22 avril 2026

Saint Alexandre

Étiquette : Pape François

Dilexit nos : texte, résumé et outils pour lire l’encyclique du pape François sur le Sacré-Cœur

Le 24 octobre dernier, le pape François a fait paraître une lettre encyclique intitulée « Dilexit nos » et portant sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ. Un tel document magistériel n’est pas un événement courant, puisque ce n’est que la quatrième lettre encyclique du pape, depuis son érection au Siège de Pierre le 13 mars 2013.

Il y a eu Lumen fidei en 2013, Laudato si’ en 2015, Fratelli tutti en 2020… Il y a dorénavant Dilexit nos, publié le 24 octobre 2024.

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Pape François – Encyclique Dilexit nos (Sacré-Cœur)

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Le texte a notamment été publié aux éditions Artège : vous pouvez le commander en cliquant ici (livraison sous 24h-48h). Vous pouvez aussi faire vivre vos librairies de quartier ou de village en leur commandant le texte.

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UN TEXTE EN 5 PARTIES : RÉSUMÉ ET CITATIONS

I. L’importance du cœur (n. 2-31)

Le pape François s’attache à définir la notion de cœur dans l’être humain, en faisant notamment référence aux développements philosophiques concernant l’être humain.

« Dans ce monde liquide, il est nécessaire de parler à nouveau du cœur, d’indiquer le lieu où toute personne, quelle que soit sa catégorie et sa condition, fait sa synthèse ; là où l’être concret trouve la source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix. » (n. 9)

« Le cœur est également capable d’unifier et d’harmoniser l’histoire personnelle, qui semble fragmentée en mille morceaux mais où tout peut avoir un sens. C’est ce que l’Évangile exprime avec Marie qui regardait avec le cœur. Elle savait dialoguer avec les expériences conservées en y réfléchissant dans son cœur, en leur donnant du temps, les méditant et les conservant intérieurement pour se souvenir. Dans l’Évangile, la meilleure expression de ce que pense le cœur est représentée par les deux passages de saint Luc qui nous disent que Marie « gardait (syneterei) toutes ces choses, les méditant (symballousa) dans son cœur » (cf. Lc 2, 19 ; cf. 2, 51). » (n. 19)

« Le noyau de tout être humain, son centre le plus intime, n’est pas le noyau de l’âme mais de toute la personne dans son identité unique qui est à la fois âme et corps. Tout s’unifie dans le cœur qui peut être le siège de l’amour avec la totalité de ses composantes spirituelles, émotionnelles et même physiques. En définitive, si l’amour y règne, la personne réalise son identité de manière pleine et lumineuse, car tout être humain a été créé avant tout pour l’amour, il est fait dans ses fibres les plus profondes pour aimer et être aimé. » (n. 21)

« Ce n’est qu’à partir du cœur que nos communautés parviendront à unir leurs intelligences et leurs volontés, et à les pacifier pour que l’Esprit nous guide en tant que réseau de frères ; car la pacification est aussi une tâche du cœur. Le Cœur du Christ est extase, il est sortie, il est don, il est rencontre. En Lui, nous devenons capables de relations saines et heureuses les uns avec les autres et de construire le Royaume de l’amour et de la justice dans ce monde. Notre cœur uni à celui du Christ est capable de ce miracle social. » (n. 28)

II. Des gestes et des paroles d’amour (n. 32-47)

Si le cœur est au centre de l’agir humain, alors le Cœur du Christ préside ses gestes et ses actions : le pape en montre le déploiement dans les Écritures saintes, proposant ainsi une relecture des Évangiles par ce biais.

« Ce même Jésus attend aujourd’hui que tu lui donnes la possibilité d’éclairer ton existence, de t’élever, de te remplir de sa force. Il a dit à ses disciples, avant de mourir : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous. Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus. Mais vous, vous verrez que je vis, et vous aussi vous vivrez » (Jn 14, 18-19). Il trouve toujours un moyen de se manifester dans ta vie pour que tu puisses le rencontrer.» (n. 38)

« Nous avons dans les Écritures sa Parole toujours vivante et actuelle, mais il arrive aussi que Jésus nous parle intérieurement et nous appelle pour nous conduire au meilleur endroit. Ce lieu le meilleur, c’est son Cœur. Il nous appelle à entrer là où nous pouvons retrouver des forces et la paix : Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi, je vous soulagerai (Mt 11, 28). C’est pourquoi Il demande à ses disciples : Demeurez en moi (Jn 15, 4). » (n. 43)

III. Voici le cœur qui a tant aimé (n. 48-91)

Dans cette troisième partie, le pape nous invite à regarder « comment l’Église réfléchit sur le saint mystère du Cœur du Seigneur » (n. 47), réflexion qui n’est jamais purement cérébrale parce que prenant appui et conduisant tout à la fois à l’adoration et à la vénération de la totalité de la personne du Christ à travers son cœur. Au centre de cette partie intervient une belle méditation sur la place du Cœur du Christ dans la vie trinitaire : le Cœur du Christ, par l’Esprit, nous conduit naturellement à l’Amour du Père (n. 70-77).

« La dévotion au Cœur du Christ n’est pas le culte d’un organe séparé de la personne de Jésus. Nous contemplons et adorons Jésus-Christ tout entier, le Fils de Dieu fait homme, représenté dans une image où son cœur est mis en évidence. Le cœur de chair est considéré comme l’image ou le signe privilégié du centre le plus intime du Fils incarné et de son amour à la fois divin et humain car, plus que tout autre membre de son corps, il est  »signe ou symbole naturel de son immense charité » (Pie XII). » (n. 48)

« Amour et cœur ne sont pas nécessairement reliés, car la haine, l’indifférence, l’égoïsme peuvent régner dans un cœur humain. Mais nous n’atteignons pas notre pleine humanité si nous ne sortons pas de nous-mêmes ; et nous ne devenons pas pleinement nous-mêmes si nous n’aimons pas. Le centre le plus intime de notre personne, créé pour l’amour, ne réalise le projet de Dieu que lorsqu’il aime. C’est pourquoi le symbole du cœur symbolise en même temps l’amour. » (n. 59)

« Dans l’image du Cœur du Seigneur un triple amour est en effet représenté et nous éblouit. Tout d’abord, l’amour divin infini qui se trouve dans le Christ. Mais nous pensons aussi à la dimension spirituelle de l’humanité du Seigneur. De ce point de vue, le cœur est  »le symbole de cette ardente charité qui, infuse dans le Christ, anime sa volonté humaine ». Enfin, il est  »le symbole de son amour sensible » (Pie XII). Ces trois amours ne sont pas des facultés séparées fonctionnant de manière parallèle ou sans lien, mais elles agissent et s’expriment ensemble en un flux constant de vie :  »À la lumière de la foi, par laquelle nous croyons que les deux natures, humaine et divine, sont unies dans la personne du Christ, notre esprit est rendu capable de concevoir les liens très étroits qui existent entre l’amour sensible du cœur physique de Jésus et son double amour spirituel, l’humain et le divin » (Pie XII). » (n. 65-66)

« La dévotion au Cœur du Christ est essentielle à notre vie chrétienne car elle signifie notre ouverture, pleine de foi et d’adoration, au mystère de l’amour divin et humain du Seigneur, au point que nous pouvons affirmer une fois de plus que le Sacré-Cœur est une synthèse de l’Évangile » (n. 83)

IV. L’amour qui donne à boire (n. 92-163)

Les deux dernières parties forment un tout : dans la quatrième, il est question de l’expérience spirituelle personnelle qui nous conduit au Père ; dans la cinquième, l’accent est mis sur l’engagement communautaire et missionnaire qui nous porte vers nos frères.

Le titre même de cette partie renvoie explicitement au côté transpercé du Christ, que le pape rattache à diverses prophéties, dont celle d’Ézéchiel sur le Temple dont coule une eau qui répand le vie (Ez 47). Après une relecture biblique, le pape prolonge sa réflexion avec les saints, en exprimant différentes facettes de la dévotion au Sacré-Cœur dans l’Histoire, chez les mystiques et les saints, de S. Justin et S. Augustin à S. Charles de Foucauld et Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, en passant évidemment par S. Jean Eudes, S. François de Sales, Ste Marguerie-Marie Alacoque et S. Claude de la Colombière.

