10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Si la toute-puissance est un attribut du Père, s’applique-t-elle également au Fils ?

Nous avons pu voir dans les rencontres précédentes que la toute-puissance est un attribut du Père. Cette toute-puissance s’applique est-elle donc également au Fils (même substance, stricte équivalence), hormis dans la faculté à engendrer ?

La réponse simple est : oui, absolument ! La toute-puissance est un attribut de la nature divine, non d’une Personne prise isolément. Or les trois Personnes – Père, Fils et Esprit Saint – possèdent numériquement la même nature divine. Donc oui : le Fils est tout-puissant au même titre que le Père, parce qu’il est consubstantiel au Père.

J’imagine qu’en rester là ne vous satisfera pas : pourquoi dès lors accoler au Père la toute-puissance, me demanderez-vous peut-être ?

Cette question pourrait en réalité s’appliquer à d’autres attributs, accolés à telle ou telle personne divine : pourquoi le Père est-il seul mentionné comme Créateur ? Pourquoi seul le Fils est-il seul dit « consubstantiel » au Père ? Pourquoi dire que « l’Esprit Saint est Seigneur et donne la vie » ? N’est-ce pas le cas de toutes les Personnes divines ? Si, évidemment. À trop vouloir distinguer, on en finit par perdre l’unité de Dieu, au risque d’un polythéisme latent. Alors pourquoi ces formulations ? Pour répondre aux hérésies successives des premières siècles. Il y a une raison d’abord historique à la raison d’être de ces formules.

Mais derrière ces formulations, il y a un principe qui n’a jamais varié : tous les attributs essentiels (puissance, sagesse, éternité, bonté, omniscience, etc.) appartiennent à l’unique essence divine. Seules les relations d’origine distinguent les Personnes… sans diviser l’essence. Ainsi, la faculté d’« engendrer » n’est pas une question de puissance au sens d’un manque chez le Fils. Ce n’est pas qu’il pourrait engendrer mais ne le fait pas ; c’est que l’engendrement appartient constitutivement à l’hypostase du Père. Il s’agit d’une relation personnelle, pas d’un attribut de puissance.

Autrement dit, pour le dire concrètement : le Père n’est pas plus puissant que le Fils, le Fils n’est pas « moins capable » ; l’unique toute-puissance divine est commune aux trois Personnes. Ce qui distingue le Père n’est finalement pas un surplus d’essence, mais une relation d’origine.

Saint Thomas, dans une des formules dont il a le secret, résume cela ainsi : omnia sunt unum in Deo, ubi non obviat relationis oppositio — « tout est un en Dieu, là où ne s’oppose pas une relation » (ST I, q.28 a.3).

Donc votre intuition est juste : même substance implique même toute-puissance, et la distinction concernant l’engendrement relève exclusivement de la relation personnelle, non d’un degré de puissance.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> L’Esprit est-il consubstantiel au Père et au Fils ?

 



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La mort du Christ était-elle indispensable ? Ne pouvait-il pas prouver son amour autrement ?

La mort du Christ était-elle indispensable ? Était-ce le seul moyen de prouver son amour pour nous ?

Non et non ! Votre question rejoint au fond toutes celles qui s’interrogent sur les choix de Dieu, par exemple celle-ci, posée par un autre cénacle : Pourquoi Jésus arrive-t-il auprès des hommes à ce moment-là ?

J’utilise souvent pour répondre à ce type de questions ce qu’on appelle l’argument de convenance, car entrer dans la sagesse de Dieu demande humilité et prudence. Voici donc ce que j’en écris, en conclusion de la réponse faite à la question du cénacle ci-dessus, à laquelle je vous renvoie :

« Dieu aurait pu s’incarner à n’importe quel moment, mais Il choisit le moment le plus convenable. C’est ce que saint Thomas d’Aquin appelle l’argument de « convenance » : Dieu agit non par nécessité, mais en choisissant ce qui est le plus approprié et harmonieux à sa sagesse, même si d’autres choix auraient été possibles. »

Cet argument de convenance, si cher à S. Thomas d’Aquin, est aussi valable pour la mort sur la croix : une goutte de son sang aurait suffi, nous dit saint François de Sales, mais s’il a choisi ce don de Lui-même sur la croix, c’est que c’est le moyen le plus approprié et le plus harmonieux à sa sagesse.

