28 mai 2026

Saint Germain

Auteur/autrice : Jacques Teissier

La petite fille de la cathédrale de Nîmes

La cathédrale de Nîmes, un Vendredi Saint, et une image qui vacille entre présence et absence. Le regard d’une petite fille peinte vient percuter celui du visiteur et ouvrir une faille intime inattendue. Chez Jacques Jaume, cette rencontre visuelle devient une expérience de vertige où le temps semble se superposer.

Dans ce tableau, une enfant énigmatique concentre une intensité silencieuse qui dépasse la scène religieuse elle-même. La contemplation se transforme en trouble profond : deux visages semblent se répondre, se confondre, se reconnaître. Une lecture sensible et troublante, où la peinture devient mémoire vivante et révélation intérieure.

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C’est un Vendredi Saint, tôt le matin, que j’ai rencontré la petite fille de la cathédrale de Nîmes. Seul et ayant un moment pour moi, je me suis dirigé vers la cathédrale laissée à elle seule ou presque, simplement quelques personnes assises priaient dans la chapelle de l’Évêque ouverte pour cette occasion. L’autel était paré de magnifiques fleurs et illuminé de cierges, le tabernacle, comme il se devait, était vide montrant une Absence réelle.

Au cœur même de l’édifice, alors que son immense nef était vide, elle était là, cette petite fille, présente et attentive, de profil et semblant occupée presque préoccupée. Cette rencontre non pas en face à face, mais de face à profil m’a surpris et m’a rempli de joie. Comme si sa petite présence, sa toute petite présence gardait ce lieu où tant de monde prie, se recueille et demande grâces et secours à Dieu et où de splendides cérémonies font vivre les prémisses du ciel. Elle, ma petite fille rencontrée comme dans un jeu, était là de profil, attentive à ce qu’elle faisait?; sa présence embaumait l’église, la remplissait d’un «?je ne sais quoi?» de magnifique et de subtil, comme une fragrance peut révéler la magie d’un lieu.

J’ai connu une petite fille, belle radieuse et remplie de trop plein de bonheur qu’elle déversait à qui voulait en recevoir. Elle était belle, simple, tendre et gentille, un univers d’amour à elle seule et prête à aimer et à changer le monde par son amour. Ma toute petite fille a disparu par évanescence et j’ai la grande tristesse de ne plus la rencontrer, de ne plus l’embrasser, mais l’amour qui l’habitait est si fort que je le ressens pareillement et qu’il est encore présent. Mais la vie est ainsi faite. Malgré ses embûches il faut revenir à Dieu et à l’espérance. Plutôt blonde, la petite fille de la cathédrale de Nîmes, avait des cheveux sagement rangés en queue de cheval, bien cachée derrière ses oreilles si petites et si délicates. Sa tête lors de notre rencontre était à demi fléchie sur son petit cou où l’ombre de son menton accentuait la perspective. Elle avait un geste de bienfaisance et de douceur, ses bras à demi-pliés, elle faisait reposer ses deux petites mains sur ce que l’on pouvait comprendre comme son ouvrage.

Ce geste si naturel et si simple amplifia en moi le souvenir de ma petite fille où un jour de tristesse, levant son visage si jeune et si pur vers le mien, vieilli et ridé, elle m’avait pris la main en signe de compassion et de compréhension, semblant me dire «?je suis là?». Comme il est écrit dans les textes de la Bible 365 fois, soit une fois par jour, «?N’aie pas peur?» «?Ne crains pas?»…, Dieu nous rassure, car «?je suis là?» est le seul remède à la peur. La Présence est le seul remède à la peur. Pour ma petite fille dire «?je suis là?» suffisait, tout comme pour la petite fille de la cathédrale de Nîmes qui me disait «?je suis là?», «?n’aie pas peur?», elle aussi me montrant sa commisération. Vous savez tous ce qu’apporte lors de difficultés de vie cette petite phrase «?je suis là?», c’est je pense le meilleur des remèdes et des médications.