« Dans le Cœur transpercé du Christ se concentrent, inscrites dans la chair, toutes les expressions d’amour des Écritures. Il ne s’agit pas d’un amour simplement déclaré, mais son côté ouvert est source de vie pour celui qui est aimé, il est cette fontaine qui étanche la soif de son peuple. Comme l’a enseigné saint Jean-Paul II, « les éléments essentiels de cette dévotion appartiennent aussi de façon permanente à la spiritualité de l’Église au long de son histoire ; car, dès le début, l’Église a porté son regard vers le Cœur du Christ transpercé sur la croix ». » (n. 101).

« Cette reconnaissance intense de l’amour de Jésus-Christ que sainte Marguerite-Marie nous a transmise nous offre de précieux stimulants pour notre union avec Lui. Cela ne signifie pas que nous nous sentions obligés d’accepter ou d’assumer tous les détails de cette proposition spirituelle, où, comme c’est souvent le cas, l’action divine est mêlée à des éléments humains liés à nos désirs, à nos préoccupations et à nos images intérieures. Il faut toujours la relire à la lumière de l’Évangile et de la riche tradition spirituelle de l’Église, en reconnaissant tout le bien qu’elle a fait à tant de sœurs et de frères. Cela nous permet de reconnaître les dons de l’Esprit Saint dans cette expérience de foi et d’amour. Plus que les détails, le noyau du message qui nous est transmis peut se résumer dans ces mots que sainte Marguerite-Marie a entendus : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’Il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ». » (n. 121).

« La blessure du côté d’où jaillit l’eau vive est encore ouverte chez le Christ ressuscité. Cette large blessure faite par la lance, ainsi que les blessures de la couronne d’épines qui apparaissent souvent dans les représentations du Sacré-Cœur, sont inséparables de cette dévotion. Nous contemplons en elles l’amour de Jésus-Christ qui fut capable de se donner jusqu’au bout. Le cœur du Ressuscité conserve ces signes du don total qui entraîna une intense souffrance pour nous. Il est donc en quelque sorte inévitable que le croyant veuille réagir non seulement à ce grand amour, mais aussi à la douleur que le Christ a accepté d’endurer pour tant d’amour. » (n. 151).

« Nous sommes consolés dans cette contemplation du Cœur du Christ donné jusqu’au bout. La douleur que nous ressentons dans notre cœur cède la place à une confiance totale, et il ne reste à la fin que de la gratitude, de la tendresse, de la paix, son amour régnant dans notre vie. La componction  »ne provoque pas d’angoisse mais soulage l’âme de ses fardeaux parce qu’elle agit dans la blessure du péché en nous disposant à recevoir la caresse du Seigneur ». Et notre souffrance s’unit à celle du Christ sur la croix car affirmer que la grâce nous permet de surmonter toutes les distances c’est affirmer aussi que le Christ, lorsqu’il souffrait, s’unissait aux souffrances de ses disciples tout au long de l’histoire. Ainsi, lorsque nous souffrons, nous pouvons éprouver la consolation intérieure de savoir que le Christ lui-même souffre avec nous. Désireux de le consoler, nous en sortons consolés. » (n. 161)

V. Amour pour amour (n. 164-216)

Comme indiqué précédemment, ce cinquième et dernier chapitre apporte un complément au chapitre précédent en offrant un élargissement de la réflexion aux dimensions communautaire et missionnaire que comprend la dévotion au Cœur du Christ. En même temps que le Cœur du Christ nous conduit au Père (chap. IV), il nous porte vers nos frères.

« Nous devons revenir à la Parole de Dieu pour reconnaître que la meilleure réponse à l’amour de son cœur est l’amour pour nos frères. Il n’y a pas d’acte plus grand que nous puissions offrir pour Lui rendre amour pour amour. La Parole de Dieu le dit avec une totale clarté : Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40). Toute la Loi trouve sa plénitude dans un seul précepte : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5, 14). Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort (1 Jn 3, 14). Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas (1 Jn 4, 20). » (n. 167)

« Regarder la blessure du cœur du Seigneur qui « a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » ( Mt 8, 17) nous aide à être plus attentifs aux souffrances et aux besoins des autres, nous rend assez forts pour participer à son œuvre de libération en tant qu’instruments de diffusion de son amour. Lorsque nous contemplons le don du Christ pour chacun, nous nous demandons inévitablement pourquoi nous ne sommes pas capables de donner notre vie pour les autres : À ceci nous avons connu l’Amour : celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères ( 1 Jn 3, 16). » (n. 171)

« Saint Jean-Paul II dit que,  »la civilisation du Cœur du Christ pourra être bâtie sur les ruines accumulées par la haine et la violence » en nous abandonnant à ce Cœur. Cela implique certainement que nous soyons capables de  »joindre l’amour filial envers Dieu à l’amour du prochain ». Telle est en réalité  »la véritable réparation demandée par le Cœur du Sauveur ». Avec le Christ, nous sommes appelés à construire une nouvelle civilisation de l’amour sur les ruines que nous avons laissées en ce monde par notre péché. Telle est la réparation que le Cœur du Christ attend de nous. Au milieu du désastre laissé par le mal, le Cœur du Christ veut avoir besoin de notre collaboration pour reconstruire le bien et le beau. » (n. 182)

« L’habitude de demander pardon aux frères fait partie de cet esprit de réparation ; elle démontre une grande noblesse au cœur de notre fragilité. La demande de pardon est un moyen de guérir les relations parce qu’elle rouvre le dialogue et manifeste la volonté de renouer dans la charité fraternelle, […] elle touche le cœur du frère, le console et suscite en lui l’accueil du pardon demandé. Alors, si l’irréparable ne peut être totalement réparé, l’amour, lui, peut toujours renaître, rendant la blessure supportable. » (n. 189)

« Sœurs et frères, je propose que nous développions cette forme de réparation qui consiste, en définitive, à offrir au Cœur du Christ une nouvelle possibilité de répandre en ce monde les flammes de son ardente tendresse. S’il est vrai que la réparation implique le désir de compenser les outrages commis contre l’Amour incréé par les oublis ou les offenses, le chemin le plus approprié est que notre amour donne au Seigneur une possibilité de s’étendre en échange de toutes ces fois où il a été rejeté ou nié. Cela se produit en allant au-delà de la simple “consolation” au Christ dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, et se traduit par des actes d’amour fraternel par lesquels nous guérissons les blessures de l’Église et du monde. De cette manière, nous offrons de nouvelles expressions de la puissance restauratrice du Cœur du Christ. » (n. 200)

« Enfin, pour comprendre cette dévotion dans toute sa richesse, il faut ajouter, en reprenant ce que nous avons dit sur sa dimension trinitaire, que la réparation au Christ en tant qu’être humain est offerte au Père par l’action de l’Esprit Saint en nous. Notre réparation au Cœur du Christ s’adresse donc en définitive au Père qui se réjouit de nous voir unis au Christ lorsque nous nous offrons par Lui, avec Lui et en Lui. » (n. 204)

« Parler du Christ, par le témoignage ou la parole, de telle manière que les autres n’aient pas à faire un grand effort pour l’aimer, voilà le plus grand désir d’un missionnaire de l’âme. Il n’y a pas de prosélytisme dans cette dynamique de l’amour : les paroles de l’amoureux ne dérangent pas, n’imposent pas, ne forcent pas. Elles poussent seulement les autres à se demander comment un tel amour est possible. Dans le plus grand respect de la liberté et de la dignité de l’autre, l’amoureux attend simplement qu’on lui permette de raconter cette amitié qui remplit sa vie. » (n. 210)

« En un sens, il faut être missionnaire à la manière des apôtres de Jésus et des premiers disciples. Ils sont allés proclamer l’amour de Dieu. Ils sont allés dire que le Christ est vivant et qu’il vaut la peine de le connaître. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a vécu cela comme une partie inséparable de son offrande à l’Amour miséricordieux :  »Je voulais donner à boire à mon Bien-aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes ».Telle est aussi ta mission. Chacun la remplit à sa manière, et tu verras comment tu pourras être missionnaire. Jésus le mérite. Si tu l’oses, Il t’éclairera. Il t’accompagnera et te fortifiera, et tu vivras une expérience précieuse qui te fera beaucoup de bien. Peu importe que tu puisses voir des résultats, laisse cela au Seigneur qui travaille dans le secret des cœurs, mais ne cesse pas de vivre la joie d’essayer de communiquer l’amour du Christ aux autres. » (n. 216)

Conclusion (n. 217-220) et prière du pape François

« Je prie le Seigneur Jésus-Christ que jaillissent pour nous tous de son saint Cœur ces fleuves d’eau vive qui guérissent les blessures que nous nous infligeons, qui renforcent notre capacité d’aimer et de servir, qui nous poussent à apprendre à marcher ensemble vers un monde juste, solidaire et fraternel. Et ce, jusqu’à ce que nous célébrions ensemble, dans la joie, le banquet du Royaume céleste. Le Christ ressuscité sera là, harmonisant nos différences par la lumière jaillissant inlassablement de son Cœur ouvert. Qu’il soit béni ! » (n. 220).

