11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Est-ce à la Pentecôte que « Esprit du Seigneur » devient « Esprit Saint » ?

Nous avons supposé que l’appellation « Esprit du Seigneur » en « Esprit Saint » apparaissait à la Pentecôte à l’intention des hommes et de l’Église : nous sommes-nous trompés ?

Si j’ai bien compris votre question, ce qui n’est pas certain (pour paraphraser un de mes maîtres, Achille Talon : « Un doute, parfois, me corrode ! Hop… »), il me semble effectivement que votre assertion n’est pas juste.

Dans le Premier Testament, les deux formules cohabitent : Esprit du Seigneur se retrouve par exemple en Isaïe 11,2, tandis que l’expression Esprit Saint est présente dans le magnifique psaume du Miserere que nous chantons chaque vendredi aux Laudes, et avec plus d’intériorité encore en ce temps de Carême, dès le Mercredi des Cendres (Ps 50,13).

Il n’y a donc pas de transformation terminologique à la Pentecôte… S’il y a transformation, c’est davantage sur les plans économique, personnel, ecclésial et eschatologique ! Mais là n’est pas le sujet.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Quelle vision ont les Juifs de l’Esprit Saint ?
=> Pourquoi l’Esprit descend-il sur Jésus au baptême s’ils sont divinement unis ?
=> Peut-on dire que l’Esprit succède au Christ à sa mort ?

 

 



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Pain et vin : peut-on faire un parallèle avec ciel et terre ?

Pain et vin : peut-on faire un parallèle avec ciel et terre ?

Je ne suis pas certain de comprendre cette question. Dans le texte de Teilhard de Chardin, ce parallèle n’est pas évident (il faudrait probablement regarder d’autres écrits). Et dans la théologie catholique, plus globalement, le pain et le vin représentent la création offerte à Dieu et transformée par Lui.

En revanche, ce qui apparaît clairement dans le texte, c’est que Teilhard offre à Dieu la matière entière du monde pour qu’elle devienne matière eucharistique : toute la création (ciel et terre donc) se rencontre dans l’acte eucharistique et devient Corps et Sang du Christ. Teilhard parle de « divinisation cosmique », c’est-à-dire que l’univers entier devient hostie. Mais cela nous entraîne déjà bien loin…

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quelle cohérence y a-t-il entre la transcendance de Dieu et sa kénose, son inaccessibilité et sa proximité ?

Quelle cohérence y a-t-il entre la transcendance de Dieu et sa kénose, sa relation à l’Homme ? Dieu est soit le tout-Autre trop lointain, soit un anthropocentrisme.

La question me déroute… Il n’y a pas d’opposition entre la transcendance de Dieu et sa kénose. Bien au contraire, c’est justement parce que Dieu est infiniment transcendant qu’il peut se rendre infiniment proche sans cesser d’être Dieu.

Dieu ne devient pas moins transcendant en s’incarnant ; il révèle que sa toute-puissance est puissance de don. Le Dieu biblique n’est ni le « tout-Autre » inaccessible (une fausse image souvent véhiculée), ni une projection anthropocentrique de l’homme. Il est le Créateur qui demeure au-delà de tout et qui, librement, entre en relation avec sa créature. Ainsi, comme dit un théologien important du XXe siècle, Hans Urs von Balthasar, la Croix ne contredit pas la gloire divine : elle la révèle. La transcendance de Dieu n’est pas distance, mais capacité infinie de se communiquer sans se perdre.

Si vous voulez méditer sur la grandeur de cette continuité entre transcendance et kénose, je vous invite à lire, relire et rerelire la magnifique hymne aux Philippiens :

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, 11 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

La kénose n’est pas une diminution de Dieu, mais la manifestation de son être même, qui est amour. Oh, et puisqu’on en est là, je vous invite en prime la belle catéchèse qu’en a donnée Benoît XVI, en juin 2012. Il devait faire chaud, comme aujourd’hui. Mais rien de comparable au soleil de Dieu fait chair.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Dieu a-t-il attendu l’Incarnation pour révéler son dessein de salut à l’humanité ?

En lisant dans le texte de Saint Irénée que « L’Esprit de DIEU descendit sur JÉSUS comme une colombe » pour le conduire dans sa mission, nous avons supposé qu’avant la venue du Christ sur terre, le dessein de Salut de DIEU le Père n’avait donc pas pu être révélé à l’humanité : est-ce pour cette raison que Jésus Christ est descendu aux enfers pour annoncer aux morts (de l’Ancien Testament) la Bonne Nouvelle du Salut et de la Rédemption ?