La petite fille de la cathédrale en ce matin de vendredi saint était vêtue d’une longue robe blanche avec de courtes manches, ses bras étaient recouverts de manches grises jusqu’au poignet qui passaient par les petites manches de sa robe blanche. Elle était aussi belle qu’elle était simple, elle était aussi belle qu’un vendredi saint est triste et nous renvoie à nos chagrins et nos peines. Elle était belle cette petite fille de la cathédrale et elle semblait renfermer le monde pour le changer en bonté, en charité, en espérance et en délicatesse, comme ma petite fille à moi. Mais que manquait-il à cette rencontre remplie de gaieté, de félicité en principe étrangère au Vendredi Saint et qui me subjuguait?? Il manquait en fait, et je ne m’en étais pas rendu compte vu la grâce que je vivais, dans laquelle ma petite fille m’accompagnait, elle qui était absente depuis trop longtemps, d’entendre sa voix, la voix de la petite fille de la cathédrale de Nîmes que je venais de rencontrer en compagnie de ma petite fille.

En y regardant de plus près, j’aperçus au tour de la tête de la petite fille de la cathédrale de Nîmes une surface d’or, une auréole ! La petite fille de la cathédrale de Nîmes était la vierge enfant du tableau de Melchior Doze représentant l’éducation de la Vierge par sainte Anne. Splendide et resplendissante pendant un court instant elle avait eu la charité de me rencontrer et de me faire évoquer ma petite fille à moi et sa tendresse.

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La troisième et dernière chapelle sud de la nef de la cathédrale de Nîmes est dédiée à sainte Anne. Un tableau de Melchior Doze y évoque l’éducation de la Vierge par sainte Anne. Un sarcophage paléochrétien est présent sur le côté, celui du cardinal François Joachim de Pierre. Le tableau représente dans une ville du Moyen-Orient, Anne, très âgée, qui apprend à lire à la Vierge Marie enfant. La scène a des témoins émus : Joachim à droite et des anges porteurs de grandes tiges de lys à gauche. Trois tableaux de Melchior Doze se retrouvent dans la nef de la cathédrale de Nîmes : Saint Louis étendu mourant sur son lit, et remettant ses pouvoirs à son fils Philippe qu’il bénit ; La vision de Saint Firmin où paraît, dans l’attitude de l’extase, ce grand évêque d’Uzès ; ainsi que L’éducation de la Vierge par Sainte Anne. On peut lire une inscription dans l’angle inférieur gauche : M Doze 1882.

Melchior Doze est un peintre gardois né le 16 décembre 1827 à Uzès et mort le 10 avril 1913 à Nîmes. À quinze ans, il entre à l’école de dessin de la ville. Il perfectionne son art en côtoyant Hippolyte Flandrin, venu à Nîmes pour décorer la toute nouvelle église Saint-Paul. Sa première œuvre qui va le faire réellement connaître, à vingt-cinq ans, est une Visitation, en premier lieu présentée à Nîmes en 1852, puis exposée à Paris à l’exposition universelle de 1855, pour enfin orner la collégiale Notre-Dame-des Pommiers à Beaucaire. En 1857, il rencontre Joseph Félon présent à Nîmes pour surveiller l’accomplissement de ses cartons, pour les vitraux de l’église Sainte-Perpétue-et-Sainte-Félicité. Doze le rencontre l’écoute et bénéficie de ses conseils. Son art et presque exclusivement consacré à la peinture religieuse, il décore de nombreuses églises du département du Gard. Son génie le fait appeler à Lourdes où il dessine les cartons des deux premières mosaïques de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire à Lourdes : La Nativité en 1893 et L’Annonciation en 1895. Ce sont les deux premières en date des quinze mosaïques de la basilique illustrant les mystères du Rosaire.

Permettez-moi d’avoir une pensée pour cette petite fille du tableau de Doze, elle en a eu et en a tant pour nous par sa présence continue. C’est certainement une petite Nîmoise que le Maître a prise comme modèle. Peut-être a-t-il pris comme modèle une petite fille proche de lui, de ses connaissances ou de sa famille?? Qu’est-elle donc devenue, après 1882, cette jolie petite fille qui a incrusté sa grâce et un instant de son existence dans la toile du peintre nîmois?? A-t-elle été heureuse ou malheureuse?? Croyante ou incroyante, elle qui personnifiait l’enfance de la Vierge?? Comment s’est déroulée sa vie, elle qui durant un instant a été la sainte Vierge?? L’a-t-elle protégée?? Mais il faut vous dire merci, à vous monsieur Melchior Doze, de m’avoir permis de rencontrer la petite fille de la cathédrale de Nîmes en compagnie de ma petite fille, en ce Vendredi Saint et d’avoir eu le bonheur d’éprouver toute la joie qu’elle m’a procurée.

