10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Pourquoi parlez-vous de la nouveauté des synagogues après la destruction du Temple alors que nous voyons Jésus prier dans les synagogues dans les évangiles ?

Nous avons été surpris d’apprendre que les synagogues ont existé après la chute du Temple de Jérusalem, alors que Jésus priait dans les synagogues… à moins que cela ne concerne que Jérusalem ?

Votre question sur les synagogues est d’une grande pertinence : dans mon enseignement, je ne précise pas en quoi les synagogues sont une nouveauté… alors qu’elles existaient effectivement auparavant ! Il est certain que ce seul point aurait mérité un plus long développement. Faute de temps, je me contente d’aller à l’essentiel, au risque de quelques raccourcis et approximations.

Pour les Hébreux, à partir des rois David et Salomon, il n’y a qu’un seul Temple, celui de Jérusalem : c’est le lieu où réside Dieu (arche d’alliance et Saint des Saints) et au sein duquel les sacrifices Lui sont offerts ; il ne peut y en avoir aucun autre.

C’est d’ailleurs pourquoi, par exemple, les Samaritains sont si mal considérés… Il suffit de lire la parabole du Bon Samaritain (Luc 10,30-37) ou encore – surtout ! –  la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (cf. Jean 4), et plus particulièrement ces versets souvent sibyllins pour qui ne connaît pas l’importance du Temple :

La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »

Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » (Jn 4,19-24)

Il ne faut donc jamais oublier ce que le Temple a d’unique. Dieu ne réside pas dans les synagogues et aucun sacrifice ne Lui est offert dans celles-ci.

En marge du Temple, il existe les synagogues : le mot signifie « assemblée » (comme le terme ecclesia du reste, avec quelques nuances) et est la traduction d’un terme hébreu, « beit knesset », qui signifie « maison de l’assemblée » (Knesset est utilisé aujourd’hui pour désigner le parlement en Israël).

Quand sont nées ces synagogues ? Certains disent que c’est durant l’exil, du fait de la destruction du premier Temple et de l’éloignement de Jérusalem ; d’autres avancent que c’est au retour de l’exil, avec l’émergence du mouvement pharisien… Je n’entre pas dans les détails. Il faut simplement comprendre que ces synagogues sont originellement des lieux davantage profanes (Dieu n’y résidant pas), où les Juifs se réunissent pour lire ensemble la Loi, à défaut d’aller au seul Temple : le mot hébreu « beit » (dans « beit knesset »), qui veut dire la maison, souligne que ce n’est en aucun cas un Temple ou quelque chose s’en approchant.

Ce qui change avec la destruction du Temple de Jérusalem en 70 après Jésus-Christ, c’est que les synagogues vont prendre une tout autre signification : de simples lieux de rassemblement, elles vont devenir un espace pleinement religieux et cultuel – sans la dimension sacrificielle toutefois. En d’autres termes, les synagogues vont connaître un essor sans commune mesure, un développement d’ailleurs similaire, probablement comme un miroir, à celui des églises chrétiennes.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment le psaume est-il choisi ? Pourquoi est-il parfois tronqué ?

Comment sont-ils choisis, en fonction des lectures et de l’évangile du jour ?

Lors des célébrations, on ne dit que quelques versets d’un psaume alors que dans la Bible, le psaume est beaucoup plus long, pourquoi ?

Le choix des psaumes pour la liturgie a été fait par des biblistes chevronnés en vue d’aider le fidèle dans sa compréhension des Écritures et du mystère (ex : fête liturgique, etc.). Ces choix peuvent sembler plus ou moins évidents selon les jours – plus ou moins réussis, peut-être aussi. Mais c’est tout de même le fruit d’un travail colossal, minutieux et de longue haleine, que notre Mère l’Église nous propose au quotidien.

Les responsables des découpages bibliques ont fait avec les psaumes ce qu’ils ont fait avec les lectures et l’évangile : ils sélectionnent des extraits. Peut-être avez-vous remarqué, si vous êtes lecteur ou lectrice dans votre ensemble paroissial, que certaines lectures sont en en réalité des fragments d’un texte : les biblistes-liturges ont parfois pris le verset 1, puis la moitié du verset 3, puis les versets 7 à 9, puis le verset 11… et hop, cela nous donne la première lecture extraite du livre du prophète Tartempion ! C’est que l’enjeu, pour les biblistes en charge de la liturgie, c’est de proposer un ensemble cohérent, qui permet de faire grandir le fidèle dans l’intelligence de la foi.

