11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Depuis quand « existe la Parole du Seigneur » ?

Dans le texte de Benoît XVI, on voit bien les trois étapes : annonce de l’Évangile par les paroles du prophète Isaïe, puis transmission dans la première lettre de S. Pierre, puis le Christ s’est fait chair. Mais du coup, depuis quand « existe la Parole du Seigneur » ?

La Parole du Seigneur n’a pas de commencement : elle est de toujours à toujours, puisque cette Parole est le Fils de Dieu et Dieu lui-même. La Parole du Seigneur n’a donc pas commencé avec la Création, la Révélation de Dieu, l’économie du salut.

Ce qui est inouï et que souligne Benoît XVI, c’est que cette Parole (éternelle) est entrée dans le temps, qu’elle a revêtu forme humaine, sans pour autant devenir périssable. Dans la Première lettre de saint Pierre, il est écrit au verset précédent :

C’est pourquoi il est écrit : Toute chair est comme l’herbe, toute sa gloire, comme l’herbe en fleur ; l’herbe se dessèche et la fleur tombe ; mais la parole du Seigneur demeure pour toujours. Or, cette parole est celle de la Bonne Nouvelle qui vous a été annoncée (1 P 1,24-25).

Ou pour le dire plus simplement, remplacez « Parole du Seigneur » par Dieu le Fils, et vous avez naturellement la réponse à votre question.

Pierre G. (SEDIF)

 



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La fin des temps a-t-elle eu lieu ou est-elle liée à la parousie ?

« Qui en outre, à la fin des temps, s’est fait homme ». La fin des temps a-t-elle eu lieu ou pas? Je me rappelle très bien de la parousie : notre espérance est que le Christ revienne à la fin des temps. Donc nous sommes un peu perdues sur ce que signifie « la fin des temps ».

Excellente question ! Cela donnerait presque envie de la laisser en suspens, puisque ce thème sera abordé à la fois lors de la rencontre 6, sur la venue du Fils dans la gloire, et lors de la rencontre 10, sur la résurrection de chair et la vie éternelle. Mais nous ne sommes pas sadiques au point de vous laisser totalement dans le flou…

Voici un premier éclairage biblique qui devrait vous permettre de vous y retrouver par la suite dans la terminologie liée à l’eschatologie. Votre confusion vient en effet peut-être des différentes formules employées, auxquelles on ne prête généralement pas grande attention et qui ont pourtant leur importance : fin des temps, fins dernières, fin du monde…

Repartons (toujours !) d’un texte biblique, ici la Première épître de saint Pierre :

Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu (1 P 1,18-21).

Dans cet extrait, nous voyons clairement que la fin des temps est liée à l’incarnation du Christ il y a deux mille ans : le Christ a été manifesté pour notre salut.

De même, au tout début de la Lettre aux Hébreux :

À bien des reprises de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes (He 1,1-2).

La formule est ici ambigüe : littéralement, il est dit à la fin des jours que voici, ce qui manifeste à la fois un caractère définitif de l’action de Dieu et l’irruption d’une période finale inaugurée par le Christ.

Je pourrais encore vous citer Ac 2,16-17, passage dans lequel est cité le prophète Joël qui lie la fin des temps au don de l’Esprit à la Pentecôte, ou 1 Co 10,11, épître dans laquelle Paul dit qu’ils se trouvent dans la fin des temps, et bien d’autres références, du Premier comme du Nouveau Testament.

Si je prends longuement ce détour biblique, c’est pour vous indiquer une méthodologie : toujours repartir de la Bible, pour comprendre les fondements des questions théologiques. Ici, il est clairement dit que le Christ inaugure par son incarnation la fin des temps, Dieu s’étant révélé définitivement. Ce que recouvre ensuite, dans les détails, cette fin des temps reste assez mystérieux, car la fin des temps est une notion théologique et non scientifique (cela est très bien rappelé dans cette conférence de 27mn, par exemple : Fin du monde ou fin des temps : que dit la Bible ?). Disons simplement que cette fin des temps comprend la mort, la résurrection de chacun, la Parousie, la vie du monde à venir, etc.

