11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Pourquoi le symbole des Apôtres est-il beaucoup plus utilisé dans nos célébrations ?

Pourquoi le symbole des apôtres est-il beaucoup plus utilisé dans nos célébrations ?

Voilà une question concrète et pertinente ! Je me la suis souvent posée, par le passé, ne comprenant pas que le symbole de Nicée-Constantinople, plus riche et complet, ne soit pas la « norme ». Il y a deux réponses possibles à votre interrogation, qui ne sont pas contradictoires, mais complémentaires.

Tout d’abord, il y a une raison historique : le symbole des apôtres est une tradition occidentale… C’est le symbole baptismal de l’Église romaine par excellence ! Sa première formulation a émergé dès le IIe siècle, avant même celle développée par les conciles de Nicée (325) et Constantinople (381), près de deux siècles plus tard ; le symbole des conciles s’est ensuite répandu d’abord en Orient, avant de gagner toute l’Église. On sait tous combien le moindre petit changement – une statue déplacée, des bancs remplacés, une quête connectée, etc. – peut aujourd’hui provoquer de tensions dans une paroisse… Alors imaginez quand il s’agit d’une profession de foi publique ! Les deux formes ont ainsi naturellement co-existé. Et pour en finir avec la partie historique : les Orientaux ne prient jamais le symbole des apôtres, non que ce dernier soit contraire à leur foi, mais parce qu’ils n’en ont jamais fait usage.

La seconde raison est pastorale et, en un sens, pratique : le symbole des apôtres est tout simplement plus court et moins théologique, donc plus facile à comprendre et à retenir. Certains le trouvent plus pédagogique pour exprimer la foi de base.

Dans les faits, le Missel prévoie les deux… et le choix est laissé aux prêtres ! Le symbole de Nicée-Constantinople est plus particulièrement recommandé pour les dimanches et solennités, sans néanmoins que rien ne soit imposé. Il a par ailleurs cette force de nous lier aux chrétiens de confessions différentes, qui reconnaissent davantage la forme conciliaire que celle issue de l’Église de Rome. Dans tous les cas, les deux traditions du Credo confessent le même Dieu et permettent de professer publiquement ce en quoi l’on croit.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi saint Jean parle-t-il d’Apocalypse dans la joie ?

Saint Jean parle d’Apocalypse dans la joie… qu’a-t-il voulu nous dire ?

C’est surtout le P. Nicolas Germain qui s’exprime ainsi dans son enseignement : « L’Apocalypse, c’est à dire le dévoilement final du plan de Dieu, ne doit pas être un objet de crainte mais de joie », explique-t-il (cf. p. 43 de votre polycopié). Et il ajoute : « Comme les saints, nous devons vivre avec le regard déjà fixé en Dieu, animés par une charité brûlante. Demandons à leur image un grand désir du ciel, pour poursuivre avec confiance et abandon notre route ici-bas dans l’espérance de la vie éternelle qui a déjà commencé ! »

Mais il est certain que son affirmation est en parfaite adéquation avec l’Apocalypse de Jean. S’il y est question de jugements, de catastrophes et de combats eschatologiques, cela ne doit effrayer que les impies. Car pour les justes, l’événement apocalyptique est surtout source de joie céleste, surtout du point de vue du ciel et du salut accompli. Dieu vient tout réconcilier, tout « récapituler » pour reprendre un terme de saint Irénée, en Lui !

Il suffit de lire Apocalypse 18,20. Tandis que tous les rois de la terre qui se sont prostitués (= idolâtres) déplorent la destruction de Babylone, les justes au contraire se réjouissent : Ciel, sois dans la joie à cause d’elle, ainsi que vous, les saints, les apôtres et les prophètes, car Dieu, en la jugeant, vous a rendu justice. Le rétablissement de la vraie justice divine n’effraie que celles et ceux qui la redoutent… un peu comme celles et ceux qui voient une voiture gendarmerie sur la route (allez, avouez !).

Et quelques versets plus loin, tout au long des premiers versets du chapitre 19, voilà que s’élève un chant de louange que vient rythmer les « Alléluia », un mot rarissime dans le Nouveau Testament :

Après cela, j’entendis comme la voix forte d’une foule immense dans le ciel, qui proclamait : « Alléluia ! Le salut, la gloire, la puissance à notre Dieu. Ils sont vrais, ils sont justes, ses jugements. Il a jugé la grande prostituée qui corrompait la terre par sa prostitution ; il a réclamé justice du sang de ses serviteurs, qu’elle a versé de sa main. » Et la foule reprit : « Alléluia ! La fumée de l’incendie s’élève pour les siècles des siècles. » Les vingt-quatre Anciens et les quatre Vivants se prosternèrent et adorèrent Dieu qui siège sur le trône ; ils proclamaient : « Amen ! Alléluia ! » Et du Trône sortit une voix qui disait : « Louez notre Dieu, vous tous qui le servez, vous tous qui le craignez, les petits et les grands. » Alors j’entendis comme la voix d’une foule immense, comme la voix des grandes eaux, ou celle de violents coups de tonnerre. Elle proclamait : « Alléluia ! Il règne, le Seigneur notre Dieu, le Souverain de l’univers. Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu ! Car elles sont venues, les Noces de l’Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure ».

