute l’histoire de Jacob : la lutte avec l’ange de Dieu s’inscrit en miroir de la lutte fratricide entre Jacob et Esaü. Jacob signifie étymologiquement le « talon » : symbole de la lutte avec son frère ; Israël signifie étymologiquement « Dieu lutte » : symbole de la lutte avec Dieu. C’est d’autant plus fondamental de comprendre ce parallèle que le récit de Yabboq s’inscrit très exactement au moment de la réconciliation entre les deux frères… signe d’un chemin intérieur parcouru.

Développement

Le changement de nom est fréquent dans la Bible, d’Abram devenu Abraham à Simon devenu Pierre, dans les évangiles. Le pouvoir de désigner et nommer a été remis à l’homme (Gn 2,19-20), à qui Dieu a confié sa création. Mais ce pouvoir est d’abord celui de Dieu Lui-même, qui en use fréquemment pour signifier une élection, une proximité et/ou une vocation singulière – c’est-à-dire, dans une certaine mesure, un changement d’identité : ces hommes et femmes appartiennent à Dieu ; Dieu se donne à eux et attend leur don en retour. Nous retrouvons cela au moment du baptême, quand le prêtre demande le prénom ; dans certains pays, comme aux États-Unis, les enfants choisissent encore aujourd’hui un nouveau prénom pour leur confirmation, synonyme de passage à l’adulte dans la foi.

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Alors, pourquoi Jacob, fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham, est-il renommé Israël ? La note de la TOB offre un premier renseignement à ce sujet : « Ce nom nouveau, qui signifie probablement Que Dieu se montre fort, est mis en relation dans ce récit avec l’énergie que le patriarche a montrée dans sa lutte contre un être surnaturel et les forces de la nature qu’il représente ; il évoque les luttes qui marquent le destin de Jacob et de sa descendance. »

Mais ce n’est certes pas une explication suffisante. En fait, il faut regarder l’histoire en son ensemble, c’est-à-dire entrer dans la dynamique du texte, en partant de l’étymologie de chaque nom :
– Jacob signifie étymologiquement le « talon » : symbole de la lutte avec son frère ;
– Israël signifie étymologiquement « Dieu lutte » : symbole de la lutte avec Dieu.

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Entrons maintenant dans le détail de cette histoire*. Le récit de la lutte avec l’ange s’inscrit dans le cadre d’une lutte fratricide entre Esaü et Jacob, qui a commencé dès la vie intra-utérine. Le chapitre 32 s’ouvre avec les préliminaires des retrouvailles (Jacob cherche à amadouer son frère dont il craint la colère), après des années d’exil, et avant la rencontre effective avec Esaü, qui se solde par une étreinte et un baiser de réconciliation (chapitre 33). C’est donc au cœur de cette lutte fratricide que Jacob vit une nouvelle expérience spirituelle : il a fait passer sa famille et tous ses biens de l’autre côté d’une sorte de ravin, le fameux « gué de Yabboq », et se retrouve ainsi seul (v. 24-25).

S’ensuit une lutte un peu confuse qui dure toute la nuit, au cours de laquelle Jacob s’accroche avec un être mystérieux, comme il pouvait s’accrocher auparavant avec Esaü (v. 26). Alors que le jour arrive, l’étrange adversaire demande à Jacob de le laisser, de ne plus s’agripper… ce que Jacob refuse de faire tant qu’il n’a pas reçu de bénédiction (v. 27). Qu’est-ce qui se joue ici ? Ou plutôt, qu’est-ce qui se rejoue ? Car l’enjeu de la bénédiction est précisément ce qui est au cœur de la lutte fratricide entre Esaü et Jacob : Jacob a « volé » la bénédiction de l’aîné auprès de leur père Isaac, en Genèse 27. Il n’en a, a priori, pas besoin. Sauf que la première bénédiction s’est faite par la ruse et la dissimulation, Jacob revêtant une peau de bête pour ressembler, au toucher, à son frère auprès d’un père devenu aveugle. Dans le cas présent, la bénédiction se fait face à face, en pleine lumière : Jacob ne dissimule plus, ne fuit plus, demande clairement la bénédiction et donne son nom sans détour (v. 28).

À ce stade, Jacob pressent que l’être qui lui fait face n’est pas commun, mais il ignore encore qui il est. C’est que lorsqu’il est renommé Israël (v. 29), pouvoir divin par excellence, que Jacob s’enquiert de qui il est exactement (v. 30). L’être mystérieux ne lui répond pas (c’est une révélation qui sera faite à Moïse, dans l’Histoire biblique) et le bénit, ce qui conduit Jacob à confesser : J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve (v. 31).

Par sa lutte avec Dieu, Jacob-Israël accepte désormais qui il est, lui qui a toujours fui de peur d’être blessé, lui qui est toujours sorti indemne de tous les combats qu’il a menés jusqu’alors, le voilà marqué dans son corps (v. 32). C’est dans cette fragilité là qu’il peut désormais se réconcilier avec son frère.

Pierre G. (SEDIF)

* Cette partie est notamment inspirée des travaux du bibliste André Wénin. Pour aller plus loin, nous vous recommandons les six entretiens (10mn chacun) qu’il consacre à Jacob : Le cycle de Jacob, par André Wénin.

 



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Pourquoi la plupart des Juifs n’ont pas reconnu en Jésus le Messie après tant d’annonces ?

Pourquoi la plupart des Juifs n’ont-ils pas reconnu en Jésus le Messie qu’ils attendaient, alors que l’on peut lire beaucoup d’annonces de la venue de Jésus dans l’Ancien Testament ?

