L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise
culture
Merveilles du Gard – Le 10 août 2025 en fin d’après-midi s’est déroulée à Saint-Laurent-d’Aigouze une importante manifestation : Le jubilé de la Nacioun gardiano. Celle-ci était présidée par le père Alain Noblet, curé du lieu. Pourquoi à Saint-Laurent-d’Aigouze ? Pour sa proximité physique et culturelle avec la bouvine et toutes les traditions camarguaises. Découverte d’un lieu quasi unique, centré sur son étonnante église, avec le docteur et écrivain Jacques Jaume.
Le 10 août est le jour de la fête patronale de saint Laurent et en cette année 2025 s’est ajouté aussi le jubilé des gardians, de la nation tout entière des gardians. C’est de l’église que démarra la procession du saint patron pour faire son chemin afin de pénétrer au sein des arènes, tangentes à l’église, accompagnée par les fifres et les tambourins, les Pénitents blancs et les Pénitents gris d’Aigues-Mortes.
La messe a été dite en présence de gardians à cheval qui ont été bénis à la fin de celle-ci. Lors de cette messe solennelle du Grand Jubilé 2025 étaient aussi présents la Nacioun gardiano, la Confrérie des gardians, des arlésiennes, des félibres, des représentants de l’Académie de Saint-Gilles et de la Camargue, des aficionados de la course et des traditions camarguaises et de la Bouvine. Pour cette messe en plein air, l’autel était construit de ballots de paille et la croix de Camargue avait une place centrale dans les arènes.

Arènes et église accolées : une configuration originale
La commune est située en rive gauche du Vidourle, entre Aimargues et Aigues-Mortes. Le village de Saint-Laurent-d’Aigouze s’est développé dans une zone de confluence entre le Gard, les étangs et les terres basses de la future Camargue. Le patrimoine architectural de la commune comprend cinq immeubles protégés au titre des monuments historiques : la tour Carbonnière, édifice fortifié du XIVe siècle, classé en 1889 ; le fort de Peccais, inscrit en 1978 ; l’abbaye de Psalmodie, inscrite et classée en 1984 ; les arènes de Saint-Laurent-d’Aigouze inscrites en 1993 et le château de Calvières inscrit en 1993. À mon avis, l’église devrait y entrer tant ce lieu est inspirant, beau et raffiné.
Les arènes de Saint-Laurent-d’Aigouze ont un intérêt ethnologique pour la tradition culturelle de la bouvine en Bas-Languedoc, leur sol est la place du village, des barricades délimitent la piste, son toril et la présidence sont adossés à la sacristie de l’église. Cette configuration est exceptionnelle et quasiment unique. Un seul autre lieu au monde serait organisé à l’identique, il s’agit d’un petit village mexicain qui voit lui aussi ses arènes et son église accolées en un lieu unique.

Une ancienne église fortifiée ?
L’édifice religieux que nous connaissons aujourd’hui a été construit à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, dans un style roman tardif. Le clocher, carré et robuste, pouvait également faire office de tour de guet ou de refuge.
L’église a connu plusieurs campagnes de restauration. Au XVIe siècle, elle fut endommagée durant les guerres de Religion, elle fut incendiée par les Camisards en 1703. Victime des luttes interconfessionnelles récurrentes et des ravages du temps, sa composition actuelle résulte d’une succession de travaux échelonnés sur trois époques : l’abside au XVIe siècle, le chœur et la nef au début du XVIIe, le clocher et la sacristie fin XVIIe (1693). Entre 1744 et 1765, il y eut la reconstruction définitive de la nef et du clocher. Aujourd’hui des travaux de consolidation ont été entrepris. Le clocher du XVIIIe était, à l’origine, surmonté d’un petit dôme de pierre à quatre pentes qui est remplacé par une petite flèche en béton à imitation de fausses pierres au milieu du XXe siècle. Il comporte deux cloches.
Au XIXe siècle, comme beaucoup d’églises rurales, elle subit une restauration visant à redonner un aspect médiéval idéalisé à l’édifice. De nouveaux vitraux furent installés, certains commandés à des ateliers régionaux spécialisés, représentant des scènes de la vie du Christ, de la Vierge ou de saint Laurent sur son gril, selon l’iconographie classique.
Cette magnifique église se particularise par sa structure massive, en pierre calcaire locale, avec des murs très épais et de rares ouvertures. Son plan est comme il se doit en croix latine. Son apparence sévère évoque les églises fortifiées typiques du Bas-Languedoc, qui ont été construites pour résister aux conflits religieux, aux incursions ou aux rivalités seigneuriales fréquentes à cette époque. Sa façade date du début du XVIIIe siècle, mais sa nef est d’époque romane.

Un intérieur somptueux
Après la messe solennelle en plein air dans les arènes, je suis entré dans l’église. C’est à l’intérieur que réside la somptuosité de ce lieu saint. On y observera avec intérêt son décor, peint à la fin du XIXe siècle et heureusement conservé.
Les couleurs qui embaument l’intérieur de ce lieu appelant à la méditation et à la prière sont superbes, tout en étant éclatantes, rutilantes, elles diffusent la discrétion d’un pastel rayonnant. Elles sont les deux à la fois. Elles sont à la fois brillantes et ont la douceur et la pâleur de l’évanescent. Ce sont elles, en premier, qui envoûtent le visiteur, puis viennent l’épaisseur et la consistance des prières accumulées qui résonnent encore aujourd’hui et qui ne demandent qu’à être partagées.
Puis la statuaire et les vitraux semblent nous accompagner pour nous aider à découvrir, à profiter et à emmagasiner cet endroit. Certes sulpiciens et sans intérêt pour beaucoup, ces vitraux et ces statues ont au contraire le mérite de nous parler, de nous rencontrer par leur rapprochement et la proximité avec nos peines et nos fardeaux. Conçus pour qu’on les comprenne, les vitraux et les statues semblent nous comprendre, nous accompagner, partager nos chagrins et venir par leur volume et leurs couleurs essuyer nos larmes et participer à nos joies.
Cette église conserve et protège d’autres trésors : des ornements liturgiques d’une somptuosité surprenante : bannière, chasubles, étole, voiles de calice, bourses de corporal, pâles…

L’église Saint-Laurent : témoin d’une Camargue éternelle
L’église Saint-Laurent d’Aigouze est donc un véritable patrimoine vivant au cœur de la Camargue gardoise. Elle est bien sûr un lieu de culte actif, rattaché au diocèse de Nîmes qui accueille messes, mariages, funérailles, temps forts liturgiques comme ce jubilé de la Nacioun gardiano, et parfois des événements culturels.
Son atmosphère recueillie en fait un lieu goûté des visiteurs où ils peuvent prier et se recueillir. Elle est une halte spirituelle et de dévotion pour ceux qui explorent les chemins de la Camargue gardoise, en recherche d’authenticité et d’humanité. Elle personnifie la durée d’une foi populaire, ancrée dans la terre et les traditions du delta de l’alchimie.
L’église Saint-Laurent est le témoin discret, mais solide d’une Camargue éternelle, entre ferveur, humilité et histoire.
Jacques JAUME
Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger ici en pdf : Jacques Jaume – L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise.
Crédits photographiques : Jacques Jaume
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