Retour sur la journée des prêtres, vendredi 19 novembre

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Contributeur : Service diocésain de la communication | Retour sur la journée des prêtres, vendredi 19 novembre

Monseigneur,

S’il est une joie que nous ne pouvons feindre, c’est celle de vivre cette fête des prêtres du diocèse avec notre nouvel évêque, de le recevoir comme un père, d’écouter sa parole et de partager sa mission.

Votre arrivée à Nîmes, précédée par la renommée d’un pasteur aux riches qualités et à la longue expérience épiscopale, a suscité en nous une forte espérance et fait monter vers le Seigneur notre alléluia de reconnaissance. Obéissant aux appels de l’Esprit, vous n’avez pas hésité en bon pèlerin de l’Evangile, à quitter la terre bénie de Lourdes pour venir accomplir chez nous une nouvelle étape de votre tâche missionnaire. Nous saluons votre disponibilité à notre égard et nous vous en remercions chaleureusement.

En vous présentant, le journal La Croix titrait : « L’Eglise du Gard face au défi de l’unité ». C’est vrai : la diversité est grande chez nous à plusieurs titres. Diversité géographique d’abord : allant du niveau de la mer aux 1.566 m du Mont Aigoual, notre territoire est couvert de vignes et de vergers en plaine maritime et rhodanienne, et de pommiers et châtaigniers en Cévennes, avec au centre les sauvages garrigues, et aux deux extrémités, d’un côté les Causses arides se prolongeant en Aveyron et de l’autre l’étendue calcaire de Païolive s’étirant vers l’Ardèche ; diversité sociologique aussi, avec une population cévenole et vivaraise au nord, languedocienne et provençale au sud, chacune ayant conservé quelques expressions de son parler local et de ses coutumes comme la tauromachie dont les corridas, bruyamment célébrées par les uns, farouchement contestées par d’autres ; diversité religieuse enfin, avec une population devenue progressivement chrétienne vers l’an 280 avec l’arrivée à Nîmes de St Baudile, constituée en diocèse au siècle suivant avec son 1er pasteur St Félix, et marquée depuis le haut Moyen-âge par la présence d’une petite mais influente communauté juive, par la permanence depuis le 16° s. de diverses confessions protestantes, et par l’arrivée récente de communautés musulmanes d’origines diverses, sans oublier fin 19ème siècle et début 20ème une importante immigration de population catholique italienne, espagnole, portugaise et polonaise qui, il y a encore 45 ans avait chacune son aumônier autochtone. Aujourd’hui la majorité de notre population glisse vers l’indifférence et notre diocèse, comme bien d’autres, s’appauvrit de plus en plus, non seulement en ressources financières, mais en nombre de fidèles et de vocations.

Mais arrêtons là ce constat qui n’est pas de mise en christianisme : la pauvreté ne saurait être prétexte à lamentation puisque selon St Paul c’est dans la pauvreté que déborde la richesse de Dieu, et dans la faiblesse que se déploie sa puissance. Rien donc ne devrait fissurer notre espérance et compromettre notre engagement.

Vous arrivez dans un pays culturellement divers, aux prestigieux monuments romains, parmi lesquels le fascinant Pont du Gard qui fut bâti au 1er siècle de notre ère pour ravitailler en eau la population d’Uzès, au moment même où un certain Jésus de Palestine bâtissait son Eglise pour répandre sur le monde l’eau vive de son amour. Je me permets toutefois de signaler que, non loin du Pont du Gard, reliant au dessus des gorges du Gardon les anciens diocèses de Nîmes et d’Uzès, nous avons un charmant petit pont construit au 13ème siècle par les Templiers, qui porte le nom prédestiné de pont St Nicolas ; vous avez déjà eu l’occasion de le franchir.

Depuis deux mois, vous commencez à nous connaître, à vous accoutumer à notre accent, à notre tempérament méridional, à notre tendance à la procrastination, à nos intelligences parfois lentes comme celle des disciples d’Emmaüs, et à notre caractère un peu reboussié comme on dit dans nos Cévennes.

Vous arrivez chez nous pour continuer la mission des apôtres, avec la grâce personnelle que vous donne la plénitude du sacerdoce et le partage de la condition baptismale que nous possédons tous en commun, ce que St Augustin se plaisait à souligner par une formule devenue célèbre : « Pro vobis episcopus, vobiscum christianus » : Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien. (Sermon 340)

Sous votre devise inspirée de la lettre aux Galates, nous sommes donc unis pour marcher ensemble dans l’Esprit St et œuvrer en synodalité pour le bien de tous. En cela, nous aurons toujours besoin d’être éclairés par la parole de Dieu, rassemblés dans l’eucharistie et guidés vers le Royaume. Il nous sera parfois nécessaire d’être réveillés de nos somnolences toujours possibles, d’être mis en garde contre la tentation de jouer l’ambigu jeu de rôle du cléricalisme ou celle de glisser dans les pièges du Malin.

