10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Exode 3,14 – Le nom YHWH est-il utilisé par la seule religion juive ?

Concernant la révélation de son nom, YHWV apparaît dans le décalogue mais cette appellation n’est plus mentionnée dans nos églises ; le nom YAHVE serait-il utilisé par la seule religion juive ?

Le nom YHWH est (volontairement) imprononçable, à tel point que certains ne le prononcent – encore aujourd’hui – jamais. D’autres, y compris chez les chrétiens, n’écrivent pas Yahve, afin de ne pas le vulgariser, mais conservent le tétragramme dans tout son mystère : YHWH.

Ce nom n’est effectivement pas utilisé de manière courant par les chrétiens, sauf par ceux qui lisent et étudient la Bible. Ce n’est pas pour autant qu’il est devenu obsolète : on le retrouve dans Yehochoua (Ye = YHWH + Hochoua’ = sauver), qui a donné Yechoua’ en hébreu, Iesous en grec, Iesus en latin : Jésus = YHWH sauve ! Le Coran va changer le nom de Jésus en Issa, justement pour éradiquer le tétragramme divin présent dans le nom : hop, plus de divinité en Jésus ! C’est dire combien YHWH est au cœur du christianisme, encore aujourd’hui.

Enfin, il existe d’autres noms de Dieu qui ont connu des transformations similaires. Je vous recommande un sympathique article de l’excellent PRIXM sur le sujet : « YHWH » : le nom de Dieu dans la Bible hébraïque ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Comment concilier le Dieu de miséricorde avec ce Dieu guerrier ?

Dieu dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau nous semble différent. A-t-il évolué avec son peuple ? avec les hommes ? Essaye-t-il plusieurs « pédagogies » ? En d’autres termes : comment expliquer, comprendre, accepter un Dieu « méchant » et vengeur, quand la Mer Rouge se referme sur l’armée de Pharaon, quand il revient sur sa décision de « faire le mal qu’il avait annoncé » (Jonas)… un Dieu qui tue une partie de sa création, qui veut punir et faire le mal sur des hommes certes impies… mais quand même, ils font partie de sa création. Bref comment concilier le Dieu de miséricorde avec ce Dieu guerrier ?

Tout d’abord, il ne faut pas oublier que le Christ est la clef de compréhension ultime et définitive de Dieu. Qui m’a vu a vu le Père, dit Jésus à ses disciples. Le prêtre et poète Jean Grosjean écrivait : « Jésus accepte les mythes car il en a la clé, il leur donne un sens, il fait feu de tout bois. Il n’y a pas de nuits dont il ne soit la lumière. »

On comprend bien, dès lors, que Dieu ne peut vouloir la destruction, la violence, la vengeance, quand le Christ affirme que Dieu ne veut en perdre aucun… ou ce serait contradictoire ! Qu’en conclure ? Que nous sommes encore dans une histoire au long cours de la Révélation divine et que l’hagiographe (= auteur biblique) prête à Dieu des attitudes successives qui ne peuvent pas être la sienne fondamentalement.

C’est un bel enseignement pour notre temps : quand il y a une catastrophe naturelle, combien de fois entendons-nous que Dieu est injuste, que s’il l’était, il n’aurait pas autorisé cela, etc. On continue de prêter à Dieu des attitudes (actives ou passives) qui ne lui correspondent pas. On continue de se fabriquer des images de Dieu qu’il faut combattre en soi et purifier tout au long de notre vie.

En revanche, il ne s’agit pas pour autant de mettre au placard tous les passages dans lesquels Dieu se voit affublé d’un vêtement terrifiant, car Dieu enseigne à travers chacun d’eux. L’enjeu est précisément de comprendre, dans chaque histoire, chaque prophétie, chaque anecdote, chaque écrit sapientiel quel est l’enseignement de Dieu… Pour nous aiguiller, par exemple, nous avons les notes et renvois de nos Bibles. C’est également l’enjeu des malles à outils de donner du contenu enrichissant.

Enfin, la question de la violence dans le Premier Testament fera l’objet d’une étude de texte lors de la rencontre 4 (+ malle à outils avec beaucoup d’éléments sur le sujet). Je n’y reviens donc pas davantage…. pour le moment.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Exode 3,13 – Pourquoi Moïse demande-t-il le nom de Dieu alors que Dieu s’est déjà présenté ?

Pourquoi Moïse pose-t-il la question : « S’ils me demandent quel est Son Nom, que leur répondrai-je ? », alors qu’au verset 3,6, Dieu s’était déjà révélé : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » ?

