10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Ex 3-4 – Quelle lecture symbolique peut-on faire du buisson ardent ?

Nous nous sommes ensuite essayés à une lecture plus symbolique du texte. Le buisson ardent ne préfigure-t-il pas Jésus, couronné d’épines, qui connaît le feu de la passion sans être dévoré ni par la mort, ni par la haine, ni par le mal ? Ou encore le pain eucharistique, ce morceau de pain qui flamboie de la puissance de Dieu ? Nous avons aussi évoqué le triptyque du Buisson Ardent, exposé dans la cathédrale d’Aix en Provence, avec au centre du buisson ardent Marie qui présente son Fils Jésus. Dans le bas du cadre, l’explication suivante est inscrite : « Dans le buisson que Moïse a vu brûler sans se consumer, nous avons reconnu, sainte Mère de Dieu, ta virginité admirablement conservée ». Encore un autre symbole !

Le retable de Nicolas Froment à Aix – qui reprend une tradition héritée des Pères de l’Église – est une pure merveille, ainsi qu’un bel exemple de lecture allégorique de l’épisode du buisson ardent. Vous en proposez d’autres lectures, qui sont très intéressantes également.

Je ne mettrais cependant pas sur le même plan le feu divin d’Exode 3 et le péché que Jésus porte sur lui dans sa passion, parce que ce serait faire du buisson le Christ et du feu le mal, ce qui est un renversement de ce qui se joue dans le Premier Testament.

Ce qui est intéressant notamment, c’est comment l’élément divin (le feu) ne détruit pas l’élément créé (le buisson) : on pourrait y voir davantage l’infini respect de Dieu qui brûle en ce monde sans détruire ce dernier, mais en le faisant rayonner d’un feu nouveau et incomparable… D’où le parallèle avec la Vierge Marie que le Seigneur vient habiter par son incarnation tout en la préservant pleinement.

Dans un beau recueil de Philippe Mac Leod (1954-2019), grand poète hélas trop peu connu des chrétiens, nous trouvons cette citation qui offre une autre lecture symbolique fort lumineuse : « Le buisson ardent restera toujours la meilleure image de ce que tu trouveras au fond de la prière : quelque chose en toi, au plus bas, au plus loin, au plus désert, qui brûle sans se consumer et qui ne peut que dire, comme d’une voix surgie de tes propres profondeurs : Je Suis. » (Philippe Mac Leod, Sagesses, Ad Solem, 2001, p. 20)

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment un poème d’amour comme le Cantique a-t-il pu être reconnu comme Parole de Dieu ?

Qu’est-ce qui a guidé le choix du Cantique des cantiques comme texte dans l’Ancien Testament, alors qu’il est défini au sens littéral comme un épithalame pour un mariage, poème d’amour aux accents érotiques, etc. ?

Le Cantique des cantiques est probablement l’un des textes qui a fait le plus difficulté, tant pour les Juifs que pour l’Église catholique. Et pourtant, ils en ont fait le chant par excellence : l’expression « cantique des cantiques » est un superlatif, comme on parle du « saint des saints » pour la partie la plus sacrée du Temple, qui accueille l’Arche d’Alliance, ou du « Roi des rois » pour certains rois du Premier Testament, puis le Christ lui-même. Il y a donc eu la compréhension très tôt que ce poème avait un double sens.

La difficulté pour les Juifs et les chrétiens n’est d’ailleurs pas exactement la même par rapport à ce texte. Je vais schématiser un peu brutalement, pour faire court, alors qu’il faudrait mettre quantité de nuances. Pour les catholiques, en gros, l’érotisme gêne souvent, car notre vision de la pudeur a parfois atrophié la beauté de la sensualité.

Pour les Juifs, l’érotisme pose moins de souci… de même que tout ce qui est charnel d’ailleurs, aussi bien dans la violence (cf. Rencontre 4 sur les livres historiques et la violence prêtée à Dieu) que dans le sexe : Game of Thrones n’a rien inventé ! Ce qui est surprenant, c’est que le judaïsme a assumé pleinement la dimension conjugale de la relation à Dieu. Certes, elle est présente en filigrane dans la Genèse, chez les prophètes, etc. Mais jamais elle n’est assumée, dans le Premier Testament, à ce point là. Seuls les évangiles l’assumeront au même niveau par la suite.