Cette fête des prêtres se déroule à quelques semaines du rapport Sauvé qui a produit en nous une douleur abrasive sans égale, nous remplissant de honte et de tristesse. Comment des fils de l’Eglise parmi les plus chers ont-ils pu commettre les fautes les plus impensables et les trahisons les plus perfides pour devenir des oxymores mélangeant la sainteté de la fonction et la turpitude du comportement ! Le baiser de Judas à Gethsémani se répèterait-il toujours ? Mais ne jugeons pas ; regardons plutôt si nous n’avons pas quelque poutre au coin de l’œil et pour une fois imitons les prêtres de Jérusalem qui confessaient leurs péchés et « pleuraient entre le portique et l’autel, en disant : pitié, Seigneur, ne livre pas ton héritage au déshonneur et au persifflage des nations » (Joël 2,17). Nous avons tous un discernement spirituel à opérer en nous rappelant que notre cœur pourrait être notre premier lieu de mission, qu’on ne saurait être un authentique témoin de l’Evangile sans être vrai avec soi-même, et être ami du Christ sans entretenir avec lui une fervente relation d’amour.

Cela nous appelle à désensabler régulièrement la source de notre générosité et à mettre en œuvre les plus petits de nos talents. Vous serez là, Père, pour nous aider à reprendre souffle, à oser l’espérance et à poursuivre ensemble la construction du royaume de Dieu, sans oublier que « si le Seigneur ne bâtit la Maison, en vain travaillent les maçons » (Ps. 126)

Pour cette construction, certains n’apprécient pas les positions du pape François, préférant rester entre eux plutôt que risquer les périphéries. Il y a pourtant longtemps qu’il nous a été dit d’aller aux nations, que Vatican II nous a rappelé que, par nature, l’Eglise était missionnaire et qu’à la même époque Paul VI écrivait « qu’une Eglise qui n’entrerait pas en dialogue avec le monde et ne se ferait pas message, parole et conversation, ne saurait être l’Eglise du Christ. ».(Ecclesiam suam § 67). Ce qui signifie comme le rappelait récemment Jean Marc Aveline, le talentueux archevêque de Marseille, « que le centre de gravité de l’Eglise n’est pas en elle-même, ni même entre Dieu et nous, mais entre Dieu et le monde. » Nous ne pouvons donc rester enfermés dans ce que certains appellent « l’Eglise de toujours », mais devons être prêts à viser le large, avec l’amour du Christ chevillé au cœur.

Il est dit dans la bible qu’un jour Jacob rencontra un ange qui le blessa à la hanche pour la vie. Nous aussi un jour nous avons rencontré le Christ dont l‘amour nous a blessé au cœur pour la vie, et depuis, par cette bienheureuse blessure, n’ont cessé de couler en nous les grandes eaux de sa miséricorde dont nous faisons mémoire quotidiennement en célébrant le sacrement cardinal de notre salut et de la gloire de Dieu.

Cela aussi, Père, vous nous aiderez à le vivre et à le partager. Certes il y aura toujours des difficultés à surmonter et des choix à vérifier, mais le souffle de l’Esprit et votre présence seront là pour nous relancer dans une mission que nous ne pouvons abandonner. N’oublions pas ce mot qu’un chrétien du second siècle adressait à son ami païen Diognète : « Le poste que Dieu nous a confié, lui écrivait-il, est si beau qu’il ne nous est pas permis de le déserter ». L’heure en effet n’est pas à la désertion, au laisser-aller, à la routine, mais à la vigilance pour que chacun, comme le bon serviteur de l’évangile, reste fidèle au poste que Dieu lui a confié.

Ainsi, puissions-nous ensemble, évêque, prêtres, diacres, consacrés, fidèles, faire de notre diocèse une Eglise engagée, une Eglise qui ne se replie pas sur elle-même mais soit ouverte à la rencontre et au dialogue, une Eglise accueillante et fraternelle où « les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps » (G&S 1,1) soient partagés, une Eglise qui n’ait pas peur de dire sa foi sans répéter le passé, d’engendrer l’avenir sans renier la Tradition et de rester ferme sur son Crédo tout en étant ouverte à la réforme de son Droit et à l’aggiornamento de sa gouvernance, une Eglise qui ne gémisse pas sans cesse sur son peu de membres mais s’interroge plutôt vers qui elle va, une Eglise enfin où les petits, les pauvres, les oubliés, les lointains ne soient pas laissés pour compte mais accueillis comme des frères.

Poussés par l’Esprit Saint, puissions-nous, «comme des pierres vivantes prêtes à s’édifier en maison spirituelle » (1 P. 2.5), former en Christ une Eglise de Nîmes heureuse de vivre sa vocation et de marcher vers son accomplissement dans le Père des Cieux qui un jour sera pour nous Parousie de joie, Plérôme de gloire, Dieu tout en tous, nous comblera d’un bonheur sans fin et nous rendra pour toujours «saints et immaculés devant sa face dans l’amour. » (Eph 1.4).

C’est dans cette espérance, Père, que nous sommes heureux aujourd’hui d’être rassemblés avec vous pour renouveler intérieurement le don fait de nous-mêmes lors de notre ordination et pour nous souhaiter joyeusement les uns aux autres : bonne fête !

Père René Guignot