10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Quand le ministre dit « je te baptise », est-ce le Christ qui parle en se citant lui-même ?

Les paroles sont au moment du baptême : « je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Est-ce que cela peut être des paroles que peut dire le Christ en se citant lui-même ?

Non, la formule baptismale n’est pas une parole que le Christ se dirait à lui-même. Le « je » désigne le ministre humain qui baptise, tandis que « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » désigne l’autorité et l’action trinitaire dans lesquelles le baptême est conféré. C’est précisément pourquoi l’Église n’exige pas que le ministre soit in persona Christi Capitis pour que le baptême soit valide : même un laïc peut baptiser en cas de nécessité.

« Sont ministres ordinaires du Baptême l’évêque et le prêtre, et, dans l’Église latine, aussi le diacre. En cas de nécessité, toute personne, même non baptisée, ayant l’intention requise, peut baptiser, en appliquant la formule baptismale trinitaire. L’intention requise, c’est de vouloir faire ce que fait l’Église en baptisant. L’Église voit la raison de cette possibilité dans la volonté salvifique universelle de Dieu et dans la nécessité du Baptême pour le salut. » (CEC, n. 1256)

Le « je » sacramentel signifie donc : « c’est moi, ministre de l’Église, qui te baptise », non « le Christ te baptise lui-même au nom de lui-même et du Père et du Saint-Esprit ».

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Pierre G. (SEDIF)

 



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Lors du baptême, le diacre agit-il « in persona Christi » ? Et le laïc ?

Au baptême, on entend dire que celui qui officie le fait « in persona Christi ». Or Benoît XVI a précisé que le diacre n’est pas « in persona christi » comme le prêtre, mais une représentation du Christ serviteur. Qu’en est-il ? Et que dire du laïc qui baptise en cas d’urgence ?

Voilà une question subtile et passionnante qui exige de démêler bien des aspects !

Deux préalables : un problème dans votre question me semble résider dans l’oubli d’un mot : on parle de in persona Christi Capitis. Ce n’est pas tout à fait la même chose, comme nous allons le voir. Il faudrait par ailleurs retrouver le texte de Benoît XVI pour savoir s’il apporte quelque chose de nouveau aux références que je vais vous donner dans ma réponse…

Deux rappels introductifs :

1/ Le prêtre, dans l’exercice de son ministère sacerdotal, agit in persona Christi Capitis. Quid du diacre ?

2/ Quant au ministre ordinaire du baptême, il s’agit de l’évêque, du prêtre et, dans l’Église latine, du diacre (CIC, can. 861 §1). Or le diacre n’est pas ordonné « en vue du sacerdoce, mais en vue du ministère » (Lumen gentium, n. 29) : son caractère propre est précisément d’être le signe sacramentel du Christ Serviteur (cf. Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents, n. 6).

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Concernant l’expression in persona Christi Capitis, le Catéchisme l’applique spécifiquement au prêtre en vertu de la consécration sacerdotale (lire les numéros 1548 à 1553). Quant à Benoît XVI, je vous recommande vivement de lire une audience générale du 14 avril 2000, qui porte sur le « munus docendi » et qui explique clairement ce que signifient l’action et la représentation du prêtre, lorsqu’on évoque l’expression in persona Christi Capitis. C’est d’une grande clarté et d’une belle pédagogie. En voici un extrait :

« Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi Capitis – dans la personne du Christ Tête – de la part du prêtre, et pour comprendre également quelles conséquences dérivent du devoir de représenter le Seigneur, en particulier dans l’exercice de ces trois fonctions, il faut expliciter avant tout ce que l’on entend par « représentation ». Le prêtre représente le Christ. Qu’est-ce que cela veut dire, que signifie « représenter » quelqu’un ? Dans le langage commun, cela veut dire – généralement – recevoir une délégation de la part d’une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l’action concrète. Nous nous demandons : le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon ? La réponse est non, car dans l’Église, le Christ n’est jamais absent, l’Eglise est son corps vivant et le Chef de l’Eglise c’est lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n’est jamais absent, il est même présent d’une façon totalement libérée des limites de l’espace et du temps, grâce à l’événement de la Résurrection, que nous contemplons de façon spéciale en ce temps de Pâques.

