Le Fils a-t-il renoncé à certaines prérogatives divines pour accomplir sa mission sur Terre ?

Partager sur les réseaux sociaux
Share on facebook
Facebook
Share on pinterest
Pinterest
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
Linkedin

formations

Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Je me demande donc si, dans le plan de l’incarnation, le Fils n’aurait-il accepté pas de renoncer à certaines prérogatives divines pour accomplir sa mission sur Terre ? Jésus ne connaît pas le moment de la fin du monde en tant qu’homme incarné, mais reste un avec le Père dans la divinité.

Quelle belle question, de celle qui m’a obsédé pendant mes années d’études, car elle nous place d’emblée au cœur de la christologie… Si je la comprends bien, on pourrait la résumer ainsi : comment comprendre l’ignorance apparente du Fils tout en confessant qu’il est consubstantiel au Père ?

*

A-t-il dû renoncer à sa divinité ? On pense à la merveilleuse hymne de saint Paul dans son épître aux Philippiens : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix (Phi 2,5-8). S’il n’a pas retenu le rang qui l’égalait à Dieu, peut-on encore affirmer qu’il est vrai Dieu ?

Dès lors que nous entrons dans le mystère du Verbe fait chair, les questions surgissent en cascade. Et il est facile de s’y noyer… je propose donc ici un début de réponse, quitte à préciser par la suite l’un ou l’autre point si vous avez encore des difficultés.

*

Rappelons tout d’abord le principal fondamental de l’union hypostatique, définie au concile de Chalcédoine (451), qui est la clef de voûte de toute la christologie : Jésus est une seule Personne divine, le Verbe éternel, en deux natures complètes, divine et humaine. Il est 100 % Dieu et 100 % homme (ce n’est pas Ranma ½, si jamais vous avez la référence !).

Concrètement, du point de vue de la connaissance, qu’est-ce que cela implique ? Eh bien tout simplement qu’en tant que Dieu, le Fils possède la même science divine que le Père, mais qu’en tant qu’homme, il possède une intelligence humaine réelle et limitée. Tout cela est bien logique, me répondrez-vous, mais ne répond pas vraiment à la contradiction, bien au contraire : car on a l’impression qu’il sait et ne sait pas en même temps, comme s’il était schizophrénique.

*

Le mieux est de répondre par un exemple : on pourrait prendre celui de son identité de Fils de Dieu, ou tout simplement le fait de savoir construire une charpente. Mais puisque vous le mentionnez ailleurs dans votre courriel, partons de cette phrase de l’évangile de Marc : Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père (Mc 13,32). Il ne s’agit pas ici d’une ignorance de sa nature divine, c’est une parole prononcée selon sa condition humaine : Jésus parle selon son intelligence humaine, dans le cadre de sa mission révélatrice (en d’autres termes, peut-être qu’il ne lui revient pas de révéler cette information).

Saint Thomas d’Aquin explique par exemple que le Christ possède quatre « niveaux » de connaissance : la science divine (comme Dieu), la vision béatifique (connaissance immédiate de Dieu), une science infuse et une science acquise (humaine). Je trouve cette distinction assez pertinente, pour saisir certaines nuances. Dans cette perspective, l’« ignorance » peut en effet signifier : ne pas connaître selon le mode humain ordinaire, ou ne pas être envoyé pour le révéler.

*

Pour conclure : le Christ, comme Fils, sait, puisqu’il est omniscient (= Dieu) ; mais il choisit de ne pas faire usage volontairement de certaines prérogatives divines, c’est-à-dire qu’il accepte réellement les limites de la condition humaine. Ce n’est pas une perte de divinité ; il ne cesse jamais d’être Dieu. Mais il choisit d’assumer pleinement une humanité authentique.

Au fond, ce que nous disons de la connaissance pourrait être décliné en d’autres endroits : selon la nature divine, le Christ est impassible, tandis que selon la nature humaine, il est capable de souffrir ; selon la nature divine, il est éternel, selon la nature humaine, il s’inscrit dans le temps, etc. Il ne s’agit évidemment jamais d’un mélange, mais d’une double modalité d’existence dans une seule Personne.

Ô Mystère, jamais nous n’avons fini de t’explorer !
Gloire à Dieu !

 

Pierre G. (SEDIF)

Pour aller plus loin, sur le même sujet :
=> Mort de Jésus et union hypostatique : y a-t-il séparation de l’âme et du corps, de ses natures humaine et divine ?
=> Le Christ est-il tour à tour vrai Dieu puis vrai homme ?

 



CLIQUEZ ICI POUR REVENIR À LA FAQ FIDEO CREDO