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OUTILS POUR LIRE & COMPRENDRE À L’ENCYCLIQUE :

Encyclique (versions)
=> Version intégrale en audiolivre (IA) (2h33)

Textes généraux
=> Présentation (très) succincte de l’encyclique : « Dilexit nos, la quatrième encyclique de François dévoilée » (Vatican News)
=> Place de ce texte dans le magistère du pape François : lire l’entretien du P. Antonio Spadaro (Vatican News).
Le P. Antonio Spadaro est sous-secrétaire du dicastère pour la Culture et l’Éducation.

Vidéos générales

 

Pour les jeunes

 



 

Pape François : « La dévastation de la création est une offense à Dieu, un péché personnel et structurel »

Dans un message vigoureux adressé à la COP28, le pape François a rappelé l’urgence de traiter les questions climatiques et environnementales, en appelant à des mesures « efficaces, contraignantes et facilement contrôlables » dans quatre domaines spécifiques : l’efficacité énergétique, les sources renouvelables, l’élimination des combustibles fossiles et l’éducation à des modes de vie moins dépendants de ces derniers.

Le pape François a adressé un message à la COP28, qui se tient à Dubaï du 20 novembre au 12 décembre. Le Saint-Père devait initialement se rendre à la conférence internationale des Nations unies sur les changements climatiques, avant d’y renoncer pour des raisons de santé. Son discours, écrit en espagnol et essentiellement autoréférentiel, a finalement été lu le 2 décembre dernier par le cardinal secrétaire d’État, Pietro Parolin.

Les intertitres et les citations en exergue sont du SEDIF.

 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,

Illustres Chefs d’État et de Gouvernement,

Mesdames et Messieurs,

 

Culture de la vie vs culture de la mort

Je ne peux malheureusement pas être présent parmi vous comme je l’aurais voulu, mais je suis avec vous parce que l’heure est grave. Je suis avec vous parce que, aujourd’hui plus que jamais, l’avenir de tous dépend du présent que nous choisissons. Je suis avec vous parce que la dévastation de la création est une offense à Dieu, un péché non seulement personnel mais aussi structurel qui se répercute sur l’être humain, en particulier sur les plus faibles, un grave danger qui pèse sur chacun et risque de déclencher un conflit entre les générations. Je suis avec vous parce que le changement climatique est « un problème social global qui est intimement lié à la dignité de la vie humaine » (Exhort. ap. Laudate Deum, n. 3). Je suis avec vous pour poser la question à laquelle nous sommes appelés à répondre à présent : œuvrons-nous pour une culture de la vie ou bien de la mort ? Je vous le demande de manière pressante : choisissons la vie, choisissons l’avenir ! Écoutons le gémissement de la terre, prêtons attention au cri des pauvres, tendons l’oreille aux espérances des jeunes et aux rêves des enfants ! Nous avons une grande responsabilité : faire en sorte que leur avenir ne soit pas refusé.

« La dévastation de la création est une offense à Dieu, un péché non seulement personnel mais aussi structurel qui se répercute sur l’être humain, en particulier sur les plus faibles, un grave danger qui pèse sur chacun et risque de déclencher un conflit entre les générations. »

Il est avéré que les changements climatiques en cours résultent du réchauffement de la planète, causé principalement par l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, provoquée elle-même par l’activité humaine qui est devenue insoutenable pour l’écosystème au cours des dernières décennies. La volonté de produire et de posséder s’est transformée en obsession et a conduit à une avidité sans limite qui a fait de l’environnement l’objet d’une exploitation effrénée. Le climat devenu fou sonne comme une alarme pour stopper ce délire de toute-puissance. Reconnaissons de nouveau avec humilité et courage notre limite comme unique voie pour vivre en plénitude.

Des divisions à surmonter pour l’avenir

Qu’est-ce qui fait obstacle à ce chemin ? Les divisions qui existent entre nous. Mais un monde entièrement connecté, comme celui d’aujourd’hui, ne peut pas être déconnecté de ceux qui le gouvernent, avec des négociations internationales qui « ne peuvent pas avancer de manière significative en raison de la position des pays qui mettent leurs intérêts nationaux au-dessus du bien commun général » (Lett. enc. Laudato sì’, n. 169). Nous assistons à des positions rigides, voire inflexibles, qui tendent à protéger des revenus de particuliers et ceux de leurs entreprises, en se justifiant parfois sur la base de ce que d’autres ont fait dans le passé, avec des renvois périodiques de responsabilité. Mais le devoir auquel nous sommes appelés aujourd’hui ne concerne pas le passé, mais l’avenir ; un avenir qui, qu’on le veuille ou non, sera à tous ou ne sera pas.

La responsabilité des riches

Les tentatives de faire retomber la responsabilité sur les nombreux pauvres et sur le nombre de naissances sont particulièrement frappantes. Ce sont des tabous auxquels il faut absolument mettre fin. Ce n’est pas la faute des pauvres puisque près de la moitié du monde la plus pauvre n’est responsable que de 10 % à peine des émissions polluantes, alors que l’écart entre les quelques riches et les nombreux démunis n’a jamais été aussi abyssal. Ces derniers sont en fait les victimes de ce qui se passe : pensons aux populations autochtones, à la déforestation, au drame de la faim, à l’insécurité en eau et alimentaire, aux flux migratoires induits. Les naissances ne sont pas un problème, mais une ressource : elles ne sont pas contre la vie, mais pour la vie, alors que certains modèles idéologiques et utilitaristes, imposés avec des gants de velours aux familles et aux populations, représentent de véritables colonisations. Il ne faut pas pénaliser le développement de nombre pays, déjà chargés de lourdes dettes économiques, mais considérer l’impact de quelques nations, responsables d’une dette écologique inquiétante envers tant d’autres (cf. ibid., nn. 51-52). Il conviendrait de trouver les moyens appropriés pour supprimer les dettes financières qui pèsent sur divers peuples, à la lumière également de la dette écologique qui leur est due.

La confiance, fondement du multilatéralisme

Mesdames et Messieurs, je me permets de m’adresser à vous, au nom de la maison commune que nous habitons, comme à des frères et sœurs, pour nous poser la question suivante : quelle est la porte de sortie ? Celle que vous emprunter ces jours-ci : la voie qui consiste à être ensemble, le multilatéralisme. En effet, « le monde devient tellement multipolaire, et en même temps tellement complexe, qu’un cadre différent pour une coopération efficace est nécessaire. Il ne suffit pas de penser aux rapports de force […]. Il s’agit d’établir des règles globales et efficaces » (Laudate Deum, n. 42). Il est préoccupant, en ce sens, que le réchauffement de la planète s’accompagne d’un refroidissement général du multilatéralisme, d’une défiance croissante à l’égard de la Communauté internationale, d’une perte de la « conscience commune d’être […] une famille de nations» (S. Jean-Paul II, Discours à la 50e Assemblée générale de l’Organisation des nations unies, New York, 5 octobre 1995, 14). Il est essentiel de rétablir la confiance, fondement du multilatéralisme.