En conclusion ?
Le vent de l’Esprit souffle où il veut… et canonise ce qu’il veut.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Ex 3,2 – Pourquoi est-il indiqué « l’ange du Seigneur lui apparut », alors qu’on découvre que c’est Dieu qui parle à Moïse ?

Pourquoi est-il indiqué « l’ange du Seigneur lui apparut », alors qu’on découvre que c’est Dieu qui parle à Moïse ?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord en revenir à l’étymologie : malakh en hébreu et angelos en grec signifient étymologiquement « messager ». C’est ce terme qui est traduit en français par ange. Dans plusieurs passages du Premier Testament, l’ange du Seigneur et Dieu sont souvent employés simultanément, sans qu’on sache très bien qui agit…

C’est peut-être le fruit de réécritures qui insistent tantôt sur l’action directe de Dieu, tantôt sur son action indirecte, via des messagers. On pourrait alors y voir différentes théologies qui s’affrontent (cf. traditions sacerdotale et deutéronomiste) : Dieu est au-delà de tout (YHWH) et Dieu est proche de nous.

La TOB, dans sa note, écrit par ailleurs ceci : « Dans ces textes anciens, l’expression ange (ou envoyé) du Seigneur signifie : le Seigneur en tant qu’il se manifeste. » Certains biblistes et Pères de l’Église disent que c’est un ange au sens traditionnel du terme, d’autres que c’est le Fils qui agit, qu’il est la personne de la Trinité qui interagit déjà avec nous avant son incarnation… Dans tous les cas, et c’est évidemment le plus important, il y a parfaite adéquation entre Dieu et le messager.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Vu que Moïse reçoit directement les 10 commandements, peut-il être considéré comme un « stylo » de Dieu ?

Vu que Moïse reçoit directement les 10 commandements, peut-il être considéré comme un « stylo » de Dieu ?

Le Décalogue n’est pas le Coran. Il n’est pas dicté par un ange et Moise n’écrit pas sous cette dictée. Notons qu’on le trouve deux fois dans la Bible hébraïque en Exode (20, 1-18) et Deutéronome (5, 6-21). Il s’agit de « dix paroles », pas de commandements à l’origine. Dieu se présente, parle et se révèle comme Dieu de justice. Il dit le droit et permet ainsi à l’humanité de se détourner de la loi naturelle.

Reste à accepter et à pratiquer. Moïse les propose en descendant du Mont Sinaï et trouve le peuple en état de péché, sacrifiant au veau d’or. Il casse les premières tables de la Loi. Le Dieu qui va proposer les secondes tables est celui de la miséricorde. Le peuple d’Israël les acceptera et tentera de les pratiquer.

Notons que la tradition orale dit que le Décalogue fut proposé à tous les peuples de la terre et que seul le peuple hébreu les accepta.

Catherine Poujol
Historienne, spécialiste de l’histoire des relations judéo-chrétiennes

Lire sur le même sujet :
– Pourquoi l’homme ne peut-il pas être qualifié de « stylo de Dieu » ?
– Pourquoi, à la messe, disons-nous « Parole de Dieu » alors que l’homme est co-auteur et ne peut être qualifié de « stylo de Dieu » ?

 



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Comment ne pas être une « religion du livre » vu que la Parole de Dieu nous est rapportée dans un livre ?

Comment dire que ce n’est pas une religion du livre mais une religion de la Parole alors que cette Parole ne nous est rapportée que dans le livre ?