La joie se fait liturgie ; la liturgie se fait joie. La Cité de Dieu est instaurée, qui rassemble la communauté des élus (S. Augustin). Nous assistons à la célébration de la victoire définitive de Dieu, avec son sommet suprême : l’union du Christ-Agneau avec son Église. L’Apocalypse est tout à la fois nuptiale et eschatologique : elle célèbre l’union, le mariage, l’amour en son centre. On retrouve là ce que dit le P. Nicolas Germain lorsqu’il cite S. Jean de la Croix : « Nous serons jugés sur l’amour. »

Au fond, l’Apocalypse n’effraye que celles et ceux qui ne mettent pas leur foi en Dieu, qui n’espèrent pas contre toute espérance, qui ne vivent pas de la charité. Car la joie de l’Apocalypse est judiciaire, liturgique, cosmique, spirituelle, nuptiale !

Pierre G. (SEDIF)

 



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La formule : « Je suis celui qui est, qui était et qui vient » a-t-elle un fondement biblique ?

Une question biblique : nous cherchions où se trouvait « je suis celui qui est qui était et qui vient », dans Exode c’est « je suis celui qui suis ». Peut-être est-ce une histoire de traduction…

Dans le livre de l’Exode, ce que Dieu révèle de Lui-même est plus que : Je suis celui qui suis. Si vous avez suivi FIDEO Bible, je vous renvoie à la troisième rencontre, à la FAQ FIDEO Bible, à la malle à outils qui propose plusieurs ressources sur le sujet et à la note dans votre Bible… Toutes les Bibles dignes de ce nom en ont une pour Ex 3,14, tant cette Révélation de Dieu est riche de sens.

Mais comme une question a déjà été posée – autrement – par un autre cénacle, on vous donne tout de même une réponse clef en main : Pourquoi Dieu se présente-t-il comme « celui qui suis » et non « celui qui est » ?

Pour en arriver à votre question, cette phrase si présente dans notre liturgie prend son origine dans le livre de l’Apocalypse : Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant (Ap 1,8). Dans ce passage, Dieu prend la parole pour affirmer clairement son éternité divine : Dieu existe au présent, au passé et au futur, sans commencement ni fin. Et c’est évidemment un renvoi explicite, compris par tous les lecteurs de l’époque, à Ex 3,14. La Révélation est une, se déployant dans le temps.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Le Dieu si violent de l’Ancien Testament est-il vraiment compatible avec le Christ ?

Avec toute cette violence, comment le Dieu de l’Ancien Testament peut-il être considéré comme le même que le Christ ?

Pourquoi y a-t-il des violences qui font sens et d’autres pas ?

La question de la violence et du mal est effectivement incontournable… Tout d’abord, il faut rappeler que le mal et la violence ne sont pas l’apanage de la Bible, mais inscrits dans le cœur de l’homme et toute société. C’était vrai hier. C’est toujours vrai aujourd’hui. Si nous devions écrire l’Histoire de notre époque, serait-elle plus jolie ? Comment le ferions-nous ? Et où placerions-nous Dieu dans tout ça ? C’est la question que se posent nos contemporains aujourd’hui (nous inclus) ; c’est aussi une question que se sont posés les Israélites en leur temps. Tel est le point de départ. Et ils ont tenté d’y répondre, au fil des siècles, au fur et à mesure de leur développement, de leur histoire, de leurs moments de gloire et de leurs périodes d’échecs et d’exil.

C’est ainsi qu’au commencement, ils reprennent un mythe antique, le Déluge, présent dans plusieurs traditions locales, dont la fameuse épopée de Gilgamesh. Hors de question de remettre en question ce mythe… La question est donc : où est Dieu dans tout cela ? Eh bien, c’est Lui qui détruit l’humanité, en voyant le mal qui sévit partout ; et c’est Lui qui s’engage à faire miséricorde pour toujours. Le peuple d’Israël, qui réécrit, ce mythe a conscience de ce qu’est la justice et l’injustice, de même qu’il a de plus en plus conscience d’un Dieu fidèle qui a commencé à se révéler. Il essaie d’unifier les contraires : la réalité d’un récit qui précède leur existence et la présence d’un Dieu qui a fait alliance avec eux. Cela donne le récit du Déluge tel que nous le connaissons dans la Bible et qui est bien différent des autres traditions : il y a, inscrit dans le récit, une vérité pour le salut, à savoir que Dieu fait miséricorde (ce que confirmeront les prophètes, les sages et surtout le Christ, Verbe de Dieu).