Là où il y a de la guerre, que je mette du développement durable

Cela vaut tant pour la protection de la création que pour la paix : ce sont les questions les plus urgentes et elles sont liées. Combien d’énergie l’humanité gaspille-t-elle dans les si nombreuses guerres en cours, comme en Israël et en Palestine, en Ukraine et en beaucoup d’autres régions du monde : des conflits qui ne résoudront pas les problèmes mais les accroîtront ! Combien de ressources sont-elles gaspillées en armements, qui détruisent des vies et ruinent la maison commune ! Je renouvelle une proposition : « Avec les ressources financières consacrées aux armes ainsi qu’à d’autres dépenses militaires, créons un Fonds mondial, en vue d’éradiquer une bonne fois pour toutes la faim » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 262 ; cf. saint Paul VI, Lett. Enc. Populorum Progressio, n. 51) et mettre en œuvre des activités qui favorisent le développement durable des pays les plus pauvres, en luttant contre le changement climatique.

« Un changement de rythme qui ne soit pas une modification partielle de cap, mais une nouvelle façon de procéder ensemble, est essentiel. »

Il appartient à cette génération de prêter l’oreille aux peuples, aux jeunes et aux enfants pour jeter les bases d’un nouveau multilatéralisme. Pourquoi ne pas commencer par la maison commune ? Les changements climatiques mettent en évidence la nécessité d’un changement politique. Sortons des ornières des particularismes et des nationalismes, ce sont des modèles du passé. Adoptons une vision alternative et commune : elle permettra une conversion écologique, car « il n’y a pas de changement durable sans changement culturel » (Laudate Deum, n. 70). J’assure en cela l’engagement et le soutien de l’Église catholique, active en particulier dans l’éducation et la sensibilisation à la participation commune, ainsi que dans la promotion des styles de vie, car la responsabilité est celle de tous, et celle de chacun est fondamentale.

Nécessité d’un changement politique radical

Sœurs et frères, un changement de rythme qui ne soit pas une modification partielle de cap, mais une nouvelle façon de procéder ensemble, est essentiel. Si sur le chemin de la lutte contre le changement climatique, ouvert à Rio de Janeiro en 1992, l’Accord de Paris a marqué « un nouveau départ » (ibid., n. 47), il faut maintenant relancer la marche. Il est nécessaire de donner un signe d’espoir concret. Que cette COP soit un tournant : qu’elle manifeste une volonté politique claire et tangible, conduisant à une accélération décisive de la transition écologique, à travers des formes qui aient trois caractéristiques : qu’elles soient « efficaces, contraignantes et facilement contrôlables » (ibid., n. 59). Qu’elles soient mises en œuvre dans quatre domaines : l’efficacité énergétique, les sources renouvelables, l’élimination des combustibles fossiles et l’éducation à des modes de vie moins dépendants de ces derniers.

« Laissons de côté les divisions et unissons nos forces ! Et, avec l’aide de Dieu, sortons de la nuit des guerres et des dévastations environnementales pour transformer l’avenir commun en une aube de lumière. »

S’il vous plaît : allons de l’avant, ne revenons pas en arrière. Il est bien connu que divers accords et engagements pris « n’ont été que peu mis en œuvre parce qu’aucun mécanisme adéquat de contrôle, de révision périodique et de sanction en cas de manquement, n’avait été établi » (Laudato si’, n. 167). Il s’agit ici de ne plus reporter mais de mettre en œuvre, et de ne pas seulement souhaiter, le bien de vos enfants, de vos citoyens, de vos pays, de notre monde.

2024 : l’année du tournant

Soyez les artisans d’une politique qui donne des réponses concrètes et cohérentes, en démontrant la noblesse du rôle que vous jouez, la dignité du service que vous accomplissez. Car c’est à cela que sert le pouvoir, à servir. Il ne sert à rien de préserver aujourd’hui une autorité dont on se souviendra demain que pour son incapacité à intervenir quand cela était urgent et nécessaire (cf. ibid., n. 57). L’histoire vous en sera reconnaissante. De même que les sociétés dans lesquelles vous vivez, au sein desquelles règne une division néfaste entre “supporters” : entre les catastrophistes et les indifférents, entre les écologistes radicaux et les négationnistes du climat… Il ne sert à rien d’entrer dans des factions ; dans ce cas, comme pour la cause de la paix, cela ne mène à aucune solution. C’est la bonne politique qui est la solution : si le sommet donne un exemple concret de cohésion, la base en profitera, là où de très nombreuses personnes, en particulier des jeunes, s’impliquent déjà dans la promotion du soin de la maison commune.

Que 2024 marque un tournant. J’aimerais qu’un événement survenu en 1224, soit de bon augure. Cette année-là, François d’Assise composa le Cantique des créatures. Il le fit après une nuit passée dans la douleur physique, devenu complètement aveugle. Après cette nuit de lutte, porté dans son âme par une expérience spirituelle, il voulut louer le Très-Haut pour ces créatures qu’il ne pouvait plus voir, mais qu’il sentait être ses frères et sœurs, parce que provenant d’un même Père et partagées avec les autres hommes et femmes. Un sentiment inspiré de fraternité le conduisit à transformer la douleur en louange et la peine en engagement. Peu après, il ajouta un verset dans lequel il louait Dieu pour ceux qui pardonnent, et il le fit pour régler – avec succès ! – une querelle scandaleuse entre l’Autorité du lieu et l’évêque. Moi aussi je porte le nom de François, avec un ton vibrant d’une prière, je voudrais vous dire : laissons de côté les divisions et unissons nos forces ! Et, avec l’aide de Dieu, sortons de la nuit des guerres et des dévastations environnementales pour transformer l’avenir commun en une aube de lumière. Merci.

Pape François
2 décembre 2023
Source : site du Vatican

Lire aussi :
=> COP28 à Dubaï : quelle approche chrétienne ?
=> Des clefs pour comprendre Laudate Deum (« Louez Dieu »)
=> Prier et agir pour la COP28 : pourquoi ? Comment ?

 

 



Source iconographique : Pixabay



 

 

COP28 à Dubaï : quelle approche chrétienne ?

À l’occasion de la COP 28, le mouvement Laudato Si a publié un article qui explique la nature de ce type de rassemblement mondial ainsi que les enjeux liés à cet événement singulier. Nous le reprenons dans son intégralité, en y ajoutant quelques propositions concrètes, dans le diocèse et au-delà.

Synthèse réalisée par Denis Ode,
responsable diocésain des questions liées
à l’écologie, aux ressources naturelles et aux besoins en énergie.

La COP 28 commence le 30 novembre aux Émirats arabes unis et durera jusqu’au 12 décembre. Les dirigeants politiques se rencontreront pour repenser, recommencer et se reconcentrer sur le programme climatique. Mais quelle est l’origine des COP ?

Que sont les COP ?

COP signifie Conférence des parties ou sommet pour le climat et la biodiversité. Ces sommets ont été créés après Rio 92. Les « parties » sont les 197 nations qui forment la CCNUCC, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Une COP est une réunion annuelle à laquelle les pays qui ont adopté la convention participent. Depuis 2015, tous les pays adhérents acceptent l’existence du changement climatique et partagent l’objectif commun de limitation de l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et du zéro émission net dans le siècle.

Brève histoire des COP

Depuis 1995, des représentants des 197 parties (196 pays et l’Union européenne) se sont réunis pour discuter du problème climatique. La conférence de Rio de Janeiro de 1992 a mené à l’adoption de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un traité qui est entré en vigueur en 1994.

En conséquence, la première COP s’est tenue à Berlin en 1995. La COP 3 de Kyoto, en 1997, a développé un protocole qui a fixé l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 5 % comparé à 1990.

En 2007, il a été conclu que les signes du réchauffement mondial étaient incontestables et le « Plan d’action de Bali » a été adopté. La COP 15 de Copenhague, en 2009, devait être historique. Cependant, les accords atteints n’ont pas été contraignants.

En 2010, COP 16 s’est tenue à Cancún. Là, le Fonds vert pour le climat a été fondé pour créer un programme ambitieux afin d’aider les pays à faibles revenus. Par la suite, la COP 18 de Doha en 2012 a ratifié le Protocole de Kyoto. La COP 19 de Varsovie, en 2013, a aussi échoué à répondre aux attentes.

Finalement, en 2015, le changement est arrivé. La COP 21 de Paris a mené à un accord qui a surpassé tout ce qui avait été attendu. Les 197 parties ont toutes été d’accord et ont accepté les connaissances scientifiques sur le climat : le changement climatique causé par l’humanité est un fait.

