11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Parler de quelqu’un comme de « sa moitié », est-ce compatible avec la présence de Dieu dans le couple ?

L’expression « être la moitié de… » ou « tu es ma moitié », supposant qu’à deux on ne ferait plus qu’un, est-t-elle compatible avec la présence de Dieu dans le couple ?

J’ai beau relire le polycopié, je ne trouve pas trace de cette expression, ni dans l’enseignement, ni dans le texte… N’étant pas moi-même l’auteur des cours, je peine parfois à trouver l’origine des questions.

C’est d’autant plus important dans le cas présent que l’expression « la moitié de » pour parler d’un compagnon ou d’une compagne a une origine totalement profane : elle prend son origine dans la mythologie grecque et la philosophie platonicienne, quand Zeus coupe en deux l’être humain, alors doté de quatre bras, quatre jambes et deux visages. C’est ainsi que naît la quête d’un être aimé, pour retrouver sa « moitié » originelle.

Si j’apprécie ce mythe pour ce qu’il contient de recherche métaphysique, je ne le reprendrais pas tel quel en ce qui me concerne, du moins par pour évoquer la vie de couple. Dire de quelqu’un qu’il est sa « moitié » me semble pour ma part déplacé, voire dangereux… surtout aujourd’hui. Mais à chacun sa perception !

Disons que, en tant que chrétien, mieux vaut préférer le récit biblique qui évoque la complémentarité homme-femme, respectant chaque personne dans l’altérité des sexes, et non la fusion de deux (hommes, femmes, androgynes, peu importe…) pour former un tout, une complétude.

Mais tant que j’ignore dans quel contexte a été prononcée cette expression, difficile de savoir où se situe le nœud. Disons pour conclure et faire le lien avec le Credo, que nous n’avons gardé de ce mythe platonicien que l’idée de « symbole » : il n’est plus appliqué au couple, mais comme objet brisé en deux que deux personnes se partagent, c’est-à-dire comme signe de reconnaissance et comme pacte pour exprimer l’union, l’unité (pour la petite anecdote, le contraire de symbolon en grec, c’est diabolon : ce qui divise, ce qui sépare et qui a donné en français le…  diable).

Pierre G. (SEDIF)

=> Les enfants sont-ils une conséquence du péché originel, puisqu’ils arrivent après ?

 



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Qu’est-ce qu’un schismatique ?

Qu’est-ce qu’un schismatique ?

Un schismatique est une personne baptisée qui refuse la communion avec le pape ou avec les membres de l’Église qui lui sont unis, tout en pouvant conserver la même foi chrétienne. C’est un peu comme quelqu’un qui quitterait une équipe sportive : il joue toujours au même sport et suit les mêmes règles, mais il refuse désormais de faire partie de l’équipe officielle et de reconnaître son capitaine.

Attention à bien distinguer le schismatique de l’hérétique… C’est souvent là que se situe un début de commencement de confusion. L’hérétique est une personne qui rejette ou nie une vérité de la foi définie par l’Église. Si l’on reprend la comparaison de l’équipe sportive, l’hérétique serait celui qui reste ou prétend rester dans la même équipe, mais commence à rejeter certaines règles et à en inventer d’autres !

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Faut-il encore des conciles aujourd’hui, en l’absence d’hérésies ?

 



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Si le baptême nous assimile au Fils, est-il un engendrement ?

Le Fils, Jésus-Christ, est engendré, non pas créé. L’homme (humanité) lui, est créé. Le baptême nous assimilant à la filiation naturelle du Fils, à son mode d’existence : « Si quelqu’un est dans le Christ, c’est une créature nouvelle », proclame saint Paul aux Corinthiens, peut-on dire que le baptême est un engendrement ? De créés, devenons-nous des natures engendrées dans le Père, par le Fils, sous l’action de l’Esprit-Saint ?

Dans la théologie chrétienne, il faut effectivement commencer par distinguer, comme vous le faites, l’engendrement éternel du Fils et la création de l’homme. Le Fils, Jésus?Christ, est engendré du Père de toute éternité, partageant la même nature divine ; il n’est pas créé. L’humanité, elle, est créée par Dieu.

Notez bien que l’engendrement implique le partage d’une même nature divine. C’est un point important, car cela conduit naturellement à une réponse négative à votre question : par le baptême, le chrétien n’est pas engendré selon la nature divine comme le Fils unique, mais il reçoit une filiation adoptive. Nous ne parlons donc pas de filiation par engendrement, mais de filiation par adoption, ce qui est très différent (on emploie aussi la métaphore de la greffe aux Christ).