Il faut comprendre que la question du Nom de Dieu est un enjeu essentiel de la révélation biblique. On la trouve déjà dans la Genèse, se nichant même au cœur du magnifique épisode de la lutte de Jacob avec l’ange (cf. réponse à une question d’un autre cénacle). Jacob ne reçoit alors pas de réponse ; c’est une révélation qui est faite – ou plus exactement, qui commence à être faite – à Moïse. Cette révélation du Nom recevra évidemment son couronnement avec l’incarnation du Fils, le Christ Jésus.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier les premiers mots du livre de l’Exode : Puis Joseph mourut, ainsi que tous ses frères et toute cette génération-là. Les fils d’Israël fructifièrent, pullulèrent, se multiplièrent et devinrent de plus en plus forts : le pays en était rempli (Ex 1,6-7).

Que lisons-nous ? Qu’il n’y a plus aucun témoin des bienfaits de Dieu, que tout le monde est mort, que le temps a passé (si l’on suit les estimations narratives, certains parlent de 400 ans)… Fin de l’alliance alors ? Eh bien non. Car la promesse de Dieu, elle, s’accomplit encore : ils croissent et se multiplient, comme Dieu l’avait annoncé à Abraham. Que transmettent-ils des bienfaits de Dieu, d’une génération à l’autre ? Ils ne sont pas encore un peuple constitué, tout juste un clan – les fils d’Israël – qui a grossi… Peut-être ont-ils un vague souvenir du Dieu de leurs pères, mais le texte ne nous le dit pas. On sait qu’ils crient, mais il n’est pas dit que ce soit vers Dieu : Au cours de cette longue période, le roi d’Égypte mourut. Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël, et Dieu les reconnut (Ex 2,23-25). Dieu se souvient… mais l’homme ? Aussi, quand il se présente, Dieu rappelle-t-il l’Histoire, la grande Histoire, mais qu’est-ce que Moïse en connaît ? Et en admettant qu’il en sache quelque chose, est-ce suffisant ? Surtout dans un pays aux dieux si imposants… Alors il ose lui demander un nom. Et Dieu lui répond par un nom qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un, un nom sur lequel on ne peut mettre les mains (cf. réponse à une question d’un autre cénacle).

Pierre G. (SEDIF)

 



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A-t-il fallu que Dieu aille jusqu’à la venue de Jésus sur Terre pour faire comprendre à l’Homme le message de Dieu ?

A-t-il fallu que Dieu aille jusqu’à la venue de Jésus sur Terre pour faire comprendre à l’Homme le message de Dieu ?

La formulation est curieuse, mais on pourrait en quelque sorte dire la chose ainsi. Bien que ce ne soit pas tant un message que Dieu Lui-même qui est révélé et donné aux hommes…

La Révélation est close avec la venue du Christ sur Terre et la mort du dernier apôtre : c’est ce qui fait la spécificité de l’inspiration des Écritures par rapport à tout autre texte inspiré par l’Esprit de Dieu. L’inspiration des Écritures vise la Révélation de Dieu pour notre salut.

Il y a deux dimensions à bien comprendre :
1/ en Jésus-Christ, Dieu s’est totalement révélé ;
2/ en Jésus-Christ, Dieu nous sauve de la mort et du péché.

C’est pourquoi le Christ « est à la fois le médiateur et la plénitude de toute la Révélation » (Dei Verbum n.2) : il nous révèle pleinement le Père, comme il le dit à Philippe (Jn 14,9), et nous réconcilie avec Dieu par le don total de sa vie.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi l’Église nous laisse-t-elle le choix entre deux types de Bible ?

Pourquoi l’Église nous laisse-t-elle le choix entre deux types de Bible (TOB et Jérusalem) alors que dans la rencontre 1, c’est l’Église elle-même qui a sélectionné les livres ?

En bref

Il n’y a pas deux types de Bible, l’Église ne reconnaissant qu’un seul canon invariable hérité de la Septante, mais deux types d’organisation des livres : tous y sont dans les deux cas, mais pas dans le même ordre, pour des raisons historiques et œcuméniques.

Développement

L’Église a fixé le canon des Écritures : il est invariable d’une Bible à l’autre, quelle que soit la traduction privilégiée… Le canon ecclésial reprend – pour le Premier Testament – la version de la Septante, majoritairement répandue dans les milieux juifs avant et après la naissance du Christ au Proche-Orient. De ce canon, il existe quantité de traductions, plus ou moins réussies. Il n’y a donc pas, à proprement parler, deux types de Bible. En revanche, il existe deux types d’organisation.

La Bible de Jérusalem et la Traduction liturgique de la Bible (celle que nous entendons à la messe) reprennent l’organisation de la Septante, qu’on pourrait qualifier de « traditionnelle » dans l’Église. La TOB reprend quant à elle l’ordre du TaNaK (la version hébraïque), en intégrant à la fin du Premier Testament les livres deutérocanoniques. Tous les livres sont donc présents, quelle que soit la version : seul l’ordre change.

