10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Pourquoi la Bible établit-elle une distinction entre la chair et le sang ?

Pourquoi la Bible établit-elle une distinction entre la chair et le sang ? Quel en est le sens spirituel et rituel dans la tradition juive et chrétienne ?

Dans le judaïsme, la chair représente l’être matériel, le périssable, quand le sang représente l’âme, la vie, l’impérissable, ce qu’il y a de plus sacré… Le sang appartient donc naturellement à Dieu. On le comprend bien lors du meurtre d’Abel à Caïn, lorsque Dieu au meurtrier : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! (Gn 4,10).

On comprend ainsi pourquoi Israël en fait un interdit quasi absolu : on ne peut entrer en contact avec le sang, on ne peut manger le sang de l’animal, on ne peut coucher avec sa femme pendant la période des règles, etc. Lorsqu’un sacrifice est effectué, nous dit le Lévitique, le sang doit être rapidement enseveli car nul ne peut se l’approprier.

Il existe toutefois des exceptions, qui montrent combien le sang est sacré ; le sang du sacrifice peut par exemple servir à des actes de consécration, comme on voit dans le livre du Lévitique : Moïse prit ensuite un peu de l’huile d’onction et un peu du sang qui était sur l’autel ; il en aspergea Aaron et ses vêtements, ses fils et leurs vêtements. Il consacra ainsi Aaron et ses vêtements, ses fils et leurs vêtement (Lv 8,30)

À travers cette compréhension de ce qu’est le sang, on peut revisiter un grand nombre de récits et de notions : pourquoi l’eau du Nil devient sang, pourquoi la judaïté se transmet par la mère, pourquoi le linteau des portes est marqué par le sang la nuit de Pâque, pourquoi l’alliance passe par un écoulement de sang (circoncision), pourquoi le Christ donne son sang sur la croix…

Pierre G. (SEDIF)

 

Pour aller plus loin : Le sang, c’est la vie.

 



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Comment peut-on dire que Dieu n’a pas peur de se compromettre ? Qui dit compromission, dit altération…

Un élément nous a choqués dans le texte d’André Wénin (fin du premier paragraphe) : l’auteur mentionne que Dieu n’a pas peur de se compromettre ! Dieu est immuable et ne peut se compromettre, car cela impliquerait une altération de ce qu’Il est. Quand une donnée est compromise, elle est défaillante. Lorsque par exemple Abraham parlemente avec Dieu pour demander à partir de quel nombre de justes, la ville sera épargnée, c’est une négociation. Et il en est ainsi dans toute la sainte Bible. Il arrive que Dieu s’ajuste avec l’homme, mais avec fermeté comme dit l’auteur de manière appropriée plus loin dans le texte. Dommage que ce mot de compromission soit présent…

Il y a, me semble-t-il, une petite confusion entre « se compromettre » et « compromission ». Le substantif ne laisse place à aucune ambiguïté, ou de manière très anecdotique : la compromission est toujours une dégradation, un acte de bassesse. Ce n’est pas le cas pour le verbe, qui est fortement polysémique : il a plusieurs sens possibles. « Se compromettre », dans le cas présent, signifie un engagement de Dieu dans l’Histoire humaine, jusque dans la violence ; le Christ en est, de ce fait, l’exemple final et parfait.

Si vous avez des doutes sur le sens des mots, que vous recherchez un outil fiable et facilement accessible en ligne, je vous recommande le site du CNRTL… On ne fait pas mieux aujourd’hui !

Pierre G. (SEDIF)

 



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Nous sommes prêtres, prophètes et rois par le baptême… Mais que veut dire roi ?

Nous sommes prêtres, prophètes et rois par le baptême. Je comprends « prophète » car nous devons annoncer/proclamer le Royaume ; je comprends un peu « prêtre » dans la mesure où nous participons à l’offrande du Christ lors de la messe ; mais « roi », je ne vois pas trop… Est-ce en union à la résurrection, au Roi de Gloire ? Ou bien, pour les trois attributs, est-ce simplement par l’onction qui nous unit au Christ ? (Et de fait nous oblige en quelque sorte dans ces trois missions…)

Quelle belle question que celle de « prêtre, prophète et roi » ! Que signifient ces trois mots ? En quoi le sommes-nous par le baptême ?

Dans le Premier Testament, le peuple réclame un roi que Dieu instaure à contrecœur, respectant la volonté humaine… Pourquoi à contrecœur ? Parce que ce peuple était destiné à l’Alliance avec Dieu même, et non à la soumission à une autorité humaine, fût-elle sage. Je vous renvoie à ce sujet au premier livre des Rois. Face aux rois, en schématisant un peu, Dieu va précisément instituer les prophètes, qui rappellent le véritable sens des événements quand les rois se pensent tout-puissants. On le voit, la notion de roi est ici ambivalente, c’est-à-dire qu’elle n’est pas que positive…

Et pourtant, Jésus va assumer le messianisme royal. Comment ? En renversant toutes les perspectives ! Il se fait le serviteur de tous, lave les pieds des disciples, meurt couronné d’épines sur la croix, annonce un Royaume qui n’est pas constitué de frontières ici-bas, etc. La fonction royale, pour tout disciple du Christ, est une fonction de service.

