10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Dans quel ordre se passent les choses : jugement, purgatoire, face à face avec Dieu ?

Dans quel ordre se passent les choses : jugement, purgatoire, face à face avec Dieu ? Nous avons compris que pour voir Dieu il faut être purifié, mais pour rentrer en purification il faut déjà avoir la LUMIÈRE de Dieu sur nous ce que nous comprenons comme le jugement personnel. Il adviendrait à la mort et serait le moment du « oui » de l’homme à Dieu et donc déjà d’une « entrevue », entrevue qui provoque doublement l’adhésion (ou le refus) à l’amour et la lumière sur la distance/l’indignité qui nous sépare encore de Dieu. Comment comprendre cette confrontation à la lumière de Dieu, si ce n’est pas le face à face ultime ?

Oui, l’ordre est bien : jugement, purgatoire et face-à-face avec Dieu. C’est évidemment un ordre logique plus que chronologique, faute de temporalité en Dieu. On pourrait dire aussi : face-à-face avec Dieu, jugement, purgatoire, vision béatifique (face-à-face premium !). Ce serait de nouveau un ordre logique, et non chronologique.

Le jugement, comme la purification, est immédiat : il ne s’agit pas d’un procès extérieur, mais d’une rencontre avec le Christ où toute la vérité de notre personne est manifestée. Il y a déjà vision ou rencontre au même « moment » qu’il y a purification, et il y a purification dans le même « temps » que nous est donnée la vision pleine et entière, qu’on appelle vision béatifique : participation à la vie divine, communion parfaite avec Dieu et avec les saints…

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Pourquoi deux jugements : Dieu fait-il un second tri ?
=> Comment sait-on que le purgatoire existe car rien n’est marqué dans l’évangile ?
=> À quoi sert une prière pour les morts : adoucir le Purgatoire, ou le raccourcir ?

 



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Qui sont les « justes » mentionnés par S. Irénée ?

Qui sont les « justes » mentionnés par saint Irénée dans le 3e article de la Démonstration ?

Les Pères de l’Église, et notamment saint Irénée de Lyon, utilisent la plupart du temps les mots dans leur sens biblique. Pour comprendre qui sont ces « justes » dont il parle, il faut donc connaître et comprendre la grande figure du « juste » qui traverse la Révélation biblique, d’Abel (le premier à être qualifié ainsi) à Jésus.

C’est l’occasion d’un petit clin d’œil (et d’un rappel) à celles et ceux qui ont fait FIDEO Bible, preuve que notre père-évêque a bien eu raison de bâtir cette grande catéchèse en trois ans, en commençant par le fondement biblique.

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Aux origines, Abel est le Juste en qui Dieu se complaît, ce qui vaut à son sacrifice d’être agréé, contrairement à Caïn. Il meurt pour cette raison : le Juste est souvent en proie aux violences des méchants (nombre de psaumes évoquent cet aspect). Vous voyez déjà se dessiner en filigrane la figure du Christ dont Abel est une éminente figure – un « type » dirait saint Paul.

Je ne vais pas me lancer dans le descriptif des nombreuses figures du juste dans la Bible. Disons que le point est commun est la foi/confiance en Dieu, l’obéissance à ses commandements, l’intégrité personnelle et la droiture dans la conduite. Nous avons de nombreux versets explicites en ce sens :

  • Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité (Ha 2,4… parole reprise dans la lettre aux Romains : Celui qui est juste par la foi, vivra (1,17)
  • L’Éternel connaît la voie des justes et la voie des méchants périra. (Ps 1,6)
  • Or, que dit l’Écriture ? Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste (Rm 4,3)

Nous voyons avec cette dernière citation que la « justice » est une grâce, un don de Dieu accordé à qui pose un acte de confiance en Lui… Nous retrouvons cette même idée dans une autre épître de Paul, à ceci près que c’est désormais associé au Christ : Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu (2 Co 5,21).

En retour, le « juste » est chéri par Dieu qui le protège et l’accompagne : Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs cris (Ps 33,16).

 

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Revenons-en pour finir à S. Irénée de Lyon…

Le juste, c’est donc celui qui met sa foi en Dieu et vit de la vie divine : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » (Contre les hérésies, IV, 20, 7). Il insiste à plusieurs reprises, dans ses écrits, sur l’importance de la ressemblance de Dieu, évoquée dans la Genèse ; on pourrait ainsi dire que le juste est celui qui fait grandir en lui la ressemblance avec Dieu, de sorte que Dieu lui accorde sa bénédiction en abondance : « Dieu forma l’homme non pas parce qu’il avait besoin de lui, mais afin d’avoir quelqu’un sur qui répandre ses bienfaits. » (Contre les hérésies, IV, 14, 1)

Vous voyez qu’il n’est plus tant question d’observance des commandements que de demeurer fils de Dieu, à l’image du Christ, le Fils parfait. « De même que par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été constitués pécheurs, ainsi par l’obéissance d’un seul beaucoup seront constitués justes. » (Contre les hérésies, III, 18, 7, reprenant Romains 5,19) Le Christ – nouvel Adam – est le modèle et la source de toute justice. Participer à l’obéissance du Christ envers son Père (la source de tout Amour), entrer humblement et pleinement dans le plan de salut de Dieu, telle est la justice du chrétien.

Être juste, c’est finalement être toujours plus fils dans le Fils.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Que signifie le mot « incréé » : un don reçu ou Dieu Lui-même ?

Incréé : difficile à visualiser… C’est un don qu’on reçoit ou seul Dieu est incréé ?