Jacques JAUME

 

Série : les merveilles du Gard, par Jacques Jaume
5/ Quand la pierre raconte : le message vertigineux de la frise romane de Beaucaire
4/ La Croix de Camargue : un patrimoine centenaire exceptionnel
3/ Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes
2/ L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise
1/ Merveilles du Gard : la Sainte Face de Saint-Gilles

 



 

Quand la pierre raconte : le message vertigineux de la frise romane de Beaucaire

Une frise qui défie le temps… Voici le trésor sculptural méconnu de la ville de Beaucaire, chef-d’œuvre en relief de figures, de symboles et de mystères, gravé sur le fronton de la collégiale Notre-Dame-des-Pommiers. Entre art et foi, le docteur et écrivain Jacques Jaume nous en propose une lecture vivante, passionnée et spirituelle, entre flagellations romanes et élévations mystiques.

Sur le côté oriental de l’église Notre-Dame-des-Pommiers, reconstruite au XVIIIe siècle, à quinze mètres environ de hauteur, on retrouve la frise romane issue de la collégiale édifiée dès 1096 à cet emplacement.

Incorporée au sein du mur est du clocher, elle est datable du XIIe ou XIIIe siècle. Elle est considérée comme le seul vestige de l’ancienne église romane, mais il y en a d’autres.

Le passant se doit de lever la tête pour diriger son regard vers ce bandeau décoré de sculptures qui représentent le déroulement de la Passion du Christ.

Cette frise romane intacte, mais chamboulée, a été classée « Monument historique » par arrêté du 13 octobre 1942. Elle est un élément célèbre de la sculpture romane provençale de quatorze mètres de long, les personnages ont, eux, 0,90 m de hauteur. Cette imagerie descriptive moyenâgeuse narre les épisodes de la Passion du Christ en onze scènes, sculptées sur dix-neuf blocs de pierre. L’ordre des scènes a été bousculé lors de leur déplacement au XVIIIe siècle.

On reconnaît, en effet, de gauche à droite :
1) Le Christ prédisant à saint Pierre son reniement (2 blocs)
2) Le lavement des pieds.
3) La Cène (4 blocs ; longueur : 3 m 60).
4) L’épisode du jeune homme arrêté et de saint Pierre coupant l’oreille de Malchus
5) Judas recevant l’argent du grand-prêtre Caïphe
6) Les hommes armés de fouets et d’un glaive venant arrêter Jésus
7) Le baiser de Judas
8) Le Christ conduit devant Pilate (2 blocs)
9) Le Christ devant Pilate
10) Le Christ attaché à la colonne ou la flagellation
11) Trois hommes, dont deux armés, l’un d’un gourdin.
12) Deux charpentiers portant des clous et un marteau et le Portement de croix par Simon le Cyrénéen
13) Les Saintes Femmes au tombeau
14) Les Saintes Femmes achetant des aromates (les deux scènes ont été inversées).

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger gratuitement et en exclusivité ici : La frise de Notre-Dame-des-Pommiers de Beaucaire : les flagellations romanes (pdf)

 

Lire aussi, du même auteur :
Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes
L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise
Merveilles du Gard : la Sainte Face de Saint-Gilles

 



Crédits photographiques : Deodatus (source : Flickr)



 

Arnaud 25 (source : Wikipedia – Licence : CC BY-SA 4.0)

La Croix de Camargue : un patrimoine centenaire exceptionnel

En 1924, le marquis Folco de Baroncelli a la géniale intuition de commander à l’artiste René Georges Hermann-Paul un symbole pour son nouvel Ordre de Chevaliers camarguais. Ainsi naît la célèbre Croix de Camargue, inspirée par les vertus théologales et la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Revivez l’histoire centenaire et exaltante de cette Croix connue aujourd’hui dans le monde entier, avec le docteur Jacques Jaume, Secrétaire perpétuel de l’Académie de Saint-Gilles et de la Camargue.

On ne peut évoquer la croix de Camargue sans s’intéresser à la Camargue : son territoire, sa géographie…, sans s’intéresser à sa population : les Camarguais, les gardians, les manadiers, les pêcheurs… et bien sûr sans évoquer Folco de Baroncelli.