Si l’apôtre Paul parle effectivement de « créature nouvelle », c’est pour signifier que le baptisé est réellement transformé par la grâce et incorporé au Christ. Mais le Verbe de Dieu est bien « l’unique engendré », le Fils unique, le « monogène », pour reprendre le terme exact employé par saint Jean à plusieurs reprises : Jn 1,14.18 ; Jn 3,16.18 ; 1 Jn 4,9… ce qui va donner la fameuse formulation du Credo.

Pour conclure et pour résumer en quelques mots : on peut parler analogiquement d’une « nouvelle naissance » ou régénération, dans le sens où l’homme, s’il demeure une créature, est par le baptême introduit dans la vie filiale du Fils. Ainsi le baptême n’est-il pas un engendrement au sens trinitaire strict, mais une participation réelle, par grâce, à la filiation du Fils. Le baptisé devient fils par adoption, non par nature.

Ces enjeux seront au cœur de FIDEO Sacrements l’an prochain : la vie chrétienne sera explorée dans toute sa plénitude, son épaisseur théologique et humaine, concrète !

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Quelle est la différence entre « génération » et « engendrement » ?
=>  L’engendrement est-il un flux éternel par lequel le Père transmet sa substance au Fils ?

 



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Qu’est-ce que le principe et pourquoi le Fils est-il « issu » de ce principe ?

Qu’appelle-t-on « principe », et comment explique-t-on que le Fils « est principe issu d’un principe » (le mot issu)

Voilà une belle question, qui nous plonge au cœur de la théologie trinitaire ! Cela peut sembler compliqué à première vue, mais pour peu qu’on prenne le temps, cela permet d’avoir un bel aperçu – pour autant que l’homme en est capable – des relations intra-trinitaires.

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Le terme « principe » vient du latin principium, qui signifie « commencement », « origine », « source » : Principium dérive de princeps, « le premier », « celui qui prend la tête ». Pour s’en rappeler, nous pouvons penser aux tout premiers mots de la Bible et à ceux de l’évangile de Jean : In principio erat Verbum – Au commencement était le Verbe (Jn 1,1).

En d’autres termes, le principe est ce par quoi quelque chose commence, ce qui est à l’origine d’un être, d’un acte ou d’un processus. La théologie va reprendre ce terme philosophique (cf. Aristote) en lui donnant un sens très précis : le principe désigne ce dont quelque chose procède, sans impliquer nécessairement une causalité matérielle ou temporelle.

Exprimé ainsi, cela peut sembler compliqué. L’enjeu est de faire la distinction entre un « principe » et une « cause » : la cause suppose une supériorité, une production extérieure et/ou une antériorité dans le temps. Or il n’y a rien de tel dans la Trinité : le Fils est égal au Père ; Il n’est pas extérieur au Père (un seul Dieu) ; Il n’est pas après le Père, mais de toute éternité avec lui. En Dieu, les Personnes divines sont coéternelles, égales en nature et consubstantielles.

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Bref, le mot « cause » ne convient pas pour parler de Dieu. D’où l’emploi du mot « principe » qui permet d’affirmer tout à la fois la monarchie du Père, l’égalité des Personnes divines et la coéternité de la Trinité. Le Père est « principe sans principe », c’est-à-dire qu’il n’est engendré par personne et qu’il est la source personnelle de la vie trinitaire ; le Père est donc principe du Fils, sans antériorité ni supériorité à Lui, par une génération éternelle (« engendré, non pas créé, consubstantiel au Père », affirme le Credo de Nicée-Constantinople). Quant au Saint-Esprit, il procède du Père et du Fils, du Père par le Fils, comme d’un seul principe : les deux premiers sont à l’origine du troisième.

Prenons une image, qu’il faut toujours manier avec grande prudence car toute image de la Trinité est analogique (elle aide, sans jamais épuiser le mystère) : le Père est le feu, le Fils est la lumière du feu, l’Esprit Saint est la chaleur qui procède du feu et de la lumière. On a bien ici la dimension de principe dont sont « issus » les deux autres, et la simultanéité des trois éléments ; feu, lumière et chaleur.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Qui est l’Esprit Saint et comment le prier ?