Plutôt que de nous interroger sur ce qu’il aurait pu faire de différent, méditons sur ce qu’Il a choisi de faire, sur ce qu’Il nous montre de Lui ! Contemplons le mystère de la croix et la mort du Christ, surtout en ce temps de Carême, pour mieux pénétrer le mystère de Dieu… car Il se révèle à nous, non seulement par ses paroles, mais également par ses actes, et par-dessus tout, par les plus importants d’entre eux : sa mort et sa résurrection.

Dieu, que son Amour est beau !

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi dit-on que notre religion catholique n’est pas manichéenne, alors que nous avons l’enfer et le paradis ?

Pourquoi dit-on que notre religion catholique n’est pas manichéenne, alors que nous avons la sainteté / péché, enfer / paradis,… ?

C’est quoi le principe dualiste ?

Dans son enseignement vidéo, lorsqu’il est question de « l’univers visible et invisible » (cf. Polycopié, p. 20), le P. Luc Mellet dit : « Seul le Symbole de Nicée-Constantinople porte cette précision. Il s’agit de s’opposer au dualisme des courants gnostiques (une divinité suprême inaccessible, invisible, produit un dieu créateur – Démiurge source du visible) et des courants manichéens qui nt un dieu du bien et un dieu du mal qui s’affrontent. »

Citée intégralement, cette phrase devrait vous donner un début de réponse : il est question d’un dieu du bien et d’un dieu du mal, à égalité. Les manichéens croient en deux principes éternels et indépendants, de force égale : le Bien (= monde invisible) et le Mal (= monde visible). Toute la Création, à commencer par l’humanité, est prise dans ce conflit cosmique entre ces deux forces opposées et symétriques. C’est cela, le dualisme (dualis = « qui se rapporte à deux »), quelle que soit la forme qu’il prend ensuite dans les détails.

Vous l’aurez compris : la foi catholique est à l’opposé de cette conception ! Il n’y a qu’un seul Dieu, qui est Amour et Bonté, créateur de tout, univers visible et invisible. Le mal n’est pas une divinité rivale et co-éternelle, mais une privation, une absence ou une corruption de cette bonté. C’est la conséquence du refus volontaire de l’amour divin, qui provoque une séparation. En d’autres termes, le mal, c’est le refus libre de la créature devant l’Amour offert par Dieu.

Pourquoi l’Église condamne-t-elle aussi fermement le manichéisme et, de manière générale, toute forme de dualisme ? Parce que c’est contraire à la substance même de Dieu qui est Amour ; parce que ces courants véhiculent un mépris radical pour le corps et – plus généralement – pour tout le monde matériel qui n’est plus considéré comme bon et créé par Dieu, contrairement à ce qu’affirment les deux premiers chapitres de la Genèse.

Mais alors, pour en revenir à une partie de votre question, pourquoi la sainteté et le péché, l’enfer et le paradis ? Le péché, c’est le refus libre du bien : il a son commencement en l’homme. Le paradis et l’enfer, quant à eux, sont les conséquences des choix posés par l’être humain au terme de sa vie, non pas des réalités ontologiques de toute éternité. Ce ne sont pas des lieux, mais une vie éternelle avec ou sans Dieu – ce dernier étant unique, au centre de tout.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment concilier les dons hiérarchiques, l’action de l’Esprit et les défaillances graves dans l’Église ?

Il y a un étonnement quant aux dons hiérarchiques, où l’Esprit Saint est censé agir, alors que nous constatons tant de défauts, et mêmes des défaillances très graves dans l’Église. Peut-être une question plus incisive serait comment se tisse le rapport Esprit-Saint/humain dans les institutions de l’Église ?

Dans Lumen Gentium (n. 4), l’expression « dons hiérarchiques et charismatiques » désigne deux manières complémentaires par lesquelles l’Esprit Saint édifie l’Église.

Les dons hiérarchiques sont les grâces liées aux ministères institués par le Christ : le pape, les évêques, les prêtres et les diacres. Ils sont donnés à travers le sacrement de l’Ordre pour enseigner, sanctifier et gouverner le peuple de Dieu (cf. Ep 4,11-13). Ainsi, lorsqu’un évêque annonce fidèlement l’Évangile ou qu’un prêtre célèbre les sacrements, il exerce un don hiérarchique. Ce n’est pas d’abord une question de compétence personnelle : un saint curé et un curé médiocre consacrent validement l’Eucharistie par la même grâce du Christ. Heureusement, car sinon la validité des sacrements dépendrait de l’humeur du célébrant !

