10 octobre 2026

Saint Ghislain

Auteur/autrice : Pierre Gelin

N’est-ce pas irrationnel de nous demander d’adhérer aux règles de foi avant de connaître ?

« On nous demande d’adhérer aux règles de foi avant de connaître : c’est irrationnel. Il faut lâcher prise, nous n’avons jamais fini d’apprendre. »

Voilà une bien belle question, certes non formulée comme telle, mais qui appelle tout de même une réponse !

Les rapports entre foi et raison ont fait l’objet d’une encyclique importante de Jean-Paul II, que cette phrase introductive résume assez bien : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. » Depuis les Lumières, la foi et la raison ont été séparées, voire opposées. Avec Jean-Paul II (et plus encore avec Benoît XVI dans la foulée), il y a la réaffirmation d’un va-et-vient incessant entre foi et connaissance, entre raison et Révélation.

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En réalité, stricto sensu, on ne demande pas d’adhérer aux règles de foi avant de connaître, mais l’Église nous enseigne, en totale fidélité avec les Écritures, que la foi ouvre la voie à la vraie connaissance de Dieu. Sans la foi, qui est une vertu théologale (c’est Dieu qui l’infuse en nous), la Révélation divine nous est en grande partie inaccessible. Le prophète Isaïe le dit sans détour dans la version grecque de la Septante : Si vous ne croyez pas, vous ne serez pas affermis (Is 7,9), c’est-à-dire : si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. La foi précède et fonde la compréhension. Remarquez qu’on ne parle pas de « règles » ici, mais de la foi.

Bien d’autres citations pourraient confirmer ce fondement de la foi. Dans l’évangile de Jean, le Christ dit : Quelqu’un veut-il faire la volonté de Dieu, il saura si cet enseignement vient de Dieu, ou si je parle de ma propre initiative (Jn 7,17). Autrement dit : celui qui croit et se met en marche découvre la vérité, donc l’enseignement, les règles. Dans la Lettre aux Hébreux, l’auteur affirme que c’est par la foi que nous comprenons que l’univers a été formé par la parole de Dieu (He 11,3). La foi précède la compréhension.

Pour résumer, dans la logique biblique, la foi n’est pas contraire à la raison ; elle en est la porte d’entrée. Si la connaissance naturelle peut nous dire d’emblée qu’il y a un Dieu, que l’univers a un ordre, etc., il faut cependant un acte de foi profond de tout notre être pour entrer dans la connaissance de Dieu lui-même, dans son mystère trinitaire, dans son amour total. C’est finalement assez logique : Dieu se reçoit et se comprend que dans la mesure où Il se révèle, révélation que nous n’accueillons véritablement… qu’avec la foi.

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Prenons une image, qui exprimera de manière simple cette relation entre foi et raison. Au détour d’un chemin forestier, nous découvrons une cabane, avec une porte vitrée fermée. Notre raison naturelle nous permet de voir qu’il y a quelque chose derrière. Mais seule la foi, ici le fait d’ouvrir la porte, nous permet de pénétrer dans le lieu et de connaître tout ce qu’il y a à l’intérieur. La foi ne remplace pas la connaissance, elle la rend possible à un autre niveau. Benoît XVI ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit : « La foi chrétienne n’exige pas de renoncer à penser, mais d’élargir la raison pour qu’elle atteigne ce qui est vrai. »

Une formule fameuse de saint Augustin peut nous servir de conclusion : « Credo ut intellegam », écrit-il… Je crois pour comprendre ! Et non le contraire.

Et si vous souhaitez prolonger votre réflexion, je vous recommande un des textes les plus célèbres de Benoît XVI sur ce sujet : son discours de Ratisbonne (12 septembre 2006), dans l’université où il avait enseigné.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Le Fils incarné quitte-t-il la Trinité ? S’il reste uni à la Trinité, pourquoi reçoit-il l’Esprit au baptême ?

Le Fils, lorsqu’il vient sur terre, quitte-t-Il la Trinité ? Et s’il reste uni à la Trinité pourquoi dit-on qu’il reçoit l’Esprit Saint lors de son baptême ? Ou bien est-ce seulement le moment du témoignage de la présence de l’Esprit Saint en Lui ?

La première de ces trois questions nécessiterait une bonne douzaine de volumes théologiques pour connaître un début de commencement de résolution ! Mais à FIDEO, nous aimons les réponses simples… Hum ! Du moins, autant que c’est possible.