La fin des temps est ainsi à distinguer des fins dernières qui en constituent la conclusion et de la fin du monde qui est un acte scientifique, physique. On affinera bien entendu tout cela au fil des rencontres… Ce n’est qu’un premier aperçu !

Pierre G. (SEDIF)

 



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Que signifie l’expression : « selon l’état des économies du Père » ?

Que signifie l’expression : « selon l’état des économies du Père » ? On entend parfois parler de l’économie du salut, mais jamais des économies (au pluriel) du Père !

Eh bien c’est sensiblement la même réalité ! Les « économies du Père » correspondent tout simplement à ce qu’on nomme aujourd’hui en théologie « l’économie du salut », à savoir le plan de Dieu pour le salut des hommes dans le temps. Il en a été souvent question dans FIDEO Bible ; et le P. Nicolas Germain y reviendra à ton tour lorsqu’il sera question du Fils incarné.

La mise au pluriel du terme chez saint Irénée peut s’expliquer par le fait que le concept n’est pas encore fixé dans le marbre durant les premiers siècles. Saint Paul lui-même parle tantôt de  l’économie de Dieu, d’économie de la grâce ou encore d’économie du mystère… autant d’économies qui ont été unifiées par la suite sous l’appellation commune de « économie du salut ».

Pierre G. (SEDIF)

 



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Que signifie : « Apparu aux prophètes selon le genre de leur prophétie » ?

« Apparu aux prophètes selon le genre de leur prophétie » : est-ce à dire que le Christ s’est fait prophète pour « se mettre à leur hauteur » ou le sens est-il différent ?

Cette parole de saint Irénée exprime le fait que le Fils de Dieu, le Christ Jésus, s’est fait connaître aux prophètes de manière particulière, sous la forme de prophétie.

Reprenons brièvement : toute la Trinité est à l’œuvre dans le Premier Testament, dès la Création – Dieu « dit » et « souffle » : Père, Fils-Parole et Esprit-Souffle sont ainsi en action – et tout au long de l’économie du salut qui désigne, dans le jargon théologique, le plan de Dieu pour le salut des hommes dans le temps.

Que se passe-t-il avec les prophètes ? Ils sont inspirés par l’Esprit Saint ; on le sait pour le dire régulièrement dans le Credo : « Il a parlé par les prophètes ». Mais pour saint Irénée, cela ne veut pas dire que le Père et le Fils se tournent les pouces et jouent aux cartes en attendant que l’Esprit bosse ! Le Fils, lui aussi, se fait connaître aux prophètes, non en plénitude (il est encore trop tôt pour que la Révélation pleine et entière advienne = l’Incarnation de Dieu le Fils), mais selon le genre de la prophétie : on commence à en deviner les traits, on en comprend davantage l’avènement à mesure que l’alliance s’approfondir, etc.

Alors, pour conclure : à chaque étape de la Révélation biblique, Dieu Père, Fils et Esprit se fait connaître un peu plus : avec les prophètes, Il se révèle sous le mode de la prophétie. C’est un étape !

Pierre G. (SEDIF)

 



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Peut-on dire que la vie du Christ en nous est une nouvelle incarnation ?

Lors de notre dernière rencontre 4, certains d’entre nous pensaient que « le Christ s’incarne en nous, car Il vit en nous ». Que faut-il répondre puisque nous ne croyons pas en la réincarnation ? Personnellement je pense que le Christ en se faisant Homme s ‘est incarné une bonne fois pour toutes. Qu’il ne se réincarne pas en nous – Il vit en nous. Cela mérite des éclaircissements et plus de précisions. Nous touchons là à un grand Mystère important dans notre Foi et en même temps très compliqué. Pourriez-vous nous expliquer ce grand Mystère qu’est l’Incarnation ?

La question de l’Incarnation est au cœur de la rencontre 5, qui porte sur le Fils dans l’économie du salut, c’est-à-dire dans le plan de révélation de Dieu pour nous les hommes. Mais il est vrai que cette rencontre n’aborde pas la distinction entre « incarnation » et « vie du Christ en nous ». Alors, répondons à votre question.

Il y a bien une distinction majeure entre les deux, ainsi que vous le dites vous-mêmes : votre intuition est parfaitement exacte. Le Christ ne « s’incarne » pas en nous au sens propre, car l’Incarnation est un événement unique et définitif. Mais oui, il vit réellement en nous, d’une manière différente, qui relève de la grâce et non d’une nouvelle incarnation. Voici la distinction fondamentale.

