10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Mort de Jésus et union hypostatique : y a-t-il séparation de l’âme et du corps, de ses natures humaine et divine ?

Questionnement sur la mort de Jésus : séparation temporaire de l’âme et du corps, entre la nature humaine et la nature divine, Jésus prenant sur lui tous les péchés humains, avant la résurrection dans la gloire ? Comment interpréter la parole de Jésus « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » prononcée sur la croix ? Ou faut-il voir plutôt une unicité permanente entre les natures humaines et divines, à sa naissance comme à sa mort ?

Eh bien… Quelle série de questions ! Seule la première demeure obscure : je vois le point d’interrogation qui ponctue « la résurrection dans la gloire », mais sans parvenir à saisir l’objet exact de votre question. Heureusement, les questions suivantes éclairent l’ensemble…

Alors je vais reprendre brièvement vos différentes affirmations de la première question pour les commenter.

1/ Oui, il y a bien séparation réelle de l’âme et du corps à la mort de Jésus, puisqu’il est vrai homme.

2/ On ne peut parler de séparation entre les natures humaine et divine… S’il y a une séparation au cœur de la nature humaine, il n’y en a pas dans la nature divine qui ne peut être vraiment séparée ni de l’âme ni du corps, du fait qu’il n’y a qu’une seule Personne divine – le Verbe. La divinité reste donc unie au corps dans le tombeau et à l’âme descendue aux enfers. Je vous renvoie à ce sujet au Catéchisme de l’Église catholique (n. 626) qui l’exprime clairement :

« Puisque le « Prince de la vie » qu’on a mis à mort (Ac 3, 15) est bien le même que « le Vivant qui est ressuscité » (Lc 24, 5-6), il faut que la personne divine du Fils de Dieu ait continué à assumer son âme et son corps séparés entre eux par la mort : « Du fait qu’à la mort du Christ l’âme a été séparée de la chair, la personne unique ne s’est pas trouvée divisée en deux personnes ; car le corps et l’âme du Christ ont existé au même titre dès le début dans la personne du Verbe ; et dans la mort, quoique séparés l’un de l’autre, ils sont restés chacun avec la même et unique personne du Verbe » (S. Jean Damascène, f. o. 3, 27 : PG 94, 1098A). »

Je vous recommande plus largement la lecture des numéros 624 à 630.

3/ Oui, Jésus a pris sur lui tous les péchés, comme l’attestent maints passages des Écritures : Jn 1,29 ; 2 Co 5,21 ; 1 P 2,24…

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Cela me conduit d’ailleurs tout naturellement à la deuxième question : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Il faut rappeler d’abord et avant tout qu’il s’agit là du tout premier verset du psaume 21 (22) : c’est d’abord la prière d’un Juif innocent, d’un juste confiant, à Dieu. Jésus au fond exprime la profondeur de son expérience humaine de l’abandon, sans pour autant que cela manifeste une rupture réelle avec le Père.

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Enfin votre dernière question… à laquelle j’ai finalement déjà répondu : nature humaine et nature divine ne sont pas séparées. Oui, il y a unicité permanente et indissoluble entre ces deux natures, depuis l’Incarnation et pour toujours. Cela voudrait dire sans cela qu’il y a fracture au sein de l’unique Personne divine, donc au sein même de la Trinité.

Le Concile de Chalcédoine a bien résumé cette union hypostatique (= deux natures complètes, humaine et divine, unies dans une seule hypostase – ou personne divine : le Verbe éternel) selon cette formule que vous connaissez désormais bien : « Un seul et même Fils, Notre Seigneur Jésus Christ, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. »

 

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur l’union hypostatique :
=>Le Fils a-t-il renoncé à certaines prérogatives divines pour accomplir sa mission sur Terre ?
=> Le Christ est-il tour à tour vrai Dieu puis vrai homme ?

 

 



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Quelle est la source du mal : notre liberté et le fait de dire non à Dieu ?

Quelle est la source du mal puisque ce n’est pas Dieu ? Est-ce que la liberté implique la nécessité de la possibilité du mal ? Est-ce que la source du mal est simplement le fait de dire non à Dieu ? mystère…

Au commencement, nous le savons, tout est bon, et même très bon. En Dieu, tout est beau, tout est parfait ; en sa Création aussi (Gn 1). S’il fallait se convaincre, l’apôtre Jacques nous le rappelle dans son épître : Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne (Jc 1,13).

Alors, d’où vient le mal ? À quel moment cela dérape-t-il ?

Un de mes professeurs, le père jésuite Jean-Marie Hennaux, commentait le livre de la Genèse en montrant que le mal ne faisait pas irruption au moment où l’être humain dit non à Dieu, mais au moment précis où il se laisse la possibilité de pouvoir lui dire non, c’est-à-dire dès lors qu’il envisage un autre choix le bien, qu’il finisse ou non par le choisir…

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Cela peut nous éclairer sur ce qu’est le mal : le mal n’est pas une « chose » créée, mais une privation du bien. Comprendre cela est la clef de bien des questionnements, de la Création aux fins dernières (l’enfer comme privation de Dieu). Le mal surgit quand une créature libre se détourne de Dieu, source du bien.