Voilà une question qui fait davantage écho à la formation sur l’Écriture sainte car, de mémoire, elle m’avait été posée l’an dernier… Cela vaudrait la peine de regarder dans la FAQ FIDEO Bible.

Pour ne pas pour laisser sur votre faim, une réponse tout de même : le dessein de salut de Dieu le Père a été révélé progressivement AVANT l’Incarnation de Jésus, mais de manière partielle et préparatoire. Souvenez-nous, l’an dernier, nous parlions de Révélation dès la première rencontre, en mentionnant Dei Verbum… Toute l’Écriture sainte, Premier et Nouveau Testaments, participent de cette Révélation qui se déploie dans l’Histoire, qui a lieu progressivement (cf. Texte de Vatican II à l’étude sur les rapports entre les deux Testaments).

Je ne vais pas vous refaire toute la traversée biblique, rassurez-vous ! Il suffit d’avoir en mémoire quelques étapes… Chacun les siennes ! Voici les miennes, du moins celles qui me viennent présentement, au moment d’écrire cette réponse :

– Gn 3,15 : Dieu fait une promesse à Adam et Eve après leur chute, annonçant qu’un descendant de la femme écrasera le serpent

  • Dès les origines, il y a une promesse de salut !

– Gn 12,3 : Dieu promet à Abraham : En toi seront bénies toutes les familles de la terre… une phrase qui est parmi mes préférées, et que j’ai répétée dans FIDEO Bible à bien des reprises.

  • Dès les origines ou presque, la promesse de salut est destinée à toute l’humanité !

– Ex 12-20 : la Pâque juive, avec l’agneau immolé, est vue par les chrétiens comme une figure annonçant le salut définitif. Il y a le passage de la Mer Rouge (= libération de l’esclavage extérieur) et le don de la Loi au Sinaï (= libération de l’esclavage intérieur).

  • Dès les origines, dans les actes de Dieu, il y a tous les symboles d’un salut total !

– Et je pourrais vous citer tant de prophètes, qui placent l’annonce du salut au cœur de leur prédication… Pensons à Isaïe qui décrit un serviteur qui porte les péchés du peuple (Is 53), à Jérémie qui dévoile une alliance nouvelle (Jr 31,31), à Michée qui annonce la naissance du chef à Bethléem (Mi 5,1)…

Je pourrais multiplier les références à l’envi ! Retenons simplement que tout le Premier Testament nourrit l’espérance d’un Messie sauveur : tout le Premier Testament est prophétie du salut. Reste que le mystère était voilé… Et c’est en cela que vous n’avez pas tout à fait tort dans votre réflexion : le plan complet de Dieu n’a été pleinement révélé qu’en Jésus-Christ. Par exemple, Paul de Tarse parle du salut comme d’un mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté (Col 1,26).

Pierre G. (SEDIF)

 



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La « désagrégation » : ne sommes-nous que poussière ? Qu’avons-nous à offrir à Dieu ?

La désagrégation : ne sommes-nous que poussière ? Cela veut-il dire que ce qu’on a à offrir à Dieu, finalement c’est une accumulation de petits riens, mais c’est tout en même temps ? La seule chose qui compte est-il notre désir de s’élever ?

Voilà une série de belles questions qui demande de bien distinguer quelques points.

Tout d’abord, le mot « désagrégation », qui est utilisé dans le texte de Pierre Teilhard de Chardin. Pour le théologien, qui est aussi un scientifique paléontologue (c’est important !), la « désagrégation » désigne un processus de décomposition, de désunion, de retour au chaos. À partir de là, il opère naturellement une analogie, transposant le mot sur le plan spirituel et moral ; la désagrégation désigne dans sa pensée plusieurs réalités : la séparation de l’homme avec Dieu, la rupture du lien d’amour qui unifie toute la Création, la décadence spirituelle, l’éparpillement des consciences dans l’individualisme, le repli…

Vous comprenez dès lors que la désagrégation n’est pas un objectif mais le péril suprême : en conclure que nous ne sommes que poussière est un contre-sens. Au contraire, par l’offrande du monde entier au Christ, avec la sanctification de tous nos actes dans le Christ et par le Christ, le mouvement est inversé : ce n’est plus la désagrégation qui mène à la mort qui advient, mais l’unification qui conduit à la plénitude et à Dieu. Cela répond à votre dernière question : la seule chose qui compte pour Teilhard, c’est notre désir d’unité, de communion, de plénitude, de vie en Dieu. Pour Teilhard, c’est le mouvement même du monde d’aller vers plus de complexité, plus de conscience et plus unité, grâce à Dieu.

