10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Des clefs pour comprendre Laudate Deum (« Louez Dieu »)

Le 4 octobre dernier, le pape François a publié une exhortation apostolique à toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique. Le SEDIF vous en présente brièvement le contexte et les enjeux et vous propose deux documents de travail : une fiche complète résumant le texte à lire seul ou petits groupes, ainsi qu’un court livret (A5) pour impression et diffusion dans vos paroisses, autour de vous…

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Qu’est-ce qu’une exhortation apostolique ?

L’exhortation apostolique est un texte du pape invitant, encourageant une catégorie de personnes à la réflexion et à l’action sur un sujet précis.

À qui s’adresse Laudate Deum ?

Cette exhortation apostolique est adressée à « toutes les personnes de bonne volonté » : le pape entend parler à tous ceux qui se sentent concernés par la crise climatique, et non pas seulement aux catholiques (la dernière partie est cependant adressée plus spécifiquement à eux).

Dans quel contexte s’inscrit cette exhortation apostolique ?

Elle s’inscrit dans le prolongement de l’encyclique Laudato Si sur la sauvegarde de la maison commune, du 24 mai 2015. L’enjeu du pape est de dénoncer à nouveau les dangers d’une vision technocratique (la technique l’emporte sur l’humain) et de rappeler l’urgence de changer de modes de vie, à la fois personnellement et dans les relations entre États.

Apporte-t-elle quelque chose de neuf dans l’enseignement de l’Église sur l’écologie ?

Sur le fond, elle n’apporte presque rien de nouveau pour qui a lu l’encyclique Laudato Si. Toutefois, certains phénomènes se sont renforcés et quelques formulations nouvelles peuvent conduire à une prise de conscience individuelle, voire collective.

S’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, pourquoi revenir sur ce sujet aujourd’hui ?

Parce que, précisément, ce soleil se fait de plus en plus envahissant !

Plus sérieusement, nous pouvons discerner au moins deux raisons majeures, à la lecture du texte :

1/ le pape souhaite, dans un discours aux accents parfois vigoureux, contredire ceux qui minimisent la crise climatique pour en faire une vague préoccupation environnementale ;

2/ ce texte paraît en prévision de la 28e COP sur le climat de l’ONU (COP 28), qui aura lieu début décembre 2023 à Dubaï ; le pape s’adresse donc aux chefs d’État, à leurs délégations et à tous ceux qui y participeront, de près ou de loin… D’où son adresse à « toutes les personnes de bonne volonté ».

Comment est organisée l’exhortation apostolique ?

Elle comprend 73 paragraphes (ou numéros : « n. ») répartis en 6 parties :
1/ la crise climatique globale ;
2/ davantage de paradigme technocratique ;
3/ la faiblesse de la politique internationale ;
4/ les conférences sur le climat : progrès et échecs ;
5/ que peut-on espérer de la COP28 de Dubaï ? ;
6/ les motivations spirituelles.

Service diocésain à la formation

En téléchargement :
=> Fiche complète en 4 pages (format A4)
=> Livret court pour impression et diffusion (format A5)

Pour aller plus loin :
=> Texte intégral : Exhortation apostolique « Laudate Deum »
=> Radio Ecclesia : Trois chroniques d’Anne Dahler (16-18 octobre 2023)

 

Si vous souhaitez être tenus au courant des activités du Sedif (documents, conférences, formations proposées, etc.), écrivez-nous : sedif/@/eveche30.fr

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« Clefs pour comprendre l’iconographie de saint Joseph »

D’où vient le motif du bâton fleuri si présent dans l’iconographie de saint Joseph ? Il est tiré de plusieurs écrits apocryphes, non retenus par l’Eglise, mais qui ont cependant influencés les représentations : tableaux, statuaire… Ainsi dans l’évangile de la nativité de marie (VIème-VIIème siècle ?) au ch. VII, le choix de joseph comme époux de Marie fait suite à une ordalie. Dieu devant révélé ce choix par un signe « que tous ceux de la maison et de la famille de David qui seraient nubiles et non mariés, vinssent apporter chacun une baguette sur l’autel, car l’on devait recommander et donner la Vierge en mariage à celui dont la baguette, après avoir été apportée, produirait une fleur, et au sommet de laquelle l’esprit du Seigneur se reposerait sous la forme d’une colombe. ».  Ce motif que l’on retrouve dans plusieurs apocryphes, est lui-même inspiré d’un récit biblique relatif au choix d’Aaron comme Grand Prêtre : « On ramassa donc douze verges, selon le nombre des tribus; celle d’Aaron faisait la treizième. On écrivit sur chacune d’elles le nom du prince de la tribu qui l’avait offerte; on les mit dans la tente de l’assemblée, où le Seigneur avait accoutumé de se manifester à Moïse; et le lendemain on retira ces verges, et on remarqua que pendant cette nuit la verge d’Aaron avait poussé des boutons fleuris, et que ces fleurs s’étaient transformées en amandes. » (Nb 17,12-22)