Donc nous répondrons simplement cette absolue évidence : le Fils ne quitte JAMAIS la Trinité ! Vous me direz que l’affirmer ne suffit pas à l’expliquer… Certes. Développons rapidement dans ce cas : la Trinité est l’unité éternelle du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Lors de l’incarnation, le Fils assume la nature humaine, mais reste pleinement Dieu et pleinement Trinitaire. C’est le point clé : l’incarnation est un ajout de la nature humaine, pas une séparation ou une diminution de sa divinité ; le Fils reste donc uni au Père et au Saint-Esprit.

Il y aurait beaucoup à développer sur les rapports entre Trinité et incarnation, mais comme vous ne le faites pas dans votre question, je m’arrête là et en viens aux deux dernières questions qui, elles, sont les deux versants d’un même pic… Que dis-je, d’un même cap ? D’une même péninsule !

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Vous répondez parfaitement à votre deuxième question par la troisième. Il s’agit bien là, non de l’acquisition d’une puissance divine manquante, mais bien d’un moment de témoignage, et même d’auto-révélation pourrait-on dire, la Trinité n’étant qu’une.

Le Fils n’a effectivement pas besoin d’être sanctifié ou rempli de l’Esprit : il n’est pas un humain pécheur ! Il est pleinement saint et un avec le Père. La descente de l’Esprit est donc un signe public, un témoignage visible, qui marque le début de sa mission publique. En gros, pour résumer, elle manifeste la Trinité : le Père parle, le Fils est baptisé, le Saint-Esprit descend.

 

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> Le Fils a-t-il renoncé à certaines prérogatives divines pour accomplir sa mission sur Terre ?
=> Union hypostatique : le Christ est-il tour à tour vrai Dieu puis vrai homme ?
=> Quand Dieu est-il un et quand est-il trinité ?

 



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Pourquoi parle-t-on d’Esprit et pas de Saint Esprit ?

On parle d’Esprit. Pourquoi pas de Saint Esprit ?

Il ne s’agit évidemment pas de deux réalités séparées, mais de deux manières de parler de la troisième Personne de la Trinité. La double appellation existe de fait dans la Bible. En grec, le mot est « Pneuma », qui signifie simplement « souffle » ou « esprit ». Le Nouveau Testament parle parfois de « l’Esprit » (to Pneuma) et parfois de « l’Esprit Saint » (to Pneuma to Hagion), y compris chez un même auteur.

=> « L’Esprit du Seigneur est sur moi » (Luc 4,18)
=> « Le Saint-Esprit descendra sur toi » (Luc 1,35)

Par ailleurs, le mot « pneuma » est polysémique, puisqu’il peut désigner des réalités différentes. Je ne serais pas étonné (sans pouvoir le vérifier présentement) que les débats passionnés des premiers siècles, portant sur l’Esprit comme Personne divine ou non, ont conduit à ajouter « Saint » pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Car dans l’absolu, la Trinité tout entière, dans la pluralité de ses relations, est sainte : on pourrait donc dire aussi le Père-Saint et le Fils-Saint. Mais il n’y en a pas besoin…

Enfin, l’emploi de « Esprit » et « Esprit Saint », surtout à notre époque moderne, est aussi question de psychologie et d’envie de nuances. Esprit a peut-être quelque chose de plus intime, de plus vivant et proche de nous, quand Esprit Saint renvoie tout de suite à la Personne divine, avec son côté solennel et théologique. Mais nous sortons ici du seul contexte de votre question…

Pierre G. (SEDIF)

 



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Quelle vision ont les Juifs de l’Esprit Saint ?

Quelle est la vision des Juifs de l’Esprit Saint ?

Si vous parlez de l’Esprit Saint comme troisième personne de la Trinité, alors la réponse est limpide : les Juifs ne le (re-)connaissent pas ! Il s’agit d’une Révélation propre au Nouveau Testament, de même que le Verbe éternel d’ailleurs.

Dans le Premier Testament, on parle en revanche de Rouah HaKodesh, ce qui signifie littéralement « Esprit de sainteté », de Rouah Adonaï (« Esprit du Seigneur ») ou encore de Rouah Elohim (« Esprit de Dieu »).

