Si la toute-puissance est un attribut du Père, s’applique-t-elle également au Fils ?
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Nous avons pu voir dans les rencontres précédentes que la toute-puissance est un attribut du Père. Cette toute-puissance s’applique est-elle donc également au Fils (même substance, stricte équivalence), hormis dans la faculté à engendrer ?
La réponse simple est : oui, absolument ! La toute-puissance est un attribut de la nature divine, non d’une Personne prise isolément. Or les trois Personnes – Père, Fils et Esprit Saint – possèdent numériquement la même nature divine. Donc oui : le Fils est tout-puissant au même titre que le Père, parce qu’il est consubstantiel au Père.
J’imagine qu’en rester là ne vous satisfera pas : pourquoi dès lors accoler au Père la toute-puissance, me demanderez-vous peut-être ?
Cette question pourrait en réalité s’appliquer à d’autres attributs, accolés à telle ou telle personne divine : pourquoi le Père est-il seul mentionné comme Créateur ? Pourquoi seul le Fils est-il seul dit « consubstantiel » au Père ? Pourquoi dire que « l’Esprit Saint est Seigneur et donne la vie » ? N’est-ce pas le cas de toutes les Personnes divines ? Si, évidemment. À trop vouloir distinguer, on en finit par perdre l’unité de Dieu, au risque d’un polythéisme latent. Alors pourquoi ces formulations ? Pour répondre aux hérésies successives des premières siècles. Il y a une raison d’abord historique à la raison d’être de ces formules.
Mais derrière ces formulations, il y a un principe qui n’a jamais varié : tous les attributs essentiels (puissance, sagesse, éternité, bonté, omniscience, etc.) appartiennent à l’unique essence divine. Seules les relations d’origine distinguent les Personnes… sans diviser l’essence. Ainsi, la faculté d’« engendrer » n’est pas une question de puissance au sens d’un manque chez le Fils. Ce n’est pas qu’il pourrait engendrer mais ne le fait pas ; c’est que l’engendrement appartient constitutivement à l’hypostase du Père. Il s’agit d’une relation personnelle, pas d’un attribut de puissance.
Autrement dit, pour le dire concrètement : le Père n’est pas plus puissant que le Fils, le Fils n’est pas « moins capable » ; l’unique toute-puissance divine est commune aux trois Personnes. Ce qui distingue le Père n’est finalement pas un surplus d’essence, mais une relation d’origine.
Saint Thomas, dans une des formules dont il a le secret, résume cela ainsi : omnia sunt unum in Deo, ubi non obviat relationis oppositio — « tout est un en Dieu, là où ne s’oppose pas une relation » (ST I, q.28 a.3).
Donc votre intuition est juste : même substance implique même toute-puissance, et la distinction concernant l’engendrement relève exclusivement de la relation personnelle, non d’un degré de puissance.
Pierre G. (SEDIF)
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