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Alors, me rétorquerez-vous peut-être, comment comprendre la parole : « Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu redeviendras poussière », que le prêtre prononce lors de l’imposition des cendres ? Il suffit simplement de se rappeler que cette phrase est extraite du livre de la Genèse (Gn 3,19), après qu’Adam et Ève ont commis le péché. C’est une condamnation de l’homme coupé de Dieu. Mais voilà, nous ne sommes plus coupés de Dieu. Déjà, Ézéchiel l’énonçait dans sa merveilleuse vision des ossements desséchés (Ez 37). Et Dieu s’est incarné, le Verbe a pris chair, nous faisant passer du statut de « créature » à celui de « fils et fille de Dieu » partageant sa vie divine. La Trinité nous ressuscite : la poussière et la mort n’ont plus le dernier mot.

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Concluons sur votre deuxième question : qu’avons-nous à offrir à Dieu ? Teilhard évoque la matière, l’effort, la douleur comme formes de désagrégation : non pas simplement la destruction, mais la « matière d’offrande » — une matière qui se défait pour être transformée. Nous rêvons bien souvent d’avoir à offrir à Dieu notre héroïsme, nos gloires et honneurs… La réalité est en réalité bien différente : nous offrons au mieux ce que nous sommes, avec nos « petits riens » pour reprendre votre expression.

Saint Paul nous le dit dans la lettre aux Romains : Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte (Rm 12,1). Et de cela, le Seigneur fait sa grande œuvre de sanctification : il nous sauve, nous ressuscite, nous divinise.

Au fond, un exemple vaut mieux que mille mots : n’est-ce pas précisément ce qu’a fait la Vierge Marie lors de l’Annonciation et tout au long de son existence ? Son « Fiat », son simple « oui » à Dieu, sans pourtant connaître tous les tenants et les aboutissants de son acceptation, a ouvert les portes de la rédemption au monde. Contribuons-nous, nous aussi, à ouvrir grand ces portes pour le monde aujourd’hui ? C’est bien ce simple « oui » que, à notre tour, nous avons à offrir, dans chaque acte du quotidien.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment comprendre l’antériorité en Dieu de notre existence ?

« choisis en lui avant la création du monde et prédestinés ». Comment comprendre cette antériorité en Dieu de notre existence ?

Le Concile, dans cette formulation reprend quasi textuellement une affirmation de saint au début de l’épître aux Éphésiens : Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Et au verset suivant, il évoque même une forme de – disons ce mot qui fit couler tant d’encre – prédestination : Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ (Eph 1,5).

Mais attention, contrairement à ce que votre question sous-entend, le fait qu’il nous ait choisis et prédestinés avant la création du monde n’implique pas que nous existions déjà personnellement avant notre naissance. Là est peut-être l’origine de votre confusion. Or la foi chrétienne exclut la préexistence des âmes.

Alors, que comprendre ? Eh bien le texte signifie simplement que notre existence est présente de toute éternité dans la connaissance et dans le dessein d’amour de Dieu. Dieu est hors du temps : il ne prévoit pas l’avenir comme nous, il le voit dans son éternel présent. Avant même la création, il nous connaît et nous veut comme ses enfants adoptifs dans le Christ.

La tradition catholique distingue ainsi la préexistence réelle, qu’elle refuse, et la prédestination dans le Christ, qu’elle affirme. C’est là toute la subtilité ! Ça peut paraître compliqué comme ça, parce que les mots sont un peu techniques, mais c’est fondamental.

Disons-le en des termes simples, autant que possible (j’essaie !) : Dieu nous connaît non parce que nous existons déjà, mais parce qu’il est la cause de notre être. Il nous connaît parce qu’Il nous aime, parce qu’Il désire notre existence avant même qu’elle advienne. Autrement dit, notre « antériorité » en Dieu est celle d’un projet d’amour, non d’une existence personnelle. Un peu comme des parents qui ont le projet d’un enfant… toutes proportions gardées (c’est une analogie) : l’enfant existe déjà dans le cœur des parents, sans exister réellement.

Le Concile rappelle ainsi que le Christ n’est pas une réponse tardive au péché : dès l’origine, le dessein du Père est de tout rassembler en lui (Ep 1,10). Chaque être humain est donc voulu, aimé et appelé en Christ avant même sa naissance. Comme le dit le prophète Jérémie dans cette formule célèbre et admirable : Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations (Jr 1,5).

Notre existence terrestre commence dans le temps.
Notre vocation, elle, est éternellement portée dans le cœur de Dieu.

Cela vous paraît-il plus clair ?

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Si Dieu nous connaît avant notre naissance, sommes-nous prédestinés ?

 



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