Folco de Baroncelli, marquis issu d’une famille aristocrate florentine, baptisé en Avignon où vivait sa famille, fut élevé un temps par sa grand-mère à Nîmes où il fera ses humanités.

Peut-être à la suite d’un pèlerinage aux Saintes-Maries décida-t-il de s’installer en Camargue, au mas de l’Amarée ?

Il y deviendra le chef reconnu de la « nation gardiane » et sera l’initiateur d’un folklore camarguais. Il fera connaître et développer la Camargue comme un territoire de premier plan. Se veut-il chevalier de la Camargue ?

Catholique, sa foi le conduit à la réalisation de la croix de Camargue avec l’aide de René Georges Hermann-Paul, artiste peintre, et de Joseph Barbanson, maître forgeron des Saintes-Maries-de-la-Mer.

Cette croix de Camargue, croix Gardiane, renferme les trois vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité.

La Foi, vertu théologale par laquelle on croit en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et révélé.

L’Espérance, vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit.

La Charité, vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu.

Les trois vertus théologales sont représentées par les trois symboles de la Camargue : les tridents qui évoquent la profession des gardians, qui incarnent la foi de ces chevaliers de Camargue et leur lance de combat ; le cœur, au centre, qui rappelle la charité l’Amour divin, et l’ancre, attribut des pêcheurs des Saintes-Maries, symbole de l’espérance.

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger gratuitement et en exclusivité ici : Jacques Jaume – La Croix de Camargue (pdf)

 

 



Crédits photographiques : Arnaud 25 (source : Wikipedia – Licence : CC BY-SA 4.0)



 

Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes

Merveilles du Gard – L’histoire d’Aigues-Mortes est indissociable d’une grande figure de l’Histoire de France et de l’Eglise : saint Louis. Peu savent toutefois que la cité gardoise dispose de reliques de cet homme qui a marqué la société de son temps. L’occasion de redécouvrir un des trésors cachés du Gard, avec le docteur et écrivain Jacques Jaume, en le liant avec la vie ecclésiale d’aujourd’hui.

À   E.  J., en fraternité.

Louis IX, roi de France, créa Aigues-Mortes afin de disposer d’un port donnant sur la Méditerranée. En 1248, il quitte Aigues-Mortes pour la septième croisade, un voyage périlleux dont l’objectif était la reconquête de Jérusalem.

L’échec de cette croisade (1248 –1254), qu’il interprète comme une punition divine, l’affecte énormément.

À l’été 1266, il annonce secrètement au pape Clément IV son désir de se croiser une seconde fois.  Le 14 mars 1270, il va chercher le bâton de pèlerin et l’oriflamme à Saint-Denis. Le 15 mars, il se rend pieds nus de son palais à Notre-Dame et fait ses adieux à son épouse Marguerite de Provence. Après plusieurs étapes marquées par la visite de sanctuaires, le roi et ses fils arrivent à Aigues-Mortes où ils sont rejoints par Thibaut de Navarre et d’autres croisés.

Le roi et son escorte s’embarquent le 1er juillet 1270 sur la nef La Montjoie. Après une brève escale en Sardaigne, les croisés débarquent près de Tunis.

Après plus de 43 années de règne, le roi Louis IX ou saint Louis, s’éteint le 25 août 1270 à Carthage, victime de l’épidémie qui frappe son armée, à l’âge de 56 ans.

Melchior Doze, Saint Louis mourant remettant ses pouvoirs à son fils Philippe, 1883 (Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor)

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Le jour même de la mort de Louis IX, son frère, Charles d’Anjou, roi de Sicile, entre avec sa flotte dans le port et se précipite à son chevet. Suivant l’usage, il fait procéder à la décarnisation du cadavre royal.  Il s’agit d’ouvrir le corps du roi, d’en sortir les organes, dont le cœur, précieusement mis de côté pour être l’objet d’attentions particulières. Les morceaux dépecés sont mis à bouillir dans un mélange d’eau et de vin. On détache les chairs cuites, on nettoie soigneusement les os.

