‘‘Réagir et vivre en église pendant l’épidémie’’

Partager sur les réseaux sociaux
Share on Facebook
Facebook
Pin on Pinterest
Pinterest
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin

paroisse

Depuis longtemps nous vivons, en monde rural, une Église marquée par la pauvreté et la fragilité. Au lendemain de l’annonce de la lutte contre le Covid-19 le 17 mars 2020, nous étions très démunis. Nous le sommes toujours d’ailleurs ! Les célébrations publiques étaient annulées ; les déplacements restreints au minimum vital ; « le monde » se retrouvait en quarantaine sanitaire, en famille ouseule chez lui ou chez elle. Depuis ce moment, nous cherchons solidairement à éviter la propagation du virus et à permettre aux personnels soignants, aux médecins et chercheurs dans les hôpitaux et les maisons de retraite, de faire face aux personnes en situation d’urgence et de trouver des solutions médicales à la pandémie.

La question qui a surgi spontanément pour nous, fut celle de garder le lien entre baptisés : comment allons-nous continuer de vivre en Église, malgré la distance, la séparation ?

Déjà, la fête des Rameaux pointait son nez et avec elle les jours de la Semaine Sainte. Nous approchions des fêtes pascales, les jours les plus denses de l’année et les célébrations les plus chargées de sens pour notre
foi en Christ. Comment allions-nous garder le lien, entre nous baptisés, vivant parmi les vingt communes de l’Ensemble Paroissial Cèze-Ardèche ? Et d’autre part, comment permettre aux personnes retenues chez elles, de célébrer les jours saints en Église, malgré la séparation, l’absence et le manque ?

Comment avons-nous réagi ? De quelle manière avons-nous gardé le lien avec les personnes ?

Mon premier réflexe fut de téléphoner et d’écrire par mél aux personnes. Je désirais leur donner des nouvelles des uns et des autres, faire part de l’état de santé des personnes les plus âgées. Chez les personnes les plus engagées, nous percevions le souci de garder le lien entre chrétiens, de nous apporter un soutien réciproque, tant moral que spirituel. L’autre dimension recherchée voulait permettre aux personnes qui le pouvaient d’être proches de celles qui étaient plus fragiles à cause de leur âge ou de leur état de santé et de leur offrir une aide matérielle.
Les préoccupations que nous entendions étaient aussi celle de la prière : nous inviter chacun-e à prier les uns pour les autres, depuis notre
domicile, pour les personnes malades et les soignants chez nous comme dans tous les pays du monde, alors que nous ne pouvions plus nous
rencontrer pour le faire ensemble dans un même lieu et à la même heure.

Au départ, pour écrire, j’ai utilisé le moyen du courrier électronique. À ma grande surprise, dès le lendemain et les jours suivants, j’ai reçu des réactions très positives à cette initiative. J’ai perçu que les personnes étaient heureuses de ces paroles d’encouragement, de sollicitations d’entraide et d’attention réciproque, de partage de mon regard d’espérance sur ce que nous vivions. Cela m’a incité à poursuivre ce service pastoral.
Un titre donné à ce message, à partir de l’image de la barque dans l’Évangile, a donné une orientation symbolique pour nos villages en bordure de la rivière Cèze : « Nouvelles de la barque Barjacoise… » et « Le journal de bord de la Barque ».

Cependant très vite, j’ai saturé mon système de messagerie. Avec le Père Jean-Bosco, nous avons alors sollicité l’aide de Betty DELICHÈRE et de Jean-Philippe DOMENET du Service Diocésain d’Information. Immédiatement, Jean-Philippe nous a ouvert sur le site diocésain d’Église de Nîmes : www.nimes-catholique.fr une page paroissiale : ceze-ardeche.catholique.fr

Ouf !!! Quel soulagement !!! Nous pouvions garder le lien, transmettre les nouvelles des personnes, soutenir la confiance des baptisés, affermir notre Espérance! Qui plus est, grâce à ce média, avec beaucoup de souplesse d’utilisation, de richesses dans la diversité des documents partagés et de capacité de transmission.

Nous avons mis en ligne les informations permettant aux personnes qui le souhaitaient d’entrer en contact avec celles qui avaient besoin d’un appel, d’une conversation, d’une parole de soutien. Peu à peu la page paroissiale s’est enrichie :
• des références de sites de confiance pour les enfants et les familles du caté,
• de documents officiels du diocèse, de la CEF, du Vatican,
• des dossiers que nous partagions pendant le carême : du CCFD, le pape François et la conversion écologique,
• d’autres articles pour grandir dans la foi,
• des réflexions de personnalités sur le sens des événements (documents reçus, trouvés, communiqués…),
• des informations pratiques sur l’épidémie,
• des notes officielles sur l’impact économique des bouleversements,…

Comment vivre la Semaine Sainte dans une telle configuration exceptionnelle de confinement domestique ?

Depuis plusieurs semaines, avec la maîtrise des Scouts et Guides de France de la Vallée du Rhône, nous préparions la traditionnelle marche de Pâques du Samedi Saint. Dans le contexte radicalement nouveau comment allions-nous vivre cette Semaine Sainte inédite ? L’équipe en charge des préparatifs, a trouvé une solution en élaborant une proposition se déroulant tout au long de la semaine. Au fond, ce fut une grande marche de sept jours, offrant ainsi à toutes les personnes dans nos villages qui le souhaitaient, de s’associer aux enfants et aux jeunes de la troupe.
Sur la page paroissiale du site diocésain, de très jolies photos rendent compte de ce beau cheminement quotidien pendant la Grande Semaine des chrétiens vécue d’une manière exceptionnelle, en famille.

Comment faire avec les personnes qui n’ont pas accès à internet ?

Dès le départ, s’est posée la question du lien avec les personnes plus âgées qui ne sont pas connectées au réseau internet. Avec l’aide de personnes relais dans certains villages, et dans les autres par des distributions dans les boîtes à lettres, nous avons pu transmettre des propositions de liturgies domestiques pour les personnes seules comme pour les familles. Ce fut le cas pour la liturgie des Rameaux où nous avons proposé aux personnes, outre la bénédiction chez elles, de nous retrouver après le temps de confinement pour une fête avec nos rameaux familiaux. Par la suite, pour les quatre jours de la Semaine Sainte, nous avons distribué la proposition reçue de l’Aumônerie nationale des Scouts et Guides de France qui a guidé les temps de prière domestique pour les personnes qui le souhaitaient.

En guise d’ouverture pour l’avenir ?

À mes yeux, tous ces événements nous font prendre conscience de la fragilité et de la pauvreté de notre Église en milieu rural. Nous percevons notre dépendance aux moyens de locomotion et d’information. Nous mesurons notre incapacité à soutenir une vie ecclésiale autonome et dynamique dans chaque village, comme dans chaque quartier, chaque famille.
Le chemin est encore long pour développer une capacité d’initiative et d’autonomie des communautés de chrétiens dans chaque village dans une moindre dépendance vis-à-vis des prêtres ! Cependant, dans ce cheminement en actes, tous ces éléments peuvent nous aider à reconnaître ainsi notre proximité avec la vérité de l’Évangile et à accueillir le Salut des mains du Seigneur.