Il est à l’œuvre au moment de la création (vous savez, le souffle de Dieu qui plane sur les eaux !), il instruit (Ne 9,20) il est mentionné comme force d’inspiration prophétique ou encore présence divine agissante au milieu du peuple d’Israël (cf. Is 63,10-11 ; le sublime Miserere : Ps 50,13 ; etc.)…

Autant dire que si l’Esprit de Dieu n’est pas encore compris comme Dieu le Saint-Esprit, la filiation est évidente ! Il désigne pour les Juifs l’action ou la présence de Dieu, sans être encore reconnu comme « « Seigneur », consubstantiel au Père et au Fils.

Pierre G. (SEDIF)

Lire aussi, sur le même sujet :
=> L’Esprit est-il consubstantiel au Père et au Fils ?
=> Trois personnes, un même Dieu… quel énoncé vertigineux !

 



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Pourquoi Dieu se présente-t-il comme « celui qui suis » et non « celui qui est » ?

Dieu se présente « Je suis celui qui suis ». Pourquoi ce n’est pas « Je suis celui qui est » (qui paraît plus français) ? Y aurait-il une subtilité qui nous échappe ?

FIDEO Bible est derrière vous, certes, mais votre cénacle ayant vécu l’aventure l’an dernier, je vous renvoie à la troisième rencontre : le texte à lire était justement celui de l’appel de Moïse, épisode au cours duquel Dieu révèle son Nom… qui n’en est pas tout à fait un ! Dans le polycopié, sur ce point, je vous proposais de lire la note de votre Bible qui montre toute la difficulté de cette appellation.

Pour résumer tout de même et vous éviter des recherches fastidieuses, la difficulté en question vient de la forme verbale hébraïque : Ehyeh asher ehyeh. Il s’agit en hébreu d’un présent inaccompli, d’un présent non achevé, qui induit quelque chose de l’ordre du devenir. On peut donc accentuer sur le présent (« je suis celui qui suis ») ou le futur (« je serai qui je serai ») ou faire un mixte des deux pour garder les deux aspects (« je suis qui je serai ») ; on peut aussi accentuer sur le « je » (« je suis/serai celui qui suis/serai ») ou sur l’être total de Dieu (« je suis/serai celui qui est »)… Certains proposent même de traduire la formule biblique par un lapidaire : « Je suis l’Être », au risque d’en faire un absolu figé.

Alors pour conclure, au-delà de ces querelles étymologiques, gardons simplement à l’esprit que Dieu est existence pure, échappant dans l’éternité à tout enfermement dans la compréhension humaine. En se nommant ainsi, Dieu ne se laisse pas enfermer dans un nom humain. Il reste inaccessible, infini, au-delà des définitions. Son existence ne dépend de rien : il est l’Être même, éternel, indépendant, et infini — la source de tout ce qui existe.

Pierre G. (SEDIF)

 



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Qui sont ces « créateurs » que Dieu suscite, dans le texte du P. Zundel ?

Nous n’avons pas compris le dernier paragraphe, en particulier « … qu’il suscite les créateurs ». Qui sont les créateurs ? Et il nous a semblé qu’il manquait une notion de liberté que Dieu, par son Amour Infini, nous accorde…

Le P. Luc Mellet a choisi de raccourcir l’homélie, obéissant humblement à mon injonction de raccourcir les textes après vos retours l’an dernier me disant qu’ils étaient trop longs. Il me semble que la fin de l’homélie du P. Maurice Zundel répond à votre double question, à la fois sur le sens du mot « créateurs » et sur la liberté que Dieu nous accorde…

Voici donc la fin de son homélie :

« C’est là le sens de la Création : non pas de créer des sujets assujettis à une loi, mais de créer des fils, de créer des êtres libres qui devant Dieu ont la possibilité du oui et du non, qui devant Dieu peuvent disposer d’eux-mêmes et qui deviennent en quelque sorte, dieux à leur tour.

C’est ce que dit un texte du Moyen-Âge, ce texte incomparable du De Beatitudine où l’auteur inconnu dit : « Et ce qui nous enflamme à l’amour de Dieu, c’est cette humilité de Dieu qui s’est soumis aux anges et aux âmes saintes, comme un esclave que l’on achète sur le marché, comme si chacune de ses créatures était son Dieu ».

C’est bien cela, en effet, le mystère adorable de la Création : Dieu a fait de nous ses dieux.

Il a voulu nous atteindre par notre liberté.

Il a voulu nous saisir dans cette relation nuptiale avec lui, qui fait de la vie authentique un mariage d’amour avec Dieu. »

Magnifique, non ?

Pierre G. (SEDIF)

 



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