La liturgie n’est pas un lieu de prière personnelle, mais de prière communautaire, où nous apprenons à faire Corps du Christ : les lectures nous saisissent là où nous en sommes, avec ce que l’on est, nos compétences et notre ignorance, notre intelligence et nos manques… Et nous sommes si différents ! Le choix des textes, avec sa part de subjectivité, participe de cette dynamique.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Comment sont choisis les textes de l’Ancien Testament à la messe ?
=> À quelle époque l’Église a-t-elle inclus tous les dimanches une lecture de l’Ancien Testament ?

 



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Comment comprendre la phrase : « Le temps du Christ marque la plénitude de la révélation de Dieu » ?

Comment comprendre la phrase : « Le temps du Christ marque la plénitude de la révélation de Dieu » ?

La Révélation est close avec la venue du Christ et la mort du dernier apôtre. Dieu a tout dit en son Fils, qui est « médiateur et plénitude » de la Révélation » (Vatican II). La phrase d’Alain Marchadour, que vous citez, va en ce sens : Dieu, avec son Fils, s’est pleinement révélé. Tout ce qui advient après n’ajoute rien à sa Révélation ; aucun autre livre n’est nécessaire à cette Révélation. Il s’est livré tout entier en son Fils.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi lier la vérité et le salut ?

Pourquoi lier la vérité et le salut ?

La vérité et le salut sont intimement liés dès lors que nous parlons de la Révélation biblique. La spécificité de l’inspiration des Écritures, c’est de révéler une vérité sur Dieu pour notre salut.

Je vous invite à lire ces deux questions-réponses dans la FAQ :
=> La vérité des Écritures est-elle une vérité totale ?
=> Qu’est-ce que la vérité ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Existe-t-il toujours des prophètes aujourd’hui ?

Existe-t-il toujours des prophètes aujourd’hui ? Sont-ils utiles depuis la venue de Jésus sur terre ? Sont-ils des saints ?

Historiquement, le prophétisme hébreu prend fin dans le courant du VIe siècle avant J.-C., à l’époque de la destruction du premier Temple et avec l’exil du peuple à Babylone (-587). Amos, Osée, le premier Isaïe écrivent au temps de l’expansion syrienne (VIIIe siècle), Jérémie, Ézéchiel et le Second Isaïe sous la domination babylonienne. Après le retour à Jérusalem (-538), l’importance du prophète décline pour laisser place au prêtre et au scribe. Sous les Grecs et les Romains, ce sont les Apocalypses qui redonnent vie au prophétisme. Saint Jean-Baptiste, dernier descendant de la lignée des grands Prêtres (SADOQ), assure la transition avec le prophétisme judéo-chrétien.

Catherine Poujol

Historienne, spécialiste de l’histoire des relations judéo-chrétiennes

 



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Pourquoi avoir choisi de faire la conclusion sur les deux Décalogues ?

En comparant les 2 décalogues, leur différence nous a semblé si ténue que nous n’avons pas compris l’importance consacrée à elle dans cette 3e rencontre ! Pourquoi avoir choisi ce sujet en conclusion ?

Il y a trois raisons à ce choix :
1/ il s’agit d’un texte majeur du Pentateuque ;
2/ il offre un exemple concret des différents courants qui traversent la Bible et s’entrecroisent subtilement ;
3/ le P. German Niño est aujourd’hui le seul prêtre exégète dans le diocèse et il a écrit un livre sur le sujet.

Commençons par le dernier point. Le P. German Niño est un exégète, c’est-à-dire quelqu’un qui a une approche scientifique de la Bible. C’est le seul prêtre du diocèse dans ce cas*. L’enjeu des conclusions est de montrer, en même temps qu’un sujet est traité, qu’il y a plusieurs manières d’aborder la Bible, de la lire, d’en parler, de l’analyser… Avec le P. German Niño, comme avec le P. Luc Mellet avant lui (qui est un patrologue, c’est-à-dire un spécialiste des Pères de l’Église), nous avons ainsi souhaité montrer, le temps d’une conclusion, ce que pouvait donner une telle approche pointue des textes, le vocabulaire employé, la logique à l’œuvre… C’est de fait la conclusion la plus technique de tout FIDEO et la seule du genre.