*

J’aimerais citer un texte de Jean-Paul II, qui exprime bien cela ; il est tiré de Christi fideles laici (n. 14), une exhortation apostolique post-synodale datant de 1988 et qui porte sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et le monde :

« Par leur appartenance au Christ, Seigneur et Roi de l’Univers, les fidèles laïcs participent à son office royal, et sont appelés par Lui au service du Royaume de Dieu et à sa diffusion dans l’histoire. Ils vivent la royauté chrétienne tout d’abord par le combat spirituel qu’ils mènent pour détruire en eux le règne du péché (cf. Rm 6, 12) et ensuite par le don d’eux-mêmes pour servir, dans la charité et dans la justice, Jésus Lui-même, présent en tous ses frères, surtout dans les plus petits (cf. Mt 25, 40). »

Je vous recommande d’ailleurs tout le numéro 14 de cette exhortation, qui est intitulé : Participants a la fonction sacerdotale, prophétique et royale de Jésus-Christ. Vous y lirez comme un écho à votre question, avec des compléments et des nuances fort intéressantes…

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi : Prêtre, prophète et roi, d’accord… mais pourquoi pas « sage » ?

 



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Gn 4,5 – Pourquoi l’offrande de Caïn est-elle moins considérée que celle d’Abel ?

Pourquoi l’offrande de Caïn est-elle moins considérée que celle d’Abel ? (Gn 4,5)

Les commentaires sont très nombreux. Les deux frères inventent le premier sacrifice (verset 3). On peut retenir que les offrandes de Caïn sont gratuites, c’est-à-dire que le cultivateur ne fait qu’offrir la production naturelle de la terre, qu’il s’est approprié alors que ce sont « les fruits de la terre ».

Abel dont le prénom signifie « buée », ne veut pas laisser de trace, il est donc éleveur, ne fait que passer (c’est l’étymologie du mot « hébreu » : EVER = le passeur). Il ne s’approprie pas les produits de son élevage.

Le rejet du sacrifice est plus conditionné ici par la mentalité de Caïn que par la nature du sacrifice.

Catherine Poujol

Historienne, spécialiste de l’histoire des relations judéo-chrétiennes

 



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Peut-on dire que l’Ancien Testament est le temps de Dieu-Père, que le Nouveau Testament est celui du Fils et qu’aujourd’hui, c’est le temps de l’Esprit ?

Voici une conviction… Ancien Testament : temps de Dieu, le Père / Nouveau Testament : temps du Fils / Maintenant : temps de l’Esprit.

Je suis très étonné de lire dans votre compte rendu une reprise des thèses du passionnant Joachim de Flore sur les trois règnes de l’Histoire : l’Ancien Testament et le Père ; le Nouveau Testament et le Fils ; l’Église et le Saint-Esprit. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet, mais cela risque de nous entraîner un peu loin…

J’aime la grande idée novatrice et la belle tentative de Joachim de Flore d’élaborer une théologie de l’Histoire, une théodicée en trois « Testaments » qui éclata en mille versions après la mort de l’abbé calabrais, chacun s’en réclamant, le reprenant, le déformant, le corrigeant parfois, l’enrichissant de notions de son temps. Rarement une pensée théologique médiévale n’aura eu autant de temps de fécondité théologique, spirituelle, philosophique et même artistique.

Toutefois, je me garderais bien d’en absolutiser le trait, au risque d’accentuer la division de Dieu-Un. Plusieurs grands théologiens (S. Bonaventure, S. Thomas d’Aquin…) et papes ont pris le temps de commenter rigoureusement les écrits de Joachim de Flore et d’expliquer le risque d’une telle vision en trois temps ; elle fracture l’unité de Dieu et ne donne plus à voir le sacrifice du Christ comme l’œuvre suprême de la Trinité tout entière (et non du seul Fils).

Pour en rester enfin à des considérations purement bibliques, on pourrait aussi noter :
– Dieu comme Père est assez peu présent dans le Premier Testament ;
– Dieu Fils « parle » continuellement dans le Premier testament : quand Dieu dit, qui est ce dit sinon le Verbe ? ;
– Dieu Fils récapitule toute l’Histoire par son incarnation, sa mort et sa résurrection ;
– Dieu Fils doit revenir dans la gloire pour achever sa première venue ;
– Dieu Esprit souffle dès la création (ruah) et a parlé par les prophètes.

Pierre G. (SEDIF)

 



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