Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes
culture
Merveilles du Gard – L’histoire d’Aigues-Mortes est indissociable d’une grande figure de l’Histoire de France et de l’Eglise : saint Louis. Peu savent toutefois que la cité gardoise dispose de reliques de cet homme qui a marqué la société de son temps. L’occasion de redécouvrir un des trésors cachés du Gard, avec le docteur et écrivain Jacques Jaume, en le liant avec la vie ecclésiale d’aujourd’hui.
À E. J., en fraternité.
Louis IX, roi de France, créa Aigues-Mortes afin de disposer d’un port donnant sur la Méditerranée. En 1248, il quitte Aigues-Mortes pour la septième croisade, un voyage périlleux dont l’objectif était la reconquête de Jérusalem.
L’échec de cette croisade (1248 –1254), qu’il interprète comme une punition divine, l’affecte énormément.
À l’été 1266, il annonce secrètement au pape Clément IV son désir de se croiser une seconde fois. Le 14 mars 1270, il va chercher le bâton de pèlerin et l’oriflamme à Saint-Denis. Le 15 mars, il se rend pieds nus de son palais à Notre-Dame et fait ses adieux à son épouse Marguerite de Provence. Après plusieurs étapes marquées par la visite de sanctuaires, le roi et ses fils arrivent à Aigues-Mortes où ils sont rejoints par Thibaut de Navarre et d’autres croisés.
Le roi et son escorte s’embarquent le 1er juillet 1270 sur la nef La Montjoie. Après une brève escale en Sardaigne, les croisés débarquent près de Tunis.
Après plus de 43 années de règne, le roi Louis IX ou saint Louis, s’éteint le 25 août 1270 à Carthage, victime de l’épidémie qui frappe son armée, à l’âge de 56 ans.

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Le jour même de la mort de Louis IX, son frère, Charles d’Anjou, roi de Sicile, entre avec sa flotte dans le port et se précipite à son chevet. Suivant l’usage, il fait procéder à la décarnisation du cadavre royal. Il s’agit d’ouvrir le corps du roi, d’en sortir les organes, dont le cœur, précieusement mis de côté pour être l’objet d’attentions particulières. Les morceaux dépecés sont mis à bouillir dans un mélange d’eau et de vin. On détache les chairs cuites, on nettoie soigneusement les os.
Les éléments de la dépouille du roi sont destinés à être répartis en deux ensembles. Philippe III, fils et successeur du défunt roi, emporte les éléments du squelette en France, tandis que son oncle, Charles d’Anjou, se voit remettre le reste du corps, destiné à être conservé en son royaume, la Sicile.
Les restes de Louis IX traversent la France, passant par de nombreuses villes ou lieux de pouvoir : Mâcon, Cluny, Troyes… Paris est atteinte en mai. Ils passent, entre autres, par la Sainte-Chapelle, dont le défunt avait été le commanditaire. L’inhumation a lieu neuf mois après la mort de celui qui, un peu moins de trois décennies plus tard, sera déclaré saint par l’Église sous l’impulsion de son petit-fils, Philippe IV le Bel.
Louis IX est canonisé le 11 août 1297 sous le nom de Saint-Louis-de-France par le pape Boniface VIII. S’il est précocement canonisé, sa vénération tarde à se répandre. C’est seulement à partir du XVIIe siècle qu’il devient véritablement un saint dynastique. Sa fête liturgique est fixée au jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 25 août.

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Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes relient les catholiques à celles qu’il a déposées dans la Sainte-Chapelle et à la sainte couronne d’épines dont la custode est Notre-Dame de Paris.
Ce sont des parcelles de son corps « préparé » par son frère, Charles d’Anjou, roi de Sicile, que les fidèles viennent vénérer et prier pour qu’elles intercèdent. Elles sont un lien entre le saint roi de France, Père des chevaliers français et notre ici et maintenant.
C’est à cette date du 25 août que la cité médiévale gardoise célèbre cette épopée historique à travers une semaine festive grandiose, où la cité retrouve l’ambiance si particulière du Moyen Âge. À côté des festivités profanes se déroule une procession qui amène les fidèles près des reliques du saint roi au cœur de Notre-Dame-des-Sablons pour une messe.
En cette année 2025, la procession et la messe présidée par le père Frédéric Auriol, chapelain de la délégation de l’Ordre de Malte pour le Gard, ont eu lieu le dimanche 24 août.
En tête de la procession, suivant la statue portée de saint Louis, les deux confréries invitantes : la Confrérie des Pénitents gris et celle des Pénitents blancs d’Aigues-Mortes ; puis les confréries jacquaires : la Fraternité Jacquaire de Septimanie, le Lien de Saint-Jacques à Saint-Gilles ; les confréries hagiologiques : la Confrérie des saintes Maries de la Mer, celle de sainte Marie-Madeleine de Beaucaire ; les confréries pénitentielles : la Dévote et respectable Confrérie des Pénitents blancs de Montpellier, la Dévote et royale Compagnie des Pénitents bleus de Montpellier, la Dévote et royale Compagnie des Pénitents gris d’Avignon ; les ordres de chevalerie : l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem et l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.
La procession en respectant l’ordre protocolaire pénètre au sein de la custode, Notre-Dame-des-Sablons, qui protège les saintes reliques de saint Louis.
Les fidèles de plus en plus nombreux viennent prendre place eux aussi en peuple racheté pour suivre et participer à cette communion.
Jacques JAUME
Cet article est extrait d’un texte inédit, plus long et abondamment illustré, que vous pouvez télécharger ici en pdf : Jacques Jaume – Les reliques de saint Louis à Aigues-Mortes.