C’est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n’agit jamais au nom d’un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire : la consécration du vin et du pain, afin qu’ils soient réellement présence du Seigneur, absolution des péchés. Le Seigneur rend présente son action dans la personne qui accomplit ces gestes. Ces trois devoirs du prêtre – que la Tradition a identifiés dans les diverses paroles de mission du Seigneur : enseigner, sanctifier, et gouverner – dans leur distinction et dans leur profonde unité, sont une spécification de cette représentation concrète. Ils représentent en réalité les trois actions du Christ ressuscité, le même qui aujourd’hui, dans l’Église et dans le monde, enseigne et ainsi fait naître la foi, rassemble son peuple, crée une présence de la vérité et construit réellement la communion de l’Église universelle ; et sanctifie et guide. »

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Alors, peut-on dire que le diacre agit in persona Christi Capitis ? Eh bien, la discussion est loin d’être close aujourd’hui. Cela tient notamment à la « sacramentalité du diaconat »… ce que nous allons expliquer maintenant (du moins, on va tenter !).

Ce débat est résumé dans un texte de la Commission théologique internationale intitulé Le diaconat : évolution et perspectives (2003). Il faut d’abord lire la partie intitulée : « La sacramentalité du diaconat dans les développements postconciliaires » (c’est la dernière sous-partie du chapitre IV sur l’affirmation de la sacramentalité du diaconat). On ne va pas se mentir : c’est assez technique, donc un peu hermétique pour qui ne connaît pas le jargon théologique de l’Église. Dans cette partie, les auteurs exposent les deux positions et constatent que le Magistère n’emploie pas explicitement cette formule pour les fonctions diaconales. Elle relève donc comme caractéristique propre du diacre la représentation sacramentelle du Christ Serviteur. Dans la conclusion à cette partie, il est fait appel à un approfondissement théologique de différents points. Je vous les livre tels quels :

« Parmi les questions qui requièrent un approfondissement théologique ou un développement ultérieur, il faut mentionner les points suivants :
(a) le degré de valeur normative de la sacramentalité du diaconat tel qu’il a été fixé par les interventions doctrinales du Magistère, surtout à Trente et à Vatican II ;
(b) l’« unité » et l’« unicité » du sacrement de l’Ordre dans la diversité de ses degrés ;
(c) la portée de la distinction « non ad sacerdotium, sed ad ministerium (episcopi) » ;
(d) la doctrine du « caractère » et de la spécificité du diaconat comme configuration au Christ ;
(e) les « pouvoirs » que le diaconat confère en tant que sacrement. »

Le degré de valeur normative de la sacramentalité du diaconat et la spécificité du diaconat comme configuration au Christ : voilà notamment deux points qui devraient permettre de répondre définitivement à votre question… parce que le in persona Christi Capitis tient de la nature de la configuration au Christ !

Certains, pour sortir de cette impasse, défendent l’idée que le diacre agit « in persona Christi Servi ». Le diacre agit donc bien in persona Christi, mais non à la manière du prêtre. Cela pose d’autres questions : réduction du diaconat au service comme critère ministériel spécifique, inclusion d’une division dans l’image du Christ, etc. Si ces débats vous passionnent, je vous renvoie au septième et dernier chapitre de ce même texte de la Commission théologique internationale. Il est intitulé : « Théologie du diaconat dans le sillage de Vatican II ».

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Concluons. Il n’est pas possible d’affirmer ni d’infirmer définitivement que le diacre agit in persona Christi Capitis. La réponse reste en suspens.

Quoi qu’il en soit, ce in persona Christi Capitis n’est pas condition de validité du sacrement de baptême ! La meilleure preuve en est le laïc qui n’est pas configuré au Christ par un sacrement spécifique. C’est vrai du sacrement d’ordination, mais aussi du sacrement de baptême.

