11 octobre 2026

Saint Firmin, évêque (propre de Nîmes)

Auteur/autrice : Pierre Gelin

Tous les livres inspirés par l’Esprit sont-ils des livres saints ?

Est-ce que tous les livres inspirés par l’Esprit sont des livres saints ? Est–ce que L’Imitation de Jésus-Christ, par exemple, est un livre saint ? Si cela ne l’est pas, pourquoi ?

Ce qu‘on appelle les livres saints ou les Écritures saintes, ce sont les livres de la Révélation biblique uniquement. Ces livres sont non seulement inspirés par l’Esprit, mais Dieu s’y révèle. L’inspiration des Écritures est au service de cette Révélation, qui s’achève avec, par et en Jésus-Christ, « plénitude » de cette Révélation. Dieu a tout dit et tout donné dans le Fils. La Révélation biblique est ainsi close avec la mort du dernier apôtre. L’Imitation de Jésus-Christ, livre au demeurant magnifique, n’est donc pas un livre saint : il n’apporte rien à la Révélation mais l’adapte à notre pratique, à notre vie quotidienne. Cela n’empêche évidemment pas l’Esprit Saint de continuer à agir, puisqu’Il nous a été donné à la Pentecôte et, pour chacun de nous, par les sacrements.

Existe-t-il d’autres livres, non bibliques, inspirés par Dieu ?

Oui, mais pas au sens de l’inspiration biblique : l’inspiration n’est pas du même ordre. Ces livres sont un accomplissement, pour une époque donnée, d’une Révélation qui a déjà eu lieu définitivement.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Révélation & inspiration sont-elles une même réalité ?

Révélation & inspiration sont-elles une même réalité ?

La Révélation et l’inspiration ne se confondent pas. La Révélation, c’est le dévoilement que Dieu fait de Lui-même dans les Écritures saintes. En d’autres termes, on ne saurait pas qui Il est s’Il ne se révélait pas. Le moyen qu’Il prend pour se révéler est l’inspiration, c’est-à-dire qu’il envoie son Esprit Saint qui travaille à l’intérieur de l’auteur biblique sans le contraindre (cf. les deux tableaux du Caravage dans la malle à outils n°1… c’est très éclairant). De sorte que l’homme et Dieu sont auteurs, à des niveaux différents, ce que montre le P. Luc Mellet dans sa conclusion lorsqu’il parle des quatre sens de l’Écriture. Au risque d’être un peu (trop) schématique, on pourrait résumer en disant que la Révélation est la fin quand l’inspiration est le moyen.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Gn 17 – La circoncision : quelle est son origine et sa signification ?

Sur la circoncision, on aimerait avoir l’origine historique et la signification, ainsi que l’époque a priori où les Juifs/peuples de Dieu commence cette tradition ?

Sur les origines historiques de la circoncision, ce que l’on peut lire communément, c’est qu’elle était pratiquée par les populations sémitiques pour manifester une appartenance conjugale, politico-culturelle ou religieuse. Vous en trouverez trace dans quantité de textes d’historiens et d’anthropologues qui ont étudié la question. Voici deux sources accessibles à tous :
– Patrick Banon, « La Circoncision, signe d’alliance avec le divin », Historia n°770, février 2010 ;
– Pierre Carrat, « Circoncision : clefs pour un rite », L’Histoire n°56, mai 1983.

Pour ceux qui veulent aller à l’essentiel, sans trop se faire mal, voici un éclairage pour débutants : court article de Sébastien Doane.

Pour ceux qui veulent étudier plus sérieusement la question, il existe une conférence en ligne, publiée par le Collège de France, qui retrace l’histoire de la circoncision ; je n’ai pas (encore) eu le temps de la regarder mais Roland Tomb étant invité par Thomas Römer, un grand Monsieur pour qui étudie scientifiquement la Bible, c’est a priori sérieux : Histoire de la circoncision, des origines à nos jours. Enjeux et controverses.

Il existe enfin une tentative de lecture théologique de la circoncision, par le P. Antoine Guggenheim, docteur en théologie et fondateur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins dont il a été directeur en 2007 et 2014. Il a publié en 2016 un court essai, aussi profond que passionnant : La Circoncision, aux éditions de L’Herne (76 pages).