Les éléments de la dépouille du roi sont destinés à être répartis en deux ensembles.  Philippe III, fils et successeur du défunt roi, emporte les éléments du squelette en France, tandis que son oncle, Charles d’Anjou, se voit remettre le reste du corps, destiné à être conservé en son royaume, la Sicile.

Les restes de Louis IX traversent la France, passant par de nombreuses villes ou lieux de pouvoir : Mâcon, Cluny, Troyes… Paris est atteinte en mai. Ils passent, entre autres, par la Sainte-Chapelle, dont le défunt avait été le commanditaire. L’inhumation a lieu neuf mois après la mort de celui qui, un peu moins de trois décennies plus tard, sera déclaré saint par l’Église sous l’impulsion de son petit-fils, Philippe IV le Bel.

Louis IX est canonisé le 11 août 1297 sous le nom de Saint-Louis-de-France par le pape Boniface VIII. S’il est précocement canonisé, sa vénération tarde à se répandre. C’est seulement à partir du XVIIe siècle qu’il devient véritablement un saint dynastique. Sa fête liturgique est fixée au jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 25 août.

Mort de saint Louis à Tunis le 25 août 1270. Miniature du manuscrit Vie et miracles de saint Louis enluminé par Mahiet et écrit par Guillaume de Saint-Pathus

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Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes relient les catholiques à celles qu’il a déposées dans la Sainte-Chapelle et à la sainte couronne d’épines dont la custode est Notre-Dame de Paris.

Ce sont des parcelles de son corps « préparé » par son frère, Charles d’Anjou, roi de Sicile, que les fidèles viennent vénérer et prier pour qu’elles intercèdent. Elles sont un lien entre le saint roi de France, Père des chevaliers français et notre ici et maintenant.

C’est à cette date du 25 août que la cité médiévale gardoise célèbre cette épopée historique à travers une semaine festive grandiose, où la cité retrouve l’ambiance si particulière du Moyen Âge. À côté des festivités profanes se déroule une procession qui amène les fidèles près des reliques du saint roi au cœur de Notre-Dame-des-Sablons pour une messe.

En cette année 2025, la procession et la messe présidée par le père Frédéric Auriol, chapelain de la délégation de l’Ordre de Malte pour le Gard, ont eu lieu le dimanche 24 août.

En tête de la procession, suivant la statue portée de saint Louis, les deux confréries invitantes : la Confrérie des Pénitents gris et celle des Pénitents blancs d’Aigues-Mortes ; puis les confréries jacquaires : la Fraternité Jacquaire de Septimanie, le Lien de Saint-Jacques à Saint-Gilles ; les confréries hagiologiques : la Confrérie des saintes Maries de la Mer, celle de sainte Marie-Madeleine de Beaucaire ; les confréries pénitentielles : la Dévote et respectable Confrérie des Pénitents blancs de Montpellier, la Dévote et royale Compagnie des Pénitents bleus de Montpellier, la Dévote et royale Compagnie des Pénitents gris d’Avignon ; les ordres de chevalerie  : l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem et l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.

La procession en respectant l’ordre protocolaire pénètre au sein de la custode, Notre-Dame-des-Sablons, qui protège les saintes reliques de saint Louis.

Les fidèles de plus en plus nombreux viennent prendre place eux aussi en peuple racheté pour suivre et participer à cette communion.

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger ici en pdf : Jacques Jaume – Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes.

Reliquaire contenant les reliques du roi de France saint Louis – Notre-Dame-des-Sablons à Aigues-Mortes Photographie Jacques Jaume©

 



 

L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise

Merveilles du Gard – Le 10 août 2025 en fin d’après-midi s’est déroulée à Saint-Laurent-d’Aigouze une importante manifestation : Le jubilé de la Nacioun gardiano. Celle-ci était présidée par le père Alain Noblet, curé du lieu. Pourquoi à Saint-Laurent-d’Aigouze ? Pour sa proximité physique et culturelle avec la bouvine et toutes les traditions camarguaises. Découverte d’un lieu quasi unique, centré sur son étonnante église, avec le docteur et écrivain Jacques Jaume.

Le 10 août est le jour de la fête patronale de saint Laurent et en cette année 2025 s’est ajouté aussi le jubilé des gardians, de la nation tout entière des gardians. C’est de l’église que démarra la procession du saint patron pour faire son chemin afin de pénétrer au sein des arènes, tangentes à l’église, accompagnée par les fifres et les tambourins, les Pénitents blancs et les Pénitents gris d’Aigues-Mortes.