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Venons-en maintenant aux raisons de fond. Tout d’abord, le Décalogue, avec ses deux versions, est un texte majeur du Pentateuque, non seulement par la place fondamentale et unique qu’il occupe dans tout l’édifice de la Torah, mais également en raison de son influence dans l’Histoire, y compris du christianisme. Les dix « commandements » n’ont-ils pas servi de socle à bien des catéchismes, voire à des formulaires de confession et autres ? Mieux connaître ces dix « Paroles » nous a semblé un axe intéressant, ne serait-ce que pour sortir de la seule dimension morale qui a longtemps prévalu – qui n’est certes pas fausse, mais certainement pas première, comme le prouve la première parole qui, pour les Juifs, est une libération.

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La seconde raison est liée à l’enseignement que je donne et que je répète bien des fois tout au long des dix rencontres, afin d’éviter toute lecture fondamentaliste ou absolue. Il y a plusieurs courants qui s’entrecroisent dans la Bible, synonymes d’une tradition à l’œuvre, faite de relectures successives qui ne s’annulent pas, mais se complètent. Certes, les nuances sont minces entre les deux versions du Décalogue, et c’est une raison pour précisément y regarder de plus près. C’est d’ailleurs une attitude à avoir à chaque fois que deux textes se ressemblent, que ce soit dans le Premier Testament ou avec les évangiles synoptiques. Plus les différences sont infimes, plus il est intéressant de regarder ce que ces différences impliquent : elles en disent long sur la personne qui réécrit !

Alors, quelles sont ces différences précisément ? Le P. German Niño les pointe très bien, surtout quand il prend appui sur la parole liée au Shabbat qui constitue le pivot de l’ensemble, parce que marquant à la fois le rapport à Dieu (vertical) et le rapport au prochain (horizontal). Les deux versions du Décalogue correspondent aux deux grands courants que sont la tradition sacerdotale (Ex 20) et la tradition deutéronomique (Dt 5). La première se fonde sur un Dieu créateur, origine de tout et sans équivalent dans le cosmos ; la seconde s’appuie sur un Dieu libérateur, qui fait justice ; la première tradition – plutôt tournée vers l’origine – dénonce surtout l’idolâtrie, la seconde – plutôt tournée vers la fin, bien qu’initiée par une libération primordiale (Égypte) – dénonce toute forme d’esclavage. Tout cela, bien évidemment, se complète ; il n’y a nul antagonisme.

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Il ne faut pas sous-estimer ces nuances, car on les retrouve tout au long de l’Histoire biblique, dans la réécriture des livres des Rois par le Chroniqueur et jusqu’au temps de Jésus avec les pharisiens, sadducéens, esséniens et zélotes…

On les retrouve aussi, en un certain sens, aujourd’hui, car on ne sort jamais totalement des affirmations brusques et partiales, entre ceux qui accentuent davantage sur l’absolu de Dieu Tout-Autre, les principes fondamentaux qui doivent mener le monde, la première venue du Christ qui a tout institué et dont il faut vivre, et ceux qui rêvent continuellement d’un Dieu tout proche, de justice sociale, voire de grands soirs, et qui attendent le retour du Christ pour qu’enfin l’injustice, la violence et le mal soient bannis. On le sait, particulièrement en France, qu’il y a bien des demeures dans la Maison du Père, quand on constate que l’on retrouve des catholiques dans à peu près tous les courants politiques et sociaux qui soient, y compris antagonistes. Précisons ici qu’il n’y a aucun jugement, ce n’est pas le lieu.

Tout cela est évidemment bien caricatural (et peu biblique pour une conclusion, j’en conviens), mais nous invite à nous interroger sur nos propres préoccupations, nos prises de position… Chacun accentue sa vision de Dieu en fonction de convictions qu’il porte : Dieu assume tout, tant que ce n’est pas contraire à la fois à son acte de création et à sa volonté irréfragable de nous sauver.

Pierre G. (SEDIF)

 

* Nous avons un autre exégète dans le diocèse, qui n’est pas prêtre mais est bien connu dans le diocèse : Jean-Luc Thirion, qui a coordonné le SEDIF pendant près de vingt-cinq ans, jusqu’à sa retraite méritée en octobre 2023.

 



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