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Bibliquement, la circoncision est le signe de l’alliance entre Dieu et Abraham. Voici le passage en question en Genèse 17 :

Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla ainsi : « Moi, voici l’alliance que je fais avec toi : tu deviendras le père d’une multitude de nations. Tu ne seras plus appelé du nom d’Abram, ton nom sera Abraham, car je fais de toi le père d’une multitude de nations. Je te ferai porter des fruits à l’infini, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. J’établirai mon alliance entre moi et toi, et après toi avec ta descendance, de génération en génération ; ce sera une alliance éternelle ; ainsi je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi. À toi et à ta descendance après toi je donnerai le pays où tu résides, tout le pays de Canaan en propriété perpétuelle, et je serai leur Dieu. »

Dieu dit à Abraham : « Toi, tu observeras mon alliance, toi et ta descendance après toi, de génération en génération. Et voici l’alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire toi et ta descendance après toi : tous vos enfants mâles seront circoncis. La chair de votre prépuce sera circoncise, et cela deviendra le signe de l’alliance entre moi et vous. À chaque génération, tous vos enfants mâles âgés de huit jours seront circoncis, les enfants nés dans la maison, ou les enfants étrangers qui ne sont pas de ta descendance mais sont acquis à prix d’argent. Né dans la maison ou acquis à prix d’argent, tout mâle sera circoncis. Inscrite dans votre chair, mon alliance deviendra une alliance éternelle. L’incirconcis, le mâle dont la chair du prépuce n’aura pas été circoncise, celui-là sera retranché d’entre les siens : il aura rompu mon alliance. » (Gn 17,3-14)

Que le récit biblique inscrive l’alliance non seulement dans la chair, mais également dans le sexe (lieu de conjugalité et de fécondation) a une symbolique très forte : il ne faut pas oublier que la promesse à Abraham consiste en une descendance nombreuse… qui passe de toute évidence par l’acte sexuel.

Par la suite évidemment, à mesure que les Juifs feront l’expérience de Dieu et qu’Il se révélera à eux, la circoncision prendra une tout autre dimension : elle se muera progressivement, notamment avec les prophètes, en circoncision du cœur :

Soyez circoncis pour le Seigneur, enlevez le prépuce de votre cœur, gens de Juda et habitants de Jérusalem, de peur que ma colère n’éclate comme un feu et ne brûle, sans personne pour l’éteindre, à cause de la malice de vos actes (Jr 4,4).

Ce n’est pas pour autant qu’il faut oublier la circoncision physique ; Jésus lui-même s’y pliera en fidélité à l’Alliance : Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception (Lc 2,21), avant de la renouveler tout autrement par sa mort et sa résurrection, par le baptême et le don de l’Esprit de Dieu.

Saint Paul développera beaucoup cette notion, manifestant comme les prophètes l’esprit au-dessus de la lettre. Ainsi dans cet extrait :

Sans doute, la circoncision est utile si tu pratiques la Loi ; mais si tu transgresses la Loi, malgré ta circoncision tu es devenu non-circoncis. À l’inverse si le non-circoncis garde les préceptes de la Loi, ne sera-t-il pas considéré comme s’il était circoncis ? Celui qui n’est pas circoncis dans son corps mais qui accomplit la Loi te jugera, toi qui transgresses la Loi tout en ayant la lettre de la Loi et la circoncision. Ce n’est pas ce qui est visible qui fait le Juif, ce n’est pas la marque visible dans la chair qui fait la circoncision ; mais c’est ce qui est caché qui fait le Juif : sa circoncision est celle du cœur, selon l’Esprit et non selon la lettre, et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu (Rm 2,25-29).

Ou encore :

En lui, vous avez reçu une circoncision qui n’est pas celle que pratiquent les hommes, mais celle qui réalise l’entier dépouillement de votre corps de chair ; telle est la circoncision qui vient du Christ. Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. (Col 2,11-13 ; voir aussi Ga 5,4-6, Ga 6,15 et Col 3,11).

Cette réponse va un peu au-delà de la question posée, puisqu’elle envisage la circoncision bibliquement et non historiquement… Si vous avez acquis une Bible de travail, comme recommandé, n’hésitez pas à lire les notes et à parcourir les renvois pour approfondir cette question.

Pierre G. (SEDIF)

 

Lire aussi : Ex 4,24-26 – Comment comprendre la circoncision du fils de Moïse ?

 



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Exode 3,21-22 – Pourquoi les Israéliens doivent-ils dépouiller les Égyptiens ?

Pourquoi les Israéliens doivent-ils dépouiller les Égyptiens ?

Que voilà une question originale ! On s’interroge sur bien des éléments autour de la sortie d’Égypte, rarement celui-là.

Le dépouillement des Égyptiens est pourtant bien présent dès la rencontre de Dieu avec Moïse, au buisson ardent : Je ferai que ce peuple trouve grâce aux yeux des Égyptiens. Aussi, quand vous partirez, vous n’aurez pas les mains vides. Chaque femme demandera à sa voisine et à l’étrangère qui réside en sa maison des objets d’argent, des objets d’or et des manteaux : vous les ferez porter par vos fils et vos filles. Ainsi vous dépouillerez les Égyptiens. (Ex 3,21-22). En réalité, pour celui qui lit la Bible en continu, ce dépouillement avait été annoncé bien plus tôt, déjà à Abram en Genèse 15,14. Et il a lieu quelques chapitres plus tard, en des termes similaires : Les fils d’Israël avaient agi selon la parole de Moïse : ils avaient demandé aux Égyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des manteaux. Le Seigneur fit que son peuple trouve grâce aux yeux des Égyptiens : ils cédèrent à leur demande. Ainsi les fils d’Israël dépouillèrent-ils les Égyptiens (Ex 12,35-36). Voilà pour le contexte.