Jusqu’au Concile de Trente, au XVIe siècle, circulaient dans la Chrétienté des Evangiles apocryphes, c’est-à-dire non-officiels, en plus de ceux de Matthieu, Luc, Marc et Jean. Les artistes du Moyen Age y ont puisé beaucoup de détails reproduits dans la pierre. Dans celui qui est appelé le « Protoévangile de Jacques » (car il relate des évènements antérieurs à ceux des quatre évangiles) et qui date du IIe siècle, on découvre un rite lié à des baguettes et à l’intervention divine.

Voici ce texte, où il est question de trouver un époux à Marie : « Le prêtre revêtit l’habit aux douze clochettes, pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu’un ange du Seigneur apparut, disant : « Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu’ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme. » (…) Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu’une colombe s’envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête. Alors le prêtre : « Joseph, Joseph, dit-il, tu es l’élu : c’est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur. »

 

Joseph à travers les évangiles

Lorsque Joseph est cité par les Évangiles, c’est toujours en rapport avec l’activité ou l’identité de Jésus. Les récits évangéliques ne cherchent pas à parler de Joseph pour lui-même. Ils sont centrés sur Jésus, Fils de Dieu, né de la vierge marie, ayant Joseph comme père adoptif.

L’évangéliste Marc n’en parle jamais, Jean n’en parle que deux fois et indirectement: « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » (Jn 1,45) et en Jn 6,42 « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu du ciel” ? ».

C’est Luc et surtout Matthieu qui le mettent en scène, comme nous allons voir, dans les évangiles de l’enfance (Lc 1-2 ; Mt 1-2).

Joseph, descendant de David est le père adoptif de Jésus qui l’inscrit dans cette filiation

Dans l’évangile de l’enfance selon Luc, Joseph est mis en scène à plusieurs reprises.

Lors de l’annonce à Marie qui révèle la conception virginale de Jésus : « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage [1] à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie… L’ange lui dit : « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père »…  » L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du très-Haut te couvrira de son ombre »…  » (Lc 1,26-27).

Dans le récit de la naissance de Jésus: « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. » (Lc 2, 1-4)

Lors de la visite des bergers : « Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Tous ceux qui les entendirent s’étonnèrent de ce que disaient les bergers » (Lc 2,15-18)

Dans ces passages, Luc présente Joseph « l’homme de la maison et de la lignée de David » comme celui qui rattache Jésus au roi David. Ainsi aussi, lorsqu’il conduit jusqu’à Bethléem Marie son épouse enceinte, la ville de David, lieu de naissance du Christ sauveur.

Le récit du baptême de Jésus révélant le « Fils bien aimé » du Père (cf. Lc 3,21-22) est suivi par sa généalogie: « Jésus était fils, croyait-on [2], de Joseph, fils de Héli, fils de… » elle remonte, par David, jusqu’à Abraham, Adam et Dieu. (cf. Lc 3,23-38).

Luc fait ressortir que Joseph et Marie forment une famille de croyant, fidèle à la Torah. Le huitième jour après la naissance de l’Enfant, le rite de la circoncision est pratiqué (Lc 2,21).

La présentation de Jésus au Temple de Jérusalem a lieu quarante jours après sa nativité, conformément à la loi de Moïse, et ses parents font le voyage. Marie y accomplit en sus les rites prescrits aux femmes par la loi mosaïque. « Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur  : un couple de tourterelles ou deux petites colombes… Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit… Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. » (Lc 2,22-34.39)

Et lors du recouvrement de Jésus au Temple, les parents de Jésus se révèlent fidèles au pèlerinage de Pâque, une des fêtes annuelles prescrites par la Torah : « Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.  Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. » (Lc 2,41-52)

Notons que Joseph est mentionné ici pour la dernière fois. La tradition chrétienne ainsi qu’une partie de la critique historique en ont déduit qu’il était mort avant que Jésus n’entre dans la vie publique.

