Lettre aux paroissiens : Pour traverser la crise !

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paroisse

Contributeur : Paroisses | Ensemble paroissial de Bagnols sur Cèze

Pour traverser la crise !

Un virus inattendu, inconnu, s’est invité insidieusement chez nous sans frapper à la porte. Le Covid-19, depuis quelques mois, occupe toute la place. Il a déstabilisé notre vie, semé la peur et la mort, séparé les familles, provoqué l’arrêt total de la machine économique et le chômage à des millions de personnes, empêché les croyants de se rassembler…  Pas un aspect de la vie quotidienne qui n’ait échappé à cette pandémie mondiale : économie, écologie, mobilité, santé, consommation, liens sociaux et familiaux, cultes…

Le désastre généralisé  s’est même introduit au sein de notre propre liberté, quand le coronavirus nous a forcé à un  confinement de 55 jours. Un enfermement difficile à vivre, encore plus pour certaines familles en ville. Mais malgré sa dureté et toutes ses conséquences néfastes,  la traversée du désert nous a peut-être aidés à prier plus que d’habitude, à tirer des leçons pour nous-mêmes, pour notre société, pour notre Eglise, à réfléchir sur le sens de la vie.

La réflexion que je vous le livre, en toute simplicité, pourrait rejoindre ou compléter la vôtre.

Constatations amères

Depuis la nuit des temps, en passant par les mythes païens, la Genèse biblique ou les événements de l’Histoire, l’homme a toujours été tenté par la domination et la toute-puissance.

Le communisme hier comme le capitalisme aujourd’hui, nous ont promis des lendemains qui chantent, une ascension sans complexe et sans limite vers le confort, le bonheur et la maîtrise de toute chose. Cette fausse promesse n’est que le prolongement d’un mythe très ancien, celui de Prométhée qui a dérobé le feu du ciel pour le donner aux hommes dans le but de se substituer aux dieux. C’est aussi l’histoire de la Genèse où nos premiers parents, Adam et Eve, projetaient de remplacer Dieu en essayant de subtiliser « l’Arbre de vie » (Genèse 3). Aujourd’hui comme hier, le monde moderne nous fait croire que nous sommes plus forts que Dieu, que nous pouvons tout maîtriser, que nous sommes intouchables.

La modernité dans certains de ses aspects, soyons-en reconnaissants, a offert à la société des biens indéniables. Ses multiples découvertes  ont aidé l’homme à mieux vivre. Le progrès de la médecine et les inventions de toutes sortes étaient destinés au bien-être pour tous, à éradiquer la pauvreté, à créer une justice humaine, à combler le creusé social entre riches et pauvres… Mais bon nombre de ces belles promesses, bâties sans Dieu et parfois contre Lui, a montré leurs limites et dissimulé les véritables ambitions égoïstes de l’homme.

Dans le domaine de l’écologie, notre société a connu trois siècles d’un développement sans équivalent grâce à la découverte d’une énergie fossile abondante,  mais pillée et consommée sans modération. « Il faut profiter de la vie », disent certains, sans penser aux générations futures qui retrouveraient une terre polluée, des richesses naturelles pillées, un air irrespirable…

Dans le domaine de l’éthique, les manipulations génétiques ont blessé l’identité même de l’homme en lui confisquant sa vie, don de Dieu.  Ces apprentis sorciers se donnent le droit, encouragés bien souvent par des politiques irresponsables, de « purifier la race humaine », de se débarrasser de tout ce qui entrave sa marche vers la perfection raciale (avortement, euthanasie…), de sélectionner à la carte la naissance de bébés, selon les critères d’une marchandise commandée. Les sages avaient bien raison de prédire que ce délire devait, tôt ou tard, nous « péter à la figure »… Le virus Covid-19, disent certains scientifiques, aurait été créé par la propre main de l’Homme ! Terrible constatation !

A cette déviation ontologique, vient s’ajouter une tentation toute récente : la mondialisation sans limite où règnent l’économisme dominant, le  matérialisme sans horizon et la consommation à outrance. Il ne faut pas s’étonner, après coup, que l’homme devienne l’esclave de ses objets possédés…

Une remise en question…

Ce virus, le Covid-19, est un mal en soi, un ennemi féroce. Il a causé beaucoup de morts, beaucoup de ruines sociales. Il a brisé des familles, jeté sur les routes des travailleurs, élargi le fossé de la pauvreté. Il faut donc le combattre en tant que tel, sans état d’âme ni diabolisation.  Mais en même temps, avec un peu de recul, il faut reconnaître que cette épidémie a permis de nous faire prendre conscience de nos fragilités. Elle nous a fait tomber de notre piédestal, de notre suffisance, de notre supposée toute-puissance. Elle nous a fait comprendre que le zénith de l’éloignement de Dieu est désormais atteint, qu’on a laissé peu de place à la Providence.