Alors, pourquoi cette insistance ? Il y a eu bien des interprétations dans les littératures juives et chrétiennes. Certains y voient une réparation ; d’autres disent que, si Pharaon et les hommes de pouvoir s’acharnaient contre les Hébreux, les deux peuples s’entendaient bien à la base. On peut encore considérer que les Égyptiens donnent leurs objets en réparation des outrages, constatant la toute-puissance du Dieu des Hébreux qui fait tomber tant de fléaux sur leur terre…On peut y voir également une forme d’ironie : les esclaves prennent le dessus sur leurs maîtres. On peut aussi lire cet épisode comme la preuve éclatante de la toute-puissance et de la grâce surabondante de Dieu.

Enfin, il est difficile de ne pas rapprocher ces objets de métal de la tentation de l’idolâtrie, les idoles étant faites de métaux précieux et d’étoffes chatoyantes. Il y a selon moi une vision, dans le dépouillement des Égyptiens, de l’absolue grandeur de Dieu sur toutes formes de divinités, de richesse, de gloire… Et cette vision s’impose à tous, y compris aux Hébreux qui ne valent pas mieux que les Égyptiens, puisque les bijoux et autres objets pris à leurs anciens maîtres serviront à la fabrication du veau d’or en Exode 32.

Il y a bien des interprétations possibles… Et vous, en relisant attentivement les douze premiers chapitres de l’Exode, quelle serait la vôtre ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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Qu’est-ce que la vérité ?

Qu’est-ce que la vérité ?

Il y a beaucoup de manières de répondre à cette question qui résonne chaque année, dans la bouche de Ponce Pilate, comme une interrogation essentielle. Disons, pour faire simple, que la vérité est l’adéquation de l’intelligence et du réel (S. Thomas d’Aquin). C’est-à-dire qu‘elle ne nous est pas donnée d’emblée mais qu‘elle est le fruit d’une quête personnelle.

Prenons l’exemple d’un accident de voiture (= réalité) : quelle est la vérité concernant cette réalité ? Tous auront une version différente de cet accident, c’est-à-dire que tous auront une vérité sur cet accident. L’enjeu, lorsqu’il y a par exemple un procès, est d’arriver à une vérité plus grande, en rassemblant les vérités individuelles. En un sens, pour reprendre cette comparaison et en s’autorisant une analogie : l’Église rassemble et confronte toutes nos vérités individuelles de chrétiens, ce qui lui permet de nous offrir une vérité plus juste quant à la réalité de Dieu.

La vérité biblique – puisque c’est de ça dont il est question dans la première rencontre – porte ainsi que la réalité de la Révélation de Dieu pour notre salut. Elle n’est donc pas une vérité totale, mais une vérité pour notre salut. Au fond, seul Dieu lui-même peut prétendre à une vérité totale puisque son intelligence embrasse la totalité du réel. Et en ce sens, lorsque Jésus se proclame comme « la vérité » dans l’évangile selon saint Jean (Jn 14,6), il exprime non seulement l’être même de Dieu, mais il affirme aussi que Dieu est la vérité de notre existence, c’est-à-dire la vérité qui nous permet d’embrasser toute la réalité de notre être : notre réalité pleine et entière, c’est d’être enfant de Dieu et de vivre de sa vie.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Exode 3,6 – Pourquoi Moïse ne veut-il pas croiser le regard de Dieu et se voile la face ?

Pourquoi Moïse ne veut-il pas croiser le regard de Dieu, en se voilant la face ? Peur ? Parce qu’il a commis un crime (Exode 2,12) 

En Exode 3,6, Dieu se présente : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob… Moise se cacha le visage, craignant de regarder Dieu.

Ici encore le mérite des Pères est mis en avant. Dieu se révèle à Moise en raison des actions justes des patriarches (Abraham, Isaac et Jacob) et surtout de leurs combats contre l’idolâtrie. Dieu parle depuis le buisson ardent et révèle son nom : « Je suis qui je suis » ! Moise tremble et se cache le visage, car nul ne peut supporter sa vue, certes, mais aussi, selon la tradition orale, parce que lorsque l’Éternel s’adresse à nous il convient de manifester de l’humilité et de la soumission.

Il est vrai que le meurtre de l’Égyptien lui sera à jamais reproché et c’est la raison pour laquelle il ne rentrera pas en Canaan, en Terre promise.

Catherine POUJOL

Historienne, spécialiste de l’histoire des relations judéo-chrétiennes

 



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