Joseph le charpentier-maçon…

Dans tout le Nouveau Testament, le terme « charpentier (artisan du bois) » se trouve deux fois, en Mc 6,3 au sujet de Jésus « Celui-là n’est-il pas le charpentier [tekt?n] » et en Mt 13,55 référé indirectement à Joseph « N’est-il pas le fils du charpentier ? ».

Le mot grec désigne à l’époque n’importe quel artisan travaillant le bois en général, mais aussi les métaux comme le fer ou la pierre, c’est-à-dire qu’il pouvait participer comme maçon à la construction de toutes sortes d’édifices assez important. Il pouvait construire la charpente d’une maison, mais aussi tailler les pierres pour en monter les murs, réparer une porte, faire du mobilier, façonner un joug ou le soc d’une charrue… C’était une profession qui faisait appel à une grande diversité de compétences et d’outils, exigeant un bon niveau de compétence technique. Elle demandait aussi, pas mal de force musculaire et de sueur.

Joseph a dû éduquer Jésus dans ce métier. Il a été son père nourricier.

Joseph le davidide

Joseph est aussi appelé par Matthieu « fils de David » (Mt 1, 20). Avant même de donner à Jésus un nom, avant de le protéger et de l’éduquer, il reçoit en quelque sorte la mission d’inscrire le Christ – le Messie – dans l’histoire du monde et du peuple d’Israël (n’assistons-nous pas à une nouvelle « genèse » ? cf. « Livre des commencements de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham » (Mt 1, 1) suivi d’une longue série (x engendra y) mais pour Joseph, Matthieu écrit : « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » Une forme passive – « fut engendré » – qui laisse entendre que la naissance de Jésus va au-delà d’un simple engendrement. Une distorsion, un pas de côté, qui nous place à la fois dans une continuité et à distance de cette continuité. Par lui, Jésus devient un davidide, annoncé comme un chef pacifique, « …qui fera paître Israël, mon peuple » (cf. 2 Samuel 5,2 et Mt 2,6), à l’opposé de la violence du roi Hérode.

Dans l’évangile de l’enfance selon Matthieu, Joseph est le plus mis en scène. Il reçoit, en songe, trois annonces de la part de Dieu qui ouvrent trois étapes de l’itinéraire de Jésus :

Joseph, homme juste

L’annonce à Joseph et la naissance de Jésus « Or, voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.  Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Ainsi est signifié que Joseph est étranger à cette naissance ; il n’est pas lui-même le géniteur de cet enfant.[3] Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, parce que même si l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » (Mt 1,18-25)

Deux théories ont été élaborées pour expliquer cette « justice » de Joseph.

Selon la première, Joseph pense que Marie est adultère. Or la loi de Moïse ordonne au mari de répudier l’épouse adultère (Dt 22,20-21). Joseph étant un « juste », c’est-à-dire un observant de la loi, il décide de la répudier. Cette hypothèse présente un inconvénient : la loi ordonne au mari de répudier la femme infidèle « publiquement » ; or Joseph décide de la renvoyer en secret ; il n’observe donc pas la loi ; alors, comment l’appeler juste ?

Dans la deuxième théorie, Joseph croit que Marie est adultère et il sait que la loi exige qu’elle soit lapidée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Comme il est « juste », c’est-à-dire bon, et qu’il ne veut pas que sa femme souffre, il la renvoie en secret pour lui sauver la vie. Cette solution présente aussi une difficulté : si Joseph pense renvoyer sa femme en secret par bonté, Matthieu devrait l’appeler bon plutôt que juste.

Aucune de ces solutions n’étant satisfaisante, les biblistes en proposent actuellement une troisième, qui s’accorde mieux avec le contexte du récit et a le mérite de jeter une nouvelle lumière sur saint Joseph : Joseph partagerait le secret de Marie dès le début, à savoir que l’enfant qui était en elle venait du Saint-Esprit ; aussi n’aurait-il jamais pensé qu’elle l’avait trompé. La manière dont Matthieu commence son récit le suggère en effet. Il donne tout de suite trois informations : Marie était engagée avec Joseph ; ils ne vivaient pas ensemble ; elle se trouvait enceinte par le fait de l’Esprit saint. Or on a spontanément conclu que Joseph connaissait seulement les deux premiers faits et pas le troisième. Pourquoi ? La logique du récit de Matthieu voudrait qu’il les connaisse tous les trois. Matthieu cependant ne dit pas comment Joseph a appris la grossesse virginale de sa femme, ni non plus comment celle-ci l’a su. Luc est le seul évangéliste à relater l’annonciation par un ange. Par conséquent, il est plausible de penser que, pour Matthieu, Joseph et Marie l’ont appris de la même manière.

