10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Abraham, Moïse… Y a-t-il une ou plusieurs alliances ?

Est-ce que la première alliance s’est faite à la sortie d’Égypte du peuple de Dieu (avec Moïse) et quelle différence avec l’alliance faite plus tôt avec Abraham ?

Cette question capitale est au cœur de la rencontre n°3 ! L’avoir compris intuitivement en en débattant en cénacle dès la deuxième rencontre est un beau signe… En attendant cette troisième rencontre, pour ne pas laisser cette question sans un début de réponse, disons ceci : il n’y a qu’une seule alliance dans le Premier Testament, constamment renouvelée et approfondie tout au long de l’Histoire et des livres… Il ne faut pas oublier que le Premier Testament est aussi appelé « Première Alliance » – ou « Ancienne Alliance » –, au singulier. À partir du Verbe fait chair, c’est une autre histoire… dont nous ne parlerons pas (encore) ici.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Y-a-il eu des prophètes après la venue de Christ ?

Y-a-il eu des prophètes après la venue de Christ ? Y en a-t-il aujourd’hui ?

Vous parlez d’une corrélation entre les livres historiques et prophétiques qui justifie de parler des livres prophétiques avant les livres sapientiaux ? Quelle est (brièvement) cette corrélation ?

Dans sa première épître aux Corinthiens, lorsqu’il évoque les dons et charismes de l’Esprit, saint Paul mentionne le don de prophétie (1 Co 12). La Vierge Marie, dès les premiers siècles avec les Pères de l’Église, est considérée comme une figure prophétique, image que le pape Jean-Paul II reprend en partie : je vous renvoie à la réponse que j’ai faite à la question d’un autre cénacle sur ce sujet. Et que dire de Jean le Baptiste ? Et que dire que nous sommes, par le baptême, prêtres, prophètes et rois ? En un sens, les prophètes ne sont pas circonscrits aux seules figures du Premier Testament… de même que la figure du prêtre et du roi n’est pas réduite aux prêtres et aux rois d’Israël. On pourrait d’ailleurs dire la même chose des sages, figure que vous étudierez la fois prochaine.

Une fois que nous avons dit cela, il faut regarder la spécificité du prophétisme, comme mouvement constitué. J’en parle, de mémoire, dans mon enseignement vidéo : le prophétisme comme phénomène « organisé » apparaît avec la royauté et disparaît au retour d’exil, avec l’achèvement de tout retour de la royauté. Il ne dure en tout et pour tout que quelques siècles. En ce sens, nous rejoignons ici la seconde question : « Vous parlez d’une corrélation entre les livres historiques et prophétiques qui justifie de parler des livres prophétiques avant les livres sapientiaux ? Quelle est (brièvement) cette corrélation ? » La corrélation est historique : prophètes et rois sont contemporains dans l’Histoire d’Israël… Les prophètes sont en miroir des rois : Dieu se choisit des porte-parole pour rappeler au pouvoir royal qu’il ne saurait être un pouvoir total, absolument souverain, réduit à un seul homme. La loi des hommes ne saurait se couper de la loi de Dieu ; la légalité politique n’a de sens que si elle se fonde sur une légitimité divine.

Enfin, ce qui fait la spécificité du prophétisme biblique est le mode d’inspiration : souvenez-vous, lors de la première rencontre, nous avons parlé de l’inspiration spécifique à l’Écriture sainte : la révélation de Dieu pour notre salut. L’Esprit de Dieu « a parlé par les prophètes » , comme nous le professons dans le Credo. En ce sens, le prophète du Premier Testament vise à révéler Dieu dans l’Histoire, ce que les prophètes d’aujourd’hui ne font pas. Pourquoi ? Parce que la Révélation est close avec le Verbe de Dieu – qui dit tout de Dieu – et avec la mort du dernier apôtre – qui transmet ce Verbe par ses mots. Si donc je reçois ou si vous recevez la belle grâce de prophétiser, ce n’est pas pour révéler Dieu dans l’Histoire (le Christ s’en est pleinement chargé), mais pour l’actualiser dans notre temps.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Ne sommes-nous pas un peu comme les Juifs lorsque nous attendons la venue du Christ dans la gloire ?

C’est qu’à partir du livre de Daniel qu’on annonce la venue du Messie. On se posait la question : est-ce que ce sera vraiment la fin du monde quand Jésus viendra ? On a aussi l’impression qu’on est arrivé au même niveau que les Juifs dans cette attente ? est-ce vrai ?

