Quand le mot « Trinité » est-il apparu et quand a-t-il défini le dogme ?

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Contributeur : Services | Service diocésain de la Formation

Unicité de Dieu. Dieu Trinité, et ce depuis toujours, ne se dit pas comme tel dans l’AT, ni même dans le NT (même si l’Incarnation en est sans doute l’expression parfaite). Quand donc le dogme de la Trinité a-t-il été défini, nommé clairement ? Concile de Nicée ? Théophile d’Antioche, à la fin du IIe siècle, a-t-il été un des premiers à nommer clairement la Trinité (Trias) ?

Voilà une série de remarques et de questions, passionnantes d’ailleurs, qui nécessite d’être très nuancé. Tout d’abord, il faut rappeler que l’émergence d’un mot peut suivre une réalité préexistante. Prenons un exemple, tiré d’un de mes vieux cours à l’Université : le mot génocide a été inventé par Raphael Lemkin en 1943. Cela veut-il dire que le monde n’a pas connu de génocides auparavant ? Il n’y a qu’à regarder l’Histoire pour vérifier (hélas !) que ce fut bel et bien le cas.

Ainsi du terme « Trinité ». Dans le Premier Testament, il existe bien des traces de l’action du Père, du Fils et de l’Esprit, depuis la Création jusqu’à l’Incarnation en passant par les rois, les prophètes et les sages. Plus encore, le Nouveau Testament contient des formules trinitaires explicites (Mt 28,19 ; 2 Co 13,13) : Père, Fils et Esprit Saint sont associés. De même que dans mon exemple du mot « génocide », la Révélation de Dieu peut ainsi être réelle sans que le vocabulaire technique soit encore formulé. Le mot est postérieur, mais la réalité qu’il désigne est attestée dans l’Écriture et explicitée progressivement par l’Église.

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Dès le Ier siècle, nous avons des textes reprenant des formules trinitaires, essentiellement dans le contexte baptismal : le plus important d’entre eux est probablement La Didachè, à la fin du Ier siècle. Dans la foulée, Ignace d’Antioche († v. 110) parle clairement du Père, de Jésus Christ et de l’Esprit. Au IIe siècle, Justin Martyr décrit la foi chrétienne comme orientée vers le Père, le Fils et l’Esprit. Comme vous le savez pour avoir écouté le P. Luc Mellet, Irénée de Lyon parle aussi du Fils et de l’Esprit comme des « deux mains du Père ». Bref, les témoignages sont nombreux, il serait fastidieux de tous les citer.

Mais si c’est le mot « Trinité » en tant que tel qui vous questionne, alors effectivement, le terme grec trias serait apparu vers 180 chez Théophile d’Antioche ; à noter toutefois que, chez lui, la réflexion n’est pas encore formulée comme le dogme trinitaire ultérieur : la clarification théologique viendra progressivement. Le terme se répand ensuite pour préciser la foi face aux controverses, tant en Orient (Origène, Athanase, Grégoire de Nysse…) qu’en Occident, sous la forme latine Trinitas (Tertullien, Cyprien de Carthage, Augustin…).

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Reste la question du dogme. De nouveau, il convient d’être précis : la Trinité est énoncée – tel un dogme – dans quantité d’Églises à l’occasion de baptêmes. L’exemple le plus connu en Occident est le fameux « Symbole des Apôtres », que nous prions la plupart du temps : sa forme primitive – dont la rédaction est proche de la forme actuelle, avec une formulation trinitaire – est attestée vers 150-170, soit dès le IIe siècle. Mais si vous parlez d’un « dogme » au sens strict du mot, c’est-à-dire s’imposant à toute l’Église universelle par une déclaration « magistérielle » infaillible, il faut un concile… et le tout premier est effectivement celui de Nicée en 325. On peut dire qu’il s’agit de la formulation doctrinale décisive, si on ajoute la précision de la divinité de l’Esprit Saint en 381.

Pierre G. (SEDIF)

 



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