Si, pour nous, il est évident que l’Esprit Saint est bien la troisième « personne » de la Trinité, il nous est plus difficile de l’expliquer, notamment aux enfants : nous avons souvent l’habitude de leur dire que l’Esprit-Saint est la relation d’amour du Père et du Fils, d’utiliser les images de la colombe, du vent, du feu …mais nous sentons bien que nous sommes loin de ce qu’est réellement l’Esprit Saint et de son action directe dans nos vies. Et comment les aider à entrer dans la prière à l’Esprit Saint ?…

Il y a effectivement une difficulté à se représenter l’originalité de la personne de l’Esprit dans le concert de la Trinité, car il n’est pas un vis-à-vis comme le Père et le Fils. C’est d’ailleurs pourquoi on a tendance à le représenter comme un simple objet, comme en témoignent les images : colombe, souffle, feu, ; lumière, don… comme si l’Esprit Saint se résumait à une simple énergie !

L’Esprit Saint, on en parle, mais on en vit beaucoup. On le connaît à ses manifestations, de la Création au don à la Pentecôte. Il est souffle de vie, force pour agir, inspiration des prophètes, etc ; dans son rapport à Jésus, on peut voir qu’il engendre, consacre, guide et offre Jésus au Père. Toute la vie de Jésus est trinitaire : c’est encore là où le Saint Esprit est évidemment le plus visible.

Pour se représenter l’Esprit, on pourrait dire que Jésus constitue un corps, qui est l’Église, tandis que l’Esprit donne vie à ce corps (ce qui est annoncé en un sens par le prophète Ézéchiel dans la vision des ossements desséchés au chapitre 37). Là est le propre de l’Esprit : il donne vie de l’intérieur, il parle de l’intérieur. C’est vrai pour Jésus, c’est vrai pour l’Église, c’est vrai pour chacune et chacun de nous. Ce n’est pas du bricolage en nous, mais une transformation complète : « L’Esprit reproduit le Christ en nous », comme dit S. Basile de Césarée, comme en écho à saint Paul : Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

L’Esprit Saint est moins une parole propre qu’une parole au côté des hommes, qui nous fait prier dans le Fils, qui nous fait crier Abba, Père (Rm 8,15), qui nous configure au Christ. On peut dire qu’il y a une solidarité de parole entre l’Esprit et chacun de nous. L’Esprit agit sous le mode e la grâce : c’est son mode propre. Il est déjà à l’œuvre quand nos comportements, nos relations, nos paroles, nos actes sont imprégnés de l’Amour de Dieu. Sans Lui, comment cela serait-il possible ? C’est une œuvre unique : le Père donne, le Fils sauve, l’Esprit applique en nous.

Alors, pour finir, comment le prier ? Il saut savoir ce qu’Il peut donner (les fameux 7 dons), il faut l’invoquer et… se taire pour le laisser agir. L’Esprit, c’est Dieu qui agit en nous. Il vient là où on lui laisse la place, où on consent à son action. Il agit de l’intérieur dans la prière, les sacrements, les événements, les relations… Comme dit S. Jean-Paul II : « L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission de l’Église. » Au fond, ce n’est qu’une redite de ce que saint Paul disait déjà aux Romains : Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu (Rm 8,14)

La question n’est finalement pas tant : « Qui est l’Esprit Saint ? » ou « Comment le prier ? » que : « Est-ce que je le laisse agir en moi ? »

 

Pierre G. (SEDIF)

Pour aller plus loin :

=> L’Esprit est-il consubstantiel au Père et au Fils ?
=> L’Esprit Saint agit-il si on ne le demande pas ?
=> L’Esprit Saint agit sur les non-baptisés ?
=> Toutes les bonnes actions viennent-elles de l’Esprit-Saint ?
=> Comment être « sujet » quand l’Esprit-Saint prend les commandes de notre vie ?

 



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En Dieu, quelle est la différence entre personne et relation subsistante ?

Le P. Luc Mellet cite saint Augustin qui parle des Trois comme des pures « relations subsistantes », et non des « personnes »… Quelle est la différence entre personne et relation subsistante ?

Merci pour votre excellente question, qui nous place au cœur du mystère des Trois dans l’unique Dieu. Si vous arrivez à comprendre la corrélation entre « personne » et « relation subsistante », vous vous rapprocherez considérablement du mystère de Dieu – autant du moins que l’intelligence humaine le peut, c’est-à-dire pas beaucoup… mais c’est mieux que rien !