Par la suite, Dieu ne détruisant plus l’humanité, il faut s’attaquer aux violences courantes : l’esclavage, le refus de l’étranger, les guerres, etc. Ce que je trouve beau, avec les Israélites, c’est qu’ils n’essayent pas d’éviter le problème et cherchent où Dieu peut être présent au cœur même de la violence, quitte à Lui attribuer des intentions méchantes, voire lui prêter une action mortifère. C’est vrai qu’il faut déconstruire un Dieu complice de la violence… Tout le Premier Testament pourrait être relu à travers cette seule idée : la déconstruction systématique d’un Dieu violent. Mais cette vision des Israélites n’est-elle pas, d’une certaine manière, plus juste que d’évacuer Dieu de toute problématique liée au mal, comme on le ferait aujourd’hui ?

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Le Nouveau Testament n’est par ailleurs pas exempt de violences : le massacre des innocents qui est notamment provoqué par le fait que l’étoile disparaît au-dessus de Jérusalem, contraignant les rois mages à se rendre chez Hérode ; les malédictions que lance Jésus sur Jérusalem ; les mots très durs qu’il peut avoir envers tel ou tel ; le fait qu’il use d’un fouet sur les marchands du Temple (uniquement en Jean 2,15) ; la mort foudroyante d’Ananie dans les Actes des Apôtres (Ac 5) ; certains propos de Paul ou encore l’Apocalypse… Les exemples sont nombreux. Notre foi n’est ni naïve, ni mièvre ; Jésus n’est pas un caramel mou à sucer les soirs de maux de gorge.

La question de la violence reste toujours au cœur de notre existence ; elle est tout d’abord à l’intérieur de nous. Mais est-elle pour autant de notre seul fait ? Dans ce cas, comment comprendre les catastrophes dites naturelles, comme à Mayotte encore récemment ? Et où est Dieu dans ce cas ? En ce sens, l’enseignement que nous donne le Premier Testament n’a rien perdu de sa pertinence… Nous voilà encore avec notre foi face à l’abîme du mal. Et c’est à nous aujourd’hui d’y répondre, de mettre en balance notre existence dans cet acte de foi total que Dieu attend.

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Ma « réponse » ne répond pas à la question de la violence… C’est volontaire. L’enjeu était de montrer la continuité entre le Premier et le Nouveau Testament, ni plus ni moins. Pour ce qui est d’expliquer le mal lui-même, je laisse l’abîme ouvert : Dieu lui-même ne l’a pas fait de manière argumentée ! À chacun d’entrer librement dans la contemplation d’un Dieu qui se donne dans et par son Fils… Ou pour le dire avec Paul Claudel, qui ouvre ici sur un horizon de méditation : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »

Et pour ne pas vous laisser sans soutiens, il y a dans la malle à outils de quoi se pencher intelligemment sur ce sujet épineux…

Pierre G. (SEDIF)

 

AJOUT

Le 26 janvier dernier, le quotidien La Croix publiait un article intitulé : Littérature : 5 classiques pour ne pas oublier Auschwitz. Parmi ces cinq ouvrages, il y a La Nuit, d’Élie Wiesel, paru en 1955. Voici le résumé qu’en fait le journaliste Christophe Henning, dont la finale éclaire notre sujet :

«Élie Wiesel (1928-2016) n’a que 15 ans lorsqu’il est déporté avec sa famille à Auschwitz. Dix ans après sa libération en 1945, alors que sa mère et l’une de ses sœurs sont gazées, que son père est mort d’épuisement, il entreprend le récit de sa vie dans le camp et l’effondrement intérieur : « Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert », écrit-il dans ce texte haletant, hanté autant par le désespoir que par l’espoir que surgira L’Aube, titre de son livre suivant. Dans une scène glaçante, il raconte notamment l’exécution par pendaison d’un enfant, avec la question, impérative : où est le bon Dieu ? La réponse fuse : Dieu était « pendu ici, à cette potence ». »

 



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Comment pouvons-nous sans aide comprendre le sens spirituel des symboles bibliques ?

Comment pouvons-nous sans aide comprendre le sens spirituel des symboles bibliques ?

Il y a bien des méthodes, mais en voici deux qui ont fait leur preuve :

1/ lire les Écritures régulièrement, encore et encore, en les méditant par la lectio divina, en les intégrant intérieurement, en devenant familier (au sens intime du terme) avec les textes ;
2/ profiter de l’enseignement de nos pères, car la grandeur de l’Église est d’avoir une pratique communautaire – et non d’abord individuelle – de la Parole de Dieu.

