Joseph à travers les évangiles

Partager sur les réseaux sociaux
Share on Facebook
Facebook
Pin on Pinterest
Pinterest
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin

spiritualite

Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Lorsque Joseph est cité par les Évangiles, c’est toujours en rapport avec l’activité ou l’identité de Jésus. Les récits évangéliques ne cherchent pas à parler de Joseph pour lui-même. Ils sont centrés sur Jésus, Fils de Dieu, né de la vierge marie, ayant Joseph comme père adoptif.

L’évangéliste Marc n’en parle jamais, Jean n’en parle que deux fois et indirectement: « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. » (Jn 1,45) et en Jn 6,42 « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu du ciel” ? ».

C’est Luc et surtout Matthieu qui le mettent en scène, comme nous allons voir, dans les évangiles de l’enfance (Lc 1-2 ; Mt 1-2).

Joseph, descendant de David est le père adoptif de Jésus qui l’inscrit dans cette filiation

Dans l’évangile de l’enfance selon Luc, Joseph est mis en scène à plusieurs reprises.

Lors de l’annonce à Marie qui révèle la conception virginale de Jésus : « L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage [1] à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie… L’ange lui dit : « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père »…  » L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du très-Haut te couvrira de son ombre »…  » (Lc 1,26-27).

Dans le récit de la naissance de Jésus« En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. » (Lc 2, 1-4)

Lors de la visite des bergers : « Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Tous ceux qui les entendirent s’étonnèrent de ce que disaient les bergers » (Lc 2,15-18)

Dans ces passages, Luc présente Joseph « l’homme de la maison et de la lignée de David » comme celui qui rattache Jésus au roi David. Ainsi aussi, lorsqu’il conduit jusqu’à Bethléem Marie son épouse enceinte, la ville de David, lieu de naissance du Christ sauveur.

Le récit du baptême de Jésus révélant le « Fils bien aimé » du Père (cf. Lc 3,21-22) est suivi par sa généalogie: « Jésus était fils, croyait-on [2], de Joseph, fils de Héli, fils de… » elle remonte, par David, jusqu’à Abraham, Adam et Dieu. (cf. Lc 3,23-38).

Luc fait ressortir que Joseph et Marie forment une famille de croyant, fidèle à la Torah. Le huitième jour après la naissance de l’Enfant, le rite de la circoncision est pratiqué (Lc 2,21).

La présentation de Jésus au Temple de Jérusalem a lieu quarante jours après sa nativité, conformément à la loi de Moïse, et ses parents font le voyage. Marie y accomplit en sus les rites prescrits aux femmes par la loi mosaïque. « Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur  : un couple de tourterelles ou deux petites colombes… Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit… Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. » (Lc 2,22-34.39)

Et lors du recouvrement de Jésus au Temple, les parents de Jésus se révèlent fidèles au pèlerinage de Pâque, une des fêtes annuelles prescrites par la Torah : « Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.  Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. » (Lc 2,41-52)

Notons que Joseph est mentionné ici pour la dernière fois. La tradition chrétienne ainsi qu’une partie de la critique historique en ont déduit qu’il était mort avant que Jésus n’entre dans la vie publique.

Joseph le charpentier-maçon…

Dans tout le Nouveau Testament, le terme « charpentier (artisan du bois) » se trouve deux fois, en Mc 6,3 au sujet de Jésus « Celui-là n’est-il pas le charpentier [tekt?n] » et en Mt 13,55 référé indirectement à Joseph « N’est-il pas le fils du charpentier ? ».

Le mot grec désigne à l’époque n’importe quel artisan travaillant le bois en général, mais aussi les métaux comme le fer ou la pierre, c’est-à-dire qu’il pouvait participer comme maçon à la construction de toutes sortes d’édifices assez important. Il pouvait construire la charpente d’une maison, mais aussi tailler les pierres pour en monter les murs, réparer une porte, faire du mobilier, façonner un joug ou le soc d’une charrue… C’était une profession qui faisait appel à une grande diversité de compétences et d’outils, exigeant un bon niveau de compétence technique. Elle demandait aussi, pas mal de force musculaire et de sueur.

Joseph a dû éduquer Jésus dans ce métier. Il a été son père nourricier.

Joseph le davidide

Joseph est aussi appelé par Matthieu « fils de David » (Mt 1, 20). Avant même de donner à Jésus un nom, avant de le protéger et de l’éduquer, il reçoit en quelque sorte la mission d’inscrire le Christ – le Messie – dans l’histoire du monde et du peuple d’Israël (n’assistons-nous pas à une nouvelle « genèse » ? cf. « Livre des commencements de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham » (Mt 1, 1) suivi d’une longue série (x engendra y) mais pour Joseph, Matthieu écrit : « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » Une forme passive – « fut engendré » – qui laisse entendre que la naissance de Jésus va au-delà d’un simple engendrement. Une distorsion, un pas de côté, qui nous place à la fois dans une continuité et à distance de cette continuité. Par lui, Jésus devient un davidide, annoncé comme un chef pacifique, « …qui fera paître Israël, mon peuple » (cf. 2 Samuel 5,2 et Mt 2,6), à l’opposé de la violence du roi Hérode.