Entre nous soit dit, c’est rassurant… et pas que relativement aux prêtres ! Il nous est donné à nous aussi des « dons hiérarchiques » (peut-être moins inspirés par l’Esprit Saint, mais passons), que nous exerçons parfois de manière catastrophique : je pense à la parenté, à notre travail professionnel, à nos engagements associatifs… Heureusement que ces dons peuvent s’exercer y compris lorsque nous sommes défaillants. Et comme père, je peux le dire : ça m’arrive régulièrement !

Mais revenons-en à votre question : comment concilier ces dons de l’Esprit avec les graves défaillances de l’Église ? D’abord en distinguant l’assistance de l’Esprit et l’impeccabilité. Le Christ a promis : Je suis avec vous tous les jours (Mt 28,20) et l’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière (Jn 16,13). Mais il n’a jamais promis que les ministres seraient exempts de péché. Pierre reçoit les clés du Royaume (Mt 16,19), puis renie Jésus (Lc 22,57). Comme premier pape, son début de mandat n’aurait sans doute pas obtenu les félicitations d’un cabinet d’audit ecclésial ! Le scandale n’est donc pas une nouveauté ; il accompagne l’histoire du salut depuis les apôtres.

Selon le Magistère, l’assistance de l’Esprit garantit que l’Église ne perdra pas la foi apostolique et que les moyens du salut subsisteront en elle ; elle ne supprime pas la liberté humaine ni la possibilité de fautes, parfois très graves. Les abus, les compromissions ou les mauvais gouvernements ne viennent pas de l’Esprit, mais de la résistance des hommes à son action.

Le rapport entre l’Esprit Saint et l’humain dans l’institution ecclésiale est donc un mystère de coopération. Vatican II parle d’une réalité « à la fois humaine et divine » (Lumen Gentium, n. 8). L’Esprit agit à travers des personnes réelles, avec leurs qualités et leurs limites. Il ne remplace pas l’intelligence, la prudence ou la conversion ; il les suscite et les soutient.

On pourrait comparer cela à la rédaction d’un magnifique manuscrit : l’auteur est inspiré, mais la plume reste parfois maladroite. L’Esprit Saint n’écrit pas l’histoire de l’Église avec des stylos parfaits ; il écrit avec des pécheurs. Ce qui est étonnant n’est pas que l’Église ait connu des crises, mais qu’après deux mille ans de saints et de pécheurs, de génies et de maladroits, elle continue à annoncer le même Évangile. Pour moi, c’est peut-être là l’un des signes les plus parlants de l’action discrète mais tenace de l’Esprit Saint.

Pierre G. (SEDIF)

 



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S’il n’y a pas de hiérarchie au sein de la Trinité, le Christ est-il l’incarnation des Trois ?

S’il n’y a pas de hiérarchie au sein de la Trinité, pourquoi, lors de la passion, Jésus demande au Père d’éloigner la coupe ? Est-ce que justement la notion de consubstantiel peut-elle nous éclairer à ce moment-là ? Car il semble que si la Trinité toute entière est présente à Gethsémani, au moment des doutes terribles, c’est Dieu lui-même qui doute, qui prend la condition humaine dans toute sa douleur… Le Père qu’on pouvait croire pervers à vouloir faire souffrir son fils, devient lui-même victime. Idem dans la phrase : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » ???

Toutes ces questions pointent vers une notion clef qui vous manque encore et qui sera au cœur de la cinquième rencontre : l’union hypostatique, c’est-à-dire l’union des deux natures, divine et humaine, dans une Personne unique, le Christ Verbe de Dieu.

Pour faire simple : dans la Personne du Christ, il convient ainsi de distinguer ce qui relève de sa nature humaine et ce qui relève de sa nature divine.

Je n’en dis pas plus : vous travaillerez cette question la foi prochaine. Et si cette notion d’union hypostatique reste obscure après votre rencontre, je vous invite à consulter la FAQ FIDEO Credo qui aborde longuement et sous bien des angles, cette question primordiale !

Pierre G. (SEDIF)

 

 



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