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Art et Liturgie

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culture

Contributeur : Paroisses | Ensemble paroissial de Vers-Pont-du-Gard

« Le retour du Fils Prodigue » Rembrandt Van Rijn. 1669

Ce tableau, une des toutes dernières œuvres de Rembrandt, illustre la fin émouvante de la célèbre parabole de Jésus : la rencontre du fils perdu et de son père en Luc 15, 11-32. Il invite à méditer non seulement sur le message transmis par le père, mais aussi sur celui du fils.

Quelques précisions pour mieux comprendre cette peinture.

Rembrandt a une soixantaine d’années quand il réalise cette œuvre. C’est un homme ruiné par les faillites et surtout usé par les deuils : il pleure encore la mort de son propre fils, Titus, et va mettre toute son intériorité, toute sa sensibilité spirituelle, à peindre le père et le fils. Sans aucun doute, Rembrandt se représente dans l’attitude du père rempli d’amour et de miséricorde, mais il est aussi le prodigue ruiné et rempli de désolation. Rappelons que Rembrandt avait peint dans sa jeunesse, en 1636, « le Fils Prodigue à la Taverne ». Il s’agirait d’un auto portrait de lui-même et de son épouse Saskia, où l’on reconnait le moment de la parabole dans lequel le jeune homme dilapide l’héritage paternel.

Le Fils Prodigue à la Taverne

Dans son ensemble.

Malgré son titre, ce grand tableau ne présente aucun élément de la parabole et n’a aucune connotation religieuse. Il s’agit essentiellement d’un père qui accueille son fils. Toute l’intimité entre le père et son enfant est mise en évidence : Rembrandt est à la fois, l’un et l’autre !

Regardons le père.

Il est à la fois massif et fragile par son maintien et son visage. Le visage est ridé et presque aveugle ; les yeux sont usés d’avoir attendu l’improbable retour, sans compter toutes les larmes furtives écoulées. Ce visage traduit toute la tendresse du père, toute sa plénitude. Il a une stature arrondie, presque ovale ; il s’abaisse devant son fils, ému de compassion. Les mains lumineuses, sont posées comme un manteau sur les épaules de son fils. Il est possible de distinguer une main masculine et une main féminine. Elles sont tendres et fortes, comme l’amour de l’homme et de la femme.

Regardons le fils.

Une nuque de bagnard, des plis froissés, des talons rabotés, des cicatrices qui traduisent le désarroi, l’échec, la ruine, la peur… Il s’attend à être jugé, il n’ose croiser le regard de son père… et il découvre qu’aux yeux de son père « le dernier des derniers est le premier de tous » ! Où se trouve-t-il ? Dans les mains et les bras de la Miséricorde… Cette miséricorde exprimée par le visage du père, s’écoule sur les épaules du fils, descend jusqu’au talon et la plante du pied.

D’autres personnages apparaissent dans le tableau….témoins de la miséricorde du père. Un homme drapé dans sa droiture, sa verticalité, semble être l’inverse du père… Il y a le fils ainé, enfermé dans son ressentiment. Il ne comprend pas, lui qui a toujours dit oui, lui qui a toujours été soumis, lui qui est sans reproche ! Jaloux, en retrait, son cœur n’y est pas ! Peut-être qu’avec le temps, il pourra lui aussi, être témoin de la miséricorde du père, et se réjouir de la bonté d’un cœur qui dépasse la justice…

Quelques réflexions.

  • Le tableau, comme la parabole, met l’accent sur la patience et l’amour du père qui ne se lasse pas d’attendre. C’est la parfaite image d’un Dieu d’Amour qui donne sans calcul, qui accueille et pardonne sans limite…
  • Mais il ne faut pas oublier la démarche de conversion du fils. Le repentir n’est peut-être pas au centre de la parabole. Se convertir, c’est fondamentalement se laisser aimer par Dieu, en se laissant saisir, relever, envelopper de sa miséricorde. Et c’est bien la conversion qui suscite joie et allégresse….au point de sacrifier le veau gras!

Sources :

  • Paul Baudiquey : « Rembrandt, l’Evangile intérieur ».
  • Philippe Abadie : « La Bible sous le regard de l’art ».
  • Jacques Descreux : « Les paraboles dans les Synoptiques ».