On parle ici du mal moral et spirituel, mais c’est valable aussi pour le mal physique : le mal de l’unijambiste consiste en son manque, sa privation d’une jambe. Il en est ainsi de toutes les maladies. Le mal a une densité existentielle, dans le sens où la souffrance prend une épaisseur en nous, dans notre corps et dans notre psychologie, mais le mal comme tel n’est qu’absence, manque, privation de bien.

Quand vous mangez trop, quand vous buvez trop, quand vous dormez trop, quand vous… trop !, cela ne signifie pas que la nourriture, la boisson, le sommeil ou que sais-je encore, sont mauvais : c’est que vous détournez une chose bonne d’une fin bonne. Le mal réside dans la privation de cette fin bonne, dans le choix d’un bénéfice immédiat (qui n’est pas mauvais en soi) au profit d’un bien réel… qui vous manque. Manger une tablette de chocolat n’est pas un mal en soi, ; le faire l’un des deux seuls jours de l’année où l’Église demande un jeûne, c’est autre chose : vous vous privez du bien vers lequel tend le Corps du Christ tout entier.

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Reste votre question intermédiaire : oui, la Bible présente l’origine du mal moral dans la liberté des créatures – anges (la chute de Satan) et humains (Gn 3). La liberté authentique implique notamment la possibilité de refuser Dieu ; sans cette possibilité, il n’y aurait ni amour véritable ni obéissance libre.

Mais attention toutefois à ne pas remettre toute la faute sur la liberté… L’an dernier, lorsqu’on étudiait la Bible, un cénacle m’a écrit pour me dire qu’il aurait mieux valu que la liberté soit limitée, voire inexistante, afin de vivre dans la grâce sans se poser de questions. Nous aurions alors été soumis à Dieu, mais peinards !

Rappelons-nous que Dieu nous veut libres, que c’est son projet, que là réside la beauté de sa Création. Rappelons-nous surtout que la liberté en elle-même n’est pas peccamineuse : elle est un don bon de Dieu, lié au fait que l’homme est créé à son image (Gn 1,26-27). La Vierge Marie, avec son « oui », nous le rappelle constamment. Le péché ne réside pas dans la liberté, mais dans son mauvais usage. La liberté est ordonnée au bien ; elle n’est déficiente que lorsqu’elle choisit un bien inférieur contre Dieu : nous l’avons vu avec l’exemple de la tablette de chocolat le Vendredi Saint !

Vous me direz : après la chute, la liberté humaine est blessée, encline au péché ! C’est vrai, saint Paul le dit lui-même dans sa Lettre aux Romains (cf. Rm 7) ; mais elle ne devient pas pour autant mauvaise par nature. Elle demeure capable, par la grâce, de se tourner vers Dieu. Ainsi, la possibilité de refuser Dieu appartient à la structure de la liberté créée, mais le refus lui-même — non la liberté — constitue le péché.

Pour le dire en une formule synthétique : ultimement, l’origine du mal ne réside pas dans la liberté comme telle, mais dans le refus lui-même.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Où se situent le mal, le refus, la tentation, la chute, dans le Credo ?
=> Si Dieu est amour, les catastrophes naturelles sont-elles liées au péché de l’homme ?

 



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Où vivrons-nous la vie éternelle : sur notre Terre transfigurée ?

Mais où vivrons-nous la vie éternelle ? Sur notre Terre transfigurée ?

Ah la bonne question… N’hésitez pas à me transmettre l’information lorsque vous y serez !

Plus sérieusement, la vie éternelle est conçue comme l’accomplissement de toute la création. À la question : « Où vivrons-nous ? », je ne peux que répondre par ce que la Bible nous enseigne : dans la communion avec Dieu, au sein d’une création transfigurée. C’est vrai, comme le montre votre question, que l’on parle de « terre »… Le terme est-il correct ? Oui, puisqu’il nous vient des Écritures : ciel nouveau et terre nouvelle (Ap 21). Il indique le sens d’une continuité réelle : c’est la même création que Dieu sauve et transfigure, comme notre corps ressuscité est le même que notre corps terrestre, mais glorifié.

Toutefois, il ne faut pas imaginer – et c’est peut-être là notre difficulté – une simple amélioration matérielle de notre corps et de la planète actuelle. Sinon, pourquoi les femmes et les disciples seraient-ils incapables de reconnaître le Christ au tombeau ou sur le chemin d’Emmaüs ? Il y a bien une dissemblance.

La tradition insiste sur une discontinuité aussi : la création nouvelle dépasse radicalement nos catégories d’espace et de temps actuels. La réalité finale est souvent décrite, comme vous le dites justement par ailleurs dans votre courriel, comme la Jérusalem céleste, symbole de la communion parfaite entre Dieu et l’humanité.