On pourrait s’arrêter là, mais je suppose que vous voulez savoir d’où vient historiquement l’organisation de la TOB. C’est, pour faire (très très) simple, la convergence de deux facteurs…

D’une part, la Réforme protestante a rejeté au XVIe siècle les livres deutérocanoniques qui n’obéissaient pas selon eux à leur doctrine de la « sola scriptura », visant à remettre en cause toute autorité de l’Église : ils ont voulu se démarquer des catholiques et ont donc repris le canon et l’organisation du TaNaK.

D’autre part, le XXe siècle, surtout en sa seconde moitié, est marqué par la volonté d’une communion entre tous les chrétiens (catholiques, protestants et orthodoxes), en lien avec les racines juives : cet œcuménisme circonstanciel a conduit à des compromis de part et d’autre, les catholiques abandonnant pour l’occasion l’ordre de la Septante, les protestants intégrant pour l’occasion les livres deutérocanoniques, placés à la fin du Premier Testament, en italiques dans le sommaire.

Dans la malle à outils n°2, vous avez notamment une série d’articles courts et simples, intitulée « De la Bible aux Bibles », qui explique les différentes versions de la Bible… Si cela vous intéresse, je vous invite à regarder la page 3 et à cliquer sur les différents liens proposés. Il y a bien d’autres ressources sur le même sujet.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Est-il important de connaître l’Histoire pour situer les textes ?

Est-il important de connaître l’Histoire pour situer les textes ?

En bref

Oui, si l’on veut passer d’une lecture priante à une connaissance plus intime de Dieu. Dieu nous a créés avec une intelligence singulière, à la différence des animaux, qui participe pleinement de notre relation à Lui. Moins nous avons de connaissance de l’Histoire, plus le risque d’un « arbitraire subjectif » (Benoît XVI) croît.

Développement

Il est probablement possible de lire la Bible sans connaître l’Histoire, dans une perspective priante, mais je pense qu’on ne peut pas en faire l’impasse si l’on souhaite vraiment entrer dans l’intimité de la Révélation divine. C’est d’ailleurs dans la perspective de l’Alliance que les Hébreux ont commencé à raconter leur Histoire, pour comprendre toujours davantage le dessein de Dieu, ce qu’on appelle en théologie « l’économie du salut » (la manière dont Dieu s’y prend pour se révéler en vue de notre salut). Mais cette Histoire biblique s’inscrit plus largement dans l’Histoire… Dans l’enseignement vidéo de la deuxième rencontre, nous citons les deux grands tournants qu’ont été l’Exode et l’Exil, évoquons les dominations successives… L’invasion babylonienne, qui a provoqué l’Exil et la possibilité d’une éradication totale (ce qu’exprime très bien le court livre d’Esther par exemple), n’a pas les mêmes conséquences que l’invasion grecque qui va provoquer la révolte des Maccabées ; ces conséquences sont à autant à situer sur le plan humain que sur celui de la Révélation.

Comprendre l’Histoire, plus globalement que la seule Histoire biblique, c’est avoir accès à ces nuances et éviter ainsi des contre-sens qui ne cessent d’émailler notre lecture personnelle de la Bible, donc potentiellement notre conception de Dieu même. Car ne pas connaître cette Histoire, au contraire, ce serait s’exposer à un « arbitraire subjectif » (le nôtre) qui consiste à tout interpréter à notre seule lumière… Or Dieu pose des choix précis : tel homme, tel peuple, telle mère pour son Fils, tel apôtre, etc., et aussi telle époque, tel envahisseur, tel milieu culturel… Il n’est pas indifférent que le Christ se soit incarné dans un monde gréco-romain. Cela a eu beaucoup d’impact sur la compréhension des Écritures, sur le développement du dogme, etc. Si vous en avez le courage, je vous invite à lire sur ce sujet le beau et exigeant discours de Benoît XVI aux Bernardins en septembre 2008 : il parle notamment du « lien supérieur […] de l’intelligence et de l’amour » dans la lecture des Écritures.

C’est tout l’intérêt d’avoir une Bible de travail, avec des notes et des renvois : l’enjeu n’est pas de former des intellectuels et des scientifiques adeptes de l’archéologie, de la sémiologie, de l’exégèse historico-critique… C’est bien d’aimer le Seigneur dans toutes les dimensions de notre être : corps, cœur, âme, intelligence, volonté, esprit… Dieu nous a créés à l’image et à la ressemblance de Lui : toutes les parties de notre être – l’intelligence comprise, donc, sous peine de s’atrophier, de refuser une dimension essentielle de notre création – sont appelées à être unifiées dans l’amour, afin de « rendre amour pour amour »…

Pierre G. (SEDIF)

 



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