Le 4 novembre 2016, l’Accord de Paris est entré en vigueur. Son objectif était de conserver l’augmentation des températures mondiales en dessous de 2 °C, tout en s’efforçant de la conserver en dessous de 1,5 °C. En 2019, la COP 25 à Madrid a échoué à obtenir une action significative pour la réduction du changement climatique, le financement des pertes et dommages et la collaboration internationale.

À cause de la pandémie de 2020, la COP 26 a été suspendue et s’est finalement tenue en novembre 2021 à Glasgow. Elle a réussi à restaurer les engagements pris dans l’Accord de Paris, après un certain laxisme dans les engagements, dû à la COVID 19.

En 2022, lors de la COP 27 à Sharm El Sheikh, il est devenu clair qu’avec la guerre en Ukraine, les combustibles fossiles fournissent toujours 80 % de l’énergie mondiale et que leur utilisation continue à augmenter. Il y a eu un progrès dans le financement des «?pertes et dommages?» pour les pays les plus affectés, mais peu sur le problème de l’atténuation du changement climatique.

COP 28 à Dubaï

Cette année, les Émirats arabes unis vont organiser la prochaine Conférence des parties (COP 28) du 30 novembre au 12 décembre.

Ce pays du Golfe persique est un exportateur majeur de combustibles fossiles. Cependant, il a également lourdement investi dans les énergies renouvelables. Les entreprises pétrolières et gazières ont l’ambition de faire de nouveaux projets dans le pays pour étendre encore plus leur production.

Mouvement Laudato SI 2023

Addendum – Le pape François a publié une exhortation apostolique pour accompagner la réflexion de la COP28, en complément de l’encyclique Laudato Si promulguée en 2015. Il devait être présent à la COP28 (première participation d’un souverain pontife à une COP) mais finalement, il nous pourra pas participer en raison de son état de santé.

 

Lire aussi :
=> Des clefs pour comprendre Laudate Deum (« Louez Dieu »)
=> Prier et agir pour la COP28 : pourquoi ? Comment ?

 


QUELQUES INITIATIVES CONCRÈTES

1/ Une initiative dans le Gard

Bagnols-sur-Cèze – Une prière aura lieu tous les vendredi de l’Avent dans l’église à 12h15 autour d’un office des sextes un peu modifié, par et pour la maison commune.

2/ Un calendrier de l’Avent pour prier et agir

Dans ce calendrier, vous trouverez un guide liturgique hebdomadaire pour préparer votre cœur à recevoir le Christ enfant à Noël.

Téléchargez le calendrier

Que contient le calendrier??

  • Des dates liturgiques clefs de l’Avent et les événements les plus importants de la COP
  • Une réflexion pour chaque dimanche de l’Avent
  • Une question hebdomadaire sur laquelle réfléchir
  • Une action à réaliser chaque semaine de l’Avent
  • Un chant pour prier pendant le temps de Noël

3/ Une initiative mondiale : une pétition à signer

Dans juste quelques jours, l’Avent commencera. C’est un temps d’attente active et de conversion, pendant lequel nous sommes invités à prier et à agir en accompagnant notre foi avec des actes concrets qui prennent soin et réparent notre maison commune.

Cette année, pendant l’Avent, du 30 novembre au 12 décembre, la COP 28 aura lieu à Dubaï, où les dirigeants du monde entier, y compris le pape François, se réuniront pour prendre des décisions clefs pour le futur de notre planète.

C’est pour cela que nous vous proposons de répondre à l’appel du pape François dans Laudate Deum et d’envoyer un message clair au sultan Ahmed Al Jaber, président de la COP 28, en signant la pétition avec nos demandes et nos espoirs.

LIRE & SIGNER LA PÉTITION

Rappelez-vous : pendant l’Avent, notre action et notre prière sont essentielles pour notre Maison Commune et celle des générations futures : N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité (1 Jean 3,18).

Soyez bénis,

Christina Leaño
Directrice associée
Mouvement Laudato Si’

 



 

« Joyeux dans l’espérance » : le message du pape François à la jeunesse

Dans un message adressé aux jeunes à l’occasion de la 38e Journée mondiale de la jeunesse, qui aura lieu dans les diocèses le 26 novembre prochain, le pape François les invite à devenir des semeurs d’espérance. Intitulée « Joyeux dans l’espérance », citation reprise à saint Paul (Rm 12,12), cette lettre veut proposer une lumière, celle de la deuxième vertu théologale, dans un monde marqué par les crises et les guerres.

Nous en proposons un résumé en onze citations, ainsi que la lecture intégrale ci-dessous.

 



LA LETTRE DU PAPE AUX JEUNES EN 10 CITATIONS (+1)

 



MESSAGE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS
POUR LA 38e JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE

26 novembre 2023

Joyeux dans l’espérance (cf. Rm 12, 12)

Chers jeunes,

En août dernier, j’ai rencontré des centaines de milliers de vos semblables, venus du monde entier à Lisbonne pour les Journées mondiales de la jeunesse. Au temps de la pandémie, dans les nombreuses incertitudes, nous avions nourri l’espérance que cette grande célébration de la rencontre avec le Christ et avec d’autres jeunes pourrait voir le jour. Cette espérance s’est réalisée et, pour beaucoup d’entre nous qui étions présents, et moi aussi, elle a dépassé toutes les attentes ! Que notre rencontre à Lisbonne a été belle ! Une véritable expérience de transfiguration, une explosion de lumière et de joie !

À la fin de la messe de clôture au “Champ de la grâce”, j’ai indiqué la prochaine étape de notre pèlerinage intercontinental : Séoul, en Corée, en 2027. Mais auparavant, je vous ai donné rendez-vous à Rome, en 2025 pour le Jubilé des jeunes, où vous serez également des “pèlerins de l’espérance”.

Vous, les jeunes, vous êtes en effet la joyeuse espérance d’une Église et d’une humanité toujours en marche. Je voudrais vous prendre par la main et parcourir avec vous le chemin de l’espérance. Je voudrais parler avec vous de nos joies et de nos espérances, mais aussi des tristesses et des angoisses de nos cœurs et de l’humanité souffrante (cf. Const. past. Gaudium et spes, n. 1). Au cours de ces deux années de préparation au Jubilé, nous méditerons d’abord sur l’expression paulinienne « Joyeux dans l’espérance » (cf. Rm 12, 12), puis nous approfondirons celle du prophète Isaïe : « Ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur […] marchent sans se fatiguer » (Is 40, 31).

D’où provient cette joie ?

« Ayez la joie de l’espérance » (Rm 12, 12) est une exhortation de saint Paul à la communauté de Rome qui se trouve dans une période de grave persécution. En réalité, la “joie de l’espérance” prêchée par l’Apôtre jaillit du mystère pascal du Christ, de la puissance de sa résurrection. Elle n’est pas le fruit de l’effort humain, de l’ingéniosité ni du savoir-faire. Elle est la joie qui découle de la rencontre avec le Christ. La joie chrétienne vient de Dieu lui-même, du fait que nous nous savons aimés de Lui.

Benoît XVI, réfléchissant à l’expérience qu’il avait vécue lors des Journées Mondiales de la Jeunesse à Madrid, en 2011, demandait : la joie, « d’où vient-elle ? Comment s’explique-t-elle ? Il y a certainement de nombreux facteurs qui agissent ensemble. Mais celui qui est décisif est […] la certitude qui provient de la foi : je suis voulu. J’ai une mission dans l’histoire. Je suis accepté, je suis aimé ». Et il précise : « En fin de compte, nous avons besoin d’un accueil inconditionnel. C’est seulement si Dieu m’accueille et que j’en deviens sûr, que je sais définitivement : il est bien que j’existe. […] Il est bien d’exister comme personne humaine, même dans des temps difficiles. La foi rend heureux à partir de l’intérieur » (Discours à la Curie romaine, n. 22 décembre 2011).

Où est mon espérance ?