L’ange n’annonce pas à Joseph l’origine divine de l’enfant – ce qu’il savait déjà – mais « parce que même si l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint » il doit rester avec Marie pour donner un nom à l’enfant – ce qu’il ignorait.

Joseph, l’homme protecteur

Joseph est présenté comme père protecteur en soustrayant Jésus à la colère d’Hérode, c’est le récit de la fuite en Egypte « Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages… » (Mt 2,13-20)

Joseph, le père nourricier

Le retour d’Egypte : Joseph est celui qui emmène ensuite sa famille à Nazareth où Jésus va grandir.

« Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël. Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. » (Mt 2,19-23)

[1] Selon les coutumes matrimoniales de l’époque. La première étape du mariage est appelée par les rabbins kiddushin (consécration). Il s’agissait d’une sorte d’engagement formel qui liait pour toujours la jeune fille à son fiancé, sans qu’ils puissent encore vivre ensemble à cause du jeune âge de la fiancée et parce que les époux ne se connaissaient presque pas. La période du kiddushin durait en général une année. Les jeunes étaient considérés comme de vrais époux. A la fin du kiddushin, on célébrait la deuxième phase du mariage, le nissuín. Au terme d’une grande fête qui durait plusieurs jours, la jeune femme était conduite en procession dans la maison de son époux, pour commencer la vie à deux. Marie a donc dû tomber enceinte par l’opération du Saint-Esprit entre le kiddushin et le nissuín.
[2] Ce « croyait-on » renvoie le lecteur à la conception virginale de Jésus tout en soulignant que la paternité présumée de Joseph fut admise par les contemporains de Jésus « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » (Lc 4,22)
[3] Ainsi est signifié que Joseph est étranger à cette naissance ; il n’est pas lui-même le géniteur de cet enfant.

Qu’avons-nous à offrir à Dieu ?

Qu’avons-nous à offrir à Dieu ? Il est notre Créateur, il est notre Sauveur… N’est-il pas prétentieux de penser que nous pouvons, nous, pauvres créatures, lui apporter quoi que ce soit ?

Il y a bien des manières de répondre à cette question… et notamment une manière personnelle, intime, qui rejoint notre vocation propre.

Mais restons « universel ». Nous rêvons bien souvent d’avoir à offrir à Dieu notre héroïsme, nos gloires et honneurs… La réalité est en réalité bien différente : nous offrons au mieux ce que nous sommes, avec nos « petits riens ».

Saint Paul nous le dit dans la lettre aux Romains : Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte (Rm 12,1). Et de cela, le Seigneur fait sa grande œuvre de sanctification : il nous sauve, nous ressuscite, nous divinise.

Au fond, un exemple vaut mieux que mille mots : n’est-ce pas précisément ce qu’a fait la Vierge Marie lors de l’Annonciation et tout au long de son existence ? Son « Fiat », son simple « oui » à Dieu, sans pourtant connaître tous les tenants et les aboutissants de son acceptation, a ouvert les portes de la rédemption au monde. Contribuons-nous, nous aussi, à ouvrir grand ces portes pour le monde aujourd’hui ? C’est bien ce simple « oui » que, à notre tour, nous avons à offrir, dans chaque acte du quotidien.

Pour le reste de la réponse, je vous recommande vivement d’avoir une vie de prière régulière et un accompagnateur ou une accompagnatrice spirituelle pour vous guider : vous saurez alors discerner, non pas seulement que que nous avons à offrir à Dieu, mais aussi ce que vous avez, vous, personnellement, à offrir à Dieu.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment envisager la rédemption d’hommes ignorant l’œuvre de Dieu ?

Comment peut-on envisager la rédemption d’hommes ignorant l’œuvre de DIEU par la liturgie et méconnaissant l’intervention de DIEU par les grâces et les sacrements ? Pouvons-nous nous consoler avec la phrase écrite par S. Jean : « La volonté de Celui qui M’a envoyé, c’est que Je ne perde aucun de ceux qu’Il M’a donnés » ?

