11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Comment comprendre que le Christ soit le « premier-né de toute la création » ?

Comment comprendre « premier-né de toute la création », au sujet du Christ?

Saint Paul appelle le Christ image du Dieu invisible, premier-né de toute la création (prôtotokos pasês ktiseôs). L’expression, extraite de son contexte, est trompeuse : je vous invite à relire le premier chapitre de l’épître aux Colossiens pour vous en convaincre.

Ne serait-ce que le verset suivant : En lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui (Col 1,16). Vous comprenez d’emblée que l’apôtre ne veut pas dire que le Fils serait la première créature… Celui par qui tout a été créé ne peut lui-même appartenir à l’ordre des créatures. Sauf à en faire une créature ésotérique de type démiurge… ce qui serait contradictoire avec tout le reste des Écritures ! Ne jamais oublier la cohérence d’ensemble : extraire un verset de son contexte pour l’extrapoler, le démon sait le faire (on l’a vu avec les trois tentations au désert).

Revenons-en donc à l’expression premier-né… Dans la Bible, elle désigne souvent un rang, la primauté, la dignité et l’héritage plus que l’ordre chronologique. Ainsi, Dieu appelle Israël son fils premier-né (Ex 4,23), et David est établi premier-né, le plus élevé des rois de la terre (Ps 88,28), bien qu’il ne soit pas l’aîné de sa famille. Le premier-né reçoit l’héritage, exerce une autorité particulière et représente la lignée. Paul affirme donc tout simplement la souveraineté du Christ sur toute la création, qui lui appartient.

La tradition de l’Église, notamment au Premier concile de Nicée, a interprété ce texte à la lumière de Jn 1,3 : Tout fut par lui. Vous l’avez vu en long, en large et en travers avec le P. Nicolas Germain, le Fils est « engendré, non pas créé », consubstantiel au Père. Premier-né signifie qu’il est l’origine, le modèle et le chef de la création, non l’une de ses parties. En lui, toute chose reçoit son être et trouve son accomplissement.

entière dimension (perfection) qu’à la fin des temps…

Pierre G. (SEDIF)

 



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Où est la liberté entre l’obéissance et la soumission ? Est-on libre quand on suit des règles ?

Où est la liberté entre l’obéissance et la soumission (âme docile) ? Est-on libre quand on suit des règles ?

Il faut être attentif aux mots que l’on emploie, surtout que les sens peuvent évoluer au fil du temps et générer des confusions (il y a un bel exemple dans la FAQ FIDEO Credo avec le mot « confesser »). Pour aller au plus simple : obéissance, soumission et docilité ne sont pas des mots équivalents. Prenons le mot « docilité » : étymologiquement, il a la même racine que « docteur ». Quelqu’un de docile, c’est une personne ayant des facilités pour apprendre. Quand on parle d’« âme docile », on parle d’une âme qui sait se mettre dans de bonnes dispositions pour apprendre de Dieu.

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Pour répondre à la question sur la liberté, il n’existe pas de liberté sans règles, quand bien même la société voudrait nous faire croire le contraire. Les parents savent peut-être encore mieux ce qu’il en est : nous apprenons des règles à nos enfants pour qu’ils puissent gagner en liberté.

Plus encore, sur le fond, notre part de liberté est assez restreinte dans l’absolu, car nous sommes des êtres seconds : nous n’avons pas choisi de naître, nous sommes créatures de Dieu, n’avons appris à parler que parce qu’une personne nous a d’abord adressé la parole, etc. Et puis, si nous le pouvions, qui ne se ferait pas plus beau, plus fort, plus intelligent (moi en tout cas, je n’hésiterais pas !). On ne le peut pas. Notre liberté consisterait-elle dès lors à nier les droits de la nature ? La science tente à la marge de contredire nos déterminismes, mais l’on ne sache pas que cela rende heureux ni réponde aux aspirations de l’homme.