La jeunesse est une période pleine d’espoirs et de rêves, nourris par les belles réalités qui enrichissent nos vies : la splendeur de la création, les relations avec nos proches et nos amis, les expériences artistiques et culturelles, les connaissances scientifiques et techniques, les initiatives qui promeuvent la paix, la justice et la fraternité, et autres choses encore. Nous vivons cependant une époque où, pour beaucoup, y compris des jeunes, l’espérance semble être la grande absente. Beaucoup de vos semblables, qui connaissent la guerre, la violence, le harcèlement et diverses formes de détresses, sont malheureusement en proie au désespoir, à la peur et à la dépression. Ils se sentent comme enfermés dans une sombre prison, incapables de voir les rayons du soleil. Le taux élevé de suicide chez les jeunes dans plusieurs pays en est la preuve dramatique. Dans un tel contexte, comment éprouver la joie et l’espérance dont parle saint Paul ? Il y a plutôt un risque que le désespoir prenne le dessus, la pensée qu’il est inutile de faire du bien sous prétexte qu’il ne serait apprécié et reconnu par personne, comme nous le lisons dans le Livre de Job : « Où donc est mon espoir ? Mon espérance, qui l’entrevoit ? » (Jb 17, 15).

Face aux drames de l’humanité, en particulier à la souffrance des innocents, nous aussi demandons au Seigneur, comme nous le prions dans certains Psaumes : “Pourquoi ?” Or, nous pouvons faire partie de la réponse de Dieu. Créés par Lui à son image et à sa ressemblance, nous pouvons être une expression de son amour qui fait naître la joie et l’espérance même là où cela semble impossible. Il me vient à l’esprit le personnage principal du film “La vie est belle” ; un jeune père qui, avec délicatesse et imagination, parvient à transformer la dure réalité en une sorte d’aventure et de jeu, donnant de la sorte à son fils un “regard d’espérance” en le protégeant des horreurs du camp de concentration, en sauvegardant son innocence et en empêchant la méchanceté humaine de lui voler son avenir. Mais il ne s’agit pas seulement d’histoires inventées ! C’est ce que nous voyons dans la vie de tant de saints qui ont été des témoins de l’espérance même au milieu de la méchanceté humaine la plus cruelle. Nous pensons à saint Maximilien Marie Kolbe, à sainte Joséphine Bakhita ou au couple de bienheureux Józef et Wiktoria Ulma avec leurs sept enfants.

La possibilité d’allumer l’espérance dans le cœur des hommes, à partir du témoignage chrétien, a été magistralement mise en lumière par saint Paul VI lorsqu’il a rappelé : « Un chrétien ou un groupe de chrétiens au sein de la communauté humaine dans laquelle ils vivent […] rayonnent, d’une façon toute simple et spontanée, leur foi en des valeurs qui sont au-delà des valeurs courantes, et leur espérance en quelque chose qu’on ne voit pas, dont on n’oserait pas rêver » (Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, n. 21).

La “petite” espérance

Le poète français Charles Péguy, au début de son poème sur l’espérance, parle des trois vertus théologales – la foi, l’espérance et la charité – comme de trois sœurs qui marchent ensemble :

« La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle.
[…]
C’est elle, cette petite qui entraîne tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est.
Et elle, elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est.
Et elle, elle aime ce qui sera.
[…]
En réalité, c’est elle qui fait marcher les deux autres.
Et qui les traîne.
Et qui fait marcher tout le monde ».
(Le porche du mystère de la deuxième vertu, Gallimard, 1986)

Je suis moi aussi convaincu de ce caractère humble, “petit”, et pourtant fondamental de l’espérance. Pensez-y : comment pourrions-nous vivre sans espérance ? À quoi ressembleraient nos journées ? L’espérance est le sel du quotidien.

L’espérance, lumière qui brille dans la nuit

Dans la tradition chrétienne du Triduum pascal, le Samedi saint est le jour de l’espérance. Entre le Vendredi saint et le Dimanche de Pâques, il est comme un intermédiaire entre le désespoir des disciples et leur joie pascale. Il est le lieu où naît l’espérance. L’Église, ce jour-là, commémore en silence la descente aux enfers du Christ. Nous pouvons le voir sous forme picturale dans de nombreuses icônes. Elles nous montrent le Christ rayonnant de lumière qui descend dans les ténèbres les plus profondes et les traverse. C’est ainsi : Dieu ne se contente pas de regarder avec compassion nos lieux de mort ou de nous appeler de loin, mais Il entre dans nos expériences des enfers comme une lumière qui resplendit dans les ténèbres, et Il en triomphe (cf. Jn 1, 5). Un poème en langue sud-africaine xhosa l’exprime bien : « Bien que toute espérance soit perdue, avec ce poème, je réveille l’espérance. Mon espérance est réveillée parce que j’espère dans le Seigneur. J’espère que nous nous unirons ! Restez forts dans l’espérance, car l’heureuse issue est proche ».

Si nous y réfléchissons bien, il s’agit là de l’espérance de la Vierge Marie qui est restée forte au pied de la croix de Jésus, certaine que l’“heureuse issue” était proche. Marie est la femme de l’espérance, la Mère de l’espérance. Au Calvaire, « espérant contre toute espérance » (Rm 4, 18), elle n’a pas laissé s’éteindre dans son cœur la certitude de la résurrection annoncée par son Fils. C’est elle qui remplit le silence du Samedi Saint d’une attente aimante et pleine d’espérance, en inculquant aux disciples la certitude que Jésus vaincra la mort et que le mal n’aura pas le dernier mot.

L’espérance chrétienne n’est pas un optimisme facile ni un placebo pour les crédules : elle est la certitude, enracinée dans l’amour et dans la foi, que Dieu ne nous laisse jamais seuls et qu’il tient sa promesse : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 22, 4). L’espérance chrétienne n’est pas une négation de la souffrance et de la mort, elle est une célébration de l’amour du Christ ressuscité qui est toujours avec nous, même lorsqu’il semble loin. Le Christ lui-même est pour nous la grande lumière de l’espérance et la boussole dans notre nuit, car il est “l’étoile radieuse du matin” » (Exhort. ap. Christus vivit, n. 33).

Nourrir l’espérance

Lorsque l’étincelle de l’espérance a été allumée en nous, il y a parfois le risque qu’elle soit étouffée par les soucis, les peurs et les fardeaux de la vie quotidienne. Mais une étincelle a besoin d’air pour continuer à briller et se raviver en un grand feu d’espérance. C’est la douce brise de l’Esprit Saint qui nourrit l’espérance. Nous pouvons contribuer à la nourrir de différentes manières.

L’espérance est nourrie par la prière. On conserve et renouvelle l’espérance en priant. On maintient l’étincelle de l’espérance allumée en priant. « La prière est la première force de l’espérance. Tu pries et l’espérance grandit, tu vas de l’avant » (Catéchèse, 20 mai 2020). Prier, c’est comme prendre de la hauteur : souvent lorsque nous sommes au sol, nous ne voyons pas le soleil parce que le ciel est couvert de nuages. Mais si nous montons au-dessus des nuages, la lumière et la chaleur du soleil nous enveloppent, et nous retrouvons dans cette expérience la certitude que le soleil est toujours présent, même quand tout semble gris.

Chers jeunes, lorsque l’épais brouillard de la peur, du doute et de l’oppression vous entoure et que vous ne parvenez plus à voir le soleil, prenez le chemin de la prière. Car « si personne ne m’écoute plus, Dieu m’écoute encore » (Benoît XVI, Lett. enc. Spe Salvi, n. 32). Prenons chaque jour le temps de nous reposer en Dieu face aux angoisses qui nous assaillent : « Je n’ai mon repos qu’en Dieu seul ; oui, mon espoir vient de lui » (Ps 61, 6).

L’espérance est nourrie par nos choix quotidiens. L’invitation à se réjouir dans l’espérance, que saint Paul adresse aux chrétiens de Rome (cf. Rm 12, 12), nécessite des choix très concrets dans la vie de tous les jours. Je vous invite donc à choisir un style de vie fondé sur l’espérance. Je vous donne un exemple : sur les réseaux sociaux, il semble plus facile de partager les mauvaises nouvelles que les nouvelles d’espérance. Je vous fais donc une proposition concrète : essayez de partager une parole d’espérance chaque jour. Devenez des semeurs d’espérance dans la vie de vos amis et de tous ceux qui vous entourent. En effet, « l’espérance est humble, et c’est une vertu qui se travaille – disons – tous les jours […]. Chaque jour, il faut se rappeler que nous avons le dépôt, qui est l’Esprit, qui travaille en nous avec de petites choses » (Méditation du matin, 29 octobre 2019).