Dans le cadre de sa 2e partie sur l’économie trinitaire du salut, le P. Luc Mellet intitule sa 2nde sous partie : « La progression de l’homme vers l’incréé », en miroir à celle qui précède, intitulée : « Le monde révélé comme création ».

Le mot « incréé » peut sembler effectivement compliqué à première vue… Relisons pour commencer la citation d’André Haquin, à la page 20 de votre polycopié : « Toute vie part de Dieu, créateur du ciel et de la terre et trouve son aboutissement en Dieu. »

La progression de l’homme vers l’incréé, c’est tout simplement son chemin de retour (reditus) vers Dieu et la participation de l’homme à la vie divine – Dieu et la vie divine (qui préexiste à nous mais devient le don qu’il nous fait) étant par définition incréés. Nous sommes appelés, nous créatures, à goûter de cette « in-création », c’est-à-dire à entrer dans l’éternité de Dieu. C’est la finalité de l’économie trinitaire du salut.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Le don précède-t-il l’action ?

Le don précède-t-il l’action ?

Parlez-vous de la vie intra-trinitaire ou du rapport de Dieu à nous ? Comme je ne sais pas ce qui, dans l’enseignement ou les textes, a suscité cette question, j’y vais à l’aveugle.

En Dieu, le don n’est pas seulement premier : il est l’être même de Dieu. Mais comme la nature de Dieu est de se donner, il y a un acte simultané ; c’est ce dont parlait Luc Mellet lors de la seconde rencontre, lorsqu’il mentionnait « l’acte de donation » du Père à son Fils. En d’autres termes, dans la vie intra-trinitaire, le don est action ; l’action est le don. Quoi qu’il en soit, en Dieu, il n’y a ni avant ni après ! Donc la question ne peut se poser en ces termes.

Ce qui me conduit naturellement à penser que vous parlez du rapport de Dieu à nous. Dans ce cas, il faut affirmer que la grâce de Dieu est toujours première, avant toute action humaine. Sans grâce préalable (ne serait-ce que le don de la vie, pour aller au plus évident), l’homme ne peut pas faire le moindre pas.

Dans la Bible, cela se décline toujours ainsi :

  • Dieu crée, nous existons ;
  • Dieu appelle, nous répondons ;
  • Dieu sauve, nous coopérons ;
  • Dieu envoie son Esprit, nous portons du fruit ; etc.

Nous sommes essentiellement des êtres seconds.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi le Credo n’est-il pas changé comme le Gloria lors de la messe ?

Pourquoi le Credo n’est-il pas changé comme le Gloria lors de la messe ?

Tout simplement parce que le Credo et le Gloria n’ont pas la même fonction liturgique. Le Gloria est une hymne de louange : sa formulation varie selon les traditions et les époques, et la liturgie peut d’ailleurs proposer (avec modération) d’autres chants ou textes de louange selon les célébrations. Le Credo, lui, est une profession de foi : il exprime de manière normative la foi commune de l’Église, reçue notamment des grands conciles. C’est pourquoi ses textes sont beaucoup plus stables : le Symbole de Nicée-Constantinople et le Symbole des Apôtres sont des formulations ecclésiales de la foi, que la liturgie ne peut modifier au gré des préférences — même si le célébrant trouve que « ça ferait plus moderne ». Donc en gros, si le Gloria peut évoluer dans sa forme, le Credo veille sur le fond.

 

Pierre G. (SEDIF)

 



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Si Dieu est amour, les catastrophes naturelles sont-elles liées au péché de l’homme ?

Si Dieu est tout puissant d’amour, est-ce que toutes les manifestations violentes de la nature sont en lien avec le péché de l’homme ?

Voilà une question passionnante, que je me suis longtemps posée jusqu’à ce que je lise La Femme pauvre de Léon Bloy, un roman prodigieux que je vous recommande ! Dedans, il est expliqué combien la faute originelle de l’humanité a entraîné toute la Création à sa suite.

Mais répondons en théologien : l’homme, destiné à être médiateur de la création, ayant rompu avec Dieu, la création elle-même en est affectée… C’est dire notre responsabilité ! Le Christ, nouvel Adam, restaure (et divinise !) cette même Création par sa mort et sa résurrection – nous demandant de prolonger cet acte dans notre propre vie… C’est dire (de nouveau) notre responsabilité ! Je vous recommande de lire le chapitre 8 de l’épître aux Romains, dans lequel saint Paul exprime cette réalité, avec notamment cette assertion : Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore (Rm 8,22).

Mais attention tout de même, une nuance s’impose pour éviter toute confusion : toutes les violences de la nature ne sont pas directement causées par un péché humain particulier. On a vu éclore cette thèse ici et là dans l’Histoire : tel tremblement de terre survient parce qu’une population aurait péché ; le SIDA est la conséquence, voire le châtiment, de la décadence morale des personnes homosexuelles, etc. L’Église a toujours rejeté cette logique terrible, dans le prolongement de ce que Jésus nous enseigne lui-même dans les évangiles.

Il y a d’ailleurs un épisode dans les évangiles qui aborde le sujet explicitement :

À ce moment, des gens qui se trouvaient là rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. (Lc 13,1-5)

Jésus distingue bien la violence naturelle de la violence morale… Un ouragan, un tremblement de terre, un tsunami n’a pas d’intention ni de volonté propre ! Le mal moral et spirituel (= péché) suppose une liberté.

Pour conclure : ce désordre du monde est la conséquence du péché en général : le péché originel a introduit un désordre dans l’harmonie originelle. Le salut est heureusement déjà en marche… à chacune et chacun de nous de faire notre part.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Quelle est la source du mal : notre liberté et le fait de dire non à Dieu ?
=> Où se situent le mal, le refus, la tentation, la chute, dans le Credo ?

 



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