En quoi Dei Verbum renouvelle-t-il l’approche de l’Ancien Testament ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Dans la présentation du texte conciliaire, il est dit que Dei Verbum renouvelle complètement l’approche de l’Ancien Testament, considéré comme inférieur au Nouveau. Certains d’entre nous ont témoigné avoir vu des programmes de catéchisme antérieurs au concile Vatican II, et donc Dei Verbum, dans lesquels l’Ancien Testament était longuement traité. La question est : en quoi consiste ce renouvellement complet de l’approche de l’Ancien Testament ?

En bref

Le concile Vatican II a apporté des bouleversements de fond (bibliques et théologiques) et de forme (liturgiques). Le Premier Testament se voit reconnu une valeur à part entière, il est pleinement Parole de Dieu au même titre que le Nouveau qu’il ne fait pas qu’annoncer, mais éclaire dans le même temps. Par-là, il participe de l’Alliance unique qui sera pleinement accomplie par le Christ. Il est mieux intégré dans le lectionnaire des messes.

Développement

Dans des catéchismes antérieurs, le Premier Testament est certes abordé, mais souvent à travers quelques récits emblématiques précis : les grandes histoires (en tant qu’épopées et récits exemplaires, et rarement dans le détail) et les prophéties qui visent explicitement le Christ. En gros, il existe des résumés, des commentaires, des récits imagés… mais c’est rarement le texte et l’ensemble du Premier Testament qui est assumé (cf. question sur le mot « intégralement »).

Mais à la rigueur, là n’est pas l’important : Dei Verbum est novateur sur l’Ancien Testament à plus d’un titre (et pas que sur le Premier Testament, puisqu’elle offre un dépassement de l’opposition stérile entre Écriture et Tradition… mais l’évêque y reviendra dans une de ses conclusions, donc passons). Tout d’abord, la valeur de l’Ancien Testament est reconnue comme telle : il a une valeur intrinsèque, en lui-même, pour les chrétiens. Jusqu’au concile, la vision était plutôt : le Premier Testament n’a de valeur que dans la mesure où il est supérieurement dominé par le Nouveau ; il ne vaut rien en dehors de la préparation à la venue du Messie-Sauveur. Il va de soi qu’il n’y a guère de mention comme quoi ce Premier Testament est pleinement parole de Dieu.

Avec le concile, le Premier Testament retrouve pleinement sa place : il a une valeur, ne serait-ce que parce qu’il a accompagné le peuple hébreu au fil des siècles, parce qu’il a tissé une relation toujours plus profonde entre Dieu et les hommes, parce qu’il a creusé un sillon intime d’espérance… Il est le témoin privilégié de la pédagogie divine, éclairant de ce fait le Nouveau Testament et la pédagogie du Christ lui-même ; le Premier Testament est déjà l’Alliance et manifeste en même temps la plénitude de cette même Alliance renouvelée, scellée dans le Christ.

En d’autres termes et pour résumer, il n’est pas qu’éclairé par le Nouveau, il éclaire lui aussi le Nouveau. Il y a donc une valeur inaliénable du Premier Testament, ce qui a des conséquences théologiques énormes : Dieu n’a pas retiré sa promesse au peuple juif avec la venue du Christ ; il n’y a qu’une seule et unique Alliance en deux étapes, la première qui est promesse, la seconde qui est accomplissement, etc. Mais je ne vais pas développer plus loin, sous peine d’entrer dans une série de disputatio qui a traversé les siècles et qui nécessite dix pages chacune a minima ! Lorsque nous évoquerons les Actes des apôtres et les Lettres de Paul, nous reviendrons en partie sur certaines de ces questions.

Cette importance intrinsèque du Premier Testament peut paraître évidente pour certains d’entre nous aujourd’hui : cela n’avait jamais été écrit explicitement dans un texte magistériel d’une si haute autorité (bien que des Pères de l’Église et des théologiens l’aient pourtant dit au fil des siècles). Et on en a la preuve dans la liturgie. Le lectionnaire utilisé pour la messe jusqu’au concile était organisé sur une année, avec deux lectures seulement… soit environ 120 passages au total. Jamais le Premier Testament n’était lu, sauf pendant le Carême. Attention : il ne s’agit pas ici de faire le procès de l’ancien rite (ou forme extraordinaire du rite), qui avait des visées pédagogiques fortes et a édifié tant de saints, d’une part, et séparait la connaissance biblique de l’expérience spirituelle, d’autre part, mais de comprendre le peu d’importance donné au Premier Testament de manière générale.

Pierre G. (SEDIF)

 



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