La question du Messie (et de l’attente messianique) sera au cœur de la rencontre 5, autour des livres prophétiques… Vous verrez qu’elle n’est pas si simple. Je vous propose donc de reporter la réponse à cette date. Disons simplement, pour le moment, que le Christ accomplit certes les Écritures, mais d’une manière originale : il est un Messie à la fois attendu et… inattendu !

Pierre G. (SEDIF)

 



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La vérité de l’Évangile rend-elle les règles inutiles ?

L’incident d’Antioche oppose Pierre et Paul sur un risque de négliger la vérité de l’Évangile qui est le Christ au bénéfice de règles devenues inutiles…

Dans votre compte rendu, que j’ai trouvé très beau et auquel je souscris presque totalement, je voudrais mettre une toute petite nuance… Vous écrivez : « Malgré l’incident d’Antioche opposant Pierre et Paul sur un risque de négliger la vérité de l’Évangile qui est le Christ au bénéfice de règles devenues inutiles… » Il est vrai qu’il y a un risque de négliger la vérité de l’Évangile au bénéfice de règles, mais il ne faut pas penser que ces règles sont devenues inutiles de manière absolue : cela dépend de chacune et de chacun…

C’est en cela que l’incident d’Antioche profite à la fois à Paul et à Pierre. Ils comprennent que l’Esprit de Dieu est au-dessus de la Loi, mais qu’Il n’est pas contre la Loi : la différence est fondamentale ! La Loi n’est pas abolie, mais accomplie : elle demeure, mais soumise à un Esprit devenu la valeur absolue. En d’autres termes : l’Esprit peut aussi être au cœur de la Loi pour certains, et ailleurs que dans la Loi pour d’autres.

Il n’y a pas d’exclusion avec Dieu : Il accueille chacun selon son histoire, ses désirs, sa psychologie, son état de vie, son corps, etc. Il parle aux mages savants en leur envoyant une étoile pour les guider jusqu’à Bethléem ; à d’autres, Il leur parle par de hautes vérités théologiques ; Il rejoint d’autres encore par une expérience sensible et affective… Tout est grâce ! J’ai un ami d’origine musulmane, aujourd’hui archiviste, qui s’est converti au cours de ses études d’Histoire en regardant l’attitude remarquable de l’Église au fil des siècles… Comme dit l’évangile de Jean, le vent de l’Esprit souffle où il veut.

La Loi n’est plus la référence absolue ; mais elle n’est pas pour autant obsolète.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi la liturgie est-elle conçue en trois ans, et non quatre, comme le nombre d’évangiles ?

Vous nous expliquez que la liturgie est divisée en trois années, A, B et C, correspondant aux évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Mais qu’en est-il de Jean ? Pourquoi la liturgie est-elle conçue en trois ans, et nons quatre, comme le nombre d’évangiles ? Pourquoi avoir mis cet évangile de côté ?

Les évangiles synoptiques offrent un canevas de la vie de Jésus, avec des similitudes et des divergences. C’est pourquoi l’Église a choisi de bâtir son calendrier liturgique en trois ans : A, B et C. L’évangile de Jean n’est pas une vie de Jésus, du moins pas comme le sont les récits de Matthieu, Marc et Luc : il n’y a que le récit de la Passion qui est similaire ; la visée de Jean est théologique. Certes, il y a des épisodes qui racontent la vie de Jésus à travers une rencontre ou un « signe » (Jean ne parle pas de miracle) ; tous sont d’ailleurs présents dans la liturgie chaque année, preuve de leur importance et de leur originalité contrairement aux synoptiques qui se répètent (d’où la répartition en trois ans).

Mais l’évangile de Jean en lui-même n’est pas structuré comme un récit de la vie de Jésus : il est profondément théologique, spirituel, avec de (très) longs discours. Par exemple, il n’y a pas de multiplication des pains mais un discours sur le pain de vie ; il n’y a pas un empilement de miracles mais simplement sept « signes » et un discours sur les œuvres ; etc.

C’est pourquoi on retrouve l’évangile de Jean, quasiment en intégralité, tous les ans, notamment à des périodes spécifiques : Avent, Noël, Carême, Pâques et certaines fêtes. On pourrait dire en un sens que l’évangile de Jean est présent tous les ans, quel que soit l’évangile synoptique mis en avant.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi Dieu a-t-il laissé l’arbre de la connaissance du bien et du mal « à portée de main » d’Adam et d’Eve ?

Pourquoi Dieu a-t-il laissé l’arbre de la connaissance du bien et du mal « à portée de main » d’Adam et d’Eve ?

Voilà une belle question  ! Il y aurait bien des manières d’y répondre, mais disons simplement ceci : Dieu a laissé « à portée de main » les conditions d’un libre arbitre, que symbolise l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’arbre est évidemment un symbole ; ce que Dieu permet, c’est que l’homme et la femme puissent choisir d’être le juge du bon et du mauvais, sans s’en remettre à Dieu, sans Lui faire confiance. Le péché surgit quand la femme et l’homme se donnent le pouvoir de Dieu.

Tel est au fond le grand mystère de la liberté laissée à l’homme par Dieu : Il veut des êtres libres en face de Lui… C’est d’ailleurs pour cela qu’Il libère les Israélites d’Égypte avant de faire alliance avec eux : Dieu ne fait jamais alliance avec des esclaves. Il en sera évidemment de même avec le Christ, qui nous libère définitivement de la mort et du péché avant de nous proposer d’entrer librement dans l’alliance nouvelle et éternelle. La liberté est condition de l’alliance entre Dieu et l’homme.

Pierre G. (SEDIF)

 



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