La distinction entre « personne » et « relation subsistante », chère à S. Augustin et S. Thomas d’Aquin, permet d’expliquer comment Dieu peut être un en essence et trine en personnes. Car le mot « personne » peut nous tromper si on ne prend pas le temps de bien le comprendre !

Prenons un exemple amusant, avant d’entrer dans le vif du sujet : lorsqu’on parle de la colère de Dieu dans le Premier Testament, il est littéralement écrit que les narines de Dieu s’enflamment, car les Juifs n’usent que très peu de concepts. Dieu a-t-il des narines ? Évidemment non. De même le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des personnes, au sens humain du terme. C’est ce qu’on appelle une analogie.

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Alors, reprenons. Le terme « personne », hérité de la définition de Boèce comme « substance individuelle de nature rationnelle », doit être précisé lorsqu’il s’applique à Dieu, puisqu’il n’y a en lui qu’une seule substance. En d’autres termes, le mot « personne » est imparfait : quand nous parlons de deux personnes, au niveau humain, cela renvoie à deux êtres totalement séparés (vous qui me lisez, et moi qui vous écrit, par exemple).

Dans la Trinité, les personnes divines ne sont pas trois substances distinctes, mais trois « qui » réellement distincts dans l’unique nature divine. Cette distinction ne peut venir de l’essence elle-même, qui est absolument une, mais seulement des relations d’origine : le Père est relation de paternité, le Fils relation de filiation, et l’Esprit relation de procession (ou spiration). Or, contrairement aux créatures où les relations sont des accidents ajoutés à la substance (en gros, aucune relation humaine n’est une nécessité absolue : toute relation pourrait ne pas être ou être différente), en Dieu elles ne sont pas ajoutées mais identiques à l’essence divine et existent en subsistant réellement (en gros, les relations en Dieu sont absolument nécessaires, il ne peut en être autrement puisque ces relations constituent l’être de Dieu lui-même).

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C’est pourquoi on dit que, en Dieu, la personne est une relation subsistante : « personne » désigne le sujet personnel (le « qui »), tandis que « relation subsistante » en fournit l’explication métaphysique, en montrant comment la distinction réelle n’introduit aucune division dans l’unité absolue de Dieu. Une relation subsistante est, en Dieu, une relation (comme la paternité ou la filiation) qui n’est pas ajoutée à la substance divine, mais qui existe en elle-même. Elle est identique à l’unique essence de Dieu et constitue ce qui distingue réellement les personnes divines sans diviser Dieu.

Le mot « subsistante » peut également nous induire en erreur (ah les mots, si nécessaires et si imparfaits, surtout quand on parle de Dieu !) : cela n’implique pas, comme dans l’imaginaire populaire d’aujourd’hui, un instinct de conservation, un mode survivaliste ou que sais-je encore. Subsistere signifie littéralement « se tenir sous », « se tenir fermement », « exister par soi ». En théologie trinitaire, dire qu’une relation est subsistante signifie qu’elle n’est pas un accident ajouté à une substance (contrairement à nos relations humaines, qui vont et viennent), mais qu’elle « se tient en elle-même », qu’elle existe réellement comme sujet personnel. Ainsi, la paternité, la filiation et la procession ne sont pas des qualités de Dieu : elles sont Dieu lui-même selon un mode relationnel distinct.

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Terminons par une analogie, nécessairement imparfaite, qui peut vous éclaire sur ce que sont les personnes et les relations subsistantes…

Imaginons une source lumineuse qui éclaire parfaitement un miroir, et du rayonnement qui procède de cette lumière. Il n’y a qu’une seule et même lumière, mais elle existe comme source, comme reflet parfaitement reçu par le miroir, et comme rayonnement commun (source et reflet produisent la lumière).

Dans cette image, la personne correspond au « qui » : la source, le reflet, le rayonnement constituent trois « qui ». La relation subsistante correspond au fait que chacun n’est distinct que par sa relation d’origine : la source est ce qui engendre la lumière, le reflet est ce qui la reçoit, le rayonnement est ce qui procède — et ces relations ne sont pas ajoutées à la lumière, elles sont la manière même dont l’unique lumière existe.

Ainsi, la distinction ne divise pas la lumière : elle vient uniquement des relations.

Pierre G. (SEDIF)

 



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