Merci beaucoup pour cette question, qui lie avec une grande pertinence l’attente messianique et la Parousie. La Parousie sera au cœur d’un enseignement lorsque sera lancé le FIDEO Credo, puisque nous professons effectivement dans le Symbole de Nicée-Constantinople : « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. » Que signifie une telle vérité de foi ? Je laisse le P. Nicolas Germain l’expliquer l’an prochain… En attendant, je vous invite à lire, comme une mise en bouche synthétique, l’article du Catéchisme de l’Église catholique qui porte sur le sujet.

Mais il y a tout de même un point sur lequel j’aimerais revenir : contrairement à ce que l’on entend hélas trop souvent, y compris dans la bouche de certains prédicateurs, les Juifs ne sont pas en train d’attendre quand nous aurions déjà tout reçu avec la venue du Christ. Juifs et chrétiens vivent l’attente… L’avènement glorieux du Verbe de Dieu, encore à venir, mettra définitivement fin au mal, à la souffrance, au péché – ce que n’avait pas fait le premier avènement. En ce sens, le peuple d’Israël et la première Alliance ont beaucoup à nous apprendre : ils vivent l’attente intimement, dans leur chair, quand nous avons tendance à penser que pour nous, l’affaire est réglée. Relire le Premier Testament nous permet en un sens de retrouver cette attente et cette révélation d’un Dieu encore à venir…

Il me semble ainsi que toute notre vie chrétienne devrait être envisagée à la lumière des deux venues du Christ : notre foi deviendrait alors plus juste, plus humble, plus tournée vers Dieu.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Pourquoi Paul Beauchamp parle-t-il de mort et de résurrection de l’Église ?

Le peuple de Dieu est conduit au bord de la même mort… même chose du chemin que Dieu fit suivre à son Fils et qu’Il indique à son Église… comment devons nous comprendre cette dernière partie… mort et résurrection de son Église ?

Ce que veut dire Paul Beauchamp, me semble-t-il, est que nous vivons une expérience similaire au psalmiste : de même que le psalmiste fait acte de foi devant le récit de ses ancêtres qui traversent la Mer Rouge (symbole aujourd’hui du baptême, donc de mort et de résurrection), de même nous faisons acte de foi devant le récit de la mort et de la résurrection du Christ. Nul n’en connaît la trace dans les deux cas : un acte de foi profond et radical est en jeu.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Le messianisme est-il propre au judaïsme ?

Le messianisme est-il propre au judaïsme? Nous n’avons pas trouvé de réponse dans le texte qui suivait cette question, il nous a semblé que tout le paragraphe concernait le judaïsme…

Oui, le messianisme est propre au judaïsme. Il est probable que toute civilisation ait eu (ait encore !) des rêves d’avenir meilleur, de grand soir, de réconciliation finale… C’est inscrit dans le cœur de l’être humain, quel qu’il soit, puisqu’il est créé par Dieu.

Mais le messianisme comme tel n’a aucun équivalent. Pourquoi ? Parce qu’il existe en raison de l’alliance entre Dieu et le peuple d’Israël ; ce n’est qu’à l’aune d’une telle alliance que l’attente messianique peut mûrir progressivement, siècle après siècle. Et de fait, le Verbe de Dieu s’est incarné dans cette Histoire, couronnant tous les types de messianismes.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quelle figure messianique attendent les Juifs in fine : un messie royal ou sacerdotal ?

On ne sait toujours pas quelle figure messianique attendent les Juifs : un messie royal ou sacerdotal ?

Ce que dit le P. Neuhaus dans l’entretien qui était donné à lire lors de la rencontre précédente, c’est que l’attente messianique était multiple : certains attendaient une figure royale, d’autres une figure sacerdotale, d’autres encore n’espéraient aucune figure du tout mais un temps de paix et de justice total… Bref, chacun s’est fabriqué un messianisme à sa mesure. Et le Christ est venu assumer tout cela, d’une manière profondément originale. C’est ce qui est magnifique !

L’expérience devrait avoir lieu à nouveau lors de la deuxième venue du Christ, la parousie, qui sera longuement étudiée l’an prochain, lors du FIDEO Credo. Je n’en dis donc pas plus, sinon que le Christ, lorsqu’Il (re-)viendra, assumera toutes nos espérances présentes… à sa façon très divinement originale à Lui ! Car ce qui est sagesse pour les hommes est folie pour Dieu et ce qui est folie pour les hommes est sagesse pour Dieu (1 Co 1,18-29).

Pierre G. (SEDIF)

 

 



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