28 mai 2026

Saint Germain

Étiquette : Camargue

Arnaud 25 (source : Wikipedia – Licence : CC BY-SA 4.0)

La Croix de Camargue : un patrimoine centenaire exceptionnel

En 1924, le marquis Folco de Baroncelli a la géniale intuition de commander à l’artiste René Georges Hermann-Paul un symbole pour son nouvel Ordre de Chevaliers camarguais. Ainsi naît la célèbre Croix de Camargue, inspirée par les vertus théologales et la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Revivez l’histoire centenaire et exaltante de cette Croix connue aujourd’hui dans le monde entier, avec le docteur Jacques Jaume, Secrétaire perpétuel de l’Académie de Saint-Gilles et de la Camargue.

On ne peut évoquer la croix de Camargue sans s’intéresser à la Camargue : son territoire, sa géographie…, sans s’intéresser à sa population : les Camarguais, les gardians, les manadiers, les pêcheurs… et bien sûr sans évoquer Folco de Baroncelli.

Folco de Baroncelli, marquis issu d’une famille aristocrate florentine, baptisé en Avignon où vivait sa famille, fut élevé un temps par sa grand-mère à Nîmes où il fera ses humanités.

Peut-être à la suite d’un pèlerinage aux Saintes-Maries décida-t-il de s’installer en Camargue, au mas de l’Amarée ?

Il y deviendra le chef reconnu de la « nation gardiane » et sera l’initiateur d’un folklore camarguais. Il fera connaître et développer la Camargue comme un territoire de premier plan. Se veut-il chevalier de la Camargue ?

Catholique, sa foi le conduit à la réalisation de la croix de Camargue avec l’aide de René Georges Hermann-Paul, artiste peintre, et de Joseph Barbanson, maître forgeron des Saintes-Maries-de-la-Mer.

Cette croix de Camargue, croix Gardiane, renferme les trois vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité.

La Foi, vertu théologale par laquelle on croit en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et révélé.

L’Espérance, vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit.

La Charité, vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu.

Les trois vertus théologales sont représentées par les trois symboles de la Camargue : les tridents qui évoquent la profession des gardians, qui incarnent la foi de ces chevaliers de Camargue et leur lance de combat ; le cœur, au centre, qui rappelle la charité l’Amour divin, et l’ancre, attribut des pêcheurs des Saintes-Maries, symbole de l’espérance.

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger gratuitement et en exclusivité ici : Jacques Jaume – La Croix de Camargue (pdf)

 

 



Crédits photographiques : Arnaud 25 (source : Wikipedia – Licence : CC BY-SA 4.0)



 

Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes

Merveilles du Gard – L’histoire d’Aigues-Mortes est indissociable d’une grande figure de l’Histoire de France et de l’Eglise : saint Louis. Peu savent toutefois que la cité gardoise dispose de reliques de cet homme qui a marqué la société de son temps. L’occasion de redécouvrir un des trésors cachés du Gard, avec le docteur et écrivain Jacques Jaume, en le liant avec la vie ecclésiale d’aujourd’hui.

À   E.  J., en fraternité.

Louis IX, roi de France, créa Aigues-Mortes afin de disposer d’un port donnant sur la Méditerranée. En 1248, il quitte Aigues-Mortes pour la septième croisade, un voyage périlleux dont l’objectif était la reconquête de Jérusalem.

L’échec de cette croisade (1248 –1254), qu’il interprète comme une punition divine, l’affecte énormément.

À l’été 1266, il annonce secrètement au pape Clément IV son désir de se croiser une seconde fois.  Le 14 mars 1270, il va chercher le bâton de pèlerin et l’oriflamme à Saint-Denis. Le 15 mars, il se rend pieds nus de son palais à Notre-Dame et fait ses adieux à son épouse Marguerite de Provence. Après plusieurs étapes marquées par la visite de sanctuaires, le roi et ses fils arrivent à Aigues-Mortes où ils sont rejoints par Thibaut de Navarre et d’autres croisés.