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La liberté réside donc dans une acceptation des règles, condition nécessaire pour que la conscience – organe suprême de notre liberté – puisse ensuite discerner. Sur ce rôle de la conscience, je vous renvoie à un petit topo que j’ai donné à l’occasion de la première journée FIDEO, en septembre dernier, sur le cardinal Newman : la première partie de mon intervention porte sur la conscience (disponible en podcast sur Radio Ecclesia).

Enfin, tout l’Évangile nous montre que si la lettre demeure (= les lois), l’esprit est plus grand que la lettre… Nous ne sommes plus d’abord « soumis » à des lois, mais « docile » à l’Esprit de Dieu qui nous traverse. Je vous renvoie pour conclure à la conclusion de l’homélie de Maurice Zundel, que vous avez lue lors de la rencontre précédente : le P. Luc Mellet avait coupé la finale du texte, mais des questions de cénacles l’ont exhumée. Elle est donc disponible dans la FAQ FIDEO Credo.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment dire que l’Église est « universelle », si on considère les autres confessions et religions ?

L’Église universelle : Il est question d’englober les autres communautés chrétiennes, mais peut-on également associer les autres religions, sachant que l’Église est universelle ? La périphérie est-elle déjà l’Église ? (Simon Weil parle du proche, n’ayant jamais reçu le baptême).

Je ne suis pas certain de comprendre le point exact de votre question. Il me semble, au fond, que votre interrogation porte sur le mot « universel » : que veut-il dire, appliqué à l’Église, si on considère les autres confessions et religions ?

Il faut commencer par dire que l’Église est universelle… par la volonté du Christ lui-même ! C’est lui le boss. Elle est envoyée par le Seigneur à tous les peuples (Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, Mt 28,19) et parce qu’en elle subsiste la plénitude des moyens du salut confiés par le Christ, à commencer par les sacrements, comme vous le verrez l’an prochain avec FIDEO Sacrements. Dieu veut cette unité, Il meurt sur la croix pour cela : Qu’ils soient un, dit Jésus dans la prière sacerdotale (Jn 17,21)

Il est vrai que l’unité voulue par Jésus concerne d’abord tous ceux qui croient en lui. Il veut que pas un de ceux qui lui ont été confiés ne se perde.  Alors qu’est-ce que ça dit des autres communautés chrétiennes et des autres religions ?

Vous l’avez vu dans l’enseignement de l’évêque : l’unique Église du Christ « subsiste dans » l’Église catholique, mais des éléments authentiques de sanctification et de vérité se trouvent aussi dans les autres communautés chrétiennes (Lumen gentium 8 ; Unitatis redintegratio 3). Elles ne sont donc pas extérieures à l’action du Christ.

Quant aux autres religions, l’évêque en parle aussi, dans la partie consacrée à l’Église apostolique : l’Église reconnaît qu’elles peuvent contenir des « semences de vérité » et préparer les cœurs à Dieu (cf. Nostra aetate 2, dont vous avez un extrait dans votre polycopié, p. 67). Cependant, elle ne les identifie pas à l’Église elle-même. Elles demeurent ordonnées à l’unité que Dieu veut offrir en Christ.

Ainsi, la « périphérie » n’est pas simplement déjà l’Église au sens plein. Mais personne n’est hors de la portée de la grâce. Simone Weil, sans baptême, manifeste cette tension : proche du Christ, attirée par l’Église, sans y être entrée sacramentellement. La tradition catholique affirme que Dieu peut sauver ceux qui, sans faute de leur part, ne connaissent pas pleinement l’Évangile, mais cherchent sincèrement la vérité et accomplissent sa volonté (Lumen gentium 16).

L’universalité de l’Église n’abolit donc pas les différences ; elle signifie que tous sont appelés à la communion que Dieu veut rassembler dans le Christ. Et cette Église ne trouvera sa pleine et entière dimension (perfection) qu’à la fin des temps…

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Pourquoi parler d’Église « catholique » et non « universelle » si les deux sont synonymes ?

 



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Que veut dire : le Credo ne vise pas à exprimer une vérité mais indique une prise de position existentielle ?