Allumer le flambeau de l’espérance

Vous sortez parfois le soir avec vos amis et, s’il fait nuit, vous prenez votre smartphone et allumez la torche pour faire de la lumière. Lors de grands concerts, vous êtes des milliers à faire bouger ces lampes modernes au rythme de la musique, créant ainsi une ambiance particulière. La nuit, la lumière nous fait voir les choses d’une manière nouvelle, et même dans l’obscurité, une dimension de beauté apparaît. Il en va de même pour la lumière de l’espérance qu’est le Christ. Par Lui, par sa résurrection, notre vie est illuminée. Avec lui, nous voyons tout sous un jour nouveau.

On raconte que lorsque les gens s’adressaient à saint Jean-Paul II pour lui parler d’un problème, sa première question était : “Comment cela se présente-t-il à la lumière de la foi ?” Un regard éclairé par l’espérance fait également apparaître les choses sous un jour différent. Je vous invite donc à adopter ce regard dans votre vie quotidienne. Animé par l’espérance divine, le chrétien est rempli d’une joie différente qui vient de l’intérieur. Les défis et les difficultés, il y en a et il y en aura toujours, mais si nous sommes habités par une espérance “pleine de foi”, nous les affronterons en sachant qu’ils n’ont pas le dernier mot et nous deviendrons nous-mêmes un petit flambeau d’espérance pour les autres.

Chacun de vous peut l’être dans la mesure où sa foi devient concrète, collant à la réalité et aux histoires de ses frères et sœurs. Pensons aux disciples de Jésus qui, un jour, sur une haute montagne, l’ont vu resplendir d’une lumière glorieuse. S’ils étaient restés là-haut, cela aurait été un beau moment pour eux, mais les autres auraient été laissés de côté. Il fallait qu’ils descendent. Nous ne devons pas fuir le monde, mais aimer notre époque dans laquelle Dieu nous a placés non sans raison. Nous ne pouvons être heureux qu’en partageant, avec les frères et sœurs que le Seigneur nous donne jour après jour, la grâce reçue.

Chers jeunes, n’ayez pas peur de partager avec les autres l’espérance et la joie du Christ ressuscité ! L’étincelle qui s’est allumée en vous, entretenez-la, mais en même temps donnez-la : vous constaterez qu’elle grandira ! Nous ne pouvons pas garder l’espérance chrétienne pour nous, comme un beau sentiment, parce qu’elle est destinée à tout le monde. Soyez particulièrement proches de vos amis qui peuvent sourire en apparence mais qui pleurent à l’intérieur, pauvres en espérance. Ne vous laissez pas contaminer par l’indifférence et l’individualisme : restez ouverts, comme des canaux à travers lesquels l’espérance de Jésus peut s’écouler et se répandre dans les milieux où vous vivez.

« Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde » (Exhort. ap. Christus vivit, n. 1). C’est ce que je vous ai écrit il y a presque cinq ans, après le Synode des jeunes. Je vous invite tous, en particulier ceux qui sont impliqués dans la pastorale des jeunes, à vous saisir du Document final de 2018 et de l’Exhortation apostolique Christus vivit. Le moment est venu de faire le point ensemble et de travailler avec espérance à la pleine mise en œuvre de ce Synode inoubliable.

Confions toute notre vie à Marie, Mère de l’Espérance. Elle nous apprend à porter en nous Jésus, notre joie et notre espérance, et à le donner aux autres. Bon cheminement, chers jeunes ! Je vous bénis et vous accompagne par la prière. Et vous aussi, priez pour moi !

Rome, Saint-Jean-de-Latran, 9 novembre 2023, Fête de la Dédicace de la Basilique du Latran.

FRANÇOIS

En téléchargement : Message du pape pour la 38e Journée mondiale de la jeunesse (format Word)

 

Liens utiles :
– Source : site du Vatican
– Article de Vatican News : JMJ diocésaines 2023: le Pape appelle les jeunes à devenir des semeurs d’espérance

 



 

L’assemblée synodale adresse une « Lettre au peuple de Dieu »

« Au fil des jours, nous avons entendu l’appel pressant à la conversion pastorale et missionnaire », écrivent les pères et mères synodaux dans une lettre adressée au peuple de Dieu, le mercredi 25 octobre. Ils appellent chacun de nous à « participer concrètement au dynamisme missionnaire qu’implique le mot ‘‘synode’’ », qui est d’abord et avant tout « une expérience enracinée dans la Tradition apostolique ».

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité de cette courte lettre adressée à tous.


LETTRE

Chères sœurs, chers frères,

Alors que s’achèvent les travaux de la première session de la 16e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, nous voulons, avec vous tous, rendre grâces à Dieu pour la belle et riche expérience que nous venons de vivre. Nous avons vécu ce temps béni en profonde communion avec vous tous. Nous étions soutenus par vos prières, porteurs de vos attentes, de vos questions et aussi de vos craintes. Voilà déjà deux ans qu’a commencé, à la demande du pape François, un long processus d’écoute et de discernement, ouvert à tout le peuple de Dieu, sans exclusive, afin de « marcher ensemble », sous la conduite de l’Esprit Saint, disciples missionnaires à la suite du Christ Jésus.

Une expérience synodale inédite*

La session qui nous a réunis à Rome depuis le 30 septembre constitue une étape importante de ce processus. À bien des égards, ce fut une expérience inédite. Pour la première fois, à l’invitation du Pape François, des hommes et des femmes étaient conviés, en vertu de leur baptême, à siéger à la même table pour prendre part non seulement aux délibérations mais aussi aux votes de cette Assemblée du Synode des évêques. Ensemble, dans la complémentarité de nos vocations, de nos charismes et de nos ministères, nous nous sommes mis intensément à l’écoute de la Parole de Dieu et de l’expérience des autres.

À l’aide de la méthode de la conversation dans l’Esprit, nous avons partagé humblement les richesses et les pauvretés de nos communautés sur tous les continents, en essayant de discerner ce que l’Esprit Saint veut dire à l’Église aujourd’hui. Nous avons notamment expérimenté l’importance de favoriser les échanges réciproques entre la tradition latine et les traditions de l’Orient chrétien. En outre, la participation des délégués fraternels d’autres Églises et communautés ecclésiales a profondément enrichi nos débats.

Notre assemblée s’est déroulée dans le contexte d’un monde en crise, dont les blessures et les inégalités scandaleuses ont résonné douloureusement dans nos cœurs et donné à nos travaux une gravité particulière, d’autant plus que certains d’entre nous venaient de pays où la guerre fait rage. Nous avons prié pour les victimes de la violence meurtrière, sans oublier celles et ceux que la misère et la corruption jettent sur les routes dangereuses de la migration. Nous avons exprimé notre solidarité et notre engagement aux côtés des femmes et des hommes qui, partout dans le monde, sont des artisans de justice et de paix.

Un appel à la conversion pastorale et missionnaire

À l’invitation du Saint-Père, nous avons accordé une place importante au silence, afin de favoriser l’écoute respectueuse entre nous et le désir de communion dans l’Esprit. Lors de la veillée œcuménique d’ouverture, nous avons expérimenté combien la soif d’unité grandit dans la contemplation silencieuse du Christ crucifié. La croix est, en effet, l’unique cathèdre de Celui qui, en donnant sa vie pour le salut du monde, a confié ses disciples à son Père, afin que tous soient un (Jn 17,21). Fermement unis dans l’espérance que nous donne Sa résurrection, nous lui avons confié notre maison commune où résonnent de façon de plus en plus urgente la clameur de la terre et la clameur des pauvres : « Laudate Deum », a rappelé le Pape François au tout début de nos travaux.

Au fil des jours, nous avons entendu l’appel pressant à la conversion pastorale et missionnaire. Car la vocation de l’Église est d’annoncer l’Évangile non pas en se centrant sur elle-même, mais en se mettant au service de l’amour infini dont Dieu aime le monde (cf. Jn 3,16). Interrogés sur leurs attentes à l’égard de l’Église à l’occasion de ce synode, des personnes sans-abri des environs de la place Saint-Pierre ont répondu : « L’amour ! ».