Nous sommes les heureux héritiers et bénéficiaires de cette expérience multiséculaire : quantité de saints, de savants, de simples, de mystiques, de clercs et de laïcs ont médité la Parole avant nous… Ils ont écrit, transmis leur expérience. C’est un trésor incomparable et multiforme qui est à notre disposition.

Par où commencer, vous demanderez-vous peut-être ? Eh bien, c’est la raison pour laquelle nous insistons dès l’introduction à FIDEO pour que vous ayez à disposition une véritable Bible de travail. C’est un outil formidable pour nous introduire à la dynamique de l’Écriture sainte. Beaucoup d’éléments s’y trouvent. Les notes précisent le sens de certains passages ; les renvois en marge nous invitent à regarder d’autres textes bibliques, qui sont liés.

On peut par exemple méditer les Écritures en allant de renvoi en renvoi et en parcourant les versets proposés : nous découvrons alors des liens surprenants, inattendus, qui enrichissent notre lecture et notre compréhension. Voilà une méthode qui me permet d’être acteur de sa formation biblique, pas seulement avec la tête, mais aussi avec le cœur.

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi : Comment reconnaître dans ces textes que c’est bien la vérité pour la révélation ?

 



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Ex 3-4 – Qu’est-ce qui change entre le début et la fin du récit ?

Dans les questions que vous nous posez en marge du texte, vous demandez : qu’est-ce qui change entre le début du récit (Ex 3,1-10) et la fin (4,10-17) ? Nous ne sommes pas certains de la réponse… Est-ce le fait que Dieu change son fusil d’épaule ?

Il y a plusieurs éléments qui changent entre le début et la fin du récit, changements provoqués par la révélation du Nom de Dieu qui est comme le pivot de ce récit.

Reprenons : au début du récit, Dieu est à l’initiative, par ce buisson en feu, qui brûle sans être consumé, ce qui provoque un « détour » de Moïse. Ce Dieu apparaît encore lointain pour Moïse comme pour le peuple : on ne s’approche pas impunément d’un feu ni ne pouvons mettre la main dessus, de même que Dieu semble encore un peu inatteignable, perdu dans des cieux où Il aurait presque oublié son peuple avant d’en entendre les cris :

Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël, et Dieu les reconnut (Ex 2,23-25).

Dieu parle à distance, de l’intérieur du feu, et envoie Moïse vers Pharaon pour faire sortir les fils d’Israël… Or lorsque nous sommes envoyés quelque part par quelqu’un, en général, ce quelqu’un demeure là où il est : nous sommes simplement ambassadeur.

Au milieu du récit, comme un basculement total, il y a l’importance cruciale de la révélation du Nom de Dieu : Je suis/serai qui je suis/serai (Ex 3,14) – un nom extrêmement polysémique, sur lequel on ne peut pas mettre la main (comme le feu du buisson) mais qui dit sans ambiguïté et pour la toute première fois la présence absolue de Dieu. Ce Je suis/serai va être décliné par trois fois dans ce récit. D’abord au verset 12 : Je suis avec toi… Puis, à deux reprises, dans la dernière partie du texte.

Alors, que se passe-t-il à la fin du récit ? Dieu dit à Moïse : Je suis avec ta bouche et je te ferai savoir ce que tu devras dire (Ex 4,12). Il n’est plus question de détour, ni de Dieu lointain : Dieu se fait proche de son peuple, Il est présent et parle par la bouche de ses serviteurs… et pas que celle de Moïse, mais aussi celle d’Aaron : Tu lui parleras et tu mettras mes paroles dans sa bouche. Et moi, je suis avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous ferai savoir ce que vous aurez à faire (Ex 4,15). Dieu est dorénavant complètement partie prenante des paroles humaines qui sont prononcées ; pour le dire de manière imagée, Dieu abolit la frontière entre le ciel et la terre. C’est une première dans l’Histoire biblique !

Vous me direz peut-être : cette importance du Je suis n’est pas évidente pour qui lit ce récit comme tel. Je vous l’accorde. Et c’est pourquoi j’ai insisté dans l’enseignement vidéo sur le fait de lire attentivement les notes de la Bible : toutes les Bibles de travail ont (normalement) des notes abondantes lorsqu’il est question du Nom de Dieu (Ex 3,14).

Je sors un peu, de nouveau, de la seule question pour proposer une ouverture de réflexion : ce Je suis, ce Nom de Dieu imprononçable par les Juifs sous peine de vouloir mettre la main dessus, a des répercussions dans toute la Bible. L’exemple le plus frappant est dans l’évangile de Jean :

Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre (Jn 18,4-6).

Pourquoi tout le monde s’écroule-t-il quand ils entendent la réponse de Jésus ? Cela n’a pas de sens à première vue. Eh bien, c’est parce que le Christ reprend ici littéralement le nom de Dieu révélé à Moïse… Il affirme en filigrane sa divinité.

Pierre G. (SEDIF)

 



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