Une citation de Joseph Ratzinger a été plus difficile à comprendre : Dire credo « ne vise pas à exprimer telle ou telle vérité, (mais) indique une prise de position en face de l’être, de l’existence, de sa propre réalité et de la réalité totale ». Peut-on bénéficier d’un éclairage sur cette citation ?

Cette citation est extraite d’un ouvrage clair et accessible, que je vous recommande, intitulé : Foi chrétienne hier et aujourd’hui. Le futur pape propose une introduction au christianisme, destinée à montrer que la foi chrétienne peut être raisonnable et pertinente dans le monde contemporain. Il cherche à exposer ce qu’est « croire » dans un contexte marqué par le doute, le pluralisme et la critique moderne.

La citation est extraite de la première partie de l’ouvrage, dans laquelle Ratzinger analyse le rapport entre foi et doute. Pour résumer, ce qu’il dit, c’est que la foi n’est pas (ne peut pas être, ne doit pas être !) d’abord une simple adhésion intellectuelle : c’est un choix de confiance, une orientation fondamentale de la vie. En gros, ce n’est pas tant d’exprimer cérébralement une vérité que de se positionner ontologiquement, avec notre être tout entier, par rapport à cette vérité. Nous ne sommes pas face à un Dieu qui trône dans les cieux, mais s’incarne et vient à notre rencontre, pour que nous Le rencontrions « au plus intime de notre propre intimité » (S. Augustin). Cette foi implique donc toujours un certain risque, car l’homme ne possède jamais une certitude absolue. La foi est un acte par lequel l’homme s’appuie sur Dieu comme fondement ultime de sens.

J’aimerais vous prendre un exemple qui déborde un peu votre question, mais l’éclairera sans nul doute : ceux qui confessent le mieux le Christ dans les évangiles, ceux qui expriment le mieux qui Il est, ce sont les démons. Ils savent… plus n’importe quel homme ou femme… et passent leur temps à le montrer, au point que Jésus les fait taire régulièrement, car ce n’est pas l’enjeu fondamental. A contrario, il n’y a qu’une seule personne que Jésus appelle : « Satan ». Qui ? Un démon ? The big boss Satan ? Que nenni ! Il s’agit de Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes (Mc 8,33). On peut donc confesser le Christ de manière admirable, se voir remettre les clefs de l’Église, et être appelé « Satan ».

Au fond, l’enjeu n’est pas tant d’exprimer sa foi que de passer derrière Dieu et de Le suivre. Ou pour reprendre les mots de Jésus Lui-même (autant citer le Patron) : Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur ! » qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux (Mt 7,21).

Est-ce plus clair pour vous ?

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi : Si en disant « Je crois », on n’exprime pas une vérité, cela a-t-il un sens ?

 



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Pourquoi S. Irénée parle-t-il du Christ « descendu sur Jésus » ?

Il y a dans le texte de saint Irénée une phrase qui nous a laissés perplexes, nous ne la comprenons pas. Il s’agit de la 1ère phrase du 2nd paragraphe : « Le Christ est descendu sur Jésus, ou le Sauveur d’en haut sur le Jésus de l’économe, ou celui qui provient des régions invisibles sur celui qui relève du Démiurge. » Pouvez-vous nous éclairer ? Merci.

En lisant votre question, je me suis dit qu’il était impossible que saint Irénée ait écrit une pareille phrase, que c’était précisément l’opposé de tout son Traité contre les Hérésies ! Et en relisant le texte dans la foulée, j’ai compris qu’il dénonçait effectivement une hérésie. Ouf ! Mais la question que je me pose maintenant, c’est : avez-vous bien conscience qu’il s’agit là d’une dénonciation des thèses gnostiques ?

Ce qu’écrit saint Irénée, c’est que si les apôtres avaient eu connaissance d’un dualisme en Jésus, il l’aurait dit. Or ils n’en font aucunement mention : c’est que ce dualisme est par conséquent faux !