La messe a été dite en présence de gardians à cheval qui ont été bénis à la fin de celle-ci. Lors de cette messe solennelle du Grand Jubilé 2025 étaient aussi présents la Nacioun gardiano, la Confrérie des gardians, des arlésiennes, des félibres, des représentants de l’Académie de Saint-Gilles et de la Camargue, des aficionados de la course et des traditions camarguaises et de la Bouvine. Pour cette messe en plein air, l’autel était construit de ballots de paille et la croix de Camargue avait une place centrale dans les arènes.

Arènes et église accolées : une configuration originale

La commune est située en rive gauche du Vidourle, entre Aimargues et Aigues-Mortes. Le village de Saint-Laurent-d’Aigouze s’est développé dans une zone de confluence entre le Gard, les étangs et les terres basses de la future Camargue. Le patrimoine architectural de la commune comprend cinq immeubles protégés au titre des monuments historiques : la tour Carbonnière, édifice fortifié du XIVe siècle, classé en 1889 ; le fort de Peccais, inscrit en 1978 ; l’abbaye de Psalmodie, inscrite et classée en 1984 ; les arènes de Saint-Laurent-d’Aigouze inscrites en 1993 et le château de Calvières inscrit en 1993. À mon avis, l’église devrait y entrer tant ce lieu est inspirant, beau et raffiné.

Les arènes de Saint-Laurent-d’Aigouze ont un intérêt ethnologique pour la tradition culturelle de la bouvine en Bas-Languedoc, leur sol est la place du village, des barricades délimitent la piste, son toril et la présidence sont adossés à la sacristie de l’église. Cette configuration est exceptionnelle et quasiment unique. Un seul autre lieu au monde serait organisé à l’identique, il s’agit d’un petit village mexicain qui voit lui aussi ses arènes et son église accolées en un lieu unique.

Une ancienne église fortifiée ?

L’édifice religieux que nous connaissons aujourd’hui a été construit à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, dans un style roman tardif. Le clocher, carré et robuste, pouvait également faire office de tour de guet ou de refuge.

L’église a connu plusieurs campagnes de restauration. Au XVIe siècle, elle fut endommagée durant les guerres de Religion, elle fut incendiée par les Camisards en 1703. Victime des luttes interconfessionnelles récurrentes et des ravages du temps, sa composition actuelle résulte d’une succession de travaux échelonnés sur trois époques : l’abside au XVIe siècle, le chœur et la nef au début du XVIIe, le clocher et la sacristie fin XVIIe (1693). Entre 1744 et 1765, il y eut la reconstruction définitive de la nef et du clocher. Aujourd’hui des travaux de consolidation ont été entrepris. Le clocher du XVIIIe était, à l’origine, surmonté d’un petit dôme de pierre à quatre pentes qui est remplacé par une petite flèche en béton à imitation de fausses pierres au milieu du XXe siècle. Il comporte deux cloches.

Au XIXe siècle, comme beaucoup d’églises rurales, elle subit une restauration visant à redonner un aspect médiéval idéalisé à l’édifice. De nouveaux vitraux furent installés, certains commandés à des ateliers régionaux spécialisés, représentant des scènes de la vie du Christ, de la Vierge ou de saint Laurent sur son gril, selon l’iconographie classique.

Cette magnifique église se particularise par sa structure massive, en pierre calcaire locale, avec des murs très épais et de rares ouvertures. Son plan est comme il se doit en croix latine. Son apparence sévère évoque les églises fortifiées typiques du Bas-Languedoc, qui ont été construites pour résister aux conflits religieux, aux incursions ou aux rivalités seigneuriales fréquentes à cette époque. Sa façade date du début du XVIIIe siècle, mais sa nef est d’époque romane.

Un intérieur somptueux

Après la messe solennelle en plein air dans les arènes, je suis entré dans l’église. C’est à l’intérieur que réside la somptuosité de ce lieu saint. On y observera avec intérêt son décor, peint à la fin du XIXe siècle et heureusement conservé.