La crise épidémiologique, sanitaire, humaine et sociale, n’est pas encore terminée. Les spécialistes le disent. La traversée du désert est longue, sans vouloir jouer au prophétisme mal placé. Bien malin qui sera en mesure de prophétiser au sujet de l’avenir. Il n’empêche que nous pourrions déjà nous remettre en question, tirer quelques leçons, tracer devant nous une feuille de route humaine et chrétienne, en vue d’une véritable libération.

… accompagnée de quelques questions

 Serions-nous capables d’une rupture de comportement ?

Pourrions-nous rompre avec les causes de tous les virus, humains, moraux et sociaux ?

Aurions-nous le désir et la volonté de continuer ou de retrouver notre relation avec le Créateur, dans une attitude humble de créature ? Les hommes sont vraiment grands quand ils sont tout petits.

En somme, souhaiterions-nous une conversion radicale avec toutes les dimensions de notre être : humaine, psychologique, sociale, religieuse, spirituelle ?

Ce sont des questions difficiles, nous en sommes conscients. Mais il y a une urgence à répondre, à changer. Cette crise ne pourra rester sans effet, car elle nous a touchés collectivement jusque dans notre intimité. Elle aura aussi laissé une trace dans l’inconscient collectif, provoqué des glissements intérieurs, des prises de conscience, et parfois un déclic.

Cependant ne rêvons pas d’un monde qui deviendrait demain tout d’un coup meilleur. N’ajoutons pas des promesses chimériques à d’autres promesses non tenues. Les mauvaises habitudes ne se perdent pas si facilement :

  • Qui serait prêt à vivre une brusque décélération de son niveau de vie ?
  • Qui accepterait de consommer moins pour vivre mieux ?
  • Qui se proposerait de partager avec plus pauvre que soi ses propres richesses, son temps, ses connaissances… ?

Il faudra une urgente exigence de conversion pour réordonner le sens et le mouvement de l’Histoire, prévue selon le plan de Dieu. Il faudra traiter les racines de l’arbre avant de tailler ses branches. Le philosophe Peter Sloterdijk a écrit : « La seule obsession de la société moderne est de maintenir des emplois sur le Titanic ».

Imaginer un autre monde

Cette crise, cette catastrophe, nous appelle à rebâtir notre « maison commune », notre monde ébranlé. Pour ce faire, pour repartir sur des bases solides, il faudra revisiter d’abord notre maison intérieure, y revenir tel le fils prodigue revenant avec humilité vers son père après avoir dépensé tous ses biens. Nos habitudes reprennent, certes, mais avec la conviction qu’il existe aussi d’autres voies possibles :

  • Le retour vers la maison du Père nous oblige à trouver le temps de penser, de chercher, d’apprendre à simplifier notre existence.
  • La traversée du désert purifie notre regard et balise notre route qui débouchera sur une deuxième naissance.
  • L’expérience du confinement éclaire notre conscience pour inventer une autre culture, un autre mode de vie, un autre climat.
  • La crise permet de revoir nos priorités, de faire le tri entre le nécessaire et le superflu. En expérimentant la frugalité imposée, la possibilité de ne plus trouver certains produits à la superette du coin, on s’aperçoit que, au fond, beaucoup de choses qui semblaient indispensables ne le sont pas.
  • Nous ressentons tous le besoin de ralentir. Nous sentons bien qu’il nous faut réduire notre pression et notre empreinte sur les écosystèmes avec lesquels nous cohabitons. Cette épidémie a paradoxalement le mérite de mettre tous les peuples à la même enseigne. Nous ralentissons tous en même temps. Nous sommes tous liés les uns avec les autres, pour le meilleur et pour le pire.
  • L’être humain est un être social, un être-avec. Nous avons besoin de la proximité avec les personnes, du territoire et du terroir, de l’enracinement, d’un idéal communautaire. Nous avons besoin que nos traditions (ce qui est bon à tirer et à garder du passé) perdurent dans la fidélité à nos anciens, à les transmettre aux jeunes générations.
  • Comme le temps hébreu, Dieu nous a accompagnés pour nous guider loin d’Egypte, loin de notre confort, en traversant avec nous le désert, dans notre dépouillement. Ce temps nous a permis de toucher un peu plus le mystère de la vertu d’espérance : savoir que nous sommes sauvés par le Christ, et de faire aujourd’hui dans chaque geste de notre quotidien un lieu d’éternité.
  • Ce temps d’enfermement a creusé en nous le désir du dehors pour être des témoins dans une société qui perd la foi; l’isolement, celui de la relation avec nos frères, les pauvres et les exclus surtout ; les portes closes des églises, celui d’y entrer pour vivre en communauté les sacrements, dons de Dieu pour la VIE.

Sortis de notre confinement, secoués par la précarité et le vide existentiel, nous reprenons le chemin de l’église. Nous le ferons dans un élan de foi et d’espérance, dans le respect des consignes de sécurité sanitaire. L’aventure de la vie continue malgré les vents contraires. Que notre cœur ne soit pas bouleversé, puisque le Seigneur nous rejoint sur nos routes : « Et moi, je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

Le lundi 25 mai 2020

Père François Abinader
Curé