Le roi et son escorte s’embarquent le 1er juillet 1270 sur la nef La Montjoie. Après une brève escale en Sardaigne, les croisés débarquent près de Tunis.

Après plus de 43 années de règne, le roi Louis IX ou saint Louis, s’éteint le 25 août 1270 à Carthage, victime de l’épidémie qui frappe son armée, à l’âge de 56 ans.

Melchior Doze, Saint Louis mourant remettant ses pouvoirs à son fils Philippe, 1883 (Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor)

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Le jour même de la mort de Louis IX, son frère, Charles d’Anjou, roi de Sicile, entre avec sa flotte dans le port et se précipite à son chevet. Suivant l’usage, il fait procéder à la décarnisation du cadavre royal.  Il s’agit d’ouvrir le corps du roi, d’en sortir les organes, dont le cœur, précieusement mis de côté pour être l’objet d’attentions particulières. Les morceaux dépecés sont mis à bouillir dans un mélange d’eau et de vin. On détache les chairs cuites, on nettoie soigneusement les os.

Les éléments de la dépouille du roi sont destinés à être répartis en deux ensembles.  Philippe III, fils et successeur du défunt roi, emporte les éléments du squelette en France, tandis que son oncle, Charles d’Anjou, se voit remettre le reste du corps, destiné à être conservé en son royaume, la Sicile.

Les restes de Louis IX traversent la France, passant par de nombreuses villes ou lieux de pouvoir : Mâcon, Cluny, Troyes… Paris est atteinte en mai. Ils passent, entre autres, par la Sainte-Chapelle, dont le défunt avait été le commanditaire. L’inhumation a lieu neuf mois après la mort de celui qui, un peu moins de trois décennies plus tard, sera déclaré saint par l’Église sous l’impulsion de son petit-fils, Philippe IV le Bel.

Louis IX est canonisé le 11 août 1297 sous le nom de Saint-Louis-de-France par le pape Boniface VIII. S’il est précocement canonisé, sa vénération tarde à se répandre. C’est seulement à partir du XVIIe siècle qu’il devient véritablement un saint dynastique. Sa fête liturgique est fixée au jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 25 août.

Mort de saint Louis à Tunis le 25 août 1270. Miniature du manuscrit Vie et miracles de saint Louis enluminé par Mahiet et écrit par Guillaume de Saint-Pathus

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Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes relient les catholiques à celles qu’il a déposées dans la Sainte-Chapelle et à la sainte couronne d’épines dont la custode est Notre-Dame de Paris.

Ce sont des parcelles de son corps « préparé » par son frère, Charles d’Anjou, roi de Sicile, que les fidèles viennent vénérer et prier pour qu’elles intercèdent. Elles sont un lien entre le saint roi de France, Père des chevaliers français et notre ici et maintenant.

C’est à cette date du 25 août que la cité médiévale gardoise célèbre cette épopée historique à travers une semaine festive grandiose, où la cité retrouve l’ambiance si particulière du Moyen Âge. À côté des festivités profanes se déroule une procession qui amène les fidèles près des reliques du saint roi au cœur de Notre-Dame-des-Sablons pour une messe.

En cette année 2025, la procession et la messe présidée par le père Frédéric Auriol, chapelain de la délégation de l’Ordre de Malte pour le Gard, ont eu lieu le dimanche 24 août.

En tête de la procession, suivant la statue portée de saint Louis, les deux confréries invitantes : la Confrérie des Pénitents gris et celle des Pénitents blancs d’Aigues-Mortes ; puis les confréries jacquaires : la Fraternité Jacquaire de Septimanie, le Lien de Saint-Jacques à Saint-Gilles ; les confréries hagiologiques : la Confrérie des saintes Maries de la Mer, celle de sainte Marie-Madeleine de Beaucaire ; les confréries pénitentielles : la Dévote et respectable Confrérie des Pénitents blancs de Montpellier, la Dévote et royale Compagnie des Pénitents bleus de Montpellier, la Dévote et royale Compagnie des Pénitents gris d’Avignon ; les ordres de chevalerie  : l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem et l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.