Dans l’évangile de l’enfance selon Matthieu, Joseph est le plus mis en scène. Il reçoit, en songe, trois annonces de la part de Dieu qui ouvrent trois étapes de l’itinéraire de Jésus :

Joseph, homme juste

L’annonce à Joseph et la naissance de Jésus « Or, voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.  Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. Ainsi est signifié que Joseph est étranger à cette naissance ; il n’est pas lui-même le géniteur de cet enfant.[3] Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, parce que même si l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous » Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » (Mt 1,18-25)

Deux théories ont été élaborées pour expliquer cette « justice » de Joseph.

Selon la première, Joseph pense que Marie est adultère. Or la loi de Moïse ordonne au mari de répudier l’épouse adultère (Dt 22,20-21). Joseph étant un « juste », c’est-à-dire un observant de la loi, il décide de la répudier. Cette hypothèse présente un inconvénient : la loi ordonne au mari de répudier la femme infidèle « publiquement » ; or Joseph décide de la renvoyer en secret ; il n’observe donc pas la loi ; alors, comment l’appeler juste ?

Dans la deuxième théorie, Joseph croit que Marie est adultère et il sait que la loi exige qu’elle soit lapidée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Comme il est « juste », c’est-à-dire bon, et qu’il ne veut pas que sa femme souffre, il la renvoie en secret pour lui sauver la vie. Cette solution présente aussi une difficulté : si Joseph pense renvoyer sa femme en secret par bonté, Matthieu devrait l’appeler bon plutôt que juste.

Aucune de ces solutions n’étant satisfaisante, les biblistes en proposent actuellement une troisième, qui s’accorde mieux avec le contexte du récit et a le mérite de jeter une nouvelle lumière sur saint Joseph : Joseph partagerait le secret de Marie dès le début, à savoir que l’enfant qui était en elle venait du Saint-Esprit ; aussi n’aurait-il jamais pensé qu’elle l’avait trompé. La manière dont Matthieu commence son récit le suggère en effet. Il donne tout de suite trois informations : Marie était engagée avec Joseph ; ils ne vivaient pas ensemble ; elle se trouvait enceinte par le fait de l’Esprit saint. Or on a spontanément conclu que Joseph connaissait seulement les deux premiers faits et pas le troisième. Pourquoi ? La logique du récit de Matthieu voudrait qu’il les connaisse tous les trois. Matthieu cependant ne dit pas comment Joseph a appris la grossesse virginale de sa femme, ni non plus comment celle-ci l’a su. Luc est le seul évangéliste à relater l’annonciation par un ange. Par conséquent, il est plausible de penser que, pour Matthieu, Joseph et Marie l’ont appris de la même manière.

L’ange n’annonce pas à Joseph l’origine divine de l’enfant – ce qu’il savait déjà – mais « parce que même si l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint » il doit rester avec Marie pour donner un nom à l’enfant – ce qu’il ignorait.

Joseph, l’homme protecteur

Joseph est présenté comme père protecteur en soustrayant Jésus à la colère d’Hérode, c’est le récit de la fuite en Egypte « Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages… » (Mt 2,13-20)

Joseph, le père nourricier

Le retour d’Egypte : Joseph est celui qui emmène ensuite sa famille à Nazareth où Jésus va grandir.

« Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël. Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. » (Mt 2,19-23)

[1] Selon les coutumes matrimoniales de l’époque. La première étape du mariage est appelée par les rabbins kiddushin (consécration). Il s’agissait d’une sorte d’engagement formel qui liait pour toujours la jeune fille à son fiancé, sans qu’ils puissent encore vivre ensemble à cause du jeune âge de la fiancée et parce que les époux ne se connaissaient presque pas. La période du kiddushin durait en général une année. Les jeunes étaient considérés comme de vrais époux. A la fin du kiddushin, on célébrait la deuxième phase du mariage, le nissuín. Au terme d’une grande fête qui durait plusieurs jours, la jeune femme était conduite en procession dans la maison de son époux, pour commencer la vie à deux. Marie a donc dû tomber enceinte par l’opération du Saint-Esprit entre le kiddushin et le nissuín.
[2] Ce « croyait-on » renvoie le lecteur à la conception virginale de Jésus tout en soulignant que la paternité présumée de Joseph fut admise par les contemporains de Jésus « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » (Lc 4,22)
[3] Ainsi est signifié que Joseph est étranger à cette naissance ; il n’est pas lui-même le géniteur de cet enfant.