Les couleurs qui embaument l’intérieur de ce lieu appelant à la méditation et à la prière sont superbes, tout en étant éclatantes, rutilantes, elles diffusent la discrétion d’un pastel rayonnant. Elles sont les deux à la fois. Elles sont à la fois brillantes et ont la douceur et la pâleur de l’évanescent. Ce sont elles, en premier, qui envoûtent le visiteur, puis viennent l’épaisseur et la consistance des prières accumulées qui résonnent encore aujourd’hui et qui ne demandent qu’à être partagées.

Puis la statuaire et les vitraux semblent nous accompagner pour nous aider à découvrir, à profiter et à emmagasiner cet endroit. Certes sulpiciens et sans intérêt pour beaucoup, ces vitraux et ces statues ont au contraire le mérite de nous parler, de nous rencontrer par leur rapprochement et la proximité avec nos peines et nos fardeaux. Conçus pour qu’on les comprenne, les vitraux et les statues semblent nous comprendre, nous accompagner, partager nos chagrins et venir par leur volume et leurs couleurs essuyer nos larmes et participer à nos joies.

Cette église conserve et protège d’autres trésors : des ornements liturgiques d’une somptuosité surprenante : bannière, chasubles, étole, voiles de calice, bourses de corporal, pâles…

L’église Saint-Laurent : témoin d’une Camargue éternelle

L’église Saint-Laurent d’Aigouze est donc un véritable patrimoine vivant au cœur de la Camargue gardoise. Elle est bien sûr un lieu de culte actif, rattaché au diocèse de Nîmes qui accueille messes, mariages, funérailles, temps forts liturgiques comme ce jubilé de la Nacioun gardiano, et parfois des événements culturels.

Son atmosphère recueillie en fait un lieu goûté des visiteurs où ils peuvent prier et se recueillir. Elle est une halte spirituelle et de dévotion pour ceux qui explorent les chemins de la Camargue gardoise, en recherche d’authenticité et d’humanité. Elle personnifie la durée d’une foi populaire, ancrée dans la terre et les traditions du delta de l’alchimie.

L’église Saint-Laurent est le témoin discret, mais solide d’une Camargue éternelle, entre ferveur, humilité et histoire.

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger ici en pdf : Jacques Jaume – L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise.

 



Crédits photographiques : Jacques Jaume



 

Merveilles du Gard : la Sainte Face de Saint-Gilles

La Sainte Face de Saint-Gilles est de ces merveilles devant lesquelles nous passons sans parfois nous y arrêter. Inspirée par le Linceul de Turin selon Jacques Jaumes, qui signe le premier article de notre nouvelle série, cette Face est pourtant la clef de voûte de l’édifice ainsi qu’une porte d’entrée éclatante sur le Visage de Dieu même. 

La série « Merveilles du Gard » vous propose de partir à la découverte des trésors sacrés et profanes du diocèse.

En nous dirigeant vers le sud-est de Nîmes, nous laissons les Costières et parvenons à un lieu unique, magnifique et magique où la terre rencontre l’eau du fleuve magistral qu’est le Rhône.

Les galets laissent peu à peu leur place à la terre alluviale déposée par le fleuve. Une ambiance se crée où la pierre, la glaise, l’eau et la lumière se fusionnent dans l’athanor de ce lieu et se transmutent en une ville : Saint-Gilles.

Saint-Gilles est mêlée à la Camargue qui remplit le delta du Rhône. Cette agglomération possède un patrimoine naturel et architectural exceptionnel. On y trouve trois sites Natura 2000 : le « petit Rhône », la « petite Camargue » et la « Camargue gardoise fluviolacustre », trois espaces protégés, trois zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique.

En dehors de l’attrait pour la magnificence de la nature, il y a un lieu d’exception qui attire le visiteur. Le patrimoine architectural de Saint-Gilles comprend neuf immeubles protégés au titre des monuments historiques. Au milieu de ces édifices, c’est l’église abbatiale, classée depuis 1840, qui hypnotise le visiteur et l’attire pour le rencontrer. D’où vient ce magnétisme, cette fascination qui, inconditionnellement, « oblige » le visiteur à s’y rendre, à traverser une des plus belles façades de la sculpture romane provençale pour parvenir au cœur de l’édifice : la crypte où reposaient dans un sarcophage de pierre les reliques du célèbre abbé Gilles l’Ermite dont elle garde le tombeau. Ce lieu fut un des plus importants lieux de pèlerinage de la chrétienté sur la via Tolosana vers Saint-Jacques-de-Compostelle à partir du IXe siècle.