Cet amour doit toujours demeurer le cœur brûlant de l’Église, un amour trinitaire et eucharistique, comme l’a rappelé le Pape en évoquant le 15 octobre, à mi-chemin du parcours de notre assemblée, le message de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. « C’est la confiance » qui nous donne l’audace et la liberté intérieure dont nous avons fait l’expérience, n’hésitant pas à exprimer nos convergences et nos divergences, nos désirs et nos interrogations, librement et humblement.

Une expérience de communion missionnaire

Et maintenant ? Nous souhaitons que les mois qui nous séparent de la deuxième session, en octobre 2024, permettent à chacun de participer concrètement au dynamisme de communion missionnaire qu’indique le mot « synode ». Il ne s’agit pas d’une idéologie mais d’une expérience enracinée dans la Tradition apostolique.

Comme l’a rappelé le Pape au début de ce processus : « Communion et mission risquent de rester des termes un peu abstraits si l’on ne cultive pas une pratique ecclésiale qui exprime la réalité concrète de la synodalité […], favorisant l’implication effective de tous et de chacun » (9 octobre 2021). Les défis sont multiples et les questions nombreuses : le rapport de synthèse de la première session précisera les points d’accord auxquels nous sommes parvenus, soulignera les questions ouvertes et indiquera la manière dont nous devrons poursuivre le travail.

Un chemin d’écoute et de conversion

Pour progresser dans son discernement, l’Église a absolument besoin de se mettre à l’écoute de tous, en commençant par les plus pauvres. Cela exige de sa part un chemin de conversion, qui est aussi un chemin de louange : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits (Lc 10, 21)! Il s’agit de se mettre à l’écoute de celles et ceux qui n’ont pas droit à la parole dans la société ou qui se sentent exclus, même de la part de l’Église. À l’écoute des personnes victimes du racisme sous toutes ses formes, notamment, en certaines régions, les peuples indigènes dont les cultures ont été bafouées. Et surtout, l’Église de notre temps se doit d’écouter, dans un esprit de conversion, les personnes qui ont été victimes d’abus commis par des membres du corps ecclésial, et de s’engager concrètement et structurellement pour que cela ne se reproduise pas.

L’Église a aussi besoin d’écouter les laïcs, femmes et hommes, tous appelés à la sainteté en raison de leur vocation baptismale : le témoignage des catéchistes, qui dans bien des situations sont les premiers annonciateurs de l’Évangile ; la simplicité et la vivacité des enfants, l’enthousiasme des jeunes, leurs questions et leurs appels ; les rêves des anciens, leur sagesse et leur mémoire. L’Église a besoin de se mettre à l’écoute des familles, de leurs préoccupations éducatives, du témoignage chrétien qu’elles offrent dans le monde d’aujourd’hui. Elle a besoin d’accueillir la parole de celles et ceux qui souhaitent s’engager dans des ministères laïcs ou dans des instances participatives de discernement et de décision.

L’Église a particulièrement besoin, pour progresser dans son discernement synodal, de recueillir davantage la parole et l’expérience des ministres ordonnés : les prêtres, premiers collaborateurs des évêques, dont le ministère sacramentel est indispensable à la vie du corps tout entier ; les diacres, qui signifient par leur ministère la sollicitude de toute l’Église au service des plus fragiles.

Elle a aussi besoin de se laisser bousculer par la voix prophétique de la vie consacrée, sentinelle vigilante des appels de l’Esprit. Elle se doit également d’être attentive à celles et ceux qui ne partagent pas sa foi mais cherchent la vérité, et en qui l’Esprit est présent et agissant, Lui qui « offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal » (Gaudium et spes 22, 5).

Un renforcement des synergies pour la mission

« Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, même dans ses contradictions, exige de l’Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission. C’est précisément le chemin de la synodalité que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire » (Pape François, 17 octobre 2015).

N’ayons pas peur de répondre à cet appel. La Vierge Marie, première en chemin, accompagne notre pèlerinage. Dans les joies et les peines, elle nous montre son Fils et nous invite à la confiance. C’est Lui, Jésus, notre unique espérance !

Cité du Vatican, 25 octobre 2023

 

* Les intertitres en gras sont du SEDIF, de même que la répartition des paragraphes, afin de faciliter la lecture.

 

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Le pape François, Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus et la confiance en la miséricorde de Dieu

Le pape François vient de publier – en français – sa 7e exhortation apostolique, la première consacrée à une sainte et pas n’importe laquelle : la patronne de la France et des missions. C’est dire l’importance de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Intitulée C’est la confiance, elle porte sur la confiance en l’amour miséricordieux de Dieu, dont Thérèse de Lisieux fut l’apôtre dans sa vie et ses écrits.

Dans ce texte d’une grande tendresse, le pape François retrace le chemin spirituel de Ste Thérèse. Il en dégage tout le génie spirituel et théologique, et nous rappelle combien sa petite voie de la confiance et de l’amour est tout à la fois universelle, accessible à tous et particulièrement actuelle.

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Téléchargez le feuillet de présentation (format A5) :

« C’est la confiance » (pdf)

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Qu’est-ce qu’une exhortation apostolique ?

L’exhortation apostolique est un texte du pape invitant, encourageant une catégorie de personnes à la réflexion et à l’action sur un sujet précis.

À qui s’adresse C’est la confiance ?

Cette exhortation apostolique est la septième du pontificat du pape François et la première consacrée à une sainte… C’est dire l’importance de cette dernière ! Écrite en français et avec une grande tendresse, elle est adressée, selon les mots mêmes du pape, à « l’Église en chemin », au « Peuple de Dieu ».

Dans quel contexte s’inscrit cette exhortation apostolique ?

Cette exhortation apostolique est publiée à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, à Alençon le 2 janvier 1873, et du centenaire de sa béatification.

Mais elle est rendue publique le 15 octobre, ce qui revêt un double sens :

1/ nous fêtons ce jour-là la mémoire de sainte Thérèse d’Avila : le pape montre que la petite Thérèse est « le fruit mûr » et moderne – pour notre temps – de toute une tradition spirituelle ;

2/ nous sommes à l’orée de la semaine missionnaire mondiale : sainte Thérèse est plus que jamais la sainte patronne des missions.

Pourquoi le pape François choisit-il le thème de la confiance ?

Son point de départ est une citation de sainte Thérèse : « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour. » Pour le pape, cette simple parole résume le génie de sa spiritualité et justifie à elle seule son titre de « Docteur de l’Église ».

S’il fallait une citation qui embrasse la profondeur de ce texte, laquelle serait-ce ?

Incontestablement celle de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, mentionnée ci-dessus ! On peut aussi lire ce court développement qu’en donne d’entrée le pape François : « Seule la confiance, et ‘‘rien d’autre’’, il n’y a pas d’autre chemin pour nous conduire à l’Amour qui donne tout. Par la confiance, la source de la grâce déborde dans nos vies. L’Évangile se fait chair en nous et nous transforme en canaux de miséricorde pour nos frères. C’est la confiance qui nous soutient chaque jour et qui nous fera tenir debout sous le regard du Seigneur lorsqu’il nous appellera à Lui. »

Comment est organisée l’exhortation apostolique ?

Elle comprend 53 paragraphes (ou numéros : « n. ») répartis en 4 parties :
1/ Jésus pour les autres ;
2/ la petite voie de la confiance et de l’amour ;
3/ « Je serai l’amour » ;
4/ au cœur de l’évangile.

SEDIF

Pour aller plus loin :
=> Texte intégral : Exhortation apostolique « C’est la confiance »
=> Radio Ecclesia : Trois chroniques d’Anne Dahler (6-7 novembre 2023)
=> Article sur Vatican News : Exhortation sur sainte Thérèse : le don de la confiance, une conquête et un combat
=> Article sur Aleteia : S’il y a un passage de l’exhortation sur Thérèse à lire en ce moment, c’est celui-ci
=> Article sur Agenzia Fides : L’âme missionnaire de Thérèse de Lisieux dans la nouvelle exhortation apostolique du Pape François

 

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