Au fond, et l’on y revient toujours, le cœur de la vie éternelle n’est pas un lieu géographique, mais la vision béatifique : le face-à-face avec Dieu. Par Jésus-Christ, dans l’Esprit Saint, nous sommes introduits dans la communion avec le Père. La création nouvelle est le cadre de cette communion, mais son centre est Dieu lui-même. Dit autrement, nous vivrons la vie éternelle dans une création transfigurée, mais surtout en Dieu.

J’ai bien conscience que cela ne répond pas pleinement à la question du « où », du « comment »… Mais faute d’avoir visité les lieux, je me contente des petites cartes postales envoyées dans l’Écriture sainte !

 

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Attendons-nous vraiment le retour du Christ ?

 



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Quelle place pour la Trinité dans le retour du Christ en Gloire ?

Quelle place y a-t-il pour la Trinité toute entière dans le retour du Christ en Gloire ?

La réponse ici est simple, rejoignant celle de bien d’autres questions qui s’interrogent sur ce qui est commun aux Trois : eh bien, tout est commun aux Trois, sauf ce qui touche à leurs relations !

Dans la foi catholique, le retour du Christ en gloire (la Parousie) est ainsi l’œuvre de la Trinité tout entière. Toute action divine extérieure est œuvre commune des trois Personnes, même si chacune s’y manifeste selon sa propriété propre. Si l’on voulait tirer un peu le fil, on pourrait dire que le Père vient pour tout réconcilier en Lui, que le Fils revient pour juger et régner, que l’Esprit vient pour revivifier et transfigurer. Mais dans le fond, les Trois font… tout cela !

Un seul Dieu, une manière unique d’être Dieu, pour reprendre les mots du P. Luc Mellet au début de notre aventure…

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Attendons-nous vraiment le retour du Christ ?

 



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Attendons-nous vraiment le retour du Christ ?

Nous avons également été interpelés par l’attente du retour du Christ. L’attendons-nous vraiment… Il nous faut le demander dans la prière.

Je suis bien d’accord ! Voilà un grand impensé de notre vie quotidienne… alors même que cela pourrait bouleverser notre manière d’être, de penser et d’agir, jour après jour. Méditer, ne serait-ce qu’une fois par semaine, sur les fins dernières, voilà qui nous tournerait pleinement vers la Lumière et chasserait bien des péchés dans notre âme souvent trop encombrée de nous-même.

Et puisque nous sommes dans une formation exigeante, une petite nuance dans votre propos : mieux vaut parler de « venue dans la gloire » que de « retour » du Christ. Dans l’absolu, le terme « retour » n’est pas faux, mais il peut faire penser que le Fils serait parti ou absent du monde, comme on quitterait une pièce pour y revenir plus tard. Or, depuis son Ascension et par le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, le Christ reste réellement présent et agissant dans son Église, notamment par les sacrements. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, il ne s’agit pas d’un simple retour en arrière, mais d’une manifestation définitive et éclatante de sa seigneurie.

On pourrait comparer cela à un roi déjà présent dans son royaume, mais qui, un jour, apparaît publiquement en habits de lumière : il ne revient pas d’exil, il se révèle dans toute sa gloire. Bon, toute comparaison à ses limites, et celle-là particulièrement, mais c’est la seule qui me vient aujourd’hui à l’esprit… Demain est un autre jour !

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Quelle place pour la Trinité dans le retour du Christ en Gloire ?

 



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Quels sont les métiers incompatibles avec l’engagement religieux ?

Quels sont les métiers « incompatibles » avec l’engagement religieux dont parle le P. Luc ?

Quels métiers ne permettent pas d’être baptisé ?

L’affirmation : « certains métiers ne sont pas en cohérence avec l’engagement chrétien » est éclairée par ce qui suit : « refus de l’adoration des pouvoirs publics, refus de la superstition, de la manipulation des plaisirs ».

Cela me semblait clair mais voici quelques développements : par exemple, les cartomanciennes et tout ce qui se rapporte à ces superstitions… dans les temps anciens, tous les métiers de l’administration romaine qui impliquait un culte à l’empereur.

Aujourd’hui, certains régimes politiques imposent un « culte » à l’homme ou la femme, ou le groupe au pouvoir. Par exemple, les émissaires des dictatures contemporaines, des entreprises qui nient ouvertement la nécessité du respect de la création et qui détruisent sciemment la biodiversité… les exemples sont légion. Dans le domaine de la psychologie ou du psychisme : la manipulation des plaisir = les métiers qui collaborent avec la diffusion ou « filmage » de pornographie, de mise en scène pornographique des personnes à leur insu, la fabrication de poupées pédopornographiques, les métiers qui militent pour la manipulation des personnes vulnérables (par l’achat contraint ou autre…) et tellement d’autres… les influenceurs qui poussent les ados au suicide,  à la scarification… et tous les métiers qui sciemment œuvrent pour la diffusion de ces pensées…

Mais nous pouvons aussi penser à la perversion morale que représente la diffamation, le fait de répandre sciemment de fausses informations sur les personnes dans le monde politique, économique, culturel. Les métiers qui usent de la force et de la capacité à tuer sans aucun respect des règles internationales, des personnes, des institutions…

P. Luc Mellet

 



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