La procession en respectant l’ordre protocolaire pénètre au sein de la custode, Notre-Dame-des-Sablons, qui protège les saintes reliques de saint Louis.

Les fidèles de plus en plus nombreux viennent prendre place eux aussi en peuple racheté pour suivre et participer à cette communion.

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger ici en pdf : Jacques Jaume – Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes.

Reliquaire contenant les reliques du roi de France saint Louis – Notre-Dame-des-Sablons à Aigues-Mortes Photographie Jacques Jaume©

 



 

L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise

Merveilles du Gard – Le 10 août 2025 en fin d’après-midi s’est déroulée à Saint-Laurent-d’Aigouze une importante manifestation : Le jubilé de la Nacioun gardiano. Celle-ci était présidée par le père Alain Noblet, curé du lieu. Pourquoi à Saint-Laurent-d’Aigouze ? Pour sa proximité physique et culturelle avec la bouvine et toutes les traditions camarguaises. Découverte d’un lieu quasi unique, centré sur son étonnante église, avec le docteur et écrivain Jacques Jaume.

Le 10 août est le jour de la fête patronale de saint Laurent et en cette année 2025 s’est ajouté aussi le jubilé des gardians, de la nation tout entière des gardians. C’est de l’église que démarra la procession du saint patron pour faire son chemin afin de pénétrer au sein des arènes, tangentes à l’église, accompagnée par les fifres et les tambourins, les Pénitents blancs et les Pénitents gris d’Aigues-Mortes.

La messe a été dite en présence de gardians à cheval qui ont été bénis à la fin de celle-ci. Lors de cette messe solennelle du Grand Jubilé 2025 étaient aussi présents la Nacioun gardiano, la Confrérie des gardians, des arlésiennes, des félibres, des représentants de l’Académie de Saint-Gilles et de la Camargue, des aficionados de la course et des traditions camarguaises et de la Bouvine. Pour cette messe en plein air, l’autel était construit de ballots de paille et la croix de Camargue avait une place centrale dans les arènes.

Arènes et église accolées : une configuration originale

La commune est située en rive gauche du Vidourle, entre Aimargues et Aigues-Mortes. Le village de Saint-Laurent-d’Aigouze s’est développé dans une zone de confluence entre le Gard, les étangs et les terres basses de la future Camargue. Le patrimoine architectural de la commune comprend cinq immeubles protégés au titre des monuments historiques : la tour Carbonnière, édifice fortifié du XIVe siècle, classé en 1889 ; le fort de Peccais, inscrit en 1978 ; l’abbaye de Psalmodie, inscrite et classée en 1984 ; les arènes de Saint-Laurent-d’Aigouze inscrites en 1993 et le château de Calvières inscrit en 1993. À mon avis, l’église devrait y entrer tant ce lieu est inspirant, beau et raffiné.

Les arènes de Saint-Laurent-d’Aigouze ont un intérêt ethnologique pour la tradition culturelle de la bouvine en Bas-Languedoc, leur sol est la place du village, des barricades délimitent la piste, son toril et la présidence sont adossés à la sacristie de l’église. Cette configuration est exceptionnelle et quasiment unique. Un seul autre lieu au monde serait organisé à l’identique, il s’agit d’un petit village mexicain qui voit lui aussi ses arènes et son église accolées en un lieu unique.

Une ancienne église fortifiée ?

L’édifice religieux que nous connaissons aujourd’hui a été construit à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, dans un style roman tardif. Le clocher, carré et robuste, pouvait également faire office de tour de guet ou de refuge.