Les gnostiques font en effet une distinction que nous, disciples du Christ, récusons absolument : il n’y a pas d’une part, un Christ céleste, un « Sauveur d’en haut » pour reprendre les mots du texte, et d’autre part, un Jésus historique, un « Jésus de l’économe » (normalement, vous devez maintenant être familiers avec l’expression « économie du salut » que le P. Nicolas Germain a longuement expliquée lors de la rencontre 5 sur le Fils dans l’économie du salut) ; nulle part dans la Révélation il n’y a de séparation artificielle entre la divinité du Christ et son humanité. Sans quoi, les apôtres l’auraient dit. Ou, pour reprendre les mots de saint Irénée : « Il n’ont rien su ni rien dit de tel – car, s’ils l’avaient su, il l’auraient dit sans aucun doute. »

Nous affirmons quant à nous « l’union hypostatique », que vous avez vue en long, en large et en travers lorsque le P. Nicolas Germain a mentionné les hérésies : une seule Personne, le Christ Verbe de Dieu, unissant pleinement nature divine et nature humaine. Il est « vrai Dieu et vrai homme ».

Plus généralement, il n’y a pas non plus de Dieu suprême d’un côté, et de « démiurge » de l’autre. C’est ce que dit la fin de la citation que vous donnez dans votre question… Mais vous l’aviez probablement déjà compris.

Pierre G. (SEDIF)

Pour aller plus loin, sur le même thème : 
=> À quelles hérésies répondent la paternité, la toute-puissance et la création de Dieu ?
=> Quel sens a le Démiurge dans la religion chrétienne ?

 



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Notre péché porte-t-il préjudice à nos frères ?

En étudiant le texte, nous avons ressenti une certaine culpabilité en découvrant qu’il existait une responsabilité collective dans la perte de grâces. Si nous avons bien compris le texte, non seulement nos péchés nous éloignent des lumières de la grâce mais ils portent préjudice à nos frères qui en sont également privés.

La réponse la plus simple et directe à votre question, au risque de manquer de nuances, est… oui !

Dans la Bible, nous voyons une solidarité réelle entre les hommes. Les Écritures présentent l’humanité comme interconnectée, pas seulement comme une somme d’individus. Le péché n’est jamais purement « privé » : il blesse aussi le corps social. Saint Paul notamment parle de l’Église comme d’un corps où chaque membre affecte les autres ; si un membre souffre ou se détourne de la lumière, cela a des effets sur l’ensemble. Au fond, nous ressemblons à des fenêtres dans une maison commune : si certaines se couvrent de poussière, il va sans dire que toute la maison reçoit moins de lumière. À chacune et chacun de nous de nettoyer sa fenêtre (son âme) régulièrement !

Chez Louis Lallemant, comme vous avez pu le lire, la vie intérieure rayonne ou s’affaiblit en fonction de nos actes. Il insiste sur l’influence invisible des âmes : une âme fidèle à l’Esprit Saint diffuse lumière et grâce autour d’elle, tandis qu’une âme éloignée de Dieu perd cette fécondité spirituelle, et donc le monde en bénéficie moins. Ce n’est pas mécanique, mais réel dans l’ordre spirituel : la sainteté « rayonne » sur le monde, son absence assombrit ce même monde.

En ce sens, Louis Lallemant consonne avec la tradition de l’Église. Le Concile Vatican II, par exemple, affirme que l’humanité forme une communion appelée à la sainteté, où chacun influe sur les autres. Cela signifie à la foi que nos péchés nous éloignent de la grâce de Dieu et qu’ils diminuent aussi la « lumière » spirituelle qui circule dans le corps de l’Église et du monde (mais sans enlever la liberté ni la responsabilité personnelle des autres).

Je comprends qu’on puisse éprouver de la culpabilité en sachant cela… mais c’est encore trop nous regarder le nombril ! Regardons plutôt le Seigneur, et nous comprendrons que tout est inscrit dans une logique d’amour, de communion et d’espérance, jamais de fatalisme. Plutôt que de culpabiliser, rendons grâce de cette immense liberté que Dieu nous donne, qui nous rend digne de participer à son œuvre de salut : par une vie chrétienne digne de ce nom, nous pouvons apporter un surcroît de lumière dans ce monde !

Pierre G. (SEDIF)

 



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