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L’Incarnation désigne un fait historique précis : Le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14). Cela signifie que la deuxième Personne de la Trinité a assumé une nature humaine complète, dans le sein de la Vierge Marie, par l’action de l’Esprit Saint. Il n’y a donc qu’une seule Incarnation, qui plus est définitive ; elle est réalisée dans une nature humaine concrète et historique, celle de Jésus de Nazareth. On parle d’union « hypostatique » : une seule Personne divine en deux natures (divine et humaine). Cette union ne se reproduit pas. Tout cela, vous le verrez la fois prochaine.

La conséquence en est que le Christ ne reprend pas chair en chaque croyant, ni ne s’incarne pas à nouveau. Il n’y a aucune multiplicité d’incarnations.

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Alors, que veut dire saint Paul lorsqu’il écrit : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20) ? Car c’est cette phrase qui semble provoquer en vous une incompréhension. L’Apôtre montre simplement qu’il y a une inhabitation par la grâce. Par le baptême, l’âme reçoit la grâce sanctifiante, c’est-à-dire que la vie divine s’inscrit en elle (vous le verrez l’année prochaine, avec FIDEO Sacrements, qui s’annonce largement plus accessible puisque centrée sur la vie chrétienne).

Le Christ demeure en nous, non par une nouvelle nature humaine assumée, mais par sa présence divine, et par la communication de sa vie. Il s’agit d’une présence spirituelle réelle, mais non d’une union hypostatique. Par la grâce sanctifiante, nous sommes configurés au Christ, incorporés à lui, membres de son Corps (l’Église). Il y a donc une union réelle, mais nous restons des personnes humaines distinctes, notre nature humaine n’est pas assumée par la Personne du Verbe, nous ne devenons pas des « incarnations du Christ ». En bonne théologie, on parle de divinisation, c’est-à-dire d’élévation de notre nature humaine par participation à la vie divine.

Il y a une image biblique qui peut nous aider à comprendre la vie divine en nous : le Christ est le cep et nous sommes les sarments (Jn 15) ; la sève circule, la vie vient du tronc. Mais ce n’est pas pour autant que le sarment devient cep ni que le cep devient sarment. La personne du Christ ne remplace pas notre personne et nous ne devenons pas des autres Christ ! Nous recevons sa vie, nous ne devenons pas une nouvelle incarnation.

J’espère que cela vous paraîtra plus clair…

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En conclusion, j’évoquerai rapidement la question de la réincarnation, puisque vous la mentionnez : elle suppose une âme qui revient dans plusieurs corps, une succession de vies, une pluralité d’incarnations… Il n’y a évidemment rien de cela dans la révélation divine, donc dans la foi chrétienne.

Pierre G. (SEDIF)

 



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La citation mettant en parallèle corps/baptême et âme/Esprit renvoie-t-elle au baptême et à la confirmation ?

Deux phrases ont alimenté notre débat sur l’importance du sacrement de la confirmation, quelquefois minorée par rapport au baptême. S. Irénée dit : « nos corps, par le bain du baptême, ont reçu l’union à l’incorruptibilité, tandis que Nos âmes l’ont reçue par l’Esprit. C’est pourquoi l’un et l’autre sont nécessaires » : cela fait il allusion au baptême et à la confirmation ?

Si je ne connais pas précisément l’intentionnalité de saint Irénée concernant cette formule, cela pourrait effectivement être interprété ainsi.

Mais il faut aussitôt ajouter une nuance : par le baptême, il n’y a pas que le corps qui est marqué ; l’âme aussi est imprégnée de la vie divine. On parle d’inhabitation trinitaire. En d’autres termes, l’Esprit est déjà donné dès le baptême, puisque ce dernier marque l’entrée dans l’Amour divin, qui est la vie trinitaire.

La prochaine année FIDEO, moins intellectuelle et plus incarnée, portera justement sur la vie divine en nous, sur la liturgie et sur les sacrements : vous y verrez toutes les nuances entre baptême et confirmation. Je ne vous en dis pas plus !

Pierre G. (SEDIF)

 



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