L’église a connu plusieurs campagnes de restauration. Au XVIe siècle, elle fut endommagée durant les guerres de Religion, elle fut incendiée par les Camisards en 1703. Victime des luttes interconfessionnelles récurrentes et des ravages du temps, sa composition actuelle résulte d’une succession de travaux échelonnés sur trois époques : l’abside au XVIe siècle, le chœur et la nef au début du XVIIe, le clocher et la sacristie fin XVIIe (1693). Entre 1744 et 1765, il y eut la reconstruction définitive de la nef et du clocher. Aujourd’hui des travaux de consolidation ont été entrepris. Le clocher du XVIIIe était, à l’origine, surmonté d’un petit dôme de pierre à quatre pentes qui est remplacé par une petite flèche en béton à imitation de fausses pierres au milieu du XXe siècle. Il comporte deux cloches.

Au XIXe siècle, comme beaucoup d’églises rurales, elle subit une restauration visant à redonner un aspect médiéval idéalisé à l’édifice. De nouveaux vitraux furent installés, certains commandés à des ateliers régionaux spécialisés, représentant des scènes de la vie du Christ, de la Vierge ou de saint Laurent sur son gril, selon l’iconographie classique.

Cette magnifique église se particularise par sa structure massive, en pierre calcaire locale, avec des murs très épais et de rares ouvertures. Son plan est comme il se doit en croix latine. Son apparence sévère évoque les églises fortifiées typiques du Bas-Languedoc, qui ont été construites pour résister aux conflits religieux, aux incursions ou aux rivalités seigneuriales fréquentes à cette époque. Sa façade date du début du XVIIIe siècle, mais sa nef est d’époque romane.

Un intérieur somptueux

Après la messe solennelle en plein air dans les arènes, je suis entré dans l’église. C’est à l’intérieur que réside la somptuosité de ce lieu saint. On y observera avec intérêt son décor, peint à la fin du XIXe siècle et heureusement conservé.

Les couleurs qui embaument l’intérieur de ce lieu appelant à la méditation et à la prière sont superbes, tout en étant éclatantes, rutilantes, elles diffusent la discrétion d’un pastel rayonnant. Elles sont les deux à la fois. Elles sont à la fois brillantes et ont la douceur et la pâleur de l’évanescent. Ce sont elles, en premier, qui envoûtent le visiteur, puis viennent l’épaisseur et la consistance des prières accumulées qui résonnent encore aujourd’hui et qui ne demandent qu’à être partagées.

Puis la statuaire et les vitraux semblent nous accompagner pour nous aider à découvrir, à profiter et à emmagasiner cet endroit. Certes sulpiciens et sans intérêt pour beaucoup, ces vitraux et ces statues ont au contraire le mérite de nous parler, de nous rencontrer par leur rapprochement et la proximité avec nos peines et nos fardeaux. Conçus pour qu’on les comprenne, les vitraux et les statues semblent nous comprendre, nous accompagner, partager nos chagrins et venir par leur volume et leurs couleurs essuyer nos larmes et participer à nos joies.

Cette église conserve et protège d’autres trésors : des ornements liturgiques d’une somptuosité surprenante : bannière, chasubles, étole, voiles de calice, bourses de corporal, pâles…

L’église Saint-Laurent : témoin d’une Camargue éternelle

L’église Saint-Laurent d’Aigouze est donc un véritable patrimoine vivant au cœur de la Camargue gardoise. Elle est bien sûr un lieu de culte actif, rattaché au diocèse de Nîmes qui accueille messes, mariages, funérailles, temps forts liturgiques comme ce jubilé de la Nacioun gardiano, et parfois des événements culturels.

Son atmosphère recueillie en fait un lieu goûté des visiteurs où ils peuvent prier et se recueillir. Elle est une halte spirituelle et de dévotion pour ceux qui explorent les chemins de la Camargue gardoise, en recherche d’authenticité et d’humanité. Elle personnifie la durée d’une foi populaire, ancrée dans la terre et les traditions du delta de l’alchimie.

L’église Saint-Laurent est le témoin discret, mais solide d’une Camargue éternelle, entre ferveur, humilité et histoire.

Jacques JAUME

 

Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger ici en pdf : Jacques Jaume – L’église de Saint-Laurent-d’Aigouze, l’église de la course camarguaise.

 



Crédits photographiques : Jacques Jaume