Édifiée au XIIe siècle, l’abbatiale de Saint-Gilles était, au Moyen-Âge, le 4e lieu de pèlerinage du monde chrétien après Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle était donc un lieu primordial pour la chrétienté de l’époque. Une inscription sur une pierre, située au niveau du contrefort méridional, fait référence à la date de 1116 pour la construction d’une première grande église. Cependant, l’abbatiale « actuelle » aurait vu son édification débuter dans le dernier tiers du XIIe siècle. Cette église d’art roman, probablement jamais achevée, fut construite en réemployant les pierres retaillées d’un édifice roman plus ancien. Le projet de sa conception et de sa symbolique remonte sans doute vers la première moitié de XIIe siècle.

Mais nous pouvons nous questionner : qu’est-ce qui fascine le visiteur et l’oblige à se diriger vers le coeur de l’édifice, la crypte, maintenant que les reliques du saint ont disparu ?

L’abbatiale de Saint-Gilles a été conçue comme un bâtiment qui devait s’élever, rayonner et irradier, et cela autour du Visage du Christ. Visage du Christ qui est la rencontre avec le Dieu trinitaire chrétien : C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. N’écarte pas ton serviteur avec colère, tu restes mon secours (psaume 26).

En effet au cœur de la crypte près de l’endroit où reposait le corps de saint Gilles, sculptée sur une clé de voûte, une pierre placée dans les axes de symétrie de la voûte permet l’harmonie entre les forces qui équilibrent le bâtiment. Il suffit qu’elle soit écartée pour que toute l’architecture qu’elle est censée maintenir s’effondre. La clé de voûte est l’épicentre de la solidité et du bon maintien de la construction.

Sur la clé de voûte de la crypte de l’abbatiale de Saint-Gilles se trouve sculpté le Visage du Christ. Ce visage, cette présence en volume maintient donc l’ensemble du tout et devient le Tout.

Les concepteurs de l’abbatiale l’avaient prévue et ont donc construit leur monument à la Gloire de Dieu en partant de son Visage et de tout ce qu’Il apporte.

Le visiteur empli par sa prière, sa contemplation et le sublime qu’elles lui apportent, lui faisant tutoyer Dieu est subjugué par ces traits d’incarnation, que la kénose de la très Sainte Trinité a permis. Le visage du Christ semble nous demander de le rejoindre et de l’aimer autant, si nous le pouvons, qu’Il nous aime.

En restant figé et baigné du sentiment d’empathie que seul Dieu sait faire naître pour nous et pour que nous puissions mieux vivre, nous pouvons constater avec émerveillement que la Sainte Face de Saint-Gilles, sculptée sur et dans la pierre la plus importante de l’abbatiale, a en fait été réalisée et sculptée suivant la physionomie si particulière et unique du Visage de l’Homme du Linceul de Turin.

Les concepteurs, les créateurs, les réalisateurs du monument de Saint-Gilles connaissaient donc le Saint Linge et le Visage qu’Il supporte et qui est actuellement conservé à Turin, bien avant la date que la technologie moderne de datation par le Carbone 14 a prétendu fixer entre 1260 et 1390.
Le visage du Christ avec la Sainte Face de Saint-Gilles nous révèle que le Linceul de Turin est donc bien le Linge sépulcral et sacré du Christ rédempteur, qui par sa Résurrection ne nous laisse plus jamais seuls, nous libérant de l’envahissement par nos peurs et nos angoisses.

Il faut donc aller le rencontrer, le contempler et l’atteindre, car il est présent pour nous sans bruit, figé depuis plus de huit siècles dans l’intimité de la pierre du lieu sacré où Il nous attend, toujours présent pour nous recevoir et nous consoler par la beauté de son visage, par le sublime de sa Sainte Face.

La phrase de Simone Weil tirée de son livre, Attente de Dieu (Fayard, 1996, p. 86 et 112), prend ici tout son sens : « La beauté du monde, c’est le sourire de tendresse du Christ pour nous à travers la matière. Il est réellement présent dans la beauté universelle. L’amour de cette beauté procède de Dieu descendu dans notre âme et va vers Dieu présent dans l’univers. »

Docteur Jacques JAUME