Je sens que le salut des « incroyants » (ou assimilés) va être au cœur de bien des questions cette année, et cela se comprend parfaitement… Sur la question du baptême par exemple (rencontre 3), nous avons anticipé la difficulté en proposant quelques questions déjà posées les années précédentes. Je vous renvoie à la nouvelle foire à questions, que nous venons de mettre en ligne : FAQ FIDEO Sacrements.

Mais venons-en à votre question… Attention, à aucun moment l’Église ne dit pas que seuls ceux qui connaissent la liturgie et les sacrements peuvent être sauvés. Dieu veut sauver tous les hommes, y compris ceux qui, sans faute de leur part, ne connaissent pas le Christ ou son Église. Le salut vient toujours du Christ, mais sa grâce peut rejoindre quelqu’un de manière mystérieuse. Saint Paul écrit : Ceux qui n’ont pas la Loi […] montrent que l’œuvre de la Loi est inscrite dans leur cœur (Rm 2,14-15). Par exemple, une personne qui ne connaît pas Jésus mais qui, avec sincérité, choisit le bien, aide son prochain et cherche la vérité n’est pas « hors réseau » pour Dieu !

La liturgie et les sacrements sont pourtant des moyens privilégiés et visibles par lesquels Dieu nous donne sa grâce : ils ne limitent pas l’action de Dieu, ils nous la rendent concrète et accessible. En gros, la liturgie et les sacrements sont les signes sensibles d’une réalité invisible : ils ne sont pas la réalité elle-même, mais les signes sensibles, visibles, concrets, prégnants de cette réalité. Cela vous paraît-il plus clair ?

Peut-être qu’un exemple peut aider… La Bible en regorge. Prenons le bon Samaritain (Lc 10,25-37), image du Christ lui-même : Jésus ne nous dit pas si cet homme connaît parfaitement la théologie et tous les rites d’Israël (c’est plutôt le fait du prêtre et du lévite qui passent à côté du corps sans s’arrêter) ; il regarde sa charité concrète, et invite le docteur de la loi qui l’interroge à faire de même. Voilà l’œuvre du salut en acte dans le cœur de chacune et de chacun. Et nous pouvons effectivement nous appuyer avec confiance sur la promesse divine que vous citez : Je ne perdrai rien de tout ce qu’il m’a donné (Jn 6,39). En d’autres termes, nous ne connaissons pas les chemins de Dieu, mais nous savons qu’il ne perd jamais le nord quand il s’agit de nous mener à Lui.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi la sanctification de l’homme est-elle signifiée par des signes sensibles ?

Nous avons eu des difficultés à interpréter la phrase suivante : « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles » : nous supposons que par nous-mêmes, malgré notre foi, nous ne parviendrons pas à nous libérer du péché sans l’aide de DIEU qui se manifeste mais est-ce cela ?

Eh bien, pour une toute première question de l’année, c’est ce qui s’appelle aller au cœur ! Votre interrogation touche à la dimension essentielle du salut. Ce que vous écrivez est juste, mais ce n’est pas le sens de la phrase de Sacrosanctum Concilium, qu’il faut citer dans son intégralité pour bien la comprendre : « La liturgie est considérée comme l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus Christ, exercice dans lequel la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux, et dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus Christ, c’est-à-dire par le Chef et par ses membres. »

Que veulent dire les Pères conciliaires ? Il n’est pas question ici de rappeler que nous avons besoin de Dieu car nous sommes incapables de nous sauver par nous-mêmes (c’est vrai, mais ce n’est pas le propos !). Le Concile souhaite simplement réaffirmer une vérité fondamentale : Dieu agit et sanctifie l’être humain à travers des choses concrètes que l’on peut voir, entendre ou toucher, comme l’eau du baptême, le pain et le vin de l’Eucharistie ou les gestes de la liturgie.

L’Église affirme que Dieu parle avec les cinq sens, Il se fait proche de nous, Il prend des moyens adaptés à notre condition pour montrer (= « signifier ») qu’Il nous a sauvés ! Nous sommes la religion de l’Incarnation. La grâce divine passe par les choses concrètes, comme une lettre qui nous fait parvenir un message invisible mais bien réel, comme une poignée de main ou une étreinte pour exprimer une réalité plus profonde : l’amitié, l’amour, la confiance…

Pierre G. (SEDIF)

 



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