Tout l’enjeu est de distinguer la Parole de Dieu des Écritures : si l’Écriture sainte est Parole de Dieu, la Parole de Dieu ne se résume pas à l’Écriture sainte ! La Parole nous est rapportée de manière privilégiée dans un livre, certes, mais elle est aussi présente dans la Tradition de l’Eglise, dans le magistère des papes, dans la liturgie, dans nos vies… La Parole de Dieu n’est pas un « objet » en soi ; c’est Dieu qui parle, c’est le Fils qui agit. Il parle pour se révéler en vue de notre salut dans l’Écriture sainte : telle est la grâce propre des Écritures. Mais après que la Révélation est close, Dieu ne cesse pas de nous parler… encore heureux !

Pour aller plus loin, je vous invite à regarder cette autre réponse dans la FAQ : La Parole de Dieu ne se trouve-t-elle que dans les textes bibliques ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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D’où vient le mal ?

Une question revient à chaque rencontre : D’où vient le mal ? Notre cénacle est partagé : les uns pensent que c’est Dieu qui a créé le mal (arbre de la connaissance du bien et du mal), d’autres pensent que c’est Satan… Chacun reste sur ses positions.

Il y a plusieurs manières de répondre à cette abyssale question, mais si nous en restons à la Bible, du moins au Premier Testament, nous ne pouvons que constater qu’elle ne nous dit rien sur l’origine du mal. Que nous dit la Genèse ? Que toute la création est bonne en elle-même : ce sont les chapitres 1 et 2.

Pourtant, au chapitre 3, il est fait mention d’une puissance mauvaise qui tente l’homme. D’où vient-elle ? On l’ignore. Mais ce qui est sûr, c’est que s’il existe une puissance mauvaise dans le Jardin, le mal n’est pas encore répandu dans le monde : il est réellement introduit lorsque l’homme fait un mauvais usage de sa liberté. C’est ce que dit saint Paul dans son épître aux Romains : Nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché (Rm 5,12).

Le théologiens, à partir de ces éléments biblique, vont développer les principes suivants : toute la création est bonne ; Dieu a créé l’être humain libre et cette liberté est naturellement ordonnée vers Dieu ; l’être humain introduit dans sa liberté la possibilité de ne pas choisir Dieu, donc le bien ; il s’ouvre donc une voie sans bien : le mal est cette absence de bien. En ce sens, le mal est toujours absence de Dieu : son origine se situe ainsi dans le refus, par l’homme, de Dieu.

*

En complément de cette première réflexion, arrêtons-nous un instant sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal : il faudrait plutôt parler de l’arbre de la connaissance du bon et du mauvais, car les termes employés ne sont pas des concepts, des idées générales, mais au contraire des mots qui renvoient à l’expérience concrète… Cela change tout ! Nous ne sommes pas dans l’ordre d’un savoir théorique, mais dans la réalité d’une expérience : Adam et Ève mangent le fruit, ils font concrètement l’expérience du mauvais, quand ils ne connaissaient jusqu’alors que le bon. Ce mauvais, qui n’existait qu’à l’état de possibilité, devient réel par leur acte.

Il y a dans notre liberté, toute sorte de possibles sur lesquels nous ne nous arrêtons pas. Si l’on s’en tient à vivre de la vie divine, ces possibles restent théoriques, fort loin de nous, de notre conscience. Mais voilà, dès lors qu’on laisse ces possibles nous envahir, le mauvais peut jouer sa partition. Je parle ici du vol, de la luxure, de la débauche, du mensonge, de la tromperie, du viol, du meurtre… Nous ne sommes pas préservés de tout, mais de beaucoup tout de même. Il faut imaginer qu’Adam et Ève étaient, eux, préservés de tout originellement, mais qu’ils ont introduit le mauvais dans le monde (donc le mal moral) en laissant les possibles prendre la place dans leur cœur, à commencer par le plus terrible d’entre tous : vouloir être comme des dieux par leur propre force.

Si vous voulez approfondir, je vous recommande Dieu sans idée du mal, du fr Jean-Miguel Garrigues. C’est un ouvrage un peu exigeant mais lumineux, qu’on ne peut lire qu’en prenant du temps pour bien assimiler les différents enjeux.

Pierre G. (SEDIF)

 



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