« Sont ministres ordinaires du Baptême l’évêque et le prêtre, et, dans l’Église latine, aussi le diacre. En cas de nécessité, toute personne, même non baptisée, ayant l’intention requise, peut baptiser, en appliquant la formule baptismale trinitaire. L’intention requise, c’est de vouloir faire ce que fait l’Église en baptisant. L’Église voit la raison de cette possibilité dans la volonté salvifique universelle de Dieu et dans la nécessité du Baptême pour le salut. » (CEC, n. 1256)

En somme, on pourrait synthétiser les choses de la manière suivante : le baptême est l’action du Christ et de l’Église, indépendamment du degré de configuration christologique du ministre. Concrètement :
– le prêtre y agit en vertu de son sacerdoce ministériel ;
– le diacre en vertu de son ministère ordonné, avec sa configuration propre au Christ Serviteur ;
– le laïc, exceptionnellement, comme ministre extraordinaire du sacrement, avec l’intention de faire ce que fait l’Église.

Mais tout cela, vous l’avez compris, n’est pas fixé dans le marbre… surtout pour la partie concernant le diaconat.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Un non baptisé est-il déjà enfant de Dieu ou seulement créature de Dieu ?

Un non baptisé est-il déjà enfant de Dieu ou seulement créature de Dieu ?

Voilà une question essentielle, qui fait souvent difficulté, ne serait-ce que parce qu’il y a cette affirmation du Credo : « Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés ». C’est bien beau, mais et les autres ? Ne sont-ils pas pardonnés ?

Revenons-en, comme toujours, aux Écritures, qui évoquent deux réalités complémentaires.

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D’un côté, tout être humain est voulu et aimé de Dieu : nous sommes tous ses créatures. C’est inscrit dès le tout premier chapitre du tout premier livre de la Bible

Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. (Gn 1,26-27)

Il suffit de relire le magnifique psaume 138 (139) pour s’en convaincre :

C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait. Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J’étais encore inachevé, tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu’un seul ne soit ! (Ps 138,13-16)

Saint Paul rappelle quant à lui que Dieu est le Père de tous : en lui nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17,28).

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D’un autre côté, le Nouveau Testament parle de la filiation divine comme d’un don reçu dans le Christ : À tous ceux qui l’ont reçu [le Verbe], il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom (Jn 1,12). Et saint Paul écrit : Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. 27 En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ (Ga 3,26-27).

Le baptême n’est donc pas une simple cérémonie : il fait entrer dans une relation nouvelle, celle d’un enfant adopté par grâce (Rm 8,15-17).

Le Catéchisme résume ainsi :

« Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés, il fait aussi du néophyte une création nouvelle (2 Co 5,17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4,5-7) qui est devenu participant de la nature divine (2 P 1,4), membre du Christ (cf. 1 Co 6,15 ; 12,27) et cohéritier avec Lui (Rm 8,17), temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6,19). » (CEC n. 1265)

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Alors, concilier les deux ? Car la tradition de l’Église tient ensemble ces deux vérités, depuis les commencements.

Le fait que le baptême fait de la personne une créature nouvelle et un fils adoptif de Dieu ne signifie pas que les non-baptisés seraient sans valeur ou étrangers à l’amour de Dieu. Au contraire, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2,4), et son Esprit peut déjà agir dans leur cœur. Le baptême n’est pas le début de l’amour de Dieu pour une personne ; il est le début d’une vie nouvelle où cet amour est accueilli et partagé d’une manière unique.

En résumé, un non-baptisé est une créature infiniment aimée de Dieu, déjà son enfant par la création ; mais il est appelé, par le baptême, à devenir son enfant en plénitude, dans et par le Christ. Par le baptême, nous devenons fils et filles de Dieu à la manière du Fils unique, par adoption et par grâce. C’est un peu comme un enfant déjà attendu, désiré et aimé avant même de franchir le seuil de la maison : le baptême ne crée pas l’amour de Dieu, il nous fait entrer pleinement dans sa vie de famille. Dieu n’attend pas le baptême pour nous aimer ; le baptême nous permet de vivre de cet amour comme un fils ou une fille, directement à la table du Père. Et, entre nous, il y a une sacrée différence entre admirer une boulangerie depuis la vitrine… et entrer pour partager le pain !

Pierre G. (SEDIF)

 



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La messe anticipée du samedi soir a-t-elle même signification que celle du dimanche ?

La messe anticipée du samedi soir a-t-elle même signification que celle du dimanche ?

La messe célébrée le samedi soir, avec les textes du dimanche, a exactement la même valeur que celle du dimanche. Le Code de droit canonique précise que participer à la messe « le jour de fête lui-même ou le soir du jour précédent » satisfait au précepte dominical.

Mais si nous voulons aller plus loin, il faut reconnaître que cette possibilité de la messe anticipée est relativement récente dans sa forme actuelle. Les messes du soir ont été progressivement autorisées au XXe siècle, puis, à partir des années 1960, l’Église a permis que la messe du dimanche soit célébrée dès le samedi soir, notamment pour tenir compte des contraintes professionnelles, des voyages, etc. La pratique a ensuite été inscrite dans le droit universel de l’Église.

Il ne s’agit donc pas d’une « demi-messe » : c’est pleinement la célébration dominicale. S. Jean-Paul II le dit très clairement dans sa lettre apostolique Dies Domini : la messe du samedi soir est « pleinement festive » car, liturgiquement, le dimanche commence avec les premières vêpres du samedi soir. Je vous invite à lire tout le numéro 49 de la lettre, qui est très explicite à ce sujet.

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Alors, pourquoi certains pasteurs – y compris Jean-Paul II, dans la lettre précédemment citée – recommandent-ils, lorsque c’est possible, d’aller à la messe le dimanche ? Parce que le dimanche n’est pas simplement un créneau horaire dans la semaine : c’est le Jour du Seigneur, la Pâque hebdomadaire, le jour où l’Église se rassemble pour célébrer la Résurrection. Saint Jérôme exprime cela par une formule simple : « Le dimanche est le jour de la Résurrection, le jour des chrétiens, c’est notre jour. » Il prolonge et accomplit, dans le Christ ressuscité, la logique du shabbat juif : un temps mis à part pour Dieu, le repos, la louange et l’assemblée. Les premiers chrétiens ont progressivement distingué le dimanche du sabbat, précisément parce que leur rassemblement était centré sur le premier jour de la semaine, jour de la Résurrection.

S. Justin le Martyr, dans sa Première Apologie, opère un rapprochement qui récapitule toute la Bible et l’Histoire de l’humanité :

« Le jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, qu’ils habitent les villes ou les campagnes, se réunissent dans un même lieu […]. Nous nous assemblons tous le jour du soleil, parce que c’est le premier jour, où Dieu, tirant la matière des ténèbres, a créé le monde, et que ce même jour, Jésus-Christ notre Sauveur ressuscita d’entre les morts. »

Le dimanche, c’est ainsi le premier jour de la création et… de la recréation ! Magnifique, non ?

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Nous pouvons résumer notre propos ainsi : le samedi soir, il y a même Eucharistie, même grâce, même précepte accompli que le dimanche. Mais le dimanche offre cette spécificité d’être un signe plus visible que toute notre vie s’ordonne au Christ ressuscité et à la communauté chrétienne.

Concluons dans la dynamique de FIDEO sacrements : qu’est-ce donc, justement, qu’un sacrement (et l’Église tout entière) sinon – pour reprendre une vieille définition – « un signe sensible institué par notre Seigneur Jésus-Christ, pour produire ou augmenter la grâce en nos âmes » ? Eh bien, en un sens, nous participons de cette vie sacramentelle de l’Église, en faisant de nos vies un signe clair de notre appartenance à l’Amour qui est chemin, vérité et vie.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Qu’est-ce que le « caractère » et pourquoi certains sacrements n’en ont pas ?

La notion de « caractère » nous échappe… Qui en a décidé ainsi ? Et pourquoi certains sacrements ont un caractère et d’autres non ?

Le caractère sacramentel désigne une marque spirituelle permanente que Dieu imprime dans la personne. Vous vous doutez bien que ce n’est pas une idée inventée au hasard, par quelques théologiens en manque de créativité et de nouveauté : l’Église l’a progressivement formulée pour exprimer ce que la Bible affirme déjà et que les chrétiens vivent depuis les commencements.

Commençons par les Écritures saintes. La Bible parle de ceux qui sont marqués d’un sceau par Dieu (Éph 1,13 ; 2 Co 1,21-22) et rappelle que les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance (Rm 11,29). Ces images du sceau et de l’appel irrévocable ont aidé les chrétiens à comprendre que certains sacrements établissent une relation durable avec le Christ. C’est pourquoi, dès les premiers siècles, les chrétiens ne reçoivent le baptême, la confirmation (don de l’Esprit) et – pour certains – le sacerdoce, qu’une seule et unique fois.

Par la suite, l’Église a rappelé cette évidence, en enseignant que trois sacrements seulement confèrent un caractère : le baptême, la confirmation et l’ordre. Si vous voulez tout savoir, c’est le concile de Trente (1546-1563) qui l’a défini définitivement, en reprenant une tradition déjà présente chez les Pères de l’Église, notamment saint Augustin, et déjà formulée en divers conciles.

« Si quelqu’un dit que, dans les trois sacrements, à savoir le baptême, la confirmation et l’ordre, il n’est pas imprimé dans l’âme un caractère, c’est-à-dire un signe spirituel et indélébile, à cause duquel ils ne peuvent être réitérés : qu’il soit anathème. »
(Session VII, 3 mars 1547, Décret sur les sacrements, canon 9)

Ce texte est explicitement repris dans le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1121) :

« Les trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordre confèrent, en plus de la grâce, un caractère sacramentel ou « sceau » par lequel le chrétien participe au sacerdoce du Christ et fait partie de l’Église selon des états et des fonctions diverses. Cette configuration au Christ et à l’Église, réalisé par l’Esprit, est indélébile, elle demeure pour toujours dans le chrétien comme disposition positive pour la grâce, comme promesse et garantie de la protection divine et comme vocation au culte divin et au service de l’Église. Ces sacrements ne peuvent donc jamais être réitérés. »

Résumons : pourquoi ces trois sacrements ? Comme les textes l’indiquent, parce qu’ils donnent une mission indélébile, une identité qui ne s’efface pas, une vocation permanente : le baptême fait entrer définitivement dans le Corps du Christ ; la confirmation fortifie pour témoigner de l’Évangile ; l’ordre configure le ministre au Christ pour le service de l’Église. On peut comparer cela à un sceau gravé dans la cire ou à une fondation d’une maison : on peut ensuite rénover, agrandir ou réparer la maison, mais on ne refait pas ses fondations. De même, on ne rebaptise pas, on ne reconfirme pas et on ne réordonne pas quelqu’un validement.

Les autres sacrements ne donnent pas un caractère, non parce qu’ils seraient moins importants, mais parce que leur grâce répond à des besoins qui reviennent au cours de la vie. L’eucharistie nourrit sans cesse, comme le pain quotidien. La réconciliation relève après chaque chute. L’onction des malades soutient dans l’épreuve. Le mariage crée une alliance durable entre les époux, mais il n’imprime pas un caractère sacramentel au sens théologique.

En résumé, le caractère sacramentel n’est pas une « médaille » que l’on reçoit, mais la trace durable de l’action de Dieu : il dit que le Christ a lié sa vie à la nôtre d’une manière irrévocable et nous confie une place stable dans son Église.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quand la notion de Trinité apparaît-elle dans la Bible  ?

Quand apparaît dans la Bible la notion de Trinité ?

La réponse se trouve au tout début de votre courriel, lorsque vous écrivez avec beaucoup de justesse :

« Découverte pour beaucoup d’entre nous : le Fils a toujours existé. Cela change la vision des choses qu’il va falloir oublier : nous pensions qu’il y avait, dans la Bible, un ordre chronologique. Il n’y a pas de notion de temps et d’espace pour Dieu. »

Voilà ! Le Fils est là depuis la Création du monde, consubstantiel au Père : le Père n’agit jamais sans le Fils et l’Esprit – ses « deux mains », pour reprendre la belle image de S. Irénée, citée par le P. Luc Mellet lors de l’une des précédentes rencontres. Et s’il fallait se le rappeler, le quatrième évangile nous l’annonce d’entrée de jeu : Au commencement était le Verbe (Jn 1,1).

Plus concrètement, lorsque, dans le Premier Testament, il est écrit : « Dieu dit… », « le Seigneur dit… », ce « dit » ne renvoie-t-il pas naturellement au Verbe, à la Parole de Dieu ? Toute révélation, toute alliance, toute parole de Dieu dans le Premier Testament passe par le Verbe, même si celui-ci n’est pas encore incarné. Concluons : le Fils est donc toujours la « porte », mais invisible et